Plus jamais ça

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Lettre ouverte à Monsieur Abdelilah Benkirane,
Chef du gouvernement

Plus jamais ça


Monsieur,

Des hommes et des femmes d’honneur, citoyens marocains établis en Europe, fiers de leur marocanité, sont aujourd’hui sous le choc et leur indignation est à son comble. Ils se sentent insultés et humiliés et demandent réparation et justice. C’est ce désir de justice auquel ils aspirent qui justifie notre volonté de vous solliciter personnellement et de vous alerter publiquement, sans formalisme ni détours vains, mais avec gravité et responsabilité.

Dans une récente déclaration faite à un Journal satirique (Le Canard Libéré n° 250 du 11 mai 2012) un membre du CCME s‘est cru autorisé de déverser, tout azimut et en fanfaronnant, un torrent d’injures à l’adresse des associations-MRE, contre des personnes respectables dont une élue de la nation et des journalistes qui n’ont fait qu’exercer leur métier, avec beaucoup de retenue.

Cette déclaration est véritablement injurieuse et inquisitoire. Elle semble être faite pour faire le plus de dégâts possibles, de créer de la confusion et de la tension à l’intérieur comme en dehors du CCME, et, de la sorte, noyer dans la polémique une affaire grave, révélée par un mail, liée à la gestion financière et humaine de cette même institution.

Les mots choisis, la haine versée dans les lignes, le registre de langue adopté, irrespectueux et diffamatoire, ne laissent planer le moindre doute quant à la volonté de nuire de leur auteur.

Ce comportement indigne d’un membre « salarié» d’une institution nationale créée par dahir chérifien (décembre 2007), élevée au rang de la Constitution en juillet 2011 (article 163), est tout simplement inacceptable.

 

Monsieur,

Si cette déclaration suscite aujourd’hui tant d’indignation et prend ce caractère général et cette ampleur internationale, c’est parce qu’elle n’est pas la première du genre. Son auteur est coutumier du fait. Il n’a cessé, depuis son étonnante propulsion au poste de « directeur », de profiter de la moindre occasion, y compris les moments les plus décisifs de l’histoire politique et institutionnelle de notre pays (Référendum et élections législatives), pour s‘attaquer aux MRE, pour minimiser leur participation à la vie politique nationale et pour dénigrer les revendications les plus légitimes de leurs associations.

Fait remarquable, perçu par certains comme un signe de faiblesse, en ne cédant pas à ces provocations, ces associations-MRE ont fait preuve d’une maturité politique et civique, d’une dignité et d’une patience exemplaires.

Mais, à force de subir les humiliations, d’alerter et de sensibiliser sur les conséquences de tels agissements, la patience a atteint ses limites.

Aujourd’hui, le silence ne peut-être que de la compromission. Continuer à cautionner ces dérives serait, pour nous tous, de la pure lâcheté.

 

Monsieur,

Les MRE constituent véritablement une communauté dynamique, fidèle à ses origines historiques, avec une conscience politique de plus en plus affermée, soucieuse de l’intérêt national et attachée au développement économique et humain du pays.

Mais, les MRE ne sont pas une serpillère avec laquelle un membre du CCME, de surcroît généreusement rémunéré avec un statut de « directeur », éponge sa bile et nettoie ses frustrations chaque fois que la question des droits civiques et de la citoyenneté est soulevée par ou pour les MRE.

Les MRE et leurs ONG ne sont pas, non plus, des faire valoir condamnés à assister à la « déchéance morale et éthique» d’une institution, le CCME, qui leur est dédiée. Ils n’acceptent pas la fatalité (main basse sur le CCME) et refusent de voir cette institution discréditée par les agissements de l’un de ses membres.

Dans la perspective de la mise en place des différents Conseils prévus par la Constitution, il n’est ni acceptable ni souhaitable de laisser cette institution nationale atteindre le degré le plus bas sur l’échelle de la respectabilité.

Par conséquent,

- Les MRE vous demandent de leur rendre justice, en réparant l’affront qu’ils viennent de subir. Votre gouvernement qui place la justice en tête de ses priorités ne peut objectivement ignorer cette requête ;

- Pour mettre un terme à toutes ces dérives et rumeurs qui prolifèrent au sujet de la gestion budgétaire et humaine du CCME, les MRE vous demandent de diligenter un audit pour évaluer le travail qui a été fait durant les 4 années écoulées. Votre gouvernement qui élève la transparence au rang des valeurs supérieures, est donc appelé à joindre l’acte à la parole ;

- Votre gouvernement s‘est engagé à donner corps et vie aux principes d’égalité, de citoyenneté, de proximité, de démocratie, notre Collectif associatif, et au-delà, tous les MRE, attendent de vous une concrétisation effective des droits que leur accorde la Constitution de 2011, en premier, les articles 16,17 et 18.

- Les ONG-MRE, qui ont tant milité pour la création du CCME, pour plus de considération pour notre communauté et pour plus de démocratie pour notre pays, attendent de votre gouvernement des décisions claires, précisant l’objet et le sens de l’article 163, dans le but de mettre de l’ordre dans cette institution, de définir les modalités de sa constitution et de fonctionnement et de lui conférer des missions réellement proches des attentes et aspirations des MRE en confiance et en concertation avec eux.


Enfin, notre Collectif Associatif International, fait le vœu de voir cette requête trouver auprès de vous et de votre gouvernement l’intérêt le plus franc et susciter les mesures les plus justes, pour le bien de nos institutions nationales et pour que la sérénité et la confiance puissent rapidement revenir dans les relations des MRE avec les institutions qui leurs sont dédiées.


Collectif Associatif International ALMOHAGIR1
Paris le 21 mai 2012
Pour le Collectif :
Mohammed Mraizika (en qualité de président)

Mail : m.mraizika@laposte.net 

 

1 CAI-Almohagir : est le sigle du « Collectif Associatif International Almohagir », créé le 15 mars 2008, à Paris (12°), au Centre International Maurice Ravel. Ce Collectif regroupe plusieurs dizaines d’associations présentes dans 6 pays européens (+ 4 ailleurs). A sa création, il s’est donné pour but d’informer et de sensibiliser l’opinion publique internationale sur le sort « des enfants Sahraouis Marocains retenus dans les camps de Tindouf ». A cet effet, il a lancé de nombreux appels et organisé des conférences internationales, pour exiger leur « libération inconditionnelle et rapide»

Le Collectif milite également pour les droits civiques et constitutionnels des Marocain du Monde et veille à la promotion et à la défense de leurs droits (socioculturels et cultuels) et intérêts économiques dans les pays d’accueil (en Europe, notamment)

LA TURQUIE ET LE MONDE ARABE

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« On connaît mal en Europe la politique de l’Orient, on lui suppose des desseins, elle n’a que des caprices, un avenir, elle n’a que le jour et le lendemain », LAMARTINE

 A la suite de la visite de Monsieur le Ministre des affaires étrangères du royaume du Maroc, S. EL OTHMANI, en Turquie, nous avons trouvé opportun de partager, dans la suite de ces lignes, notre point de vue avec le lecteur sur l’état de la politique actuelle de ce grand pays musulman par rapport aux mouvements insurrectionnels des masses populaires arabes.

Préambule

En s’opposant à l’intervention militaire en Libye, le Premier ministre turc en avait souligné les répercussions dévastatrices non seulement pour la Libye, mais aussi pour les pays intervenants. Ainsi, la Turquie qui avait demandé à assumer un rôle non-combattant dans le cadre de l’Otan, voulait montrer en échange qu’elle est attachée à promouvoir les « valeurs internationales », y compris la démocratie et les droits de l’homme.

D’abord, elle avait maintenu des contacts avec le leader libyen et lui avait proposé sa médiation avec l’opposition basée à Benghazi. Ensuite, elle avait suggéré à Kadhafi de nommer un président réjouissant d’un support populaire et tenant compte des intérêts légitimes de « tout le peuple libyen », et ce pour mettre fin à la crise. Et enfin, le Premier ministre turc changeait de ton en demandant à Kadhafi de quitter le pouvoir immédiatement. Il avait alors soutenu et encouragé le Conseil National de Transition dans sa lutte pour une Libye libre, démocratique et souveraine. Par ailleurs, les activités de l’ambassade turque à Tripoli furent temporairement suspendues et les relations avec l’opposition se sont progressivement développées. Pendant une conférence de presse commune avec le ministre turc des affaires étrangères, le 23 mai, M. Abdul-Jalil a remercié la Turquie pour son appui, y compris l’aide humanitaire et la contribution à la reconstruction de la Libye «post kadhafienne». Toutefois, la Turquie qui avait préféré d’abord la diplomatie et la médiation à l’utilisation de la force avait été violemment critiquée par ses principaux alliés occidentaux et par une partie de l’opposition libyenne.

Motivations de la politique extérieure turque

Quelles sont donc les motivations réelles de la politique extérieure turque, notamment au Moyen Orient ? Quelle est la stratégie de ses relations extérieures dans le contexte des mouvements insurrectionnels arabes ?

 La divergence de vues dans les orientations de la politique extérieure turque avec ses partenaires occidentaux ne date pas d’hier. On se souvient en effet du vote du mois de mars 2003 au parlement turc refusant le passage des troupes américaines sur le territoire de la Turquie vers l’Irak ou, plus récemment, le départ du premier ministre Erdogan au cours du débat du Forum économique à Davos après l’intervention du président Shimon Pérès sur les attaques israéliennes à Gaza (janvier 2009), la détérioration des relations turco-israéliennes après la controverse concernant la flottille pour Gaza (mai 2010) et le discours du président Abdullah Gül à l’Assemblé Générale des Nations Unies critiquant l’imposition des sanctions contre l’Iran (septembre 2010).

D’aucuns ont considéré que ce sont là des preuves d’une réorientation de la Turquie vers le Moyen Orient et d’une dérive vers l’Est.  D’autres, au contraire, ont apprécié les nouvelles orientations de la politique extérieure de la Turquie et de son rôle de liant entre le Moyen Orient et l’Occident.

