LA TURQUIE ET LE MONDE ARABE

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« On connaît mal en Europe la politique de l’Orient, on lui suppose des desseins, elle n’a que des caprices, un avenir, elle n’a que le jour et le lendemain », LAMARTINE

 A la suite de la visite de Monsieur le Ministre des affaires étrangères du royaume du Maroc, S. EL OTHMANI, en Turquie, nous avons trouvé opportun de partager, dans la suite de ces lignes, notre point de vue avec le lecteur sur l’état de la politique actuelle de ce grand pays musulman par rapport aux mouvements insurrectionnels des masses populaires arabes.

Préambule

En s’opposant à l’intervention militaire en Libye, le Premier ministre turc en avait souligné les répercussions dévastatrices non seulement pour la Libye, mais aussi pour les pays intervenants. Ainsi, la Turquie qui avait demandé à assumer un rôle non-combattant dans le cadre de l’Otan, voulait montrer en échange qu’elle est attachée à promouvoir les « valeurs internationales », y compris la démocratie et les droits de l’homme.

D’abord, elle avait maintenu des contacts avec le leader libyen et lui avait proposé sa médiation avec l’opposition basée à Benghazi. Ensuite, elle avait suggéré à Kadhafi de nommer un président réjouissant d’un support populaire et tenant compte des intérêts légitimes de « tout le peuple libyen », et ce pour mettre fin à la crise. Et enfin, le Premier ministre turc changeait de ton en demandant à Kadhafi de quitter le pouvoir immédiatement. Il avait alors soutenu et encouragé le Conseil National de Transition dans sa lutte pour une Libye libre, démocratique et souveraine. Par ailleurs, les activités de l’ambassade turque à Tripoli furent temporairement suspendues et les relations avec l’opposition se sont progressivement développées. Pendant une conférence de presse commune avec le ministre turc des affaires étrangères, le 23 mai, M. Abdul-Jalil a remercié la Turquie pour son appui, y compris l’aide humanitaire et la contribution à la reconstruction de la Libye «post kadhafienne». Toutefois, la Turquie qui avait préféré d’abord la diplomatie et la médiation à l’utilisation de la force avait été violemment critiquée par ses principaux alliés occidentaux et par une partie de l’opposition libyenne.

Motivations de la politique extérieure turque

Quelles sont donc les motivations réelles de la politique extérieure turque, notamment au Moyen Orient ? Quelle est la stratégie de ses relations extérieures dans le contexte des mouvements insurrectionnels arabes ?

 La divergence de vues dans les orientations de la politique extérieure turque avec ses partenaires occidentaux ne date pas d’hier. On se souvient en effet du vote du mois de mars 2003 au parlement turc refusant le passage des troupes américaines sur le territoire de la Turquie vers l’Irak ou, plus récemment, le départ du premier ministre Erdogan au cours du débat du Forum économique à Davos après l’intervention du président Shimon Pérès sur les attaques israéliennes à Gaza (janvier 2009), la détérioration des relations turco-israéliennes après la controverse concernant la flottille pour Gaza (mai 2010) et le discours du président Abdullah Gül à l’Assemblé Générale des Nations Unies critiquant l’imposition des sanctions contre l’Iran (septembre 2010).

D’aucuns ont considéré que ce sont là des preuves d’une réorientation de la Turquie vers le Moyen Orient et d’une dérive vers l’Est.  D’autres, au contraire, ont apprécié les nouvelles orientations de la politique extérieure de la Turquie et de son rôle de liant entre le Moyen Orient et l’Occident.

Le changement significatif des priorités dans la politique étrangère turque a commencé avec la fin de la Guerre froide. La Turquie a saisi l’opportunité de ce contexte de contradictions d’intérêts géopolitiques pour devenir un acteur plus indépendant et de s’ouvrir envers ses voisins pour des priorités plus pragmatiques, commerciales et économiques. Ainsi, la politique extérieure turque qui a connu un nouvel essor, a changé de forme et de fond envers le moyen orient. En cherchant à renforcer son influence dans son voisinage et dans le monde, la Turquie qui bénéficie d’identités régionales multiples, croit avoir la capacité et la responsabilité de suivre une politique externe qui consiste à la résolution des conflits, à la paix et à la sécurité internationale lui permettant d’acquérir le statut de membre de l’U.E et de devenir une puissance politique et économique dans le monde.

En dépit de ses nombreuses initiatives de médiation entre les U.S.A et l’Iran, entre Israël et la Syrie, entre l’Irak et la Syrie, entre Israël et les palestiniens, entre le Hamas et le Fatah qui n’ont pas abouti à des résultats attendus ou ont été entravées par d’autres évènements (l’intervention d’Israël à Gaza de l’hiver 2008-2009, puis l’incident de la flottille pour Gaza en 2010, la Turquie reste le seul interlocuteur qui a la capacité de parler à toutes les parties aux conflits au Moyen Orient et contribuer au renforcement de son influence régionale et internationale.

Les relations entre Ankara et Jérusalem ont connu un grave tournant pendant les attaques israéliennes à Gaza en 2008 et ont atteint un point de crise sans précédent avec l’incident de la flottille en 2010. Malgré tous ces quiproquos, leurs intérêts continuent à converger jusqu’à un certain niveau. La Turquie a été le premier État musulman à reconnaître l’État d’Israël en 1949. D’autre part, l’histoire des relations entre les deux pays a été plutôt fluctuante, sauf pendant les années 90. La Turquie a beaucoup gagné sur le plan de l’opinion publique dans le monde arabe grâce à la « défense » de la cause palestinienne.

Le modèle de la Turquie et le monde arabe

En tant que pays musulman réjouissant d’une démocratie, d’un Etat de droit assez développé et surtout d’un essor économique, la Turquie pourrait représenter la projection logique de l’évolution positive des nouveaux régimes arabes au Maghreb et au Moyen Orient. La stabilité démocratique de la Turquie a été mise en valeur par les révoltes contre les régimes autoritaires dans la région. Et le respect du principe de la sécularisation pourrait servir comme exemple de tolérance et de modération face aux craintes des possibles émergences islamistes.

Un des éléments clé du mécanisme institutionnel de la Turquie qui pourrait servir d’exemple pour les nouveaux régimes arabes émergents est le rôle de l’armée. Celle-ci a été pendant une longue période « le gardien du régime » et a établi les limites de la pratique démocratique ». Le fondateur de l’État turc moderne, Mustafa Kemal Atatürk, a garanti la sécularisation à travers l’armée. Les militaires ont joué en effet une double fonction : l’impulsion pour la modernisation et la protection du régime contre les tentations de résurrection de l’État ottoman et l’islamisation. L’influence primordiale de l’armée s’est maintenue tout au long de la Guerre froide, mais dans les deux dernières décennies, elle a beaucoup diminué, suite aux critiques des alliés de la Turquie et avec l’arrivée au pouvoir de l’AKP. « L’équilibre délicat » entre les forces démocratiques et l’armée est néanmoins considéré comme une constante essentielle dans la construction et l’évolution de l’Etat turc moderne.

La tendance d’ouverture vers les milieux islamiques a été accentuée par l’AKP et le gouvernement Erdogan ; ce qui explique en partie la popularité du régime actuel turc dans la région. Toutefois, il faut noter que l’agenda de l’AKP n’est pas centré sur des préoccupations religieuses : avec sa plate forme politique, l’AKP est allé bien au-delà de la religion. Par son pragmatisme et son agenda socioculturel plus conservateur que religieux, l’AKP a développé des positions par rapport à des questions politiques et économiques essentielles qui préoccupent tous les turcs.

Certains analystes mettent en valeur les différences entre les États arabes et la Turquie. Leurs structures socioéconomiques et politiques ne sont pas les mêmes. Les sociétés arabes sont beaucoup plus religieuses et la Turquie d’aujourd’hui qui a encore en mémoire l’Etat hérité de l’empire ottoman est le résultat d’une longue évolution. Son développement économique qui n’est pas lié aux revenus du pétrole est donc plus durable. En outre, la Turquie et les Arabes n’acceptent pas facilement de parler d’un « modèle turc », à cause de l’impérialisme Ottoman.

Mais néanmoins, l’expérience de la Turquie pourrait représenter « une source d’inspiration » pour le monde arabe : les relations entre les militaires et la société doivent être gérées attentivement afin de garantir la stabilité et de permettre la création de l’espace démocratique, la construction progressive des institutions démocratiques, l’émergence des parties politiques, la formation des parlements représentatifs et surtout la garantie de la modération religieuse, l’essor de l’économie avec l’appui de l’industrialisation, les exportations et une répartition équitable des richesses. Tous ces processus doivent être étroitement encouragés, soutenus et accompagnés par les autres pays démocratiques, notamment l’U.E.

Les mouvements insurrectionnels arabes : opportunité ou menace ?

En dépit de la réaction tardive et ambivalente de la Turquie par rapport aux évènements dans les pays arabes, le gouvernement Erdogan considère qu’un monde arabe démocratique renforce la Turquie et confirme l’orientation stratégique de sa politique extérieure : les transformations au Moyen Orient sont vues comme un effet de la politique de la Turquie d’engagement des différents gouvernements et groupes politique. Le modèle turc de réconciliation entre l’islam, la démocratie et le développement économique a raffermi le « déficit insoutenable » entre les gouvernements et les peuples dans le monde arabe et montre la voie pour les réformes nécessaires; la réconciliation entre le Fatah et le Hamas est une résultante majeure de ce changement général. Les américains et les européens devront engager des acteurs considérés jusqu’à présent comme infréquentables, voire même terroristes, par exemple les Frères Musulmans en Egypte et en Syrie, le C.N.T en Libye, le Hamas en Palestine, le mouvement Ennahda en Tunisie, le P.J.D au Maroc…

Sur le plan économique, la Turquie pourrait être affectée directement par une possible diminution des exportations vers les pays en crise. Les exportations vers les pays du Moyen Orient représentaient en 2008 seulement 17% des exportations turques, en comparaison avec 48% vers l’UE ; mais il s’agit des transactions avec une balance commerciale nettement positive en faveur de la Turquie, ce qui n’est pas le cas avec l’Europe. En 2009, en pleine crise économique globale, le rapport entre exportations et importations vers le Moyen Orient avait doublé. D’autres relations économiques pourraient être également affectées à cause de l’instabilité, comme les investissements.

A la suite des mouvements insurrectionnels dans des pays très influents sur la stabilité interne de la Turquie, comme la Syrie par exemple, d’autres problèmes pourraient encore surgir. En effet, « d’un état d’une guerre non-déclarée » en 1998 à la suite des accusations d’appui au PKK, les deux pays se sont rapprochés en 2009 avec l’abolition des visas, la convocation des réunions des cabinets des ministres, la conduite des exercices militaires communs. Ainsi, avec le rapprochement entre Erdogan et Al-Assad, la Turquie peut donc avoir une influence sur la dynamique politique de Damas. L’augmentation de l’immigration vers la Turquie qui est l’un des résultats de la répression du régime Al-Assad s’accompagne de sérieuses pertes économiques.

La question kurde risquera de soulever des préoccupations majeures pour la Turquie, à cause de l’effet de contagion des soulèvements populaires des pays voisins. Dans ce contexte, les demandes soutenues par la popularisation de la question kurde à la suite du « Printemps arabe » dans la région deviendraient légitimes aux yeux du monde.

En guise de conclusion

Les changements des régimes et des gouvernements arabes posent des questions difficiles auxquelles doivent répondre adéquatement aussi bien la Turquie que le monde occidental. Toutefois, l’expérience gagnée par Ankara au cours de ses initiatives régionales au Moyen Orient est précieuse pour les États-Unis et l’Europe. Même si sa légitimité semble affaiblie par ses réactions ambiguës aux révoltes populaires arabes, la Turquie est mieux placée que les pays occidentaux pour passer les messages nécessaires aux gouvernements et aux masses arabes. D’où la question centrale : la Turquie saura-t-elle avoir une responsabilité dans le processus de paix israélo-palestinien.

En voulant préserver ses intérêts géopolitiques et économiques, la Turquie préférerait l’évolution à la révolution dans une région qui la concerne directement. Mais dans un Moyen Orient qui a toujours été difficile, elle voudrait occuper maintenant une place de leader dans le processus de démocratisation et de stabilisation du monde arabe. C’est pour cela que la Turquie et l’U.E se doivent d’agir de concert pour les mêmes objectifs.

CHATAR Saïd


Le Maghreb et les pays sahélo-sahariens « le cen-sad »

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« Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font du mal, mais par ceux qui regardent et refusent d’agir », Albert EINSTEIN.

Autant la période qui allait des années 20 aux indépendances était pour les nationalistes maghrébins profondément imprégnée d’une solidarité et d’une culture « régionale » commune, autant l’histoire postcoloniale du Maghreb sera par la suite celle de la fragmentation de cette culture et de la destruction de l’espoir qui la portait.

Les élites dirigeantes maghrébines postcoloniales qui ont mené jusqu’à son terme ce travail de sape et de démantèlement de projets d’intégration socio-économique, politique, culturelle maghrébine qui réunissaient toutes les conditions de «faisabilité» ne partagent-elles avec l’ancienne puissance coloniale, l’entière responsabilité de cet échec ? Hegel avait écrit quelque part : « tu ne peux pas être au dessus de ton temps, tu seras au mieux de ton temps ». Les élites maghrébines n’ont-elles pas présenté dans ce domaine « le pire », en étant en de ça de leur temps.

Le conflit algéro-marocain

Le caractère de développement de plus en plus large des événements politiques au Maghreb (Tunisie et Libye) et au Sahel vont-ils imposer enfin à tous les acteurs de cette région, de quelque tendance que ce soit, une adaptation et une évolution suivies de nouvelles approches à l’égard des conflits que les pays du Maghreb et du Sahel connaissent.

Ainsi, nous invitons ces pays à se positionner au premier rang des évolutions des événements, à s’orienter au changement, à proposer des idées, à anticiper les tendances en cours afin d’élaborer des nouveaux « produits » pour les problèmes auxquels ils sont confrontés, notamment pour les deux thèses présentes en ce moment par rapport au problème de soi-disant Sahara «occidental » qui avait été crée de toutes pièces au sud-ouest du Maghreb : l’autodétermination ou l’autonomie ?

L’autodétermination

La première thèse qui est en faveur de l’autodétermination risquera d’aboutir à une atomisation à l’infini de tout le Maghreb qui forme un puzzle composé de nombreuses minorités (kabyles, touaregs, sahraouis, et autres ethnies…), faisant le jeu du grand capital. Ainsi, aucune de ces ethnies qui ne peut se suffire à elle-même, devient une particule du marché mondial dépendant des meneurs de jeu, seuls bénéficiaires de ce morcellement et de cette désintégration des grands ensembles. Les mouvements insurrectionnels actuels des touaregs (AZWAD) au sud de l’Algérie et au nord du Mali où l’or noir abonde, expliquent bien cela.

Nous avons là une illustration de la politique de désarticulation, de division des problèmes et des solutions du Sahara qui couvre les pays du Maghreb et du sahel. Cette politique fait courir de grands risques à ces derniers et à tout l’espace méditerranéen ; d’autant plus qu’une grande partie des richesses minières et stratégiques de l’espace du Maghreb et du Sahel se trouvent dans le vaste désert annexé de facto à l’Algérie naguère française, légataire privilégié, mais en même temps fragile, du colonialisme français. Donc, gare à la scène de l’« arroseur arrosé ».

Dans ce contexte géopolitique et stratégique complexe plus que délicat, il n’est pas de doute de considérer que des deux conflits, d’abord algéro-maroco-sahélien à l’Ouest, ensuite israélo-palestinien à l’Est du bassin méditerranéen, dépendra le sort du monde entier. Ce n’est pas la première fois d’ailleurs que les intérêts de l’Occident en général et de l’Europe en particulier dans la méditerranée sont agités dans les pays arabo-sahéliens. Cette région où les matières premières stratégiques abondent, met en communication trois continents et trois mers. C’est pour cela qu’elle a été à des époques différentes, la scène où se sont déroulés des événements politiques et religieux qui ont renversé le cours de destinées de l’univers.

L’autonomie

La deuxième thèse correspond à l’autonomie. En tenant compte de l’état politique actuel du Maghreb et des pays du Sahel, cette thèse paraît la plus acceptable et la plus équitable pour toutes les parties concernées par ce conflit. Le bassin méditerranéen dont la pierre angulaire est le Maghreb, n’a pas seulement une bordure européenne économiquement développée au nord et une bordure africaine en voie de développement au sud, il en a également une troisième à l’Est qui est celle du Moyen orient  où les problèmes géopolitiques sont extrêmement graves et conflictuels.

C’est pourquoi, nous estimons indispensable pour les élites maghrébines et sahéliennes de bonne intention ; intellectuels, artistes, mass média, industriels, sociétés civiles, associationnistes et autres, de prendre part à ces évolutions en décidant de se mobiliser et d’être présents à tous les niveaux des réseaux d’information et de décisions pour métamorphoser le sens stratégique de la toile des politiques actuelles de leurs pays respectifs pour aboutir à une communauté géographique saharienne pacifique, stable, faisant l’objet de zone de paix et de pont de liaison entre le Maghreb et les pays subsahariens.

Toutefois, toute cette zone qui ressemble à un « sandwich » (entre le Maghreb au nord et les pays du sahel au sud, il y a un immense espace saharien qui est extrêmement riche en matières premières stratégiques) est soumise, d’une part aux appétits des « prédateurs » du grand capital , et d’autre part aux pressions démographiques où les jeunes qui constituent l’écrasante majorité de la population (45% d’africains ont moins de 15ans), forment la catégorie la plus exposée au chômage, au mal-être et surtout à la drogue, au terrorisme et à la tentation de l’émigration.

Il convient de rappeler par ailleurs que sans un Maghreb et un Sahel économiquement intégrés et forts, l’Europe ne connaitra jamais de quiétude et l’Afrique ne pourra jamais occuper la place qui lui échoit sur la scène internationale telle qu’elle avait été rêvée et voulue par Mohamed V, Gamal ABDEL NASSER, Ahmed SEKOU TOURE, Kwamé N’KRUMAH, Patrice LUMUMBA, Modibo KEITA, Hamani DIORI, Cheikh ANTA DIOP, Amadou Hampâté Bâ, ensuite Ahmed BEN BELLA et j’en passe et des meilleurs.

CHATAR Saïd

Bruxelles et la diaspora maghrébine

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Bruxelles, capitale européenne où siègent les institutions européennes, l’Otan, un grand nombre d’organisations internationales (think tanks et autres) et plus de 6000 journalistes, est un centre stratégique incontournable pour la diplomatie et le lobbysme internationaux. Les gouvernements européens et autres y accréditent leurs meilleurs diplomates et leurs stratèges les plus chevronnés.

Avec l’élargissement de l’U.E aux pays de l’Est, passant ainsi de 15 à 27 membres, Bruxelles, où les intelligences du monde entier construisent les stratégies d’intérêts et anticipent sur les événements internationaux, dépasse aujourd’hui, sur le plan géopolitique, la capitale américaine, Washington.

De même, cette situation exceptionnelle de confrontation d’intérêts qu’offre la Belgique au reste du monde a donné naissance dans la société civile à un nombre incalculable d’associations de toutes sortes qui viennent en appui au travail diplomatique et politique de leurs pays d’origine.

Parmi les associations les plus actives, nous trouvons celles qui interviennent souvent dans la vie interculturelle et religieuse. Les associations des «professionnels musulmans» en liaison avec certains pays arabo-musulmans, organisent régulièrement des débats sur la diversité culturelle dans la vie professionnelle, et sur des thèmes consacrés à la place de la religion dans les sociétés européennes et occidentales, dans le monde du travail (discrimination, etc.). Bref, il ne se passe pas un jour où les débats sur la question des musulmans en Europe ne se tiennent dans tel ou tel centre culturel, ou centre d’études. On y trouve même des associations qui s’intéressent à la défense des homosexuels et de l’égalité des sexes dans l’armée…

D’autres types d’associations occupent ouvertement l’espace de la politique au profit des pays qui les soutiennent. Toutefois, les associations formées par les ressortissants maghrébins restent faibles du fait de leurs difficultés internes et de la complexité institutionnelle de l’Etat fédéral belge composé d’une multiplicité de centres de décision. Cela ne facilite guère la tâche à l’associationnisme maghrébin.

En dépit de leurs mobilisations ça et là sur certaines questions qui sont souvent de second ordre, les mouvements associatifs des maghrébins en général et des belgo-marocains en particulier, se sont montrés jusqu’à présent incapables de remplir pleinement leur mission de vecteur de la participation citoyenne, d’insertion de la diaspora maghrébine dans la société belge.

L’absence de contact et de solidarité entre ces mouvements qui s’activent dans un cadre associatif fragmentaire et désarticulé appelle ceux-ci à s’organiser en vue de recoller les débris de celui-ci par des approches intégrées, coordonnées, multisectorielles et de structurer, avec la société civile du pays d’accueil et des pays d’origine, des rencontres et des dialogues sous forme de projets à réaliser à court terme, moyen et long terme.

Il serait donc plus bénéfique à ces associations d’agir conjointement et par influence réciproque pour réussir dans leurs actions, leurs projets d’insertion des ressortissants maghrébins dans le pays d’accueil et de développement socio-économique et culturel dans leurs pays d’origine.

La Belgique qui réussit à faire de sa diversité une richesse, sa capitale Bruxelles où vivent plus de 80 nationalités différentes, offre dans les limites légales, un large champ de liberté d’action pour la diaspora maghrébine de Belgique qui dispose de moyens et de compétences humaines non négligeables (techniciens, chercheurs de divers secteur, etc.).

CHATAR Saïd

Crises et luttes au Maghreb

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La crise politico-sociale du Maghreb ressemble étrangement à une crise d’adolescence : l’éveil de la démocratie sociale, caractérisé par le rejet de l’autorité et un fébrile besoin de liberté et d’affirmation de soi, rapprocherait la collectivité maghrébine du stade adulte.

Depuis leur indépendance, les pays du Maghreb ont toujours été régis par des régimes monarchique et républicains autoritaires. Toutefois, cette forme de gouvernement qui devient obsolète est en train de disparaitre bon gré mal gré dans tous les pays de la rive sud du bassin méditerranéen. Et pour éviter la formule républicaine héritée de la révolution française, l’Etat marocain a dû revoir sa constitution pour composer, comme ce fut le cas avec le parlementarisme anglais.

Les populations maghrébines voudraient vivre en démocratie tout en étant dirigés par des représentants « librement » choisis et non pas durement imposés.

Ce « gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple » est une des idées chères à notre temps. Cette impressionnante unanimité dans l’évolution procède, malgré la variété des applications d’un pays à l’autre, d’une aspiration fondamentale : l’affranchissement des masses laborieuses, ou, si l’on veut, le refus catégorique du dualisme social ; en clair, le souci pour le bien public, en étendant ce terme à toute la communauté et surtout à ses classes inférieures. Grâce à sa mobilité sociale, la progéniture de celles-ci acquiert de plus en plus d’influence dans la direction des affaires de l’Etat non seulement par le recrutement à des postes de décision, mais aussi par des actes politiques et l’emprise de l’opinion publique. Cependant, en même temps que s’élevait l’irrésistible vague démocratique, s’affirmaient davantage les mouvements de tendance « islamiste » étroits et exacerbés, le F.I.S en Algérie, « Ennahda » en Tunisie, le « P.J.D » de BENKIRANE et « Justice et Bienfaisance » d’Abdallah YASSINE au Maroc, le C.N.T (dominé par les « islamistes ») en Libye, les Frères Musulmans en Egypte et en Syrie, etc.

Au sortir du colonialisme, les masses maghrébines qui voulaient s’émanciper et s’affranchir du joug de celui-ci n’avaient guère pris conscience de leur solidarité au-delà des frontières superficielles que le colonialisme franco-espagnol leur avait léguées ou plutôt imposées. On pourrait même dire que le nationalisme et le chauvinisme constituèrent des obstacles insurmontables pour la démocratisation du Maghreb.

Ainsi, le premier conflit qui avait eu lieu en 1963 entre l’Algérie et le Maroc (la guerre des sables) consacra le triomphe des nationalismes et du chauvinisme, en même temps qu’il sonna plus tard l’heure du conflit relatif au Sahara marocain. Grâce à l’impossibilité de vivre avec des structures permettant ententes et intégration régionales, la soi-disant souveraineté des Etats des pays du Maghreb, dogme absolu hérité du colonialisme dut battre tout projet régional maghrébin ; alors que sur le plan international se forme une « société mondialisée, standardisée et uniformisée», tablant sur les principes du « démocratisme cosmopolite » et dirigée par les U.S.A et le grand capital anglo-saxon portant aux souverainetés nationales de graves atteintes.

Aussi n’est-il pas temps pour les pays du Maghreb désagrégé et « sclérosé », de commencer à entamer leur processus d’intégration socio-économique et de s’organiser dans un cadre de coopération, de collaboration et de partenariat avec les pays de la rive nord du bassin méditerranéen pour devenir un pôle économiquement fort, concurrentiel, indépendant et résilient, sans quoi toute la région d’Afrique du Nord sera systématiquement phagocytée et « métabolisée » par le « terminator » mondialiste.

CHATAR Saïd

Le bassin méditerranéen et le Maghreb

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Le bassin méditerranéen où les trois religions monothéistes, ainsi que les civilisations européennes, africaines et arabo musulmanes se rencontrent, devrait être un espace d’entente, de paix, de dialogue et de coopération entre les peuples de cette région.

Le Maghreb porte africaine et orientale pour l’Europe

Le Maghreb qui constitue la pierre angulaire du bassin méditerranéen doit occuper une place de choix sur la liste des pays partenaires de la coopération internationale. Il a au nord une côte méditerranéenne qu’il partage avec l’Europe et qui s’étale sur environ cinq mille kilomètres (5000km), à l’ouest une côte atlantique de plus de 3700km, des frontières communes avec le moyen orient à l’Est et avec tous les pays du Sahel au Sud. C’est à juste titre que l’espace maghrébin est incontournable dans le processus de négociation de coopération et d’échanges globaux par rapport à tous les problèmes qui se posent à l’heure actuelle au niveau du bassin méditerranéen, non seulement entre l’Europe et l’Afrique, mais aussi entre l’Orient arabo musulman et l’Occident (conflit Israélo-palestinien entre autres).

Le Maghreb qui est de toute évidence un maillon important entre l’Orient, l’Occident et l’Afrique est appelé à devenir de plus en plus une porte d’entrée africaine et moyen orientale pour l’Europe.

Le bassin méditerranéen, espace des flux migratoires, de progrès et de développement

« Il y a un migrant en chacun de nous. Chaque année, des centaines de milliers de personnes quittent leurs pays pour vivre ailleurs. La migration qui fait partie de la problématique démographique est donc un phénomène universel et de toujours. Chaque pays est une terre d’accueil, mais aussi de départ ».

Toutefois, au lieu de mener des politiques de coopération au service des peuples en matière de gestion des flux migratoires du sud vers le nord de la méditerranée et vice-versa, certains pays de la rive sud du bassin méditerranéen n’hésitent pas à encourager subtilement les flux migratoires en direction de l’U.E.  toutefois, en dépit de leur rôle d’échappatoires, ces émigrations ont des conséquences globalement négatives pour les pays du sud. Même si elles délestent, à court terme, ces derniers de leur débordement démographique et leur permettent de disposer de mannes financières en devise extrêmement importantes pour le rétablissement de l’équilibre des comptes, et donnent aux dirigeants de ces pays du sud la possibilité de retarder l’échéance des insurrections sociales et de réussir à imposer le statu quo politique et social (mais jusqu’à quand ?), elles ont des répercussions néfastes pour l’évolution de ces pays du sud souvent dépourvus de perspectives socio-économiques et politiques concrètes et fiables. Ils les privent de leurs potentialités humaines, surtout de leur jeunesse qualifiée la plus capable et la plus dynamique en les condamnant à un sous-développement endémique.

Dans les pays du sud de la méditerranée qui illustrent parfaitement cette image, les jeunes qui constituent l’écrasante majorité de la population, forment la catégorie la plus exposée au chômage, au mal-être et surtout à la tentation de l’émigration. Le vif décalage qui existe entre cette société de jeunes voués à l’exclusion économique et des systèmes en place désespérément fixes et immobiles atténués par des solidarités familiales ancestrales commence à s’aggraver.

Ya-t-il eu à ce propos des études en Afrique montrant combien coûte un médecin, un ingénieur, ou un chercheur à leur communauté qui les a élevés et formés ? Le manque à gagner dû à leur départ pour un autre pays du Nord ?

C’est pourquoi, les pays méditerranéens doivent développer une coopération innovante associant les pays du nord et du sud pour que le système économique d’abord régional, ensuite mondial soit plus équitable et que les richesses soient mieux réparties. Ce renforcement des politiques d’aide au développement doit permettre l’amélioration des conditions de vie dans les pays du sud. Ainsi, petit à petit, cette collaboration pourrait s’étendre jusqu’aux secteurs de la recherche, de la technologie, de l’éducation, notamment dans le secteur de l’énergie renouvelable et de la biotechnologie.

Par ailleurs, face à l’hégémonisme mondialiste des U.S.A et à la montée des pays émergents (le BRICS) qui ne finissent pas de s’activer et de réagir sur la redéfinition de la géopolitique à l’échelon international pour transformer le monde en un système multipolaire, les pays méditerranéens sauront-ils élaborer et mettre en place une nouvelle politique de coopération au service des peuples méditerranéens et agir de concert sur le cours des événements internationaux ? Les pays de la rive nord du bassin méditerranéen doivent-ils, sous la pression du capitalisme géo financier, continuer à subir l’évolution du nouvel ordre international et être les complices occidentaux des prédations des régimes corrompus de la rive sud du bassin méditerranéen entre autres, pour ensuite s’en mordre les doigts comme cela vient de se passer en Tunisie avec la France?

 Les efforts de la coopération au développement doivent être, d’un côté focalisés sur l’assainissement de l’administration en luttant contre la corruption et la concentration des pouvoirs politiques et économiques entre les mains des élites oligarchiques, et de l’autre, sur la promotion des P.M.E, des P.M.I et des T.P.E et sur leur rôle stratégique dans la croissance économique, le développement industriel et la création d’emplois aux prix d’investissements relativement modérés.

De même, le thème de la migration dans le monde afro-arabo-européen ne finit pas de se développer et de revêtir de plus en plus d’importance en cette période dite de crise où les migrants se trouvent confrontés à des situations particulièrement difficiles.

Face à cette situation plus que délicate où des nouvelles formes migratoires sont en train de se développer, deux thèses s’affrontent dans les pays d’accueil ; la première est purement politique et démagogique qui consiste à arrêter les flux migratoires, la deuxième qui est économique et surtout plus réaliste et pragmatique veut développer ou plutôt organiser ces flux en fonction des besoins en main d’œuvre en vue de fluidifier le marché du travail.

Pour notre part, nous considérons que le phénomène migratoire qui est universel et de toujours ne peut être ramené à la seule gestion des flux se basant uniquement sur des critères économiques et politiques au mépris du développement des pays du sud. Les pays afro-arabo-européens doivent renouer le dialogue permanent, hiérarchiser, articuler les difficultés relatives à la migration et essayer de les régler selon un échéancier en tant que partenaires, voisins partageant une histoire et un destin communs. Pour cela, les pays arabo-africains qui partent en négociations doivent placer la problématique migratoire dans un contexte politique global et régional et d’y procéder ainsi de façon groupée, conjointe, concertée avec les arabo-africains de la diaspora mondiale afin d’aboutir à une approche humaine et progressiste de la question des migrations et une politique respectueuse des droits des migrants.

C’est pourquoi les arabo-africains de la diaspora mondiale devront mieux s’organiser, se regrouper et apprendre avec l’aide, la bonne volonté et l’encadrement des structures des pays d’accueil et des pays d’origine à jouer pleinement leur rôle : d’abord en faveur d’un compromis relatif à la migration circulaire qui va consister à encourager, à motiver les migrants arabo-africains qualifiés à investir et à effectuer par exemple des séjours temporaires ou définitifs dans leurs pays d’origine, à orienter, aiguiller également les entrepreneurs et les volontaires des pays d’accueil qui voudraient participer aux projets de coopération au développement dans les pays du sud.

En guise de conclusion

Nous voudrions rappeler que, si le Maghreb qui forme sur le plan géopolitique et stratégique un socle sur lequel est posé le continent africain n’est pas stable et intégré économiquement et politiquement, il est quasi-impossible de réaliser la paix et la prospérité au niveau du bassin méditerranéen où tous les peuples coexisteraient pacifiquement, cohabiteraient ensemble, se concerteraient et s’associeraient en vue de la rénovation et de l’exploitation commune de ses richesses. Malheureusement, la position du Parlement européen par rapport au renouvellement de l’accord de pêche entre l’U.E et le Maroc ne va pas dans ce sens. Ainsi allons-nous nous permettre de poser la question suivante : pour qui jouent-ils les apprentis sorciers du parlement européen ?

CHATAR Saïd

Les processus démocratiques maroco-tunisiens et le grand capital

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Le grand désordre international engendré par la crise géo financière profonde et générale qui tenaille durement aussi bien les pays capitalistes que ceux de la rive sud du bassin méditerranéen, a mis les peuples et les gouvernements en effervescence. Les gouvernants de tous les pays qui ont, bon gré mal gré, participé à cette catastrophe financière, économique, sociale et environnementale à laquelle le monde doit faire face aujourd’hui, sont complètement désœuvrés.

Le statu quo qui est maintenu au niveau international par des accords et des alliances entre la gent de la haute finance et ses holdings d’une part et les Etats des pays capitalistes de l’autre, ne finit pas de se fragiliser depuis la chute du mur de Berlin. La rupture de ce statu quo tenu par une corde raide risque d’être rompu à tout moment. Cet état de chose dangereux pourrait mener à une grande catastrophe comme ce fut le cas durant les années 28-29 qui avait conduit au nazisme et par conséquent à la deuxième guerre mondiale.

C’est précisément parce qu’ils se gardent, autant que possible, d’une troisième guerre mondiale, que ces Etats qui sont au service du grand capital, travaillent à provoquer des conflits mineurs et des guerres régionales, à conclure entre eux de nouveaux arrangements politiques, économiques et militaires tout en continuant à renflouer les holdings et les banques en milliards de dollars. Et tout cela se fait aux dépens des travailleurs, des salariés, des chefs de P.M.E et P.M.I et autres entreprises qui voient toujours mieux et plus clairement à quoi les réduisent la domination du capitalisme géo financier et ses grands monopoles qui illustrent assez bien « Gargantua » et « Pantagruel » dans la « guerre picrocholine » où François Rabelais qui vécut entre le 15ème et le 16ème siècle de notre ère, décrivait les guerres féodales qui avaient eu lieu en Europe médiévale.

Face à ce désastre, les forces démocratiques à l’échelon international en général et du monde arabo-musulman en particulier sauront-ils être à la hauteur des attentes des peuples ? Vont-elles mettre le doigt sur l’origine du mal, prendre le taureau par les cornes et se frayer un chemin à travers la jungle des spéculateurs des temples boursiers ? Se contenteront-elles uniquement de mettre les bulletins de vote dans l’urne tout en continuant à subir et à essayer de s’adapter tant bien que mal à cet environnement qui souffre de crise financière endémique ?

A propos, les résultats des élections législatives anticipées au Maroc et en Tunisie qui viennent de confirmer la très large victoire de la « NAHDA » du P.J.D devant toutes les autres formations politiques, vont-ils permettre de répondre aux questions correspondant aux désirs profonds des classes laborieuses tunisiennes et marocaines? Ou plutôt, la NAHDA et le P.J.D qui sont des partis de tendance islamique (et l’Islam interdit explicitement l’usure), vont-ils composer avec les prédateurs et les usuriers du grand capital international au détriment du travail ? CHATAR Saïd

Les peuples arabes et la « démocratie politique »

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Les agitations sociales dans les pays de la rive sud du bassin méditerranéen vont-elles engendrer des nouvelles législations sociales audacieuses, une philosophie politique basée sur l’entente entre les individus et les groupes dans le cadre d’un système économique plus juste et une société moins inégalitaire? L’éclatement de ces mouvements insurrectionnels conduira-t-il les classes laborieuses arabes à participer à la vie concrète de l’Etat dont le but fondamental et urgent serait d’abattre les privilèges et corriger les abus et les inégalités?

Evolution politique

Le suffrage universel (révolution pacifique du 20ème siècle), amènerait-il à la direction des Etats arabes des peuples qui n’y sont pas préparés. Les masses populaires arabes sont toujours restées indifférentes au « politique » entendu au sens noble du mot ; les élites des peuples arabes n’ont eu dans les Etats qu’une action subversive ou, à tout le moins, purement revendicatrice. Par le suffrage universel, les Etats arabes actuels dominés par les bourgeois féodalo-bureaucratico-capitalistes attachés au monde capitaliste, vont-ils se laisser dominer par les masses populaires. Ainsi, dans de telles conditions, l’électeur arabe, après l’acte de vote, va-t-il passer la main à une caste étrangère aux intérêts de sa classe ?

Afin d’éviter tous ces inconvénients, il semble qu’il faille s’orienter vers l’accession des masses, éduquées politiquement, à la gestion d’un Etat vraiment démocratique.

Tenus hors de l’Etat, les peuples arabes qui conspiraient contre celui-ci, doivent apprendre leurs droits et leurs devoirs de citoyen, ou, si l’on veut, leur « citoyenneté ». Cela suppose d’abord une éducation démocratique dès l’école, si école généralisée il y a ; en cala, les nouvelles méthodes pédagogiques pourraient être d’un excellent appoint. Ce travail de l’école doit être complété par les mouvements de jeunesse et le milieu associatif qui disposent, plus que l’école, de possibilités d’application concrète des principes. D’autres institutions d’esprit civique qui verraient le jour inculqueraient sans excès le sens du service national : des partis politiques « démocratiques » dotés de projets contenant des programmes avec des propositions concrètes répondant aux besoins réels et aux attentes profondes des peuples arabes.

Mais les premiers efforts d’éducation démocratique devront concourir à former une élite de chefs, doués d’une vaste culture générale, prêts à consacrer leurs loisirs à la chose politique et s’y exerçant avec conviction, honnêteté et désintéressement. Toutefois, à cause des répressions qu’elles subissent, les masses arabes ont souvent préféré de bouder la carrière politique. Est-ce l’influence des actions répressives des Etats arabes, une certaine lassitude des débats politiques ou l’attrait de carrières nouvelles ou plus rémunératrices. A cet égard, les « vocations » politiques ont toujours été rarement encouragées. D’où l’importance d’une bonne formation socio-politique dès l’enseignement secondaire par exemple.

Evolution institutionnelle

Tout Etat est saisi par une vague de fond dirigiste ; et, comme il prétend s’occuper de toutes choses, il devient bureaucratique et technocratique.

Dans une économie où le travail aura la maîtrise du capital, il sera possible d’éviter la métamorphose « kafkaïenne » de l’Etat en technostructure bureaucratique, de le libérer de l’emprise de la haute finance et de rendre au politique sa notion fondamentale : la gestion de la chose publique pour le bien du plus grand nombre.

Ainsi, l’Etat devrait s’orienter vers une certaine décentralisation. Etape délicate, car l’Etat est centralisateur et ses responsables doivent être doués d’une intelligence et d’un rare désintéressement pour respecter la liberté des groupements inférieurs. En fait, dans ce nouveau cadre démocratique, l’Etat devra respecter les collectivités intermédiaires, l’autonomie régionale, locale, garantir aux groupements professionnels, politiques, sociaux, culturels, scientifiques, le libre exercice de leurs activités, se contentant de coordonner leurs efforts, de sanctionner leurs conventions, de trancher les conflits éventuels. Voilà la première réforme positive de la nouvelle démocratie.

La base d’un semblable régime ne peut être que le suffrage universel. Mais néanmoins, ce système qui, donnant une voix à chaque citoyen, considère la société comme une juxtaposition arithmétique d’individus dont elle néglige les caractères concrets. En réalité, la société est  extrêmement complexe, « géométrique », et les individus qui la composent sont des personnes ayant une expérience, des responsabilités, des charges, des autorités différentes…

Nous n’avons nullement et aucunement ici à préconiser des réformes institutionnelles, mais il est certain qu’une meilleure démocratie exige un parlement politique plus dégagé de la tyrannie des bureaux de partis soumis à l’Etat, à l’Administration, aux barons de la maffia…, et une chambre composée de toutes les tendances politiques libres, démocratiques, mais aussi de compétences professionnelles. Une démocratie évoluée et en processus demande un Exécutif puissant qui aura la difficulté d’établir l’équilibre entre la décentralisation et la centralisation ; la solution de ce point délicat paraît se trouver dans la rareté et l’efficience des interventions : c’est le contraire de la situation présente, l’exécutif intervenant à tout propos, mais avec faiblesse.

Un pareil régime doit nécessairement développer un « climat » démocratique, dans lequel chaque citoyen et chaque corps de citoyens sont informés des buts et des résultats de l’action politique commune, sont libres de manifester leur opinion, de se réunir, d’entreprendre toute action qui parait utile, au jugement des chefs responsables. Bien sûr, un pareil régime sera long à créer et supposera sans cesse un difficile équilibre ; mais il présente une garantie sérieuse ; il fait appel beaucoup plus aux qualités morales qu’au seul mécanisme des institutions. Il est, en tous cas, le seul capable d’assurer une ample et sage intégration des masses en évolution et en mouvements perpétuels.

CHATAR Saïd

Les pays arabes et la « démocratie économique »

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 Les mouvements insurrectionnels vont-ils permettre aux grandes masses arabes d’introduire la démocratie politique tout en songeant à la démocratie économique ? Vont-ils réussir à créer des organes de solidarité destinés à améliorer le standing matériel et moral des classes laborieuses, à former et à éduquer une « élite » populaire qui va réclamer la direction des activités économiques ? Ou vont-ils instaurer, sous la direction des mouvements « islamiques » ou « islamistes », un autre type de régime d’économie féodalo-capitalistique dont tous les leviers seraient aux mains du grand capital où le travail lui sera toujours subordonné.

Ainsi, les sociétés arabes vont se trouver devant des choix stratégiques suivants :

Nationalisation des entreprises

Les régimes socialistes et communistes ont cru bien faire de remplacer l’entreprise capitaliste par l’entreprise étatisée. En voyant dans cette dernière une certaine façon de se libérer de la tyrannie capitaliste, les salariés et plus particulièrement les ouvriers ont réclamé cette vaste réforme qui consiste en « la nationalisation des entreprises ». Ainsi, l’Etat assume toutes les responsabilités des entreprises économiques où tous les citoyens, depuis le directeur général jusqu’au simple manœuvre, deviennent, au sens large, les fonctionnaires qui reçoivent leurs règlements et leurs barèmes de salaire de l’Etat.

Que faut-il penser de cette tendance de nationalisation ? Il est certain que la nationalisation des entreprises d’intérêt général est la seule façon d’éviter le trust capitaliste et d’assurer le bien commun : il serait anormal et préjudiciable que la distribution d’eau, ou d’électricité, dans un pays entier, dépende des intérêts et du caprice d’un groupe de particuliers.

Mais la nationalisation paraît bien être un moindre mal dont il faut limiter l’extension. D’abord, parce que cette formule n’introduit rien d’autre qu’un « super-capitalisme » : l’Etat est, cette fois, le patron omnipotent, seul intéressé direct à l’entreprise ; la masse des travailleurs (jusqu’aux suprêmes degrés de l’autorité) devient une hiérarchie de salariés qui obéit passivement à un pouvoir central de bureaucrates souvent déconnectés des réalités locales. Aussi les salariés s’attachent-ils moins à leur travail qu’à leur salaire.

Donc, la nationalisation qui envahit tous les domaines où elle n’est pas indispensable est plutôt un recul qu’un progrès : elle généralise, normalise, standardisent, les travailleurs et les salariés en général par le nivellement de tous les individus devant l’Etat omnipotent.

Cogestion

Il s’agit ici de l’union du capital et du travail. Il existe plusieurs formes de cogestion. On peut imaginer ce mode de gestion à tous les niveaux, de l’économie nationale aux organismes socio-économiques locaux : il s’agit alors d’une collaboration paritaire des organisations patronales et des organisations syndicales. Toutefois, à part le rôle en matière sociale, de graves difficultés sont soulevés par le monde patronal chaque fois que, dans l’entreprise, il est question de contrôle et de décisions économiques, c’est-à-dire qui affectent les biens des propriétaires avec un pouvoir de codécision, de codirection.

En résumé, le mécanisme de cette cogestion s’explique de la manière suivante :

Communauté de propriété : Dans l’entreprise capitaliste, le capital est la propriété d’un individu, d’une famille ou d’actionnaires. Cependant, ce capital est matière morte qui ne peut prendre plus-value que par la collaboration du travail. Or, en réalité, c’est par le travail seulement que l’entreprise prospère. Le capital devrait donc être reconnu comme copropriétaire dans un système de propriété privée qui n’est pas propriété d’Etat, mais bien de la collectivité réduite des personnes morales et physiques qui collaborent, au titre du capital et au titre du travail. Ce qui suppose surtout une éducation des chefs, des actionnaires et des ouvriers où chacun ne se reconnaisse ses droits sur l’entreprise qu’en union avec tous les autres, comme frères et sœurs possédant en indivision un patrimoine familial.

Communauté d’autorité : Il faut un chef qui représenterait non seulement le capital, mais aussi la communauté capital-travail.

En effet, l’Entreprise doit être administrée, gérée, supervisée et contrôlée par un conseil composé de délégués des actionnaires, de délégués des travailleurs et d’inspecteurs de l’Etat. Ensuite, c’est au tour de ce conseil d’élire un chef pour une durée déterminée, chargé de diriger celle-ci en exerçant une certaine direction technique, financière et commerciale, en plus de la responsabilité sociale : il déterminera la stratégie à suivre, élaborera des plans, établira des projets et des programmes à exécuter, définira les moyens à mettre en œuvre en vue d’atteindre les objectifs fixés au préalable. A ce moment seulement, l’entreprise sera passée du stade monarchique au stade démocratique.

Communauté de profit : en principe, l’entreprise capitaliste assure un salaire stable aux travailleurs et tous les gains aux actionnaires et au propriétaire. Ainsi est consacrée pratiquement la priorité du capital sur le travail. Conception erronée, car le capital est matière morte, propriété des non travailleurs, tandis que le travail engage des hommes vivants. Pour corriger cette conception, il ne suffit pas de faire des efforts pour mettre le capital et le travail sur le même pied, car le travail est supérieur au capital.

S’il est vrai que les formules doivent être appliquées différemment selon les pays, les entreprises, voire les personnes, il est certain que la cogestion, progressivement instaurée, permet d’assurer à la fois aux travailleurs la place qui leur revient dans l’économie et d’échapper aux emprises menaçantes du capitalisme privé et du capitalisme étatique. C’est donc dans la voie de la cogestion que se trouve l’apaisement des conflits sociaux 

Communauté du travail : il existe une autre formule plus soucieuse de l’affranchissement du monde du travail : celle des communautés de travail. Imaginons un groupe de techniciens mettant en commun leurs économies, les investissant dans une petite entreprise qui demeure leur bien collectif, établissant par voie démocratique leurs statuts et règlements, fixant de commun accord leur barème de salaires, élisant les chefs responsables, «étudiant ensemble les marchés et participant selon des règles préétablies aux bénéfices de l’entreprise. Une telle entreprise est une « communauté de travail », type parfait de la communauté des travailleurs. Dans le cadre de cette formule, les « travailleurs-associés » cherchent non pas les rendements ou les profits, mais d’abord le maximum de vie humaine. Toutefois, cette réalisation qui consiste en de P.M.E et P.M.I, et qui paraît excellente d’un point de vue social, surtout lorsqu’elle irradie, autour de l’entreprise, une vie réelle de communauté (entraide mutuelle, distractions communes, vie culturelle…), comporte de graves objections économiques. Dans l’état actuel de l’hégémonisme du capitalisme géo financier qui est complètement déconnecté de l’économie réelle, les P.M.E et P.M.I résistent mal aux trusts et aux grands monopoles. Il faudrait que la communauté essaime et que naisse une « communauté de communautés », au sein de laquelle chacun des groupes vit de sa vie propre, en étant uni aux autres dans ses intérêts économiques.

Cette formule qui ne vivra que grâce à un puissant esprit de solidarité, paraît liée à certains modes pleins d’avenir dont la petite et moyenne industrie ultra-spécialisée devra toujours exister aux côtés de la grosse industrie et s’articuler avec flexibilité et souplesse autour de celle-ci.

Le monde arabe traverse une crise sans précédent due pour l’essentiel aux pressions et aux efforts étrangement confluents d’abord du libéralisme et du « socialisme », ensuite du capitalisme, qui ont pris une immense extension, en deux formes opposées et aussi néfastes, dont l’économie ne parvient pas à se dégager.

La première forme, issue du libéralisme, est celle du capitalisme privé qui, par une évolution, s’est agglutiné en vastes trusts ou holdings qui ne finissent pas de se déconnecter de l’économie réelle et de menacer les travailleurs, la personne humaine, voire la vie des Etats. Cette forme a conduit des pays arabes aux systèmes féodalo-capitalistes.

La seconde forme, issue du « socialisme », est celle du capitalisme d’Etat dont la « nationalisation » a livré l’économie à la puissance bureaucratique aux dépens de la promotion des classes laborieuses. Cette forme a engendré dans certains pays arabes, le système féodalo-bureaucratique.

A la suite de la tournure prise par les événements de la rive sud du bassin méditerranéen, les pays arabes vont-ils, dans un souci évident de la démocratisation, avoir le courage et la volonté politique de chercher une formule nouvelle qui permette de sortir du dilemme « capitalisme privé-capitalisme d’Etat » ? Vont-ils avoir les moyens et le pouvoir de concilier le capital et le travail pour mettre en accord les propriétaires des entreprises et les travailleurs ? Ce sera le grand défi à relever. A ce propos, faudrait-il « atomiser » l’économie (chaque personne étant propriétaire et travailleur) ou bien former des communautés de capital-travail ? La première solution est impossible. La deuxième se heurtera à un problème objectif et grave : dans une équipe de travail, la propension de chaque individu sera de travailler le moins possible, tout en espérant le plus de profit possible du travail collectif ! Et plus l’équipe est importante, plus cette objection est manifeste.

En dépit de tous ces inconvénients, il nous semble que la seule démocratisation économique possible soit celle qui consiste en les diverses formes de cogestion, à condition que le personnel puisse accéder à la propriété de l’entreprise.

CHATAR Saïd

 

 

 

 

 

Les Problèmes communautaires des peuples arabes

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« Les insurrections et les révoltes des peuples de la rive sud du bassin méditerranéen seraient-elles la préparation d’un espace où s’incarnerait un nouvel esprit » ?

Position du problème

Parmi tous les problèmes sociaux que connaissent les pays de la rive sud du bassin méditerranéen pour le moment, il en est un qui résume en lui tous les autres : l’accession de tous à l’humanisme, par la participation à la communauté des hommes. Notre contexte ne supporte plus les « dépossédés », les « déshérités » ; il veut, du moins, pour les esprits les plus purs, l’intégration de tous et de toutes aux bienfaits de la vie communautaire. Il est évident que ces révoltes et ces insurrections ne concernent pas seulement les grandes masses, mais également tous les hommes et toutes les classes sociales qui aspirent au changement, au développement socio-économique et culturel, à l’« ascension ».

Ces révoltes et ces insurrections qui se rattachent à un mouvement plus vaste couvrant l’état actuel des masses arabes en général et qu’on pourrait appeler l’« ascension » progressive des classes sociales, sont dues à des facteurs externes, mais aussi à l’émergence des nouvelles forces. Celles-ci se renforcent chaque jour d’éléments nouveaux qui aspirent à conquérir l’autonomie économique et politique en entrainant dans leur sillage les classes moyennes. De même, les classes « inférieures » demandent également, à travers ces révoltes, leur participation à la vie collective : les masses arabes, surtout celles qui, jusqu’à présent, en ont été excommuniés, réclament une digne « ascension » au travail humain, à une économie humaine, à une culture humaine, et à une participation à la vie de l’Etat. Comment faire enfin pour leur rendre une participation réelle à la vie en général ? Voilà le faisceau des problèmes actuels des pays arabes.

Humanisation du travail, salaire, sécurité et propriété

Humanisation

Par le mot « travail » nous entendons les conditions matérielles du travail et ce qu’il entraine après : salaire, propriété, sécurité…

Les pays arabes possèdent-ils une législation protectrice du travail correspondant aux sociétés modernes ? Voilà une question qui est en rapport avec le niveau de progrès de ces dernières. Toutefois, des problèmes plus profonds se posent encore, qui peuvent se résumer d’un mot : l’humanisation du travail.

Notons à ce propos que les sociétés arabes en général n’ont pas de conceptions philosophique et psychologique de la civilisation technicienne.

Au plan philosophique d’abord, les pays arabes sont dépourvus de structures destinées à mener à bien des recherches sur le machinisme et ses effets positifs et négatifs sur l’homme ; aucune idée sur le bon et le mauvais usage de la machine par l’homme ; comment porter un jugement sur cet usage…, sinon la philosophie recherche l’harmonie entre l’homme et la machine, base d’une « civilisation du travail ».

Sur le plan psychologique ensuite, quels sont les pays arabes qui ont crée des centres universitaires de recherche relatifs à la science psychotechnique entre autres, pour essayer de découvrir les lois d’adaptation concrète de l’homme à la machine ? Pour savoir si dans son ensemble, l’industrie favorise la psychologie du travailleur arabe, si elle développe en lui le mécontentement, le rejet, la paresse et en général, un reflexe de résistance, voire d’inhibition.

Ces centres universitaires qui comprendraient de clairvoyants psychotechniciens, proposeraient des réformes de structures économiques permettant de rendre au travailleur arabe la conscience de sa qualité de coopérateur à l’économie, de père de famille, de citoyen, d’homme. Ainsi, le travailleur arabe donnerait à son travail une adhésion totale : se rendant compte qu’il fait un travail humain, il travaillerait en homme.

Salaire

Le travailleur accepte facilement l’autorité, mais il refusera toujours d’être la victime du despote Argent, dont il ne peut attendre que ruine et misère. Les violentes réactions des masses arabes trouvent, pour une grande partie, leur origine dans l’iniquité pratique du régime « féodalo-capitalistique » dans lequel l’activité humaine est un simple moyen de  faire travailler les capitaux : renversement des valeurs, contre lequel s’insurge tout commun des mortels de bonne foi. « L’augmentation des salaires » devient le leitmotiv des luttes politiques, des agitations et des revendications sociales. Ainsi, ce sont les Etats qui doivent fixer les barèmes jouissant de la protection et de la sanction légales.

Dans les pays arabes, les Etats et le patronat sont loin d’avoir compris que le problème du salaire prend aujourd’hui d’autres orientations. Partant de la base d’un minimum vital, le salaire doit être fixé selon les charges familiales en proportion de la valeur professionnelle et du travail exécuté, et augmenté d’une participation aux bénéfices.

En ce qui concerne le critère de minimum vital, un homme qui travaille a le droit imprescriptible de vivre du fruit de son travail ; c’est un principe de droit naturel qui est trop souvent violé dans les pays arabes sous prétexte de crise économique. Ainsi faudrait-il, en cas de mauvaise conjoncture, en faire retomber les effets sur le capital d’abord, sur le travail ensuite. Mais le capitalisme qui a toujours préféré la solution contraire, s’est complu dans l’inflation qui touche beaucoup plus la masse des travailleurs et des petits épargnants que les puissants capitalistes.

Sécurité

Quant à l’indemnité pour charge familiale, elle doit être inclue dans le salaire, car, là comme ailleurs, la mentalité des travailleurs arabes est de plus en plus réfractaire à l’idée paternaliste : les classes laborieuses qui travaillent n’admettent plus recevoir des mains d’autrui des gratifications et de l’aumône pour un travail bien accompli. On aperçoit, dès lors, comment le salaire est calculé au minimum dans les pays arabes pour favoriser les intérêts capitalistes et en fonction de la conjoncture économique (prospérité-crise-déflation-inflation). Nous espérons qu’avec ces révoltes et ces insurrections, les futurs Etats arabes, sous la pression des classes laborieuses et des travailleurs, vont être obligés de fixer les barèmes en essayant de concilier capital et travail, en tenant compte de la conjoncture. Il faudra également introduire et généraliser la « Sécurité Sociale » dont le principe est assez simple et qui consiste à réunir les contributions préventives, restreintes et régulières des membres d’une entreprise ou d’une communauté, pour indemniser la victime essentielle d’un risque couteux. On entend par là ce qui peut compromettre la sécurité du travail (licenciement arbitraire, chômage, invalidité…) ou la sécurité d’existence en cas d’impossibilité de travail (pension de vieillesse, par exemple). C’est le grand problème des pays arabes actuels.

Propriété

Par ailleurs, lorsqu’on parle de propriété, il n’est nullement et aucunement question de la propriété des grands monopoles, mais c’est d’abord au droit au logement et à la maison que l’on songe : l’individu et la famille ne se développent pleinement que sous la protection d’un abri assuré, personnel, stable. Il faudra des lois prévoyant des prêts avantageux et remboursables à concéder à tout ménage qui désire acheter une maison, voire la faire construire. Ainsi faudra-t-il procéder à l’extension du crédit foncier et immobilier et du prêt hypothécaire en vue de la construction de maisons individuelles par la création de « sociétés des habitations et logements à bon marché en recourant aux technologies appropriées tel que le « Béton de Terre stabilisée » (B.T.S) * par exemple, sans pour autant créer « des ghettos » ou du « bloc d’appartements » avec la juxtaposition ou l’accumulation monotone d’installations identiques, dans lesquelles l’individualité familiale est peu respectée.

De même, les travailleurs doivent posséder aussi des réserves d’argent qui leur permettent d’acheter tous instruments et matières nécessaires et utiles à une vie normale : dans une civilisation technique, le standing moyen exige la possession de maints objets dont se passe une époque plus fruste. Ainsi, la distribution d’eau, d’électricité, l’usage du gaz et d’une salle de bain devraient être généralisés. C’est pour cela que le salaire doit absolument être suffisant pour assurer certains biens utiles et agréables correspondant aux besoins de base de nos sociétés modernes et techniques : ornements de la maison, poste de T.V, machines à laver, fer à repasser…, accès aux soins de santé, à l’éducation et à la culture, aux loisirs, distractions, congés, vacances…

Conclusion

Par leurs mouvements insurrectionnels, les grandes masses arabes voudraient plus de solidarité, plus de démocratie politique et économique. Elles veulent une amélioration de leur standing matériel et moral à travers une participation à la direction des activités économiques et politiques. C’est un fait contre lequel des considérations subjectives et objectives se brisent : en gros, le travail s’insurge contre le capital, entend lui rendre sa place, toute sa place, rien que sa place de pur moyen dans l’entreprise et assumer lui-même la direction.

* Le principe du B.T.S consiste à préparer des blocs à partir d’un mélange d’argile, d’eau et de chaux (10 à 15 %) qu’il faut laisser sécher au soleil et à l’air libre.

CHATAR Saïd

Stratégie politique et souveraineté européenne

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Il n’y a pas de politique étrangère efficace sans une stratégie bénéficiant de légitimité populaire et de maîtrise du territoire dans une perspective historique et temporelle.

L’enjeu des mutations actuelles pour l’Union européenne et ses Etats-membres est double : repenser la politique étrangère et extérieure de l’Union européenne et de ses Etats-membres, repenser le modèle européen de société. Crises méditerranéennes et crises européennes peuvent-elles être appréhendées de manière simultanée ? Une Union européenne en crise ne peut pas servir de béquille à d’autres pays en crise !

L’Union européenne devra se concentrer sur son flanc sud. Ses moyens graduellement relativisés devant les défis mondiaux l’amèneront sans doute à faire des choix drastiques. Les défis géopolitiques actuels suggèrent une manœuvre stratégique bidirectionnelle, combinant une réorientation majeure vers la Méditerranée et dans la profondeur euro-africaine, et un rapprochement rapide avec la Russie pour gérer de manière commune les défis de la sécurité européenne provenant de l’Est. La Russie est le partenaire incontournable de l’Union pour la balance eurasienne et mondiale. Le scénario euro-atlantique d’une poursuite de l’élargissement de l’Union européenne dans l’étranger proche de la Russie serait contre-productif : elle mènerait à des frictions avec la Russie et deviendrait un obstacle au principe d’économie des moyens. Une «Ostpolitik» flanquée d’une «nouvelle politique arabe» et dotée d’une approche différenciée selon les pays et les enjeux géopolitiques est une piste de réflexion. Les européens ne sont pas en mesure de peser sur les choix des Etats-Unis dans les opérations de l’OTAN en Afghanistan. Une approche coordonnée des européens serait nécessaire vis à vis de l’Asie centrale, mais de manière autonome et selon leurs propres priorités. L’idée selon laquelle l’Union devrait approfondir ses relations avec le sud de la Méditerranée, au détriment de la Russie et des pays d’Europe orientale et du Caucase du sud parce ces pays n’aspiraient pas à la démocratie de type occidentale est une erreur à ne pas commettre. Les objectifs idéologiques ne devraient pas guider l’action.

Les mutations dans les pays du sud de la Méditerranée et du Moyen orient pourraient être l’occasion de construire une nouvelle alliance avec la Turquie. La remise à plat des stratégies de développement sur la rive sud de la Méditerranée, est l’occasion d’une transformation radicale des stratégies européennes. L’expertise européenne utile aux pays en crise, c’est la construction de l’Etat, et non pas la démocratie occidentalo-centriste. Afin d’entreprendre les réformes nécessaires et pourvoir à leur sécurité militaire et économique, les pays du sud de la Méditerranée ont besoin d’Etats associant une meilleure ventilation du pouvoir et des richesses selon leurs particularités géographiques et historiques, mais des Etats forts et légitimes.

La guerre de l’information, dont la guerre des modèles d’intégration constitue un des volets est aussi une bataille décisive pour une nouvelle « Realpolitik » européenne : l’Europe doit penser par elle-même, et développer sa propre grille de lecture intellectuelle au lieu de se couler dans les schémas de son allié américain et de se précipiter dans les enceintes multilatérales. Elle gagnerait à promouvoir ses propres modèles rénovés, en s’éloignant du « démocratisme communautariste et cosmopolite » qui n’est plus à la hauteur. L’Europe a été le lieu d’épanouissement de l’Etat, et de la République ; La démocratie n’est qu’un mode de gouvernement qui varie d’un pays à l’autre. Le « démocratisme » est une caricature de la démocratie. Le débat sur la crise du multiculturalisme est l’occasion pour les européens de se pencher sur la sécurité intérieure et la notion de résilience des sociétés européennes devant les menaces de déstabilisation internes et externes.

Une synthèse créatrice entre la laïcité à la française et la «Leitkultur» allemande est-elle possible ? La laïcité permet aux différentes cultures religieuses de cohabiter et le principe de «Leitkultur» allemande rappelle aux nouveaux arrivants que la culture autochtone d’un pays fait partie de son identité et qu’il n’est pas raisonnable de ne pas vouloir s’y assimiler, en commençant par la langue. Ces nouveaux principes sont utiles pour combiner tradition et modernité et éviter une instrumentalisation politique des différences culturelles.

Les évènements actuels nous rappellent que destins européens et méditerranéens ne peuvent être abordés séparément : enjeux géopolitiques méditerranéens européens sont liés selon le principe des vases communiquant par la proximité géographique et historique. Le principe reste valable avec l’espace eurasien. L’attention sur l’un ne devrait pas éclipser l’autre. Les Etats européens adjacents à la Méditerranée ont une responsabilité particulière pour proposer de nouvelles solutions. Un axe franco-allemand renforcé reste plus nécessaire que jamais pour une action coordonnée vers ces deux espaces.

1 Document WIKILEAKS, Ambassade américaine de Paris/Stratégie d’engagement pour les minorités, http://www.wikileaks.ch/ 

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