Plus jamais ça

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Lettre ouverte à Monsieur Abdelilah Benkirane,
Chef du gouvernement

Plus jamais ça


Monsieur,

Des hommes et des femmes d’honneur, citoyens marocains établis en Europe, fiers de leur marocanité, sont aujourd’hui sous le choc et leur indignation est à son comble. Ils se sentent insultés et humiliés et demandent réparation et justice. C’est ce désir de justice auquel ils aspirent qui justifie notre volonté de vous solliciter personnellement et de vous alerter publiquement, sans formalisme ni détours vains, mais avec gravité et responsabilité.

Dans une récente déclaration faite à un Journal satirique (Le Canard Libéré n° 250 du 11 mai 2012) un membre du CCME s‘est cru autorisé de déverser, tout azimut et en fanfaronnant, un torrent d’injures à l’adresse des associations-MRE, contre des personnes respectables dont une élue de la nation et des journalistes qui n’ont fait qu’exercer leur métier, avec beaucoup de retenue.

Cette déclaration est véritablement injurieuse et inquisitoire. Elle semble être faite pour faire le plus de dégâts possibles, de créer de la confusion et de la tension à l’intérieur comme en dehors du CCME, et, de la sorte, noyer dans la polémique une affaire grave, révélée par un mail, liée à la gestion financière et humaine de cette même institution.

Les mots choisis, la haine versée dans les lignes, le registre de langue adopté, irrespectueux et diffamatoire, ne laissent planer le moindre doute quant à la volonté de nuire de leur auteur.

Ce comportement indigne d’un membre « salarié» d’une institution nationale créée par dahir chérifien (décembre 2007), élevée au rang de la Constitution en juillet 2011 (article 163), est tout simplement inacceptable.

 

Monsieur,

Si cette déclaration suscite aujourd’hui tant d’indignation et prend ce caractère général et cette ampleur internationale, c’est parce qu’elle n’est pas la première du genre. Son auteur est coutumier du fait. Il n’a cessé, depuis son étonnante propulsion au poste de « directeur », de profiter de la moindre occasion, y compris les moments les plus décisifs de l’histoire politique et institutionnelle de notre pays (Référendum et élections législatives), pour s‘attaquer aux MRE, pour minimiser leur participation à la vie politique nationale et pour dénigrer les revendications les plus légitimes de leurs associations.

Fait remarquable, perçu par certains comme un signe de faiblesse, en ne cédant pas à ces provocations, ces associations-MRE ont fait preuve d’une maturité politique et civique, d’une dignité et d’une patience exemplaires.

Mais, à force de subir les humiliations, d’alerter et de sensibiliser sur les conséquences de tels agissements, la patience a atteint ses limites.

Aujourd’hui, le silence ne peut-être que de la compromission. Continuer à cautionner ces dérives serait, pour nous tous, de la pure lâcheté.

 

Monsieur,

Les MRE constituent véritablement une communauté dynamique, fidèle à ses origines historiques, avec une conscience politique de plus en plus affermée, soucieuse de l’intérêt national et attachée au développement économique et humain du pays.

Mais, les MRE ne sont pas une serpillère avec laquelle un membre du CCME, de surcroît généreusement rémunéré avec un statut de « directeur », éponge sa bile et nettoie ses frustrations chaque fois que la question des droits civiques et de la citoyenneté est soulevée par ou pour les MRE.

Les MRE et leurs ONG ne sont pas, non plus, des faire valoir condamnés à assister à la « déchéance morale et éthique» d’une institution, le CCME, qui leur est dédiée. Ils n’acceptent pas la fatalité (main basse sur le CCME) et refusent de voir cette institution discréditée par les agissements de l’un de ses membres.

Dans la perspective de la mise en place des différents Conseils prévus par la Constitution, il n’est ni acceptable ni souhaitable de laisser cette institution nationale atteindre le degré le plus bas sur l’échelle de la respectabilité.

Par conséquent,

- Les MRE vous demandent de leur rendre justice, en réparant l’affront qu’ils viennent de subir. Votre gouvernement qui place la justice en tête de ses priorités ne peut objectivement ignorer cette requête ;

- Pour mettre un terme à toutes ces dérives et rumeurs qui prolifèrent au sujet de la gestion budgétaire et humaine du CCME, les MRE vous demandent de diligenter un audit pour évaluer le travail qui a été fait durant les 4 années écoulées. Votre gouvernement qui élève la transparence au rang des valeurs supérieures, est donc appelé à joindre l’acte à la parole ;

- Votre gouvernement s‘est engagé à donner corps et vie aux principes d’égalité, de citoyenneté, de proximité, de démocratie, notre Collectif associatif, et au-delà, tous les MRE, attendent de vous une concrétisation effective des droits que leur accorde la Constitution de 2011, en premier, les articles 16,17 et 18.

- Les ONG-MRE, qui ont tant milité pour la création du CCME, pour plus de considération pour notre communauté et pour plus de démocratie pour notre pays, attendent de votre gouvernement des décisions claires, précisant l’objet et le sens de l’article 163, dans le but de mettre de l’ordre dans cette institution, de définir les modalités de sa constitution et de fonctionnement et de lui conférer des missions réellement proches des attentes et aspirations des MRE en confiance et en concertation avec eux.


Enfin, notre Collectif Associatif International, fait le vœu de voir cette requête trouver auprès de vous et de votre gouvernement l’intérêt le plus franc et susciter les mesures les plus justes, pour le bien de nos institutions nationales et pour que la sérénité et la confiance puissent rapidement revenir dans les relations des MRE avec les institutions qui leurs sont dédiées.


Collectif Associatif International ALMOHAGIR1
Paris le 21 mai 2012
Pour le Collectif :
Mohammed Mraizika (en qualité de président)

Mail : m.mraizika@laposte.net 

 

1 CAI-Almohagir : est le sigle du « Collectif Associatif International Almohagir », créé le 15 mars 2008, à Paris (12°), au Centre International Maurice Ravel. Ce Collectif regroupe plusieurs dizaines d’associations présentes dans 6 pays européens (+ 4 ailleurs). A sa création, il s’est donné pour but d’informer et de sensibiliser l’opinion publique internationale sur le sort « des enfants Sahraouis Marocains retenus dans les camps de Tindouf ». A cet effet, il a lancé de nombreux appels et organisé des conférences internationales, pour exiger leur « libération inconditionnelle et rapide»

Le Collectif milite également pour les droits civiques et constitutionnels des Marocain du Monde et veille à la promotion et à la défense de leurs droits (socioculturels et cultuels) et intérêts économiques dans les pays d’accueil (en Europe, notamment)

A nos anciens combattants : «Nous n’oublierons jamais”.

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Le hasard a voulu que je sois invité, en 2006, à la cérémonie de commémoration du 90ème anniversaire de la « Bataille de la Somme » (Nord de la France) ; inscrite dans les annales militaires comme l’une des batailles les plus meurtrières qu’a connue l’Europe (1 060 000 victimes, 442 000 morts ou disparus). Je garde de cette visite, et de celles qui ont suivi, un souvenir indélébile.

Journée du 8 Mai 2012 à Basse-sur-le Rupt (Vosges)

Journée du 8 Mai 2012 à Basse-sur-le Rupt (Vosges)

La visite des différents lieux de mémoire (musés, cimetières, mémorial, nécropoles) qui jalonnent les champs de cette bataille (villes d’Albert, Péronne et Bapaume.) ne laisse, en effet, personne indifférent. Elle suscite une émotion particulière. C’est le recueillement et le silence qui s ‘imposent devant ces milliers de stèles de soldats de cultures, d’origines et de confessions différentes, côte à côte, unis dans la mort après avoir partagé les conditions inhumaines des tranchés et les atrocités d’une guerre, la première, faite au nom d’une prétendue supériorité militaire et culturelle.

Une phrase gravée à l’entrée de l’une des nécropoles qui dit : “Nous n’oublierons jamais”, me revient aujourd’hui à l’esprit et m’interpelle en ce jour de commémoration du 67ème anniversaire du 8 mai 1945 (acte de capitulation de l’Allemagne nazie devant les armées alliées). Autre guerre (la seconde) autre sacrifices.