Le changement significatif des priorités dans la politique étrangère turque a commencé avec la fin de la Guerre froide. La Turquie a saisi l’opportunité de ce contexte de contradictions d’intérêts géopolitiques pour devenir un acteur plus indépendant et de s’ouvrir envers ses voisins pour des priorités plus pragmatiques, commerciales et économiques. Ainsi, la politique extérieure turque qui a connu un nouvel essor, a changé de forme et de fond envers le moyen orient. En cherchant à renforcer son influence dans son voisinage et dans le monde, la Turquie qui bénéficie d’identités régionales multiples, croit avoir la capacité et la responsabilité de suivre une politique externe qui consiste à la résolution des conflits, à la paix et à la sécurité internationale lui permettant d’acquérir le statut de membre de l’U.E et de devenir une puissance politique et économique dans le monde.

En dépit de ses nombreuses initiatives de médiation entre les U.S.A et l’Iran, entre Israël et la Syrie, entre l’Irak et la Syrie, entre Israël et les palestiniens, entre le Hamas et le Fatah qui n’ont pas abouti à des résultats attendus ou ont été entravées par d’autres évènements (l’intervention d’Israël à Gaza de l’hiver 2008-2009, puis l’incident de la flottille pour Gaza en 2010, la Turquie reste le seul interlocuteur qui a la capacité de parler à toutes les parties aux conflits au Moyen Orient et contribuer au renforcement de son influence régionale et internationale.

Les relations entre Ankara et Jérusalem ont connu un grave tournant pendant les attaques israéliennes à Gaza en 2008 et ont atteint un point de crise sans précédent avec l’incident de la flottille en 2010. Malgré tous ces quiproquos, leurs intérêts continuent à converger jusqu’à un certain niveau. La Turquie a été le premier État musulman à reconnaître l’État d’Israël en 1949. D’autre part, l’histoire des relations entre les deux pays a été plutôt fluctuante, sauf pendant les années 90. La Turquie a beaucoup gagné sur le plan de l’opinion publique dans le monde arabe grâce à la « défense » de la cause palestinienne.

Le modèle de la Turquie et le monde arabe

En tant que pays musulman réjouissant d’une démocratie, d’un Etat de droit assez développé et surtout d’un essor économique, la Turquie pourrait représenter la projection logique de l’évolution positive des nouveaux régimes arabes au Maghreb et au Moyen Orient. La stabilité démocratique de la Turquie a été mise en valeur par les révoltes contre les régimes autoritaires dans la région. Et le respect du principe de la sécularisation pourrait servir comme exemple de tolérance et de modération face aux craintes des possibles émergences islamistes.

Un des éléments clé du mécanisme institutionnel de la Turquie qui pourrait servir d’exemple pour les nouveaux régimes arabes émergents est le rôle de l’armée. Celle-ci a été pendant une longue période « le gardien du régime » et a établi les limites de la pratique démocratique ». Le fondateur de l’État turc moderne, Mustafa Kemal Atatürk, a garanti la sécularisation à travers l’armée. Les militaires ont joué en effet une double fonction : l’impulsion pour la modernisation et la protection du régime contre les tentations de résurrection de l’État ottoman et l’islamisation. L’influence primordiale de l’armée s’est maintenue tout au long de la Guerre froide, mais dans les deux dernières décennies, elle a beaucoup diminué, suite aux critiques des alliés de la Turquie et avec l’arrivée au pouvoir de l’AKP. « L’équilibre délicat » entre les forces démocratiques et l’armée est néanmoins considéré comme une constante essentielle dans la construction et l’évolution de l’Etat turc moderne.

La tendance d’ouverture vers les milieux islamiques a été accentuée par l’AKP et le gouvernement Erdogan ; ce qui explique en partie la popularité du régime actuel turc dans la région. Toutefois, il faut noter que l’agenda de l’AKP n’est pas centré sur des préoccupations religieuses : avec sa plate forme politique, l’AKP est allé bien au-delà de la religion. Par son pragmatisme et son agenda socioculturel plus conservateur que religieux, l’AKP a développé des positions par rapport à des questions politiques et économiques essentielles qui préoccupent tous les turcs.

Certains analystes mettent en valeur les différences entre les États arabes et la Turquie. Leurs structures socioéconomiques et politiques ne sont pas les mêmes. Les sociétés arabes sont beaucoup plus religieuses et la Turquie d’aujourd’hui qui a encore en mémoire l’Etat hérité de l’empire ottoman est le résultat d’une longue évolution. Son développement économique qui n’est pas lié aux revenus du pétrole est donc plus durable. En outre, la Turquie et les Arabes n’acceptent pas facilement de parler d’un « modèle turc », à cause de l’impérialisme Ottoman.

Mais néanmoins, l’expérience de la Turquie pourrait représenter « une source d’inspiration » pour le monde arabe : les relations entre les militaires et la société doivent être gérées attentivement afin de garantir la stabilité et de permettre la création de l’espace démocratique, la construction progressive des institutions démocratiques, l’émergence des parties politiques, la formation des parlements représentatifs et surtout la garantie de la modération religieuse, l’essor de l’économie avec l’appui de l’industrialisation, les exportations et une répartition équitable des richesses. Tous ces processus doivent être étroitement encouragés, soutenus et accompagnés par les autres pays démocratiques, notamment l’U.E.

Les mouvements insurrectionnels arabes : opportunité ou menace ?

En dépit de la réaction tardive et ambivalente de la Turquie par rapport aux évènements dans les pays arabes, le gouvernement Erdogan considère qu’un monde arabe démocratique renforce la Turquie et confirme l’orientation stratégique de sa politique extérieure : les transformations au Moyen Orient sont vues comme un effet de la politique de la Turquie d’engagement des différents gouvernements et groupes politique. Le modèle turc de réconciliation entre l’islam, la démocratie et le développement économique a raffermi le « déficit insoutenable » entre les gouvernements et les peuples dans le monde arabe et montre la voie pour les réformes nécessaires; la réconciliation entre le Fatah et le Hamas est une résultante majeure de ce changement général. Les américains et les européens devront engager des acteurs considérés jusqu’à présent comme infréquentables, voire même terroristes, par exemple les Frères Musulmans en Egypte et en Syrie, le C.N.T en Libye, le Hamas en Palestine, le mouvement Ennahda en Tunisie, le P.J.D au Maroc…

Sur le plan économique, la Turquie pourrait être affectée directement par une possible diminution des exportations vers les pays en crise. Les exportations vers les pays du Moyen Orient représentaient en 2008 seulement 17% des exportations turques, en comparaison avec 48% vers l’UE ; mais il s’agit des transactions avec une balance commerciale nettement positive en faveur de la Turquie, ce qui n’est pas le cas avec l’Europe. En 2009, en pleine crise économique globale, le rapport entre exportations et importations vers le Moyen Orient avait doublé. D’autres relations économiques pourraient être également affectées à cause de l’instabilité, comme les investissements.

A la suite des mouvements insurrectionnels dans des pays très influents sur la stabilité interne de la Turquie, comme la Syrie par exemple, d’autres problèmes pourraient encore surgir. En effet, « d’un état d’une guerre non-déclarée » en 1998 à la suite des accusations d’appui au PKK, les deux pays se sont rapprochés en 2009 avec l’abolition des visas, la convocation des réunions des cabinets des ministres, la conduite des exercices militaires communs. Ainsi, avec le rapprochement entre Erdogan et Al-Assad, la Turquie peut donc avoir une influence sur la dynamique politique de Damas. L’augmentation de l’immigration vers la Turquie qui est l’un des résultats de la répression du régime Al-Assad s’accompagne de sérieuses pertes économiques.

La question kurde risquera de soulever des préoccupations majeures pour la Turquie, à cause de l’effet de contagion des soulèvements populaires des pays voisins. Dans ce contexte, les demandes soutenues par la popularisation de la question kurde à la suite du « Printemps arabe » dans la région deviendraient légitimes aux yeux du monde.

En guise de conclusion

Les changements des régimes et des gouvernements arabes posent des questions difficiles auxquelles doivent répondre adéquatement aussi bien la Turquie que le monde occidental. Toutefois, l’expérience gagnée par Ankara au cours de ses initiatives régionales au Moyen Orient est précieuse pour les États-Unis et l’Europe. Même si sa légitimité semble affaiblie par ses réactions ambiguës aux révoltes populaires arabes, la Turquie est mieux placée que les pays occidentaux pour passer les messages nécessaires aux gouvernements et aux masses arabes. D’où la question centrale : la Turquie saura-t-elle avoir une responsabilité dans le processus de paix israélo-palestinien.

En voulant préserver ses intérêts géopolitiques et économiques, la Turquie préférerait l’évolution à la révolution dans une région qui la concerne directement. Mais dans un Moyen Orient qui a toujours été difficile, elle voudrait occuper maintenant une place de leader dans le processus de démocratisation et de stabilisation du monde arabe. C’est pour cela que la Turquie et l’U.E se doivent d’agir de concert pour les mêmes objectifs.

CHATAR Saïd


A nos anciens combattants : «Nous n’oublierons jamais”.

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Le hasard a voulu que je sois invité, en 2006, à la cérémonie de commémoration du 90ème anniversaire de la « Bataille de la Somme » (Nord de la France) ; inscrite dans les annales militaires comme l’une des batailles les plus meurtrières qu’a connue l’Europe (1 060 000 victimes, 442 000 morts ou disparus). Je garde de cette visite, et de celles qui ont suivi, un souvenir indélébile.

Journée du 8 Mai 2012 à Basse-sur-le Rupt (Vosges)

Journée du 8 Mai 2012 à Basse-sur-le Rupt (Vosges)

La visite des différents lieux de mémoire (musés, cimetières, mémorial, nécropoles) qui jalonnent les champs de cette bataille (villes d’Albert, Péronne et Bapaume.) ne laisse, en effet, personne indifférent. Elle suscite une émotion particulière. C’est le recueillement et le silence qui s ‘imposent devant ces milliers de stèles de soldats de cultures, d’origines et de confessions différentes, côte à côte, unis dans la mort après avoir partagé les conditions inhumaines des tranchés et les atrocités d’une guerre, la première, faite au nom d’une prétendue supériorité militaire et culturelle.

Une phrase gravée à l’entrée de l’une des nécropoles qui dit : “Nous n’oublierons jamais”, me revient aujourd’hui à l’esprit et m’interpelle en ce jour de commémoration du 67ème anniversaire du 8 mai 1945 (acte de capitulation de l’Allemagne nazie devant les armées alliées). Autre guerre (la seconde) autre sacrifices.

Qui se soucie de nos jours d’entretenir la mémoire et le souvenir de ces milliers de fantassins, chasseurs, zouaves, cuirassiers, tirailleurs « sénégalais » (du Congo, du Soudan, de la Côte d’Ivoire, du Maroc…), ou indochinois venus défendre l’honneur de la France et dont les tombes emplissent ces nécropoles ?

Mises à part ces stèles de pierre qui trônent à l’entrée des cimetières militaires, où sont gravés des noms à connotation africaine et maghrébine, que reste t-il dans les livres d’histoire du souvenir de ces soldats venus des colonies défendre la liberté et l’honneur de la France ?

En ces lieux de mémoire où la fraternité et la solidarité sont gravées à jamais dans le marbre, où le récit du courage des combattants musulmans impose le respect, les discours xénophobes et lepénistes, les lois discriminatoires qui fusent en France, apparaissent dérisoires et malvenues.
Devant ces stèles qui égrènent les noms de soldats étrangers morts pour la France et dont “le courage, le sacrifice suprême et le dévouement à la liberté” sont cités en exemple, les images déformées et les représentations réductrices des jeunes issus de l’immigration, dont la télévision française nous a abreuvé ces derniers temps, deviennent ridicules et décalées.

Loin de ces lieux de mémoire et ces champs de bataille, ce sont d’autres considérations et réalités, politiques et électorales, qui prévalent. L’immigré, c’est d’abord l’éventail que l’extrême droite brandit pour semer l’inquiétude, la haine et le trouble dans les cœurs et les esprits. C’est la « figure » inquiétante du déviant, du terroriste, de l’islamiste, de l’assisté, que les médias mettent en exergue et scène pour faire de l’audimat.

Quel destin que celui de ces milliers d’immigrés descendants des tirailleurs marocains et sénégalais morts pour l’honneur de la France !!!

Quelle trajectoire que celle de ces fils d’ouvriers des chaînes de montage et des mines du charbon du Nord, aujourd’hui relégués socialement et cantonnés dans les secondes zones (ZEP, HLM, ANPE…) !!!

Quel parcours que celui de ces générations d’immigrés témoins impuissants d’une inexorable évolution qui les a conduit « des premières lignes » des champs de batailles, aux bidonvilles et quartiers les plus défavorisés des grandes villes françaises… !!!

Les élections législatives des 10 et 17 juin prochain sont décisives à plus d’un titre, eu égard à la situation paradoxale et inacceptable de nos anciens combattants et Seniors, OS des usines de Renault-Peugeot ou ouvriers des mines du Nord. C’est l’occasion de rappeler aux partis et aux politiciens français, de tous bords, les injustices qui leurs sont faites sur ce sol français pour lequel ils ont combattu et tant donné pour qu’il retrouve, en 14-18 comme en 39-45, son honneur et assure sa prospérité.

Ces législatives, ne sont-elles pas l’occasion pour les jeunes générations d’immigrés de raviver le souvenir de leurs ancêtres et rappeler le sacrifice des ces milliers de combattants, asiatiques, africains et maghrébins morts pour que la France vive dans la liberté et l’honneur ?

Jusqu’à quand ces mêmes immigrés resteront-ils les « beurs de service » et les « roues de secours » des carrosses de partis politiques, de gauche ou de droite, peu enclins à respecter leurs engagements et rendre effectifs cette égalité devant la citoyenneté qu’ils ne cessent de proclamer ?

Bon an mal an, les combattants africains ont laissé sur les champs de bataille plus de 100.000 morts au combat ou par maladie (36.000 Nord-africains et 30.000 Africains noirs). N’oublions donc jamais ce qu’ils ont enduré comme souffrance dès juillet 1916, lors de la terrible « Bataille de la Somme », durant l’été 1918 à Château-Thierry, dans le bois de Courtons (10ème D.I. Coloniale), sur la montagne de Reims (1er Corps d’Armée Coloniale) et pendant l’offensive Mangin (R.I.C.M.),
Souvenons-nous d’eux, de leur courage et de leur sacrifice pour la France, montrons et prouvons que «Nous n’oublierons jamais”.

MRAIZIKA Mohammed : Chercheur en Sciences Sociales et en Droit International Humanitaire. Consultant en Ingénierie Culturelle.

Que les faux-frères déguerpissent !

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Par Fouad Benyekhlef

De l’ingérence dans les affaires internes de la communauté musulmane de Belgique, certains groupes ont fait leur cheval de bataille. Que ce soit dans les domaines religieux, citoyen ou encore social, nombre de démarches ont été tentées dans l’espoir de manipuler, diviser ou encore avoir une mainmise normative sur les citoyens belges musulmans et plus précisément sur certains de leurs cadres.

Effectivement, c’est à travers lesdits cadres que le changement peut véritablement s’opérer mais pas de n’importe quelle manière et encore moins stimulé par des éléments exogènes à cette communauté lesquelles ne souhaitant en vérité que lui imposer une certaine vision des choses qui généralement est contraire à ses principes propres et légitimes. Il est vrai que nous n’avons pas encore d’équivalents belges du pitre Hassen Chalghoumi qui nous bassinerait avec un « islam di bilgik » ou encore de la vulgaire Fadela Amara avec un discours biaisé de victimisation des « beurettes ». Il n’en reste pas moins que des tentatives sont régulièrement entreprises dans ce sens et dans différents domaines.

Ces effets « Chalghoumi » ou « Amara » sont tellement flagrants et stratégiquement puérils qu’ils nous amènent à une réflexion en intracommunautaire sur ces problématiques d’ingérences stériles afin de stimuler l’émergence de cadres émanant réellement de la communauté musulmane qui ont pour sincère objectif d’apporter une vision réformiste et défendre l’intérêt général de la communauté ainsi que de la société globale loin des opportunistes désirant mener une carrière, ou de victimes désirant régler des comptes personnels avec une religion à la suite d’une histoire douloureuse avec des fidèles de cette dernière ou enfin des marionnettes qui pensent tromper mais qui ne font que sourire par leur incompétence.

Que les citoyens musulmans se rassurent, la communauté est organisée et elle est capable de faire émerger elle-même ses propres cadres sans qu’on ne lui en impose. De plus, lorsque ceux-ci ne répondent pas aux demandes et ne la défendent pas, ils sont généralement relayés au placard de l’histoire et se retrouvent populairement déchus de cette responsabilité. Assurément, les citoyens musulmans n’ont que faire des judas ou des tartuffes se revendiquant être porte-parole d’un pan de la communauté mais ne s’efforçant en vérité qu’à dire du mal de leurs coreligionnaires devenant le plus souvent de véritable colonisés d’esprit d’une laïcité dont la définition a été malhonnêtement usurpée et transformée.

Laïcité, voilà bien un principe avec lequel les citoyens musulmans sont d’ores et déjà les plus en accord. Et ils n’ont surtout pas de leçon à recevoir des autres communautés religieuses ou convictionnelles en Belgique. Bien au contraire ! Que de terminologies et de débats tronqués au nom de ce noble principe ayant pour visées simples la volonté de complexer davantage le citoyen musulman et de le culpabiliser pour le simple tort qu’il soit musulman et qu’il l’assume. En gros, ledit citoyen musulman devra se justifier sur son islamité jusqu’à ce qu’il n’en laisse rien paraître extérieurement, si ce n’est qu’une spiritualité invisible bien cachée chez lui.

Baliverne tout cela ! Que les musulmans se sentent libres, émancipés et fiers de ce qu’ils sont et de leur pluralité de pensées, ethnies et classes sociales. Et que soient gênés et discrédités ces moralisateurs iniques autoproclamés cadres communautaires qui n’ont de cesse de montrer à l’establishment leur « beniouiouisme » bienveillant tout en oubliant qu’ils ne militent plus ou pas pour leur communauté mais plutôt en faveur d’une autre. Ces derniers excluent de leur esprit cette réalité et refusent de regarder les choses en face, même quand la vérité est en pleine lumière, tellement le lavage de cerveau qu’ils ont subi fut virulent ou qu’ils ne soient simplement pas assez humbles pour réviser certaines de leurs positions.

On ne change pas une société de même qu’on ne prétend pas au titre de cadre communautaire minoritaire lorsque l’on est soi-même complexé par les dominants ou les majoritaires au point de vouloir leur ressembler à tout prix intérieurement et extérieurement. Et encore moins quand on arrive à penser que la soumission de toute sa propre communauté, à travers un discours d’effacement des différences physiques, culturelles ou confessionnelles est une solution afin d’éviter les prétendus problèmes récurrents. Le fait d’exclure ces visibilités, ce n’est en vérité que militer contre les libertés individuelles et contre l’émancipation des minorités.

Il faudrait plutôt instiller dans l’esprit des citoyens musulmans le principe d’égalité qu’ils doivent porter, l’enjeu ainsi que le rapport de force qu’ils représentent. Il est temps de cesser de donner du crédit ou de prêter attention à ces « faux-frères » dont l’objectif est de montrer à leur « maître » qu’ils sont là pour condamner ce qui pourrait offenser ce même maître tout en contribuant à complexer les citoyens musulmans et en les alertant sur qui sont les « bons » ou les « mauvais » musulmans. Ces mêmes « faux-frères » ne dénoncent généralement que des thématiques qui engendrent dans la société générale une peur voire une phobie de la communauté musulmane.

Sans s’en rendre compte, ils créent de l’islamophobie dont ils seront eux-mêmes victimes lorsque celle-ci deviendra ingérable. L’Histoire nous a démontré que quand la haine à l’encontre d’une minorité se déchaîne, elle embarque avec elle tout les membres de cette même communauté  en ce compris ces « faux-frères » qui n’arriveront plus à éteindre ce feu qu’ils auront tellement travaillé à attiser. Pour l’intérêt de la communauté musulmane et pour la société dans sa pluralité, des cadres avec une vision saine et une volonté sincère doivent émerger et couper court avec ces « esclaves domestiques » qui ont tant mangé dans la main du maître qu’ils ne sauraient produire quelque chose de bénéfique pour la collectivité.

C’est la HONTE : Le CCME vaut mieux que ça

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« Les autres, les autres, c’est pas moi, c’est les autres, les autres, les autres, c’est pas moi, c’est les autres », répète en refrain et en rythme le talentueux slameur Abd al Malik.

Dans la bouche du « directeur » du CCME ce refrain, « les autres », prend une tournure étrange, une allure cacophonique dominée par la haine et rythmée de mots injurieux et blessants. « Les autres », dont il s‘agit ici, ce sont une députée, un site internet, une journaliste, un hacker, des associations, les MRE, un clavier, et s’il manque à l’appel le chat du voisin, le gardien du Mahaj Riad, le serveur du café d’à côté c’est par pur oubli…

La HONTE, c’est la honte, c’est la honte, c’est la honte….

Comment peut-on tomber ci bas ? Comment peut-on se permettre, avec un tel « culot », de traiter tout son monde de cette façon là, indigne et haineuse ?

Est-ce la croyance en une impunité garantie qui pousse ce « directeur » à cet extrémisme langagier ?

Comment peut-on, après cette sortie catastrophique, continuer à se proclamer « directeur » d’un CCME, institution nationale, constitutionnalisée qui puise sa création dans un dahir royal et chérifien ?

Rien, absolument rien ne peut justifier cette attaque en règle contre des personnes de surcroît nommées et identifiées, des journalistes et des militants associatifs, fusse t-il ce fameux mail accusateur …

Il faut que cela s‘arrête et vite. Le CCME vaut mieux que cela.

Nous avons, depuis le début des années 2000, milité pour l’avènement du CCME et il fut. Nous avons fait part de notre indignation et notre désaccord quant à la manière dont il a été conçu et monté. Mais nous l’avons fait dans le respect des « autres ». Ceux-là mêmes qui sont traités par ce même « directeur » de « nuls » ou désignés animateurs de caisses noires…

Aujourd’hui, à cause de cette nouvelle déclaration inquisitoire toutes les digues ont cédé. Le silence serait de la compromission. Par conséquent :

  •  Au président et au secrétaire général du CCME nous demandons réparation et des mesures fermes pour laver l’affront fait aux MRE et au CCME par l’un de leurs subordonnés et salariés.
  • A tous ceux et celles qui ont été nommément insultés par ce même « salarié » nous disons que nous sommes tous aujourd’hui, et fiers de l’être, des yabiladis, des ouafis, des militants, des journalistes, des indignés et des révoltés.
  • Aux membres du CCME, insultés et ridiculisés, nous disons : Mesdames, Messieurs, un peu de dignité, levez un peu la tête, il y a une vie après le CCME.
  • Aux MRE, qui se sentent blessés, nous disons n’ayez crainte, le vent du changement qui souffle sur notre pays finira par rentrer au CCME et les écuries d’Augias seront nettoyées de fond en comble pour le bien du CCME et des MRE à qui doit revenir le droit et le privilège de l’amender et de le relancer …

 

Par Mohammed Mraizika (Paris)

Les MRE, la Régionalisation, et la nouvelle constitution

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 Par BELHALOUMI Abdelrhani
Belhaloumi.a@skynet.be

La nouvelle constitution* consacre 4 articles aux Marocains du monde (art.16,17, 18 et 163).

L’article 18 dit ceci : « les pouvoirs publics oeuvrent à assurer une participation aussi étendue que possible des Marocains résidant à l’Etranger, aux institutions consultatives et de bonne gouvernance créées par la Constitution ou par la loi. »

Et pourtant, les MRE sont unanimes sur le fait que le CCME doit être dissolu afin d’économiser les millions de dirhams dépensés inutilement, et que des élections libres soient organisées d’ici fin 2012 pour élire ses membres.

Si l’Union européenne a octroyé 80 millions d’euros au Maroc, en marge de la 10e session du Conseil d’Association Maroc-UE au Luxembourg en avril 2012, c’est pour encourager les réformes.

L’article 135 de la Constitution qui fait partie du titre consacré aux «régions et collectivités territoriales» précise surtout que ces collectivités, notamment la région, «constituent des personnes morales de droit public et gèrent démocratiquement leurs affaires», sans imposer le nombre de régions dans le pays.

Alors, comment respecter la constitution, créer des régions efficaces au Maroc et ouvrir les institutions aux MRE dans les mois à venir?

  • maintenir les transferts financiers des MRE
  • réformer la Caisse de compensation** dont le déficit ne cesse de se creuser 

    - réduire le nombre de régions au Maroc à moins de huit.

  • mettre en place un Fonds de péréquation interrégionale et un autre Fonds de mise à niveau sociale des régions. Le Fonds Public de solidarité interrégionale devra faire face aux nouvelles dépenses consacrées à la hausse du prix du baril de pétrole et aux frais de traduction***et de formation liés à la prochaine adoption du bilinguisme dans certains champs publics au Maroc.
  • contrecarrer, comme le suggère le FMI, et réduire les pesanteurs et les inhibitions bureaucratiques : c’est-à-dire, supprimer les provinces, les agences de développement et d’autres institutions inutiles, pour réduire les dépenses de l’Etat.
  • Mettre les bâtiments provinciaux et des agences à la disposition d’administration régionale
  • décentraliser les régions aussi. La région doit appliquer la décentralisation et la déconcentration administratives en permettant à toutes ses villes d’abriter une administration régionale de proximité. C’est ça conférer à l’entité régionale décentralisée une certaine prééminence par rapport aux autres collectivités locales, en termes de compétences de planification, de coordination et d’animation à l’échelle régionale.

Certes, la régionalisation avancée au Maroc est une étape importante pour l’avenir du Maroc, suite à sa consécration constitutionnelle (Art.135 ). Même si tous les modèles connus actuellement dans les pays démocratiques ont montré leur limite. L’élaboration d’un modèle propre au Maroc est une chose on ne peut plus évidente et obligatoire, malgré le rapport publié par la CCR en 2011.

Une règle d’or : tout découpage régional doit être orienté vers le renforcement de l’unité de l’Etat, de la nation et du territoire, et créer les conditions pour une solidarité nationale entre régions. Car, au Maroc nous n’avons pas l’équivalent du Comité des Régions de l’Union Européenne. L’assemblée politique du Comité des Régions fait entendre la voix des collectivités régionales et locales dans l’élaboration des politiques et de la législation de l’Union européenne. La politique régionale européenne est une politique de solidarité: elle consacre plus du tiers du budget de l’Union européenne à réduire les écarts de développement entre les régions et les disparités de bien-être entre les citoyens. Par le biais de cette politique, l’Union veut aider les régions à rattraper leur retard; restructurer les zones industrielles en crise; diversifier les économies des zones rurales en déclin agricole; revitaliser les quartiers déshérités des villes. Voici d’ailleurs un aperçu des modèles européens : La République fédérale d’Allemagne est composée depuis sa réunification de seize länder qui comptent bien sûr sur l’économie forte de leur pays pour réduire les inégalités que connaît l’ex-Allemagne de l’Est. L’Espagne a mis en place 17 communautés (dont Aljozor Alja3faria) et 2 villes autonomes (les Marocaines Sebta et Melilia). L’Italie compte 20 régions, la Belgique 3 régions, Chypre 3 régions, Le Danemark est divisé en 5 régions, qui se sont substituées aux Amter à partir du 1er janvier 2007 ; l’Estonie a 15 régions (Maakond), La Finlande compte 20 régions ( maakunta) ; la Grèce a 13 régions alors que les spécialistes recommandent juste 3 grandes régions à ce pays (régions en faillite d’ailleurs) ; la Hongrie a réduit le nombre de régions à 13 (au lieu de 19 comitats., avant) ; l’Irlande a 4 provinces ; la Lettonie a 5 régions ; la Lituanie a 5 régions ; le Luxembourg a 5 régions ; Malte a 3 îles ; les Pays bas ont 4 régions ; la Pologne a 16 provinces (la voïvodie) ; le Portugal a 7 régions ; la République tchèque est divisée en treize régions (kraje) ; La Grande Bretagne a 14 régions ; la Slovaquie a 8 régions ; la Slovénie a 12 régions ; la Suède n’ pas de régions mais compte 21 comtés. La France, quant à elle, est divisée en 27 régions, dont 22 situées en France métropolitaine (en comptant la collectivité locale de Corse) et 5 régions d’outre-mer. Quant au rapport de la commission marocaine (CCR), il ressemble fort au modèle français. Puisque la France est un Etat unitaire et décentralisé. Les régions, tout en ayant le statut de collectivités territoriales, ne disposent pas d’autonomie législative, mais d’un pouvoir réglementaire limité. Et pourtant , le fonds monétaire international, sans qu’il soit contre la régionalisation, ne voit pas d’un bon œil la multiplication des administrations : centrale, régionale, provinciale et locale. Car, la multiplication des élus, des fonctionnaires et des administrations génère un coût énorme et engendre des problèmes économiques pour les états: exemple : Grèce, Espagne, Portugal, Irlande etc. Et on voit bien que la Commission(CCR) a probablement commis une erreur d’appréciation et d’analyse . Est-ce dû au manque d’expérience en matière de régionalisation, comme le suggèrent certains observateurs ? En tout cas, la commission (CCR) a par exemple proposé 12 régions alors que les observateurs suggèrent 4 régions maximum au Maroc. La CCR a scindé purement et simplement la région de l’Oriental en deux (erreur). On ne peut appliquer au Maroc une méthode importée de régions et de pays lointains ayant connu des réalités différentes de celle du Maroc. Le mimétisme est synonyme d’échec. Le Maroc n’est pas la France qui est un pays industrialisé et bénéficie de l’aide de l’Union européenne, et ne doit pas prévoir un budget pour la traduction. La France a une seule langue officielle, malgré ses 75 langues auxquelles aurait pu s’appliquer la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires. C’est pourquoi il faudrait un modèle maroco-marocain.[

La Bulgarie a 28 « oblasti», et la Roumanie s’étend sur plusieurs régions appartenant à des pays voisins. La Roumanie, l’Allemagne ou l’Italie ont connu des guerres et des processus d’unification progressifs et compliqués et reçoivent actuellement une manne de l’Union européenne. Au Maroc, c’est une autre histoire. D’où la piste la plus plausible dans ce beau pays ; est de fusionner des régions existantes et de maintenir d’autres telles quelles. J’ai pour ma part une proposition modeste ; à savoir la création de maximum 8 régions. Le Maroc pourraient ainsi engranger des économies substantielles avec des régions fortes, et réduire son déficit et ainsi faire face à l’avenir et aux défis du siècle : associer les MRE dans la gestion des régions, enrayer le chômage des jeunes, généraliser l’infrastructure de base dans régions isolées, diminuer la criminalité, faire face au vieillissement de la population , augmenter la qualité de l’enseignement , renforcer l’énergie alternative et la protection de l’environnement, améliorer la gouvernance territoriale, moderniser les structures de l’Etat et promouvoir le développement économique, social et culturel.

NB
A partir du moment où les régions seront fonctionnelles au Maroc, les provinces et les agences de développement devront disparaître pour réduire les dépenses. Le Maroc sera doté d’une régionalisation saine qui abolira le communautarisme et le régionalisme (atta ifiya) qu’on voit apparaître dans certains pays européens et dans le monde : en Italie : avec la Ligue du Nord, en Belgique avec la NVA, en Suisse, en Inde, en Afrique du Sud, et au Canada, etc…

Car, du fait même de l’unicité et de la continuité historique plus que millénaire du Maroc et du fait du haut degré de brassage et d’intégration de ses populations, la délimitation des nouvelles régions doit rester ouverte au débat citoyen et n’être opérée que sur la base de critères objectifs :

cohésion sociale, fonctionnalité économique ; conception de la régionalisation chez les MRE, pôles de développement intégré ; relations et interactions dynamiques, actuelles et prévisibles entre les populations concernées. Et toute nouvelle configuration n’a à souffrir ni de pesanteurs historiques incontournables, ni de contraintes particularistes préjudiciables à la rationalité et à la fonctionnalité sciemment recherchées.

Voici une proposition de découpage à soumettre à la société civile marocaine et aux Marocains du monde. Tout découpage doit respecter :

  • le nombre maximum de 8 régions viables, et la consécration des principes directeurs de la régionalisation marocaine :

L’unité nationale et territoriale, l’équilibre, la solidarité et la pratique démocratique ;

L’élection des conseils régionaux au suffrage direct et droit des pétitions (tout en maintenant la place qui revient aux MRE comme stipulé dans la Constitution) ;

Principes de libre administration et de subsidiarité ;

Le transfert de l’exécutif de ces conseils à leurs présidents ;

Le Conseil régional servira de collège pour l’élection à la Chambre des Conseillers.

Les 8 régions :

 REGION N°1.Laayoune-Boujdour-Sakia El Hamra –Oued-Eddahab-Lagouira

Fusion entre deux régions

La région de Laâyoune-Boujdour-Sakia El Hamra, occupe la partie centrale des régions sahariennes, limitée au Nord par la région de Guelmim-Es-Semara, au Sud par la région Oued Ed-Dahab-Lagouira, à l'Est par la Mauritanie et à l'Ouest par l'Océan. Elle s'étend sur une superficie de 139 480 km2 soit 19,62% de la superficie nationale.

Administrativement, la région comprend la wilaya de Laâyoune et la province de Boujdour regroupant 14 communes dont 4 municipalités (Laâyoune, El Marsa, Tarfaya et Boujdour).

 Oued-Eddahab – Lagouira

Avec ses 36.751 habitants, dont 31.148 d'urbains, la région de Oued Ed-Dahab - Lagouira est la moins peuplée du Royaume. Elle comprend une province : Oued Eddahab et une préfecture (Awsard)
Près de 30 % de la population de cette région sont âgés de moins de 15 ans.
Le secteur tertiaire emploie 54 % de la population active, le primaire, lui en occupe 34,5 %.
32,1 % des citoyens de cette région sont des fonctionnaires et 13,1 % sont dans le commerce.

REGION N°2 .Guelmim-Esmara : région maintenue telle quelle.

Limitée au Nord par la région de Souss-Massa-Drâa, au Sud par la région Laâyoune-Boujdour-Sakia El Hamra et la frontière Mauritanienne, à l'Est par la frontière Algérienne, l'Océan Atlantique et la région Laâyoune-Boujdour-Sakia El Hamra à l'Ouest, la région Guelmim Es-Semara s'étend sur une superficie de 133 730 km2 , soit 18,8 1 % de la superficie nationale.

Administrativement, la région est constituée de cinq provinces : Guelmim, TanTan, Assa-Zag, Tata et Es-Semara, regroupant 60 communes dont 11 urbaines et 49 rurales

REGION N°3 . Gharb-Cherarda-Beni Hsan – Rabt-Salé-Zémmour-Zaïr

Fusion entre deux régions

Issue de l'ancienne région économique Nord-Ouest, la région du Gharb-Chrada-Beni Hsan couvre une superficie de 8.805 km2, soit 1,2% de la superficie totale du pays et comprend deux provinces : la province de Kénitra (4.745 km2) et la province de Sidi Kacem (4.060 km2. Ces deux provinces sont subdivisées e 61 communes rurales et 12 communes urbaines.

Elle est limitée au Nord par la région de Tanger Tétouan, au Nord-Est par la région de Taza-Al Hoceima-Taounate, au Sud-Est par la région de Fès-Boulmane et la région de Meknès-Tafilalt, au Sud par la région de Rabat-Salé-Zemmour-Zaër et à l'Ouest par l'Océan Atlantique 

  • Rabat-Salé-Zemmour-Zaër

Avec près de 2 millions d'habitants, dont près des trois quarts sont urbains, la région de Rabat-Salé-Zemmour-Zaër est constituée de 3 préfectures (Rabat, Salé, Skhirat-Témara) et de la province de Khemisset.
Le taux d'urbanisation de cette région (78,6 %) dépasse largement la moyenne nationale (51,4 %). Le secteur tertiaire domine l'activité économique (56 % d'emplois) et le quart de la population (25,2 %) travaille dans le secteur secondaire.

REGION N°4. Taza-Taounate-Al Hoceima – Tanger- Tétouan: fusion entre 2 régions

Avec 6,6 % de la population totale du pays, soit 1.719.837 habitants, la région de Taza-Taounate-Al Hoceima comprend trois provinces : Province d'Alhoceima, province de Taza et province de taounat, et se distingue par son caractère rural (21,6 % d'urbains). Lesecteur primaire domine l'activité économique de la région (près de 70 % de lapopulation active). Viennent ensuite les secteurs tertiaire et secondaire avec respectivement 19 % et 9,6 %.

Tanger-Tétouan
La région de Tanger-Tétouan regroupe deux Wilayas : Wilaya de Tanger-Asilah, avec une Préfecture : Fahs-Bni Mkada et Wilaya de Tétouan avec une préfecture : Préfecture de Tétouan et deux provinces : Province de Chefchaouen, et province de Larache. Sur une population de 2.036.032 d'habitants (7,8 % de la population totale), le monde urbain prédomine (1.137.963) soit 55,9 %.
La principale activité économique est représentée par l'agriculture, l'élevage, la forêt et la pêche (43,5 %) suivis du commerce (14,4 %) et de l'industrie et l'artisanat (13,7 %).

REGION N°5. Meknès-Tafilalet – Fès-Boulemane
Fusion entre deux régions

Formée des préfectures Meknès-El Menzeh et Al Ismaïlia et de quatre provinces (El Hajeb, Ifrane, Khénifra et Errachidia), la région Meknès-Tafilalet avoisine les deux millions d'habitants, moitié rurale et moitié urbaine.
L'activité économique de cette région reste dominée par le secteur tertiaire (43,2 %). Le milieu rural y représente près de 76 %.

Fès-Boulemane

Constituée d' une préfecture (Fès- Dar-Dbibegh),et de trois provinces (Boulemane, Sefrou et Moulay Yacoub), la région de Fès-Boulemane se distingue par une population aux deux tiers urbaines : 913.888 d'urbains sur un total de 1.322.473 d'habitants. Les secteurs tertiaire, secondaire et primaire détiennent respectivement 38,7 %, 33.,4 % et 26,1 % de l'activité économique de cette région.

REGION N°6. Souss-Massa-Draa – Tadla –Azilal-Chaouia-Ouardigha-

Fusion entre trois régions
-
Souss Massa Draa

Bordée par l'Océant à l'Ouest, la région de Guelmim-Smara au Sud, et par la régions de Marrakech-Tensift-Al Haouz et de Tadla-Azilal au Nord, à l'Est par l'Algérie et la région de Meknès-Tafilalet, la région de souss-Massa-Draâa s'étend sur une superficie de 70 880 km2, soit 9,9% de la superficie totale du Maroc.

Elle regroupe, sur le plan administratif, la wilaya d'Agadir (les préfectures d'Agadir Ida Outanane, d'Inezgane Aït Melloul la province de Chtouka Aït Baha) et les provinces de Tiznit, Taroudant, Ouarzazate et Zagora

  • Tadla-Azilal

La région de Tadla-Azilal regroupe les provinces de Béni-Mellal et Azilal et compte près de 1,3 millions d'habitants, avec une population urbaine représentant la moitié de celle rurale.
L'agriculture représente la principale activité économique (près de 60 %) alors que 10,6 % de la population sont employés dans le commerce, contre un peu moins de 7 % dans l'industrie et l'artisanat.

  • Chaouia-Ouardigha

Avec 1.554.241 habitants, dont près d'un million de ruraux et 594.812 urbains, la région de Chaouia-Ouardigha est formée de trois provinces (Settat, Benslimane et Khouribga).
Le secteur primaire domine l'activité de cette région avec l'emploi de près de la moitié de la population active. Les secteurs tertiaire et secondaire détiennent les proportions suivantes : 33,4 % et 17,1 %

REGION N°7. Marrakech-Tensift-Al Haouz –Doukkala-Abda-GrandCasblanca

Fusion entre trois régions

La région de Marrakech-Tensift-Al Haouz, l'une des 16 régions du Royaume, fut crée suite à la promulgation de la loi n° 47/96 relative à l'organisation de la région et au décret n° 2.97.246 du 17 août 1997 fixant le nombre des régions, leur ressort territorial ainsi que le nombre de conseillers à élire.

Géographiquement, la région est limitée au Nord par les Régions de Chaouia Ouardigha et Doukkala-Abda, à l'Ouest par l'océan atlantique, à l'Est par la Région de Tadla-Azilal et au Sud par la chaine montagneuse du Haut Atlas (Région Souss-Massa-Daraâ).

Elle s'étend sur une superficie de 32114 km2, soit l'équivalent de 4,5% du territoire national.

Administrativement, la Région comprend 3 Préfectures (Marrakech Menara, Marrakech Medina, et Sidi Youssef Ben Ali) et 4 Provinces (Al Haouz, Chichaoua, Kelâat Es-Sraghna, Essaouira); soit 16 Cercles englobant 216 communes (198 communes rurales et 18 communes urbaines) soit à peu près 14% de l'ensemble des communes à l'échelon national.
En 1994, la population de cettte région a été de 2.724.204 habitants soit 10% de la population nationale, avec une densité démographique de 85 habitants par km2 contre 36,6 habitants par km2 pour l'ensemble du pays.
En 1997, l a population de cette région était estimée à 2.832.000 habitants dont 36,8% de population urbaine. (on attend les chiffres de 2011 et 2012)

  • Doukkala-AbdaLes provinces d'El Jadida et de Safi sont les deux composantes de la région Doukkala-Abda, avec une population de 1.793.458 habitants, dont les deux tiers vit en milieu urbain.
    L'agriculture et ses dérivés occupent 56,6 % de l'activité économique de cette région. Cette proportion est respectivement de 24,1 et 15,5 % pour les secteurs tertiaire et secondaire
  • Grand CasablancaAvec plus de trois millions d'habitants, dont seulement moins de 150.000 ruraux, la région du Grand Casablanca, qui regroupe 8 préfectures (Casablanca-Anfa, Aïn Sebaa-Hay Mohammadi, Aïn Chok-Hay Hassani, Ben Msik-Sidi Othmane, Al Fida-Derb Soltane-Al Mechouar de Casablanca, Sidi Bernoussi-Zenata et Mohammedia) est un centre urbain par excellence.
    L'activité économique de la région est dominée par le secteur tertiaire (54,6 % des emplois), suivi du secondaire (40,5 %).
    Près du tiers de la population de cette région (30 %) sont des jeunes de moins de 15 ans. Pour la tranche d'âge 15-59 ans, 63,5 % sont en âge d'activité, alors que le 3ème âge (60 ans et plus) représente 6,5 % de la population.

En matière d'habitat, le milieu urbain est dominé par le type marocain (moderne ou traditionnel), qui loge 60,2 % des ménages de la région. 47 % de ces ménages sont des locataires et plus du tiers est propriétaire de leur logement, en milieu urbain. Dans le monde rural, 81 % des ménages sont propriétaires (51,3 %) ou logés gratuitement (29,7 %). Quant au pourcentage des logements reliés au réseau public de distribution de l'eau courante, il se situe autour de 82,5 % des ménages en milieu urbain et de 6,4 % en milieu rural. S'agissant de l'électricité, les ménages qui en bénéficient s'élèvent à 85,1 % en milieu urbain et à 17,7 % dans le monde rural. Concernant la taille moyenne des ménages de la région, elle est de 5,4 personnes (5,4 dans les villes et 5,5 personnes dans les campagnes). L’indice synthétique de fécondité (nombre moyen d'enfants par femme) est de l'ordre de 2,2 enfants dans cette région. Ce chiffre demeure très faible par rapport à celui relevé au niveau national (3,3 enfants) et s'élève à 3,3 rural contre 2,2 dans les agglomérations urbaines

REGION N°8. L'Oriental

Région maintenue telle quelle
La première région à enregistrer le plus grand de MRE dans le monde, et rien qu’en Allemagne plus de 85% sont issus de l’Oriental. Cette région de cinq provinces (Jerada, Berkane, Taourirt, Figuig, Nador) et de la préfecture d'Oujda-Angad, sera maintenue telle quelle. La région de l'Oriental compte 1.768.691 habitants dont 975.978 citadins.
Le secteur tertiaire arrive en tête, en termes d'emploi, avec 42 % de la population active, suivi du primaire (34 %) et du secondaire (21,4 %).

L’ouverture des frontière maroco-algériennes est attendue avec impatience.

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*.[La constitutionnalisation du CCME (Conseil de la Communauté Marocaine à l’Etranger, article 163). Et l’article 17 précise que les « Marocains résidant à l'étranger jouissent des droits de pleine citoyenneté… »]

** La caisse de compensation isole les prix locaux des produits de première nécessité comme le pétrole et la farine, par exemple, de leurs prix internationaux. L’Etat fixe un prix raisonnable et paie l’écart

***Le coût de la traduction au sein de l’Union européenne est estimé à 300 millions d’euros par an, soit 0,60 euro par citoyen de l’UE et par an. En 2011, la DG Traduction a traduit 2,11 million de pages, dont 72 % ont été traduites en interne et le reste par des sous-traitants. Une page correspond à 1 500 signes dactylographiés, espaces non comprises.

BELHALOUMI Abdelrhani

Le Maghreb et les pays sahélo-sahariens « le cen-sad »

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« Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font du mal, mais par ceux qui regardent et refusent d’agir », Albert EINSTEIN.

Autant la période qui allait des années 20 aux indépendances était pour les nationalistes maghrébins profondément imprégnée d’une solidarité et d’une culture « régionale » commune, autant l’histoire postcoloniale du Maghreb sera par la suite celle de la fragmentation de cette culture et de la destruction de l’espoir qui la portait.

Les élites dirigeantes maghrébines postcoloniales qui ont mené jusqu’à son terme ce travail de sape et de démantèlement de projets d’intégration socio-économique, politique, culturelle maghrébine qui réunissaient toutes les conditions de «faisabilité» ne partagent-elles avec l’ancienne puissance coloniale, l’entière responsabilité de cet échec ? Hegel avait écrit quelque part : « tu ne peux pas être au dessus de ton temps, tu seras au mieux de ton temps ». Les élites maghrébines n’ont-elles pas présenté dans ce domaine « le pire », en étant en de ça de leur temps.

Le conflit algéro-marocain

Le caractère de développement de plus en plus large des événements politiques au Maghreb (Tunisie et Libye) et au Sahel vont-ils imposer enfin à tous les acteurs de cette région, de quelque tendance que ce soit, une adaptation et une évolution suivies de nouvelles approches à l’égard des conflits que les pays du Maghreb et du Sahel connaissent.

Ainsi, nous invitons ces pays à se positionner au premier rang des évolutions des événements, à s’orienter au changement, à proposer des idées, à anticiper les tendances en cours afin d’élaborer des nouveaux « produits » pour les problèmes auxquels ils sont confrontés, notamment pour les deux thèses présentes en ce moment par rapport au problème de soi-disant Sahara «occidental » qui avait été crée de toutes pièces au sud-ouest du Maghreb : l’autodétermination ou l’autonomie ?

L’autodétermination

La première thèse qui est en faveur de l’autodétermination risquera d’aboutir à une atomisation à l’infini de tout le Maghreb qui forme un puzzle composé de nombreuses minorités (kabyles, touaregs, sahraouis, et autres ethnies…), faisant le jeu du grand capital. Ainsi, aucune de ces ethnies qui ne peut se suffire à elle-même, devient une particule du marché mondial dépendant des meneurs de jeu, seuls bénéficiaires de ce morcellement et de cette désintégration des grands ensembles. Les mouvements insurrectionnels actuels des touaregs (AZWAD) au sud de l’Algérie et au nord du Mali où l’or noir abonde, expliquent bien cela.

Nous avons là une illustration de la politique de désarticulation, de division des problèmes et des solutions du Sahara qui couvre les pays du Maghreb et du sahel. Cette politique fait courir de grands risques à ces derniers et à tout l’espace méditerranéen ; d’autant plus qu’une grande partie des richesses minières et stratégiques de l’espace du Maghreb et du Sahel se trouvent dans le vaste désert annexé de facto à l’Algérie naguère française, légataire privilégié, mais en même temps fragile, du colonialisme français. Donc, gare à la scène de l’« arroseur arrosé ».

Dans ce contexte géopolitique et stratégique complexe plus que délicat, il n’est pas de doute de considérer que des deux conflits, d’abord algéro-maroco-sahélien à l’Ouest, ensuite israélo-palestinien à l’Est du bassin méditerranéen, dépendra le sort du monde entier. Ce n’est pas la première fois d’ailleurs que les intérêts de l’Occident en général et de l’Europe en particulier dans la méditerranée sont agités dans les pays arabo-sahéliens. Cette région où les matières premières stratégiques abondent, met en communication trois continents et trois mers. C’est pour cela qu’elle a été à des époques différentes, la scène où se sont déroulés des événements politiques et religieux qui ont renversé le cours de destinées de l’univers.

L’autonomie

La deuxième thèse correspond à l’autonomie. En tenant compte de l’état politique actuel du Maghreb et des pays du Sahel, cette thèse paraît la plus acceptable et la plus équitable pour toutes les parties concernées par ce conflit. Le bassin méditerranéen dont la pierre angulaire est le Maghreb, n’a pas seulement une bordure européenne économiquement développée au nord et une bordure africaine en voie de développement au sud, il en a également une troisième à l’Est qui est celle du Moyen orient  où les problèmes géopolitiques sont extrêmement graves et conflictuels.

C’est pourquoi, nous estimons indispensable pour les élites maghrébines et sahéliennes de bonne intention ; intellectuels, artistes, mass média, industriels, sociétés civiles, associationnistes et autres, de prendre part à ces évolutions en décidant de se mobiliser et d’être présents à tous les niveaux des réseaux d’information et de décisions pour métamorphoser le sens stratégique de la toile des politiques actuelles de leurs pays respectifs pour aboutir à une communauté géographique saharienne pacifique, stable, faisant l’objet de zone de paix et de pont de liaison entre le Maghreb et les pays subsahariens.

Toutefois, toute cette zone qui ressemble à un « sandwich » (entre le Maghreb au nord et les pays du sahel au sud, il y a un immense espace saharien qui est extrêmement riche en matières premières stratégiques) est soumise, d’une part aux appétits des « prédateurs » du grand capital , et d’autre part aux pressions démographiques où les jeunes qui constituent l’écrasante majorité de la population (45% d’africains ont moins de 15ans), forment la catégorie la plus exposée au chômage, au mal-être et surtout à la drogue, au terrorisme et à la tentation de l’émigration.

Il convient de rappeler par ailleurs que sans un Maghreb et un Sahel économiquement intégrés et forts, l’Europe ne connaitra jamais de quiétude et l’Afrique ne pourra jamais occuper la place qui lui échoit sur la scène internationale telle qu’elle avait été rêvée et voulue par Mohamed V, Gamal ABDEL NASSER, Ahmed SEKOU TOURE, Kwamé N’KRUMAH, Patrice LUMUMBA, Modibo KEITA, Hamani DIORI, Cheikh ANTA DIOP, Amadou Hampâté Bâ, ensuite Ahmed BEN BELLA et j’en passe et des meilleurs.

CHATAR Saïd

Les MRE, « Vaches à lait » et improbables citoyens

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Les MRE, « Vaches à lait » et improbables citoyens
Par : Mohammed MRAIZIKA
(Chercheur en sciences sociales, Consultant en Ingénierie Culturelle)
De tous les quolibets qu’ont eu à subir les MRE, celui de « Vaches à lait » semble traduire la place qu’ils occupent dans les stratégies et les politiques publiques nationales et résumer l’image et la représentation qu’ils suggèrent. « Vaches à lait » les MRE le sont depuis toujours, contre vents et marées et en dépit des crises et des évolutions. Mais le resteront-ils longtemps ? N’est-il pas opportun aujourd’hui de développer et de promouvoir d’autres rôles et fonctions aussi stratégiques et nécessaires à l’essor de leur pays ?

Être ou ne pas être des « vaches à lait »
Être des « vaches à lait », dans le cas des MRE, ce n’est pas une vocation ou prescription religieuse, c’est plutôt une affaire d’hommes et de femmes d’honneur, responsables, courageux et volontaires, fidèles à leurs racines. L’histoire des MRE est une épopée héroïque, construite avec de la sueur, du sacrifice, du courage et de l’abnégation par des générations d’immigrés qui, depuis plus d’un demi-siècle, œuvrent pour que vivent dignement et honnêtement ceux qu’ils ont laissés au pays et pour que celui-ci se développe et prospère en toute quiétude.

Combien de villages et de bourgs sont sortis de terre en lieu et place de taudis et d’habitats indignes grâce à leur contribution ? Combien de familles y vivent grâce à leurs transferts ? Combien d’agents ou de prometteurs immobiliers (honnêtes ou véreux) se sont enrichis sur leur dos ?

L’emprunte des MRE est visible et bénéfique partout et jusqu’aux zones les plus reculées du territoire national. Leurs actions de solidarité et les initiatives généreuses de leurs associations sont louées et attendues. Cette contribution, humaine, économique et sociale s’impose aujourd’hui au pays comme une bénédiction divine, qu’il pleuve ou qu’il neige. Elle est conséquente : 58,5 milliards de dirhams en 2011 (chiffre de l’Office des changes).

Que dire de leur contribution à la prospérité des pays d’accueil ? Les charbonnages de France, les usines Renault et Peugeot, les mines du Nord et le Métro parisien, les tunnels et les ponts, les champs et les serres, les voieries et les ordures des villes européennes les plus denses, en savent quelque chose.

Que dire encore de leur apport à la libération de pays européens du joug de l’occupation ? Les champs de bataille, les cimetières militaires de France et de Navarre gardent les traces et les souvenirs de leurs faits d’armes les plus émouvants et les plus héroïques.

Mais, là où la déception et l’écœurement se transforment en colère, c’est lorsqu’il est donné de constater que tous ces sacrifices, ces apports et contributions ne sont ni reconnus (montée de la xénophobie et de l’exclusion en Europe, scores importants de partis extrémistes), ni récompensés à leur juste valeur.

Que sont devenus tous ces contingents de MRE, ces retraités et ces sans papiers expulsés comme des « sous-hommes », ces chômeurs et ces saisonniers victimes de rejet et de discriminations ? A-t’on pensé à eux, à leur reclassement et à leur intégration après leur retour volontaire -ou forcé- au pays ? N’est-il pas judicieux d’investir une partie des transferts MRE dans des secteurs socio-sanitaires et dans des structures d’accueil  adaptées (maisons de repos, foyers, centres de formation et d’enseignement des langues d’origine) ?

Aujourd’hui, certains responsables marocains se plaisent à tenir Colloques et Conférences pour discourir sur les vertus du « réseautage » et l’apport des compétences MRE. Ils alignent les chiffres de leurs transferts, surveillent les courbes et prient pour que celles-ci progressent. Mais, lorsque ces mêmes responsables sont interpellés au sujet de l’usage que font certaines institutions (notamment bancaires) de l’argent des MRE, sur le coût exorbitant de leur transfert, ou encore au sujet de l’accès des MRE à l’exercice effectif des droits civiques et constitutionnels, ils s’énervent et se hasardent à minimiser ces apports voire à ramener toute la question de l’apport MRE à une simple « action d’aide et de solidarité familiale ». Cette conception est plus que douteuse ; elle est irrespectueuse et dangereuse car elle porte en elle les germes de la déliquescence des relations et des liens MRE-Maroc.

Etre ou ne pas être citoyens
Comble du paradoxe, pour ne pas dire de l’amateurisme politique et de l’inconscience, plus de 4 millions de marocains sont écartés de l’exercice effectif de la citoyenneté. Le plus pessimiste d’entre les MRE pourrait (avec un peu d’humour) répliquer : A-t-on déjà vu des « vaches à lait » éligibles et électrices ? A-t’on déjà vu des « vaches à lait » faire grève ?

La citoyenneté ne se mesure pas à l’aune de la contribution économique individuelle. L’époque du suffrage censitaire est bien révolue. Être citoyen ne se réduit pas à la possession d’une carte électorale ou à un vote occasionnel par une procuration imposée. Etre citoyen, c’est faire partie d’une Nation dans laquelle l’individu et le groupe ont des droits et des devoirs clairement définis et respectés. Etre citoyen, c’est se sentir impliqué et responsable, c’est prendre part à l’élaboration des politiques publiques qui engagent l’avenir de son pays. Ne pas l’être, ou l’être virtuellement (cas des MRE) c’est se sentir « moins que rien », c’est être quelqu’un de seconde zone, bon à mourir à la tâche, à économiser et à transférer.

Le passage des MRE de simples « vaches à lait » au statut de citoyens est aujourd’hui une nécessité impérieuse, une question de justice et de bonne gouvernance. Ce passage serait l’une des révolutions « mentales » et évolutions politiques les plus marquantes de cette nouvelle législature (2011-2016).

La valorisation du statut politique des MRE serait en effet le déclencheur d’une dynamique incomparable qui drainerait vers le pays les réalisations les plus originales et les projets les plus nécessaires à son essor économique. Rendre effectifs leurs droits constitutionnels, c’est donner aux MRE les outils et la crédibilité indispensables pour pouvoir jouer leurs rôles dans tous les processus en cours, c’est leur permettre d’occuper une place privilégiée dans les relations internationales en qualité d’acteurs déterminants et influents.

A-t’on vraiment conscience, dans notre pays, de l’apport que la « diaspora marocaine » pourrait avoir, en ces périodes mouvementées, dans la défense des causes et intérêts supérieurs du pays ?
Il est incroyable de voir un pays, qui se bat pour relever des défis majeurs et décisifs pour son développement et sa démocratisation, brider les initiatives et les compétences de milliers de MRE pour des raisons de basse politique qui ne procèdent que de faux calculs et ne s’appuient que sur des arguments (sécuritaires, logistiques) fallacieux.

Celui qui a tué la « poule aux œufs d’or » par simple cupidité, par avidité et par curiosité, car pressé de gagner plus en peu de temps, l’a appris à ses dépens. Ceux qui déploient aujourd’hui les stratagèmes les plus variés, pour inciter le MRE à économiser toujours plus et à envoyer le plus d’économies qu’ils peuvent, doivent méditer cette maxime de « la poule aux œufs d’or ». Car, en effet, à force de les essorer et les presser, sans considération, ces « vaches à lait», vont tarir. A-t-on déjà vu des « vaches à lait » éternellement grasses ou indéfiniment généreuses ?

En définitif. Il n’y a pas et n’y aura pas d’incompatibilité entre le rôle des MRE en qualité de contributeurs stratégiques à l’essor économique du pays et celui d’acteurs politiques pleinement impliqués dans la construction de l’Etat de droit auquel aspire le pays..

Bien au contraire, l’harmonisation des politiques publiques les concernant et la consolidation des liens entre ces deux rôles –investisseur et citoyen-, le renforcement des « capacités» des ONG-MdM, constituent LA condition première pour l’émergence d’une véritable force « diasporique » capable d’agir, de défendre et de promouvoir à travers le monde les causes et les intérêts nationaux.

Rendre possible l’accès des MRE à l’exercice normal et actif de la citoyenneté, c’est l’une des voies idoines et stratégies « gagnant-gagnant », à même de donner aux MRE les outils politiques, juridiques et psychologiques qui leurs sont nécessaires pour pouvoir défendre ou sauvegarder leurs propres intérêts et droits (cultuels, culturels, socio-économiques) dans les pays d’accueil. Il serait dommage de se priver de cette voie et de cette stratégie en ce temps incertains.

Par : Mohammed MRAIZIKA
(Chercheur en sciences sociales, Consultant en Ingénierie Culturelle)

Communiqué de presse : 7 mai 2002 – 7 mai 2012

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Il y a dix ans, le racisme et l’extrême droite ont tué mes parents

Le 7 mai 2002, vers 4h du matin, un double homicide secoue la commune de Schaerbeek, à Bruxelles. Mes parents, Isnasni Ahmed (47 ans) et El-Hajji Habiba (45 ans), sont assassinés par un individu connu pour son adhésion aux thèses de l’extrême droite et sa proximité avec Johan Demol (élu du Vlaams Blok devenu Vlaams Belang). Avant de se donner la mort et périr suite aux émanations des flammes de l’incendie qu’il a lui-même provoqué dans tout l’immeuble du 121 rue Vanderlinden, l’assassin, Hendrik Vyt, un homme de 79 ans, avait également tiré sur mes deux petits frères, Yassine et Walid. Entre la vie et la mort, ils avaient dû être hospitalisés. Mobile du crime : racisme.

Pour rappel, l’assassin avait déclaré la veille de son crime : « Puisque que Pim Fortuyn a été tué, puisque le Pen n’a pas été élu au second tour, nous allons nous débarrasser de ça nous-mêmes avec une kalachnikov ». Le message était clair…

Une action en justice avait été introduite contre X pour non-assistance à personne en danger. En cause : des soupçons de manquements au niveau des services de police et du Fonds Régional du Logement. Aujourd’hui, 10 ans plus tard :

● Je n’ai toujours pas pu obtenir de reconnaissance auprès des instances judiciaires. L’instruction s’est soldée par un non-lieu. Avec tous les éléments recueillis, j’ai la conviction qu’un tel drame ne peut être le simple fruit du hasard.

● Comme en 2002 lors des élections présidentielles françaises, l’extrémisme de droite se renforce et propage son message de haine à travers toute l’Europe.

● Comme en 2002 lors de la publication du rapport de l’Observatoire européen des Phénomènes Racistes et Xénophobes de Vienne, l’islamophobie est une réalité et trouve sans cesse de nouveaux espaces d’expression. Le dernier rapport d’Amnesty International, rendu public le 24 avril 2012, indique clairement une montée des discriminations envers les musulmans en Europe et particulièrement en Belgique, en Espagne, en France, aux Pays-Bas et en Suisse.

Ce drame a bouleversé ma vie, mais je me suis relevée et j’ai résisté car je n’accepte pas cet état des lieux. Je n’accepte plus ce climat d’exclusion et de discriminations. Je n’accepte plus ce racisme banalisé et cette passivité générale qui nous empêchent de nous rassembler autour des vrais enjeux : les questions de justice sociale, d’accès à l’enseignement et à l’emploi. Ces questions requièrent la mobilisation de tous et sans que personne n’en soit exclu.

Ma résistance a été de me lever au nom de ce que je suis contre ce qui a détruit ma famille. Ma résistance consiste à oeuvrer en faveur d’un monde meilleur pour les générations futures. Ma résistance consiste à prendre mes responsabilités et à agir contre toutes les formes de discrimination.

La Belgique d’aujourd’hui, je ne le reconnais plus. Ma Belgique, j’aimerais qu’elle m’écoute, qu’elle entende ma révolte, qu’elle me donne des réponses, qu’elle permette à chacun d’y trouver sa place. Au-delà des simples promesses liées aux échéances électorales, j’attends de notre gouvernement qu’il prenne des engagements fermes et des mesures fortes pour endiguer la montée du racisme et de la xénophobie.

Le recul de ces dix longues années passées à relever des défis a renforcé ma conviction et mon espoir que si un avenir meilleur est possible, il ne le sera pas sans la mobilisation de l’ensemble de la société.

En mémoire à mes parents, le 7 mai 2012, à 10h, je déposerai une gerbe de fleurs au pied de l’immeuble situé au 121, rue Vanderlinden à Schaerbeek. J’inviterai, à cette occasion, chaque citoyen à venir se recueillir tout au long de cette journée du 7 mai. Il s’agit d’un moment à la fois de commémoration et de recueillement, mais également de prise de conscience sur nos responsabilités respectives.

ISNASNI Kenza
Contact : GSM 0472 74 30 55/ Email : kenzaisnasni@gmail.com

Lettre à mes chers 569 Lepénistes du Maroc.

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Chers Lepénistes du Maroc,Permettez qu’un Bougnoul ose s’exprimer dans votre immaculée langue pour vous adresser cette missive. Ne vous en faites pas, vous ne serez pas contaminés par les virus que dégagera ma personne, puisque j’ai pris sept douches, me suis brossé les dents dix fois et gargarisé mille fois mon palais et mon gosier d’une lotion parfumée afin que vos beaux yeux bleus, en me lisant, ne soient pas infectés par les mots fétides d’un Marocanoïde.

Tout d’abord, je dois vous remercier, et remercier par la même occasion vos aïeux, de nous avoir colonisés, de nous avoir sortis de l’âge de pierre, de nous avoir montrés le chemin de la civilisation, du progrès, de la culture et du savoir vivre ; nous qui n’étions que de simples brebis galeuses, pleins de gale, et perdus sur une terre que nous ne méritons pas. Je vous demande, du fond du cœur, d’excuser tous les Bougnouls qui avaient manqué de décence, qui ont manqué de courtoisie et qui manquent encore de reconnaissance à votre égard. Vous nous avez sortis des ténèbres de l’ignorance, des noirceurs de l’analphabétisme et des abysses de la barbarie. Pour cela, et pour bien d’autres incommensurables services que vous nous avez rendus, vous avez gagné le droit de devenir nos maîtres. Vous l’êtes depuis le 30 mars 1912 et vous n’avez jamais cessé de l’être.

Ne faites pas attention, mes chers maîtres françaouiyines dianna (oh pardon, parfois des restes de ma langue barbare et rétrograde refont surface… J’en suis confus… Veuillez m’en excuser)… Je voulais dire Français de chez nous… Mais que dis-je encore ? Vous n’êtes pas chez nous ; vous êtes chez vous. C’est nous qui vivons dans le « chez vous marocain ». Oui, bien sûr.  

Il y a plus d’un siècle, en 1871, lors de la débâcle française face à la Prusse, des militaires français, tous plus royalistes que le roi, voyaient s’échapper leur rêve d’éterniser la monarchie en France. Ils décidèrent alors de colporter leurs idées dans un autre pays et ils jetèrent leur dévolu sur la Maroc où régnait, la siba, la dissidence, et où la monarchie était à l’agonie et appelait de tous ses vœux une aide étrangère pour ne pas disparaître. Vous fûtes les messies de la monarchie marocaine. Vous l’aviez sauvée des barbares qui voulaient sa mort. Depuis, vous avez eu droit de cité. Vos grands parents, à leur tête votre grandissime Lyautey, façonnèrent un Maroc à leur image et firent de vos descendants les véritables seigneurs de ce pays. Depuis 1912, un Français est mille fois plus protégé qu’un Marocain, mille fois plus respecté qu’un Marocain, mille fois plus dorloté qu’un Marocain. Grâce au traité d’Aix-les-Bains, sa langue a été déclarée langue du savoir et des élites. Le quartier dans lequel il réside est plus propre que les couloirs des hôpitaux publics. Les écoles où étudient ses enfants sont plus protégées que les banques. S’il lui arrive un accident de la route, c’est en hélico qu’il est évacué, c’est le ministre de la santé en personne qui lui rendra visite, c’est la plus haute autorité du pays qui prendra en charge son hospitalisation. S’il est un professeur, son salaire équivaudra celui de dix professeurs marocains. S’il est le PDG d’une société, son pouvoir surpassera celui d’un ministre. Ses enfants sont des princes et ses caprices sont des ordres. S’il s’avère être un pédophile, on ne le condamnera pas; on lui appliquera des petites tapes amicales sur les épaules et on lui dira bien gentiment, avec tout le respect dû à sa race : “Allez! Ne recommencez pas; et si c’est plus fort que vous, ayez l’obligeance d’être plus discret. » Bref, dans le pays des Bougnouls, le Français est roi et son vote est sacré, même s’il dépasse l’entendement.

Alors, de quel droit des Bougnouls s’offusquent-ils de vos votes Lepénistes ? Dites-le-moi, de quel droit ? Ne savent-ils pas, ces Bougnouls sales et mal éduqués, que vous êtes chez vous ? Ne savent-ils pas qu’il y a trop de Bougnouls au Maroc et qu’il faut voter Le Pen pour les chasser ? Ne savent-ils pas que le Maroc ne leur appartient plus, et qu’il faut qu’ils se cherchent une autre Palestine ? Ah, ces ignares de Bougnouls ! Il faut toujours leur expliquer ce qu’il faut faire ! En plus, ils ont la mémoire courte.  

Oui, mes chers Lepénistes du Maroc, les Bougnouls ont la mémoire courte puisqu’ils ont oublié que vous aviez déjà voté massivement Le Pen le père, et lui aviez permis de se placer deuxième au Maroc et de passer au second tour en France. Oui mes chers maîtres, si les Bougnouls l’ont oublié, moi le Bougnoulard de service, je leur rappellerai qu’en 2002, Jean-Marie Le Pen a été classé deuxième à Casa. Loin devant Jospin. Alors pourquoi les Bougnouls n’avaient-ils pas compris le message ? Pourquoi ne se décident-ils pas encore à rentrer chez eux, là-bas, en France ? Là où la monarchie est juste présidentielle ? Là où il n’y a plus de valeurs, plus de discipline, plus d’avenir ? Là où la race blanche est en voie de distinction ? Là où vos chères têtes blondes sont noyées dans l’océan des crânes noirs ? Là où les bons citoyens sont menacés par les terroristes, le niqab et la viande halal ?

Vous avez raison mes chers Lepénistes du Maroc, vous avez raison de voter FN, puisque vous êtes chez vous. Vous êtes mieux que chez vous ; vous êtes au Maroc.

Mokhtar Chaoui
écrivain.

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