Qui se soucie de nos jours d’entretenir la mémoire et le souvenir de ces milliers de fantassins, chasseurs, zouaves, cuirassiers, tirailleurs « sénégalais » (du Congo, du Soudan, de la Côte d’Ivoire, du Maroc…), ou indochinois venus défendre l’honneur de la France et dont les tombes emplissent ces nécropoles ?

Mises à part ces stèles de pierre qui trônent à l’entrée des cimetières militaires, où sont gravés des noms à connotation africaine et maghrébine, que reste t-il dans les livres d’histoire du souvenir de ces soldats venus des colonies défendre la liberté et l’honneur de la France ?

En ces lieux de mémoire où la fraternité et la solidarité sont gravées à jamais dans le marbre, où le récit du courage des combattants musulmans impose le respect, les discours xénophobes et lepénistes, les lois discriminatoires qui fusent en France, apparaissent dérisoires et malvenues.
Devant ces stèles qui égrènent les noms de soldats étrangers morts pour la France et dont “le courage, le sacrifice suprême et le dévouement à la liberté” sont cités en exemple, les images déformées et les représentations réductrices des jeunes issus de l’immigration, dont la télévision française nous a abreuvé ces derniers temps, deviennent ridicules et décalées.

Loin de ces lieux de mémoire et ces champs de bataille, ce sont d’autres considérations et réalités, politiques et électorales, qui prévalent. L’immigré, c’est d’abord l’éventail que l’extrême droite brandit pour semer l’inquiétude, la haine et le trouble dans les cœurs et les esprits. C’est la « figure » inquiétante du déviant, du terroriste, de l’islamiste, de l’assisté, que les médias mettent en exergue et scène pour faire de l’audimat.

Quel destin que celui de ces milliers d’immigrés descendants des tirailleurs marocains et sénégalais morts pour l’honneur de la France !!!

Quelle trajectoire que celle de ces fils d’ouvriers des chaînes de montage et des mines du charbon du Nord, aujourd’hui relégués socialement et cantonnés dans les secondes zones (ZEP, HLM, ANPE…) !!!

Quel parcours que celui de ces générations d’immigrés témoins impuissants d’une inexorable évolution qui les a conduit « des premières lignes » des champs de batailles, aux bidonvilles et quartiers les plus défavorisés des grandes villes françaises… !!!

Les élections législatives des 10 et 17 juin prochain sont décisives à plus d’un titre, eu égard à la situation paradoxale et inacceptable de nos anciens combattants et Seniors, OS des usines de Renault-Peugeot ou ouvriers des mines du Nord. C’est l’occasion de rappeler aux partis et aux politiciens français, de tous bords, les injustices qui leurs sont faites sur ce sol français pour lequel ils ont combattu et tant donné pour qu’il retrouve, en 14-18 comme en 39-45, son honneur et assure sa prospérité.

Ces législatives, ne sont-elles pas l’occasion pour les jeunes générations d’immigrés de raviver le souvenir de leurs ancêtres et rappeler le sacrifice des ces milliers de combattants, asiatiques, africains et maghrébins morts pour que la France vive dans la liberté et l’honneur ?

Jusqu’à quand ces mêmes immigrés resteront-ils les « beurs de service » et les « roues de secours » des carrosses de partis politiques, de gauche ou de droite, peu enclins à respecter leurs engagements et rendre effectifs cette égalité devant la citoyenneté qu’ils ne cessent de proclamer ?

Bon an mal an, les combattants africains ont laissé sur les champs de bataille plus de 100.000 morts au combat ou par maladie (36.000 Nord-africains et 30.000 Africains noirs). N’oublions donc jamais ce qu’ils ont enduré comme souffrance dès juillet 1916, lors de la terrible « Bataille de la Somme », durant l’été 1918 à Château-Thierry, dans le bois de Courtons (10ème D.I. Coloniale), sur la montagne de Reims (1er Corps d’Armée Coloniale) et pendant l’offensive Mangin (R.I.C.M.),
Souvenons-nous d’eux, de leur courage et de leur sacrifice pour la France, montrons et prouvons que «Nous n’oublierons jamais”.

MRAIZIKA Mohammed : Chercheur en Sciences Sociales et en Droit International Humanitaire. Consultant en Ingénierie Culturelle.

C’est la HONTE : Le CCME vaut mieux que ça

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« Les autres, les autres, c’est pas moi, c’est les autres, les autres, les autres, c’est pas moi, c’est les autres », répète en refrain et en rythme le talentueux slameur Abd al Malik.

Dans la bouche du « directeur » du CCME ce refrain, « les autres », prend une tournure étrange, une allure cacophonique dominée par la haine et rythmée de mots injurieux et blessants. « Les autres », dont il s‘agit ici, ce sont une députée, un site internet, une journaliste, un hacker, des associations, les MRE, un clavier, et s’il manque à l’appel le chat du voisin, le gardien du Mahaj Riad, le serveur du café d’à côté c’est par pur oubli…

La HONTE, c’est la honte, c’est la honte, c’est la honte….

Comment peut-on tomber ci bas ? Comment peut-on se permettre, avec un tel « culot », de traiter tout son monde de cette façon là, indigne et haineuse ?

Est-ce la croyance en une impunité garantie qui pousse ce « directeur » à cet extrémisme langagier ?

Comment peut-on, après cette sortie catastrophique, continuer à se proclamer « directeur » d’un CCME, institution nationale, constitutionnalisée qui puise sa création dans un dahir royal et chérifien ?

Rien, absolument rien ne peut justifier cette attaque en règle contre des personnes de surcroît nommées et identifiées, des journalistes et des militants associatifs, fusse t-il ce fameux mail accusateur …

Il faut que cela s‘arrête et vite. Le CCME vaut mieux que cela.

Nous avons, depuis le début des années 2000, milité pour l’avènement du CCME et il fut. Nous avons fait part de notre indignation et notre désaccord quant à la manière dont il a été conçu et monté. Mais nous l’avons fait dans le respect des « autres ». Ceux-là mêmes qui sont traités par ce même « directeur » de « nuls » ou désignés animateurs de caisses noires…

Aujourd’hui, à cause de cette nouvelle déclaration inquisitoire toutes les digues ont cédé. Le silence serait de la compromission. Par conséquent :

  •  Au président et au secrétaire général du CCME nous demandons réparation et des mesures fermes pour laver l’affront fait aux MRE et au CCME par l’un de leurs subordonnés et salariés.
  • A tous ceux et celles qui ont été nommément insultés par ce même « salarié » nous disons que nous sommes tous aujourd’hui, et fiers de l’être, des yabiladis, des ouafis, des militants, des journalistes, des indignés et des révoltés.
  • Aux membres du CCME, insultés et ridiculisés, nous disons : Mesdames, Messieurs, un peu de dignité, levez un peu la tête, il y a une vie après le CCME.
  • Aux MRE, qui se sentent blessés, nous disons n’ayez crainte, le vent du changement qui souffle sur notre pays finira par rentrer au CCME et les écuries d’Augias seront nettoyées de fond en comble pour le bien du CCME et des MRE à qui doit revenir le droit et le privilège de l’amender et de le relancer …

 

Par Mohammed Mraizika (Paris)

Les MRE, « Vaches à lait » et improbables citoyens

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Les MRE, « Vaches à lait » et improbables citoyens
Par : Mohammed MRAIZIKA
(Chercheur en sciences sociales, Consultant en Ingénierie Culturelle)
De tous les quolibets qu’ont eu à subir les MRE, celui de « Vaches à lait » semble traduire la place qu’ils occupent dans les stratégies et les politiques publiques nationales et résumer l’image et la représentation qu’ils suggèrent. « Vaches à lait » les MRE le sont depuis toujours, contre vents et marées et en dépit des crises et des évolutions. Mais le resteront-ils longtemps ? N’est-il pas opportun aujourd’hui de développer et de promouvoir d’autres rôles et fonctions aussi stratégiques et nécessaires à l’essor de leur pays ?

Être ou ne pas être des « vaches à lait »
Être des « vaches à lait », dans le cas des MRE, ce n’est pas une vocation ou prescription religieuse, c’est plutôt une affaire d’hommes et de femmes d’honneur, responsables, courageux et volontaires, fidèles à leurs racines. L’histoire des MRE est une épopée héroïque, construite avec de la sueur, du sacrifice, du courage et de l’abnégation par des générations d’immigrés qui, depuis plus d’un demi-siècle, œuvrent pour que vivent dignement et honnêtement ceux qu’ils ont laissés au pays et pour que celui-ci se développe et prospère en toute quiétude.

Combien de villages et de bourgs sont sortis de terre en lieu et place de taudis et d’habitats indignes grâce à leur contribution ? Combien de familles y vivent grâce à leurs transferts ? Combien d’agents ou de prometteurs immobiliers (honnêtes ou véreux) se sont enrichis sur leur dos ?

L’emprunte des MRE est visible et bénéfique partout et jusqu’aux zones les plus reculées du territoire national. Leurs actions de solidarité et les initiatives généreuses de leurs associations sont louées et attendues. Cette contribution, humaine, économique et sociale s’impose aujourd’hui au pays comme une bénédiction divine, qu’il pleuve ou qu’il neige. Elle est conséquente : 58,5 milliards de dirhams en 2011 (chiffre de l’Office des changes).

Que dire de leur contribution à la prospérité des pays d’accueil ? Les charbonnages de France, les usines Renault et Peugeot, les mines du Nord et le Métro parisien, les tunnels et les ponts, les champs et les serres, les voieries et les ordures des villes européennes les plus denses, en savent quelque chose.

Que dire encore de leur apport à la libération de pays européens du joug de l’occupation ? Les champs de bataille, les cimetières militaires de France et de Navarre gardent les traces et les souvenirs de leurs faits d’armes les plus émouvants et les plus héroïques.

Mais, là où la déception et l’écœurement se transforment en colère, c’est lorsqu’il est donné de constater que tous ces sacrifices, ces apports et contributions ne sont ni reconnus (montée de la xénophobie et de l’exclusion en Europe, scores importants de partis extrémistes), ni récompensés à leur juste valeur.

Que sont devenus tous ces contingents de MRE, ces retraités et ces sans papiers expulsés comme des « sous-hommes », ces chômeurs et ces saisonniers victimes de rejet et de discriminations ? A-t’on pensé à eux, à leur reclassement et à leur intégration après leur retour volontaire -ou forcé- au pays ? N’est-il pas judicieux d’investir une partie des transferts MRE dans des secteurs socio-sanitaires et dans des structures d’accueil  adaptées (maisons de repos, foyers, centres de formation et d’enseignement des langues d’origine) ?

Aujourd’hui, certains responsables marocains se plaisent à tenir Colloques et Conférences pour discourir sur les vertus du « réseautage » et l’apport des compétences MRE. Ils alignent les chiffres de leurs transferts, surveillent les courbes et prient pour que celles-ci progressent. Mais, lorsque ces mêmes responsables sont interpellés au sujet de l’usage que font certaines institutions (notamment bancaires) de l’argent des MRE, sur le coût exorbitant de leur transfert, ou encore au sujet de l’accès des MRE à l’exercice effectif des droits civiques et constitutionnels, ils s’énervent et se hasardent à minimiser ces apports voire à ramener toute la question de l’apport MRE à une simple « action d’aide et de solidarité familiale ». Cette conception est plus que douteuse ; elle est irrespectueuse et dangereuse car elle porte en elle les germes de la déliquescence des relations et des liens MRE-Maroc.

Etre ou ne pas être citoyens
Comble du paradoxe, pour ne pas dire de l’amateurisme politique et de l’inconscience, plus de 4 millions de marocains sont écartés de l’exercice effectif de la citoyenneté. Le plus pessimiste d’entre les MRE pourrait (avec un peu d’humour) répliquer : A-t-on déjà vu des « vaches à lait » éligibles et électrices ? A-t’on déjà vu des « vaches à lait » faire grève ?

La citoyenneté ne se mesure pas à l’aune de la contribution économique individuelle. L’époque du suffrage censitaire est bien révolue. Être citoyen ne se réduit pas à la possession d’une carte électorale ou à un vote occasionnel par une procuration imposée. Etre citoyen, c’est faire partie d’une Nation dans laquelle l’individu et le groupe ont des droits et des devoirs clairement définis et respectés. Etre citoyen, c’est se sentir impliqué et responsable, c’est prendre part à l’élaboration des politiques publiques qui engagent l’avenir de son pays. Ne pas l’être, ou l’être virtuellement (cas des MRE) c’est se sentir « moins que rien », c’est être quelqu’un de seconde zone, bon à mourir à la tâche, à économiser et à transférer.

Le passage des MRE de simples « vaches à lait » au statut de citoyens est aujourd’hui une nécessité impérieuse, une question de justice et de bonne gouvernance. Ce passage serait l’une des révolutions « mentales » et évolutions politiques les plus marquantes de cette nouvelle législature (2011-2016).

La valorisation du statut politique des MRE serait en effet le déclencheur d’une dynamique incomparable qui drainerait vers le pays les réalisations les plus originales et les projets les plus nécessaires à son essor économique. Rendre effectifs leurs droits constitutionnels, c’est donner aux MRE les outils et la crédibilité indispensables pour pouvoir jouer leurs rôles dans tous les processus en cours, c’est leur permettre d’occuper une place privilégiée dans les relations internationales en qualité d’acteurs déterminants et influents.

A-t’on vraiment conscience, dans notre pays, de l’apport que la « diaspora marocaine » pourrait avoir, en ces périodes mouvementées, dans la défense des causes et intérêts supérieurs du pays ?
Il est incroyable de voir un pays, qui se bat pour relever des défis majeurs et décisifs pour son développement et sa démocratisation, brider les initiatives et les compétences de milliers de MRE pour des raisons de basse politique qui ne procèdent que de faux calculs et ne s’appuient que sur des arguments (sécuritaires, logistiques) fallacieux.

Celui qui a tué la « poule aux œufs d’or » par simple cupidité, par avidité et par curiosité, car pressé de gagner plus en peu de temps, l’a appris à ses dépens. Ceux qui déploient aujourd’hui les stratagèmes les plus variés, pour inciter le MRE à économiser toujours plus et à envoyer le plus d’économies qu’ils peuvent, doivent méditer cette maxime de « la poule aux œufs d’or ». Car, en effet, à force de les essorer et les presser, sans considération, ces « vaches à lait», vont tarir. A-t-on déjà vu des « vaches à lait » éternellement grasses ou indéfiniment généreuses ?

En définitif. Il n’y a pas et n’y aura pas d’incompatibilité entre le rôle des MRE en qualité de contributeurs stratégiques à l’essor économique du pays et celui d’acteurs politiques pleinement impliqués dans la construction de l’Etat de droit auquel aspire le pays..

Bien au contraire, l’harmonisation des politiques publiques les concernant et la consolidation des liens entre ces deux rôles –investisseur et citoyen-, le renforcement des « capacités» des ONG-MdM, constituent LA condition première pour l’émergence d’une véritable force « diasporique » capable d’agir, de défendre et de promouvoir à travers le monde les causes et les intérêts nationaux.

Rendre possible l’accès des MRE à l’exercice normal et actif de la citoyenneté, c’est l’une des voies idoines et stratégies « gagnant-gagnant », à même de donner aux MRE les outils politiques, juridiques et psychologiques qui leurs sont nécessaires pour pouvoir défendre ou sauvegarder leurs propres intérêts et droits (cultuels, culturels, socio-économiques) dans les pays d’accueil. Il serait dommage de se priver de cette voie et de cette stratégie en ce temps incertains.

Par : Mohammed MRAIZIKA
(Chercheur en sciences sociales, Consultant en Ingénierie Culturelle)

La représentativité des MRE ou la Belle Arlésienne

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L’Arlésienne, est ce fabuleux personnage mystérieux, proche et lointain à la fois qui reste inaccessible et intouchable, qu’Alphonse Daudet (1840-1897) dépeint dans l’une de ses Nouvelles (1873). Chez Alfred Hitchcock (La mort aux trousses, 1959), comme chez Bruce Geller (Série Mission Impossible, 1966) ou Ivan Goff (Drôles de Dames, 1976), c’est un personnage invisible et roublard qui symbolise l’Arlésienne et son corollaire l’idée de leurre et de tromperie (Charlie’s Angels, l’espion George Caplan, une voix, un magnétophone).

La représentativité politique et institutionnelle des MRE, telle qu’elle est observée aujourd’hui, a tous les traits et les attributs de l’Arlésienne d’Alphonse d’Audet et du « leurre » d’Hitchcock. Annoncée maintes fois, proclamée solennellement (2005), élevée en 2011 au rang de la Constitution (articles 16-17-18-163), longtemps désirée et revendiquée par les MRE, elle demeure inatteignable et lointaine. On a beau la chercher au sein du Parlement, des Conseils d’Administration des Banques ou des Fondations et Conseils, elle reste introuvable ; c’est un leurre.

Tous les fidèles de Walt Disney le savent, il a suffit à la Belle au Bois dormant d’un léger baisé pour se libérer d’un sort maléfique et sortir d’un long sommeil. Il suffira, avec un peu d’audace, au gouvernement actuel de raviver les principes annoncés en 2005, de respecter ses propres engagements politiques et d’appliquer la Constitution de 2011 pour que la question de la représentativité institutionnelle des MRE soit déverrouillée et résolue. C’est impératif car, il n’y a pas aujourd’hui – en termes de bonne gouvernance- plus intelligent et plus saint que de libérer les initiatives nationales, d’instaurer le plus d’équité, de justice et d’égalité pour assainir les rapports sociaux.

Dans le cas des MRE (plus de 4 millions de personnes et des transferts évalués en 2011 à plus de 58 milliards de dh), tourner la page d’une époque où tout a été fait pour les marginaliser, en rendant problématique leur droit d’être dignement représentés, c’est plus que du pragmatisme politique, c’est une manière intelligente de réparer l’injustice et de libérer les compétences MRE.

Cette œuvre de restauration et cette volonté de réforme auxquelles s’attèle le gouvernement conduit par le PJD, n’est certes pas une sinécure. En effet, si le « baiser » de W. Disney réveille, le  « baiser de la mort», celui de Juda (Évangile selon Saint Luc 22, 48) et des mafieux, tue (Le Parrain de FC Coppola, 1972) ; il annonce souvent la fin proche « pour celui qui le reçoit ».

C’est inévitable. Il y aura toujours quelques « ennemis de la démocratie et des nihilistes », tels  ceux qui ont conduit la question de la représentativité parlementaire des MRE dans des impasses, pour contrecarrer cette œuvre et cette volonté. Obstinés, rancuniers et grands fanfarons devant l’Eternel, certains d’entre eux n’hésiteront pas à dispenser sur le front des MRE le fameux « baiser de la mort ».

Échaudés et abusés, les MRE sauront-ils être vigilants et alertes pour défendre leurs droits civiques et ne pas les laisser longtemps en jachère ?

Seront-ils entendus, consultés et associés à cette œuvre de réforme ? Ou, tout sera-t-il fait et décidé – comme de coutume- sans eux, en leur nom et place ?

Ces droits constitutionnels (articles 16-17-18) sont-ils un nouveau leurre ?

Que cache et propose réellement l’article 163 ?

Cet article 163, consacré au CCME, n’est pas anodin. Il pose véritablement, en matière de représentativité politique des MRE, une sérieuse interrogation :

Est-ce le prélude d’une nouvelle ère de correction, d’assainissement et d’amélioration du fonctionnement du CCME pour optimiser son rendement ?

Ou bien est-ce une manière habile visant pour l’essentiel à rendre le transitoire définitif (le mandat initial de 4 ans a expiré fin décembre 2011) et, du même coup, rendre difficile l’évaluation de son travail, le contrôle de sa gestion et la redéfinition de son mode de recrutement et de ses missions ?

A la réflexion, Alphonse d’Audet ne serait pas surpris ou dépaysé sous les arcades du CCME, l’Institution par excellence qui donne à l’idée de l’Arlésienne toute sa signification. Les 13 membres/50 manquants sont toujours invisibles et improbables. Les avis et autres rapports d’activité clamés durant les 4 ans écoulés sont introuvables. Les membres annoncés (par la MAP) en décembre 2007, sont de vrais Arlésiens et de véritables caméléons : présents-absents, visibles-invisibles, salariés-bénévoles, soumis-révoltés, amis-adversaires, proches et lointains des MRE… Comble du paradoxe, les plus « visibles » et les plus actifs d’entre eux sont plus occupés par l’animation de campagnes électorales, en France et ailleurs, au profit de formations politiques généralement allergiques aux valeurs culturelles et cultuelles que partagent la majorité des MRE. Quel est donc leur apport à la chose publique nationale et aux causes MRE ?

La question institutionnelle soulève un autre problème de fond, épineux et récurrent, qui mérite, à l’heure des réformes et de la lutte contre la gabegie, une attention particulière : la profusion d’institutions de toutes sortes avec la même vocation ou prétention : « s’occuper » des affaires MRE.

Fondamentalement, cette profusion est, financièrement et politiquement, dommageable et ne sert ni les intérêts des MRE ni ceux du pays. C’est même l’une des causes premières du dysfonctionnement institutionnel constaté et de la tension qui règne actuellement.

A-t’on vraiment besoin aujourd’hui d’une dizaine d’institutions, d’un Ministère, d’un CCME et autres chambres d’enregistrement pour gérer les dossiers MRE ?

Le moment n’est-il pas venu d’engager une politique audacieuse et rationnelle afin d’harmoniser, de coordonner, de réunir les budgets mais aussi les moyens et les compétences dans une même structure dédiée aux MRE, pour plus d’efficacité, de proximité et de clarté ?

A-t’on besoin de recourir systématiquement à tous ces Cabinets d’étude (réels ou fantoches) -chichement payés pour quelques pages dactylographiées- pour identifier les besoins et connaître les attentes des MRE ?

Le gouvernement actuel aura t’il le courage et la volonté politique nécessaires pour évaluer le coût sur le budget de l’Etat de toutes ces institutions qui consomment des sommes colossales (puisées dans les caisses/transferts MRE), mais qui restent opaques et fermées aux MRE ? 

En un mot : le temps n’est-il pas venu de mettre de l’ordre dans cette anarchie et nettoyer à fond les « Ecuries d’Augias » ?

Le nouveau gouvernement ne peut se dérober à ce travail d’assainissement et de mise en ordre. Il a les outils juridiques et la légitimité politique et électorale nécessaires pour conduire des réformes audacieuses et décisives en toute matière. Le dossier de la représentativité politique et institutionnelle des MRE ne doit pas faire exception ; ce qui est en jeu ici c’est l’exercice des attributs de la citoyenneté et la préservation des deniers publics qui passe par le contrôle et l’évaluation stricte de l’activité de toutes ces institutions-doublant, ou Arlésiennes, censées « gérer » les dossiers MRE.

Mais, qu’il soit dit : donner corps et visage à la représentativité institutionnelle et politique des MRE (Parlement, Conseils, Fondations, Banques etc.), ne serait ni un geste de générosité gouvernementale ou de la charité « bien ordonnée », mais un acte politique réparateur et salutaire permettant de lever le déni de droit qui frappe plus de 4 millions de MRE dans ce qu’il y a d’essentiel dans une démocratie participative : l’exercice de la citoyenneté.

Ce dossier ne peut, en tout état de cause, rester indéfiniment un leurre, cette Arlésienne dont l’ombre a traversé toutes les législatures depuis 1992. C’est, côté MRE, l’un des testes les plus sérieux que le gouvernement actuel doit passer avec succès. Il en va de sa crédibilité.

Dr Mohammed MRAIZIKA(Chercheur en Sciences Sociales et en Ingénierie Culturelle)

 

 

Le gouvernement Benkirane et le défi de la communication

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La communication gouvernementale, au sens d’«un service public » et non pas de « propagande» idéologique qui viserait l’endoctrinement et le contrôle des opinions et des initiatives, est un des outils privilégiés de sensibilisation, d’explication et de dévoilement des politiques publiques dans les plus grandes démocraties participatives. Au Maroc, c’est l’une des failles abyssales du système institutionnel. Nous sommes plutôt dans un état caractérisé d’incommunicabilité. La question est : le nouveau gouvernement, qui se veut proche et transparent, parviendra-t-il à combler cette faille et à inaugurer une ère nouvelle en matière de communication institutionnelle ?

1-le fléau de l’incommunicabilité 

Si, en anthropologie, l’incommunicabilité « dans les relations entre les hommes » est « du fait des différences de langue, de cultures, de systèmes de référence » (Charlie Galibert, « L’incommunicabilité dans le cadre de la pratique anthropologique », Socio-anthropologie, N°23-24| 2009), l’incommunicabilité qui affecte les institutions nationales trouve sa source à la fois dans la complexité et l’inefficience des procédures et des outils employés et dans un mélange d’habitudes et de réflexes bien ancrés dans la culture administrative du pays. Le clientélisme, le favoritisme, la corruption et l’abus d’autorité ne sont, en définitif, que quelques-unes des manifestations de ce mal endémique qui entrave le bon fonctionnement du système institutionnel marocain. Les services publics de proximité (poste, hôpitaux, eau, électricité, conservation, impôts, préfectures, police, municipalités….) sont passés maîtres dans l’art de « noyer le poisson », d’entretenir le secret, de refuser le renseignement, et de ce fait, de mettre à rude épreuve les nerfs des usagers. Souvent, l’accueil est peu convenable, l’information une denrée rare, devenue, par la force des choses, monnayable. Les feuilles d’impôt et de soins, les factures d’eau, d’électricité et du téléphone sont hermétiques et incompréhensibles pour le commun des citoyens. Les opérations liées à la propreté et au ramassage des ordures ménagères, entourées d’opacité et très juteuses par ailleurs, ne génèrent que gêne et désagrément pour les citoyens.

Le plus triste dans l’histoire, c’est que peu de secteurs de la vie publique nationale échappent à ce fléau de l’incommunicabilité. Dans le domaine de l’économie, l’impact est considérable. Les entreprises les plus volontaires sont découragées par l’absence et/ou la rétorsion de l’information et par la complexité des procédures et règles en usage, notamment en matière d’attribution des autorisations (transport, construction, commerce) et de passation des marchés publics. Les Marocains du Monde les plus entreprenants et les investisseurs étrangers les plus sérieux sont rebutés par la manière dont leurs projets sont accueillis et traités. Aux tracasseries les plus absurdes s’ajoutent souvent les délais les plus aberrants. Tous ces « indignés », ces mécontents des services publics n’aspirent qu’à une chose, assez normale sous d’autres cieux : trouver en face d’eux des interlocuteurs compétents, capables de « communiquer » et, surtout, de fournir des renseignements fiables, indispensables à la conduite et à la gestion des affaires commerciales.

Le discours politique lui-même, est ennuyeux, décalé des réalités sociales. Incapable de produire de l’adhésion et du débat, ce discours ne suscite que rejet et indifférence voire pire, comme le souligne Roland Barthes : « Parler, et à plus forte raison discourir, ce n’est pas communiquer…c’est assujettir » (Extrait de Discours au collège de France).

Loin d’intégrer les mutations de la société civile, des technologies (réseaux sociaux/internet) et des opinions qui s’y expriment dans leur grande diversité avec méthode, rapidité et slogans percutants (cf. le Mouvement du 20 février), la communication institutionnelle en cours dans notre pays est en faillite. Elle est solidement arrimée à des pratiques que structurent des conceptions et des méthodes de gestion et d’exercice du pouvoir des plus archaïques. Elle est, à ce titre, un frein est une tare dommageable à la fois à l’image du pays et à son évolution politique, sociale et économique.

2- Une lapalissade :

C’est élémentaire Monsieur Watson, une communication institutionnelle défaillante nuit à l’établissement de relations apaisées et confiantes entre les services de l’Etat et les citoyens. C’est l’incommunicabilité qui favorise l’incompréhension et la suspicion et rend possible toutes sortes d’abus d’autorité. Là où il y a rétorsion de l’information, les foyers de la corruption prospèrent et lorsque le message politique et institutionnel est brouillé les politiques publiques sont mal perçues et les urnes désertées. L’incommunication favorise la confusion en réduisant les frontières qui existent entre l’intérêt général et l’intérêt particulier. La perception du sens du devoir et de la responsabilité est elle-même brouillée.

La différence faite par les spécialistes entre « communication politique et communication publique » garde ici toute sa pertinence. Pour Thierry Saussez « la communication gouvernementale n’est nullement personnalisée. Elle ne porte pas sur des idées, des concepts ou des promesses, mais sur des faits précis, des mesures, des réformes ou des comportements qui vont dans le sens de l’intérêt général ou du mieux vivre ensemble » (cf. Pour ou contre la communication gouvernementale, Le Figaro, du 28/02/2009). Le type de communication qui domine au sein de la plus grande majorité des institutions nationales est fait d’une confusion des genres : intérêt personnel, pécuniaire et centré, se mêlant et se mélangeant à l’intérêt collectif et général. En effet, lorsque la promotion d’une politique publique, d’une campagne de sensibilisation et d’information (Cancer, maltraitance, civisme, conduite à risque, civisme, vote…), ou une tournée ministérielle, privilégie la personne du Ministre et néglige la cause elle-même, lorsque c’est le parti d’origine qui récolte les bénéfices de l’action de communication – payée par le contribuable- et non le Ministère ou la catégorie de citoyens concernée, tous les repères se trouvent dévoyés et les effets réduits. Lorsque les Ministres partisans coalisés au sein d’un même gouvernement, favorisent en priorité leur clan et leur chapelle politique au détriment du collectif et du gouvernement auquel ils appartiennent, c’est la cacophonie, le conflit et la méfiance qui s’installent. Cette attitude irresponsable est coûteuse, déstabilisatrice et peu productive. L’exemple du gouvernement sortant est à ce propos fort éloquent.

 Par conséquent, le nouveau gouvernement, qui se veut « communiquant », qui inscrit son action – sa stratégie et son discours- dans une démarche volontariste, privilégiant la transparence, le respect de la souveraineté du peuple, la proximité et la concertation, doit veiller à ce que le Comment et le Pourquoi « communiquer » des services publics et des institutions nationales trouvent de la hauteur et du sens. La lutte contre le fléau de l’incommunicabilité doit être, compte tenu de ses enjeux et effets, directs et collatéraux, sur le fonctionnement des institutions et la crédibilité de l’action gouvernementale, l’une de ses premières préoccupations. Responsable des politiques publiques, il a l’obligation –morale et politique- de les expliquer et d’informer les citoyens sur leur teneur et leur utilité.

Toutefois, il ne peut y avoir participation ni communication ou échange et débat démocratique sans respect des libertés publiques et individuelles, sans une véritable indépendance de la presse et sans l’association de la société civile dans sa grande pluralité et diversité. Dans les démocraties représentatives et participatives les plus avancées, le respect de la liberté d’expression, des oppositions et des opinions contraires et le contradictoires, est une vertu et non une faiblesse. De même, il ne peut y avoir de bonne gouvernance sans la primauté du droit qui passe par l’éradication de la gabegie, de l’impunité et de toute forme d’abus de pouvoir, qui sont de véritables fléaux qui trouvent dans le secret et l’anarchie institutionnelle, et donc dans l’incommunicabilité, un terreau favorable. C’est le prix à payer pour que ce rêve longtemps caressé par le peuple marocain, d’un Etat de droit, devienne enfin réalité.

Dr Mohammed MRAIZIKA
(Chercheur en Sciences Sociales et en Ingénierie Culturelle)

Les MRE, le PAM et la fable de « l’Arroseur arrosé ».

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Auteur : Mohammed MRAIZIKA
(Chercheur en Sciences Sociales et en Ingénierie Culturelle)

Une agitation peu coutumière et perceptible à l’œil nu, secoue depuis le 25 novembre, les paddocks des formations politiques en particulier de celles qui ont choisi de participer au côté du PJD au futur gouvernement. Ce ne sont pas, semble-t-il, les considérations idéologiques ou programmatiques qui suscitent cette agitation, mais bien des questions utilitaristes et nombrilistes qui se résument au nombre et à la nature des strapontins à obtenir. Certes,  des mots et slogans dithyrambiques, tels que « la Nation », le peuple et l’intérêt supérieur du pays sont clamés pour justifier les décisions, mais passons, à chaque jour suffit sa peine et à chaque époque ses partis et ses hommes.

« Tel est pris qui croyait prendre » : le cas du PAM

Les élections du 25 novembre ont cela de merveilleux et de particulier : elles contiennent messages et des enseignements significatifs et livrent même une morale politique et éthique. Dans un pays comme le notre où la maxime, l’adage, l’anecdote, le proverbe constituent une source d’inspiration et une soupape salutaire, il n’est pas abusif de recourir à un genre littéraire, la fable, pour rendre compte du climat qui domaine aujourd’hui la scène politique.

Deux fables « l’Arroseur arrosé » et le « Rat et l’huitre » se prêtent parfaitement à la démonstration.

Depuis juin 2008, le PAM (Parti Authenticité et Modernité) donne l’impression d’être une fidèle réplique de la terrible méduse de la mythologie grecque, qui transformait tout (en pierre) sur son passage. Sa prétention de recomposer, de repenser, de remodeler, de redéfinir et de redessiner la carte et le jeu politiques confirme cette impression ; il est devenu du fait le spectre à abattre.

Une première victoire (élections communales du 12 juin 2009) emportée avec 21,7% des sièges, devant le PI, le MP, le RNI et le PJD, lui donne l’illusion de dominer le jeu politique et le renforce dans ses certitudes et sa stratégie de conquête totale et rapide du pouvoir. Sans bornes et surtout sans précaution, le PAM commence alors à labourer en profondeur jusqu’à drainer de toutes sphères politiques et de tous milieux des personnes et des groupes divergents tentés avant tout par l’huitre reluisante que le PAM leur tendait avec la promesse d’une victoire assurée.

Devenu, à quelques semaines d’une échéance électorale capitale (législatives du 25 novembre), un G8 multiforme et multicolore, le PAM ne pouvait qu’attirer haine et rejet sur sa structure et ses dirigeants.

L’intelligence et la volonté d’un peuple attaché à sa singularité, mais, en même temps, désireux de sortir d’une ère caractérisée par des pratiques politiques et électorales d’un autre temps, a fait le reste. Moralité, le PAM voulant la victoire à tout prix, ignorant la volonté populaire, l’a appris à ses dépens : « Tel est pris qui croyait prendre » disaient les fabulistes (Esope et La Fontaine).

« Le Rat et l’huître » : le cas du vote par procuration 

Autre enseignement, autre fable : le vote par procuration

Cette trouvaille cynique -plus que juridique- proposée aux MRE comme un cadeau empoisonné et en guise de provocation, fait penser à cette autre fable de La Fontaine (Livre VIII), “Le Rat et l’huître ». En résumé, un rat dépourvu d’expérience, déserte son petit monde champêtre et paisible pour le grand monde et l’aventure. Devant un tas d’huitres, croyant trouver « bonne chère », il se mit à rêver et à saliver. Mais « l’Huître tout d’un coup Se referme, et voilà ce que fait l’ignorance ».

L’ignorance dans le cas des MRE ne peut à elle seule tout expliquer. Peu de responsables marocains ignorent en effet les attentes (culturelles, cultuelles, politiques…) et les espoirs des MRE (exercice des droits civiques). Mais, pour des raisons, qui restent à analyser, certains d’entre eux s’évertuent à les minimiser voir même à les combattre.

Moralité, la procuration s’est enfermée brutalement comme l’huître sur les doigts de tous ceux qui pensaient avec malice et jubilation manipuler la volonté des MRE et jouer avec leurs droits : 2 voix par procuration sur 847 bureaux et aucun vote par procuration dans 400 bureaux de vote observés. Ainsi, « Tel est pris qui croyait prendre ».

Mais, comble de l’ironie et de l’impunité, ceux qui sont derrière cet échec, ceux qui n’ont pour raison d’être, d’exister et de toucher salaire que de nuire aux intérêts MRE, n’ont tiré de ce malheureux résultat ni enseignements, ni humilité (reconnaître ses erreurs est une vertu). Ils sont toujours là, s’ingéniant même à dénicher, dans de veilles malles moisies, d’autres parades et subterfuges pour détourner l’attention de la seule voie qui vaille : exercice direct de la citoyenneté et la jouissance effective des droits constitutionnels.

Le plus rassurant dans cette affaire, c’est que l’huître ne restera pas éternellement ouverte, ce n’est pas possible. Tôt ou tard elle se décidera de se refermer, et là !!!

En guise de conclusion 

Ce qui est fondamental aujourd’hui, pour le PJD comme pour l’opposition parlementaire, c’est de ne pas se contenter de décrire les maux de la société marocaine, mais de les éradiquer. D’importantes franges de cette même société se trouvent dans l’urgence et l’attente (chômage, précarité, exclusion des systèmes d’éducation et de santé…) et il est urgent et impératif que leurs cas et difficultés deviennent pour le gouvernement-PJD, des priorités absolues.

De même, il ne s’agit plus de se satisfaire de dire et de créer « plus jamais ça», de lever les étendards, rouges ou verts, de la lutte contre la corruption, la tyrannie, le clientélisme et le favoritisme, mais d’avoir l’audace et le courage politiques de prendre les mesures juridiques et techniques (lois organiques) adéquates pour rendre réels et vivants les valeurs et les principes que le texte constitutionnel propose.C’est cela le sens du vote du 1er juillet et du pacte électoral et politique que le peuple marocain (ou ses 45%) a voulu contracter le 25 novembre avec le PJD. C’est probablement par ce chemin qu’il faut passer pour combattre l’ignorance, la pauvreté et l’injustice, pour promouvoir les droits humains, pour lever tout déni de droit et toute atteinte aux libertés publiques, peu nous importe le statut de la personne, du groupe (social ou ethnique) ou de la région concernés.

Mais, puisqu’un déni de droit est un déni de droit (et un chat et un chat), il n’est pas excessif d’interpeler de nouveau le PJD et son gouvernement sur le cas des 5 millions de marocains établis à l’étranger :

  • A quelle sauce gouvernementale seront-ils cuisinés ?

  • Que vont devenir les quatre articles (16-17-18-163) les concernant, que la Nouvelle Constitution leur reconnait solennellement ?

  • Que va devenir le CCME (article 163), dont le mandat arrive à échéance à la fin de ce mois de décembre ?

  • A quel parti de la coalition va échoir la direction du Ministère-MRE et avec  quels pouvoirs et moyens ?

L’honnêteté intellectuelle impose aussi, et à ce propos, de « rendre à César ce qui est à César » et d’avoir une pensée sincère pour le Ministre des MRE sortant, et ses collaborateurs ; une approche intelligente et des réalisations importantes et utiles sont à mettre à son actif.

Bien évidemment, beaucoup reste à faire en la matière, notamment dans des domaines aussi essentiels que la culture, l’enseignement, la défense des causes nationales à l’étranger (par les ONG-MRE), la promotion et la défense des droits économiques et sociaux des MRE dans les pays d’accueil comme dans leur propre pays. A bon entendeur ….

Auteur : Mohammed MRAIZIKA (Chercheur en Sciences Sociales et en Ingénierie Culturelle)

Paris le 17/12/2011

Le PJD à l’épreuve de l’Equation MRE

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 Auteur : Mohammed MRAIZIKA
(Chercheur en Sciences Sociales et en Ingénierie Culturelle)

Les élections législatives anticipées de novembre 2011 ont rendu leur verdict et livré leurs indices et leurs enseignements. Dont acte.

Que les choses sérieuses commencent et que la parole et les promesses électorales de circonstances s’effacent donc au bénéfice de l’action et de l’initiative créatrice.

Et l’espoir renaît de ses cendres

La construction de l’Etat de droit et l’avènement d’un Maroc « moderne démocratique, prospère et solidaire » est un rêve longtemps caressé par le peuple marocain. Ce peuple fier et digne mérite le respect et les louanges. Alors que le « printemps arabe » bat son plein se révélant sanglant et déstructurant, il a choisi de poursuivre sereinement sa marche sur la voie de la démocratie.

Le peuple marocain a gagné ainsi en quiétude et en maturité politique et son rêve d’un Etat de droit respectueux des libertés publiques et de la dignité humaine ne semble plus relever du domaine de l’impossible.

C’est finalement lui le grand et le vrai vainqueur du scrutin du 25 novembre.

Tous les ingrédients sont effet réunis: une Constitution qui fait du respect des droits humains, de la séparation de pouvoirs, de la justice sociale, de la reconnaissance de la diversité culturelle, cultuelle et linguistique son socle principal, un climat serein et un champ politique recomposé et clarifié.

Le Parti de la Justice et du Développement (PJD), sorti victorieux des urnes (107 sièges), a aujourd’hui l’obligation morale et politique de raviver ce socle de principes, de droits et de devoirs, de pacifier un peu plus ce climat, et ainsi réunir et garantir les conditions de cette construction (Etat de droit) qui rendra possible ce rêve collectif (plus de démocratie, de justice et de liberté).

C’est incontestable. Les équations politiques (prospérité et égalité, sécurité et respect des libertés, bonne gouvernance et probité, solidarité et effort) que le PJD, et le future gouvernement qu’il aura formé, devra résoudre, sont nombreuses, complexes et déterminantes pour l’avenir de la nation (Quid de la rupture avec le passé, la lutte contre la corruption, le rajeunissement et le renouvèlement des élites, un essor économique profitable à tous…).

Mais, c’est cela le vrai deal politique contracté le 25 novembre et c’est cela le vrai défi qui mérite d’être relevé durant cette législature.

L’équation MRE : inclusion-exclusion

Cette équation, qui semblait insoluble durant l’ère écoulée et qui a empoisonné les rapports des MRE avec certaines institutions nationales, se pose aujourd’hui au nouveau gouvernement avec une grande acuité.

C’est indéniable. La détérioration de ces rapports est le fait de la politique d’exclusion et de marginalisation déployée ces dernières années, avec une force inouïe, pour écarter les MRE du champ politique. Cette politique inavouée, agissant en parallèle de politiques publiques ministérielles qui se voulaient inclusives et d’un discours officiel qui se voulait rassurant, a brouillé les cartes et instauré une ambiance détestable de méfiance et de conflit. L’affaire de la « procuration-provocation », qui a déterminé l’absence des MRE des élections législatives du 25 novembre et qui a pesé lourd dans la balance au niveau du taux de participation, n’est finalement que la traduction de cette même politique irresponsable. Le résultat est aujourd’hui éloquent : selon le rapport du CNDH, seules 2 voix par procuration sur 847 bureaux de vote ont été relevées. Constat confirmé par des observateurs étrangers qui précisent qu’aucun vote par procuration n’a été enregistré sur 400 bureaux de vote.

La fable de « l’arroseur arrosé » trouve ici toute sa signification et sa morale.

Aujourd’hui, à l’heure du changement, les MRE caressent l’espoir de tourner définitivement cette triste page d’exclusion et d’humiliation, pour en ouvrir une autre dans laquelle s’inscriraient des réalisations concrètes, fidèles à l’esprit des discours royaux et au texte constitutionnel de juillet 2011. Ils ont l’espoir de voir ce parti (PJD), qui place la lutte contre l’injustice et la gabegie en tête de ses préoccupations, qui a déployé à leur profit au sein même de l’institution parlementaire des positions audacieuses (lors des questions au gouvernement), prendre les mesures les plus décisives pour lever le déni de droit qui les frappe en matière d’exercice des droits civiques. Tiendra t-il ses promesses ?

L’échec des « arguments d’exclusion massive » 

Rien, absolument rien, ne pourra à l’avenir justifier l’exclusion des MRE du jeu politique et de l’exercice de la citoyenneté. Tous les motifs évoqués par le passé pour vendre cette exclusion se sont révélés sans fondement. Tous les « arguments d’exclusion massive » (5millions de MRE) – problèmes techniques, sécuritaires et logistiques, menace islamiste, désintérêt pour la politique-, déployés contre l’exercice des droits civiques MRE, n’ont pas résisté à l’épreuve des faits : une participation remarquable au référendum constitutionnel, un attachement aux valeurs suprêmes du pays qui n’a jamais fait défaut, un intérêt certain et renouvelé pour la chose publique nationale…

Même les subterfuges grossiers utilisés par des « snipers », chichement payés, pour discréditer et rabaisser les MRE ou pour déstabiliser leurs ONG, tombent aujourd’hui comme des feuilles mortes en automne et leurs artisans sont nus.

Le futur gouvernement, le PJD en tête, sera donc bien inspiré de rendre justice aux MRE, de rompre avec le discours inclusif de circonstance habituel, pour initier des politiques inclusives audacieuses et efficientes. Cette démarche pragmatique, qui fera de l’inclusion des MRE dans la vie politique un axe stratégique majeur, permettra assurément de sortir les relations des MRE avec les institutions nationales des impasses dans lesquelles elles ont été plongées. Cette démarche générera de la confiance et de la coopération et conduira des compétences MRE nombreuses et disponibles vers une implication beaucoup plus grande, et volontaire, dans le processus de développement économique, politique et humain de leur pays.

En ravivant les principes constitutionnels (les fameux 4 articles-MRE) d’égalité dans la marocanité et la citoyenneté, en favorisant les lois organiques dont dépend leur réalisation, le prochain gouvernement non seulement il rétablira dans leur droit politique plus 5 millions de MRE, mais encouragera des milliers de compétences MRE à mettre tous les atouts dont ils disposent au service du pays.

Inclure les MRE dans la vie politique nationale (locale et régionale plus tard) du pays, par les voies les plus démocratiques (le vote et l’éligibilité) est, en effet, un pari gagnant-gagnant. Ce n’est ni un cadeau, ni un geste de complaisance à leur concéder, mais bien un acte de justice et d’égalité que des pays voisins et amis (Tunisie, Egypte) ont admis et concrétisé de belle manière (vote direct et octroi à leurs ressortissants établis à l’étranger des circonscriptions et des sièges). Pourquoi pas notre pays ?

Paris le 02 décembre 2011 

Les MRE et le Parlement : la grande embrouille

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Mohammed Mraizika (Chercheur en Sciences Sociales et en Ingénierie Culturelle)

L’éviction des MRE des élections législatives de novembre 2011 est bel et bien actée. Le sort est jeté et rien ne va plus. C’est la grande embrouille.

1- Circulez, il n’y a plus rien à voir

L’image qui vient à l’esprit, pour expliquer cette situation ubuesque que vivent les MRE en ces temps électoraux, est celle d’un boxeur valeureux mais sonné qui tente de se relever pour poursuivre le combat et peine à comprendre ce qui lui arrive. Le plus triste dans l’histoire, c’est qu’il est KO non pas que son adversaire est meilleur, mais que celui-ci a mis un morceau de ferraille dans son gant et l’arbitre dans sa poche.

Ce boxeur méritant, respectueux des règles du noble art, qui quitte le ring vaincu, a deux options possibles : ranger les gants au placard ou préparer sa revanche pour sauver son honneur et rétablir sa dignité, bafouée par un adversaire, tricheur avéré.

Le MRE, tel ce boxeur vaillant, s’est fait éjecté manu militari du champ politique et électoral national par défaut ; sans même combattre. Il s’est vu dépouillé de ses droits constitutionnels et proposé en lieu et place une «procuration-provocation », bien au-deçà de toute attente et espérance.

Sonné, il cherche à savoir d’où est venu le coup fatal; celui du KO, celui qui l’a mis électoralement hors jeu pour les législatives de novembre 2011.

Est-ce le fait de la mollesse et de l’inconsistance des partis politiques qui n’ont pas su assumer leur rôle devant l’histoire pour que vive et prospère l’égalité devant la citoyenneté, en défendant les droits civiques des MRE ?

Est-ce que ce terrible KO, incombe à ce fabuleux Conseil, le CCME, censé être proche d’eux, fait pour eux, à l’écoute de leurs doléances, qui s’est évertué durant quatre années à les humilier ?

Est-ce la faute à un gouvernement qui, embourbé dans ses difficultés et contradictions, obsédé par sa propre survie, les a tout bêtement rayés de son agenda politique ?

Les MRE sont-ils, tout compte fait, les victimes expiatoires de la jonction de tous ces facteurs, ces manquements au devoir, ces faiblesses et ces  lâchetés ?

2- Cherchez l’erreur 

Comprendre les raisons de cette exclusion systématique, généralisée et orchestrée qui s’est abattue sur les MRE, relève de la haute voltige. C’est véritablement un mystère et une énigme politique. Il y a à la fois du machiavélisme, du surréalisme et de l’absurde. Près de 5 millions de marocains sont dépouillés de leurs droits civiques avec une légèreté et une facilité déconcertantes, dans l’indifférence générale. Comment est ce possible ?

Cherchez donc l’erreur !!!

En ces temps un peu bizarres, un peu particuliers, tout fonctionne à l’envers. On marche sur la tête. Aujourd’hui, les partis dits « progressistes », rasent les murs après avoir tourné le dos aux plus élémentaires des principes qui fondent leurs doctrines et ont fait leur histoire : l’égalité, la justice, la dignité…

Les exclus et les bannis d’hier se transformèrent du jour au lendemain en maîtres à exclure et à bannir. Les « pestiférés » d’hier devinrent les gardiens de temples sacrés où les liseurs de cartes et diseurs d’oracles font légion. Pauvres temples !!! Pauvres partis !!!

En ces temps bizarroïdes prêcher pour les droits civiques des MRE c’est comme prêcher dans le désert. Evoquer leur participation politique, c’est provoquer la colère d’un diable, langue fourchue, plume dégoulinant de haine, tapi dans l’ombre. Dire qu’ils sont victimes d’un déni de droit ou que leurs droits constitutionnels sont bafoués, c’est comme souffler sur des braises ou tirer sur une ambulance. Dire tout cela de nos jours, c’est commettre un délit, c’est être taxé de « démagogue ».

Quelles crédibilité et confiance peut-on donc après tout cela et dans de telles circonstances, accorder à ces partis politiques qualifiés de « Grands » qui ont claironné il y a peu à la gloire de la nouvelle Constitution, mais qui cautionnent aujourd’hui une atteinte caractérisée à quatre de ses articles ?

Que peut-on espérer de meilleur d’un Conseil, mal aimé, produit d’un processus décrié, qui a passé 4 années à faire la généalogie de l’aiguille et de la roue, à gloser sur le « sexe des anges » et à explorer des zones marécageuses à coup de millions de MRE-euros (ou de MRE-dirhams) à la recherche de miraculeuses réponses aux besoins (déjà bien identifiés) des MRE ?

3- Osons et agissons maintenant

Nonobstant, la cause MRE est aujourd’hui orpheline et l’issue de ce processus d’exclusion et d’humiliation des MRE est peu réjouissante.

Osons donc dire, tous ensemble, haut et fort, afin que nos cris puissent traverser les mers et les océans et percer les murs des cabinets et des antichambres, afin qu’ils arrivent là haut, là où tout est possible, là où tout est clairvoyance et sagesse et sollicitude pour ce pays, que la tasse est pleine et que le chaudron bouille dangereusement.

Osons dire que pour sauvegarder l’essentiel (liens des jeunes MRE avec leur pays), il faut absolument tordre le cou à cette pensée systématique et rancunière, alimentée par une clique sans légitimité ni vision, qui fait de l’idée même de l’accès du MRE à une citoyenneté effective, sa bête noire.

Osons dire que cela suffit et qu’il est grand temps de mettre un terme à cette supercherie qui dénature les causes MRE et dont la vocation première se limite au sabordage de leurs droits politiques et électoraux.

Agissons vite et bien pour que les MRE, qui ont perdu l’espoir, puissent retrouver l’espérance. L’espérance que de cette dure épreuve, que de ce nouvel épisode (législatives de 2011), peut sortir un bien. L’espérance qu’un jour les ennemis de la démocratie, ceux qui à coup de subterfuges et de rapports fallacieux sabordent les droits civiques des MRE, soient à découvert et nus devant la Nation et devant l’histoire.

C’est inévitable ; la roue de l’histoire tourne.

Agissons donc, proposons, écrivons, dénonçons, gardons l’espoir et l’espérance à la fois, manifestons dans l’ordre et la discipline, continuons à défendre bec et ongle, partout, les intérêts vitaux et les causes légitimes de notre pays, le Maroc, mais, surtout, je vous en conjure, ne jetons pas l’éponge. Ne leur faisons pas ce plaisir 

Par : Mohammed Mraizika (Chercheur en Sciences Sociales et en Ingénierie Culturelle)

Le droit de vote MRE, l’éternel mort-né

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Par : Mohammed MRAIZIKA (Chercheur en Sciences Sociales et en Ingénierie Culturelle)

Encore une fois la montagne – constitutionnalisation des droits MRE- a accouché d’une souris : la procuration. Cet accouchement douloureux laisse perplexe.
Que cache cet avortement ? L’accoucheur est-il à ce point inconscient ? Est-il de mauvaise foi ?

Ils ont voté, nous (MRE), nous nous indignons
La diaspora tunisienne a voté (les 20-21 et 22 octobre) dans l’enthousiasme et avec le sentiment de participer à un acte citoyen, historique et fondateur : la construction d’un Etat démocratique. Ce vote (par CIN ou passeport, un seul tour) représente assurément un signe fort de la confiance et la considération que la Nouvelle Tunisie accorde à sa diaspora : six circonscriptions lui ont été réservées à travers le monde et 18 (sur 217) de ses membres siégeront au sein de la future Assemblée Constituante.

Ce moment unique, ce fruit de « la révolution de Jasmin », que les tunisiens de l’étranger célèbrent aujourd’hui à l’instar de leur compatriotes de l’intérieur, toutes les diasporas arabes le délecte avec l’espoir de le récolter et le vivre réellement un jour.

Et les MRE dans tout cela ?
Tout « va très bien Madame la Marquise ».
Ils voteront et participeront aux élections législatives quand ils seront majeurs !!!
Ils voteront lorsque tous les problèmes logistiques seront résolus !!! (Quand ?).
Ils participeront quand les conditions de leur participation auront muri !!!
Ils voteront quand les poules auront des dents !!!
Ils exerceront leur pleine citoyenneté lorsque les tamis seront assez intelligents pour empêcher l’écoulement de l’eau et le passage des rayons de lumière !!!
Tout « va très bien Madame la Marquise », dit-on, alors que le torchon brule, la colère gronde dans le milieu de la diaspora marocaine. Pauvre Marquise. Pauvres MRE.

Que faire ?
Les MRE, respectueux de la loi et attachés aux valeurs suprêmes de leur pays, ont clamé maintes fois leur indignation et leur refus d’être les « éternels mineurs » de la vie politique nationale. Ils ont, dans la perspective des élections de novembre prochain, alerté les partis politiques et saisi le Conseil Constitutionnel pour abroger une loi organique – et sa grande trouvaille, la procuration- jugée inappropriée. Les MRE espéraient trouver chez les partis politiques un allié objectif –car il s’agit de défendre un droit légitime- exercice de droits constitutionnalisés et proclamés. Mais, ces partis « nombrilistes » ont failli, dans leur très grande majorité, (à une ou deux exceptions près), à leur devoir.

Comble de la déception, les MRE pensaient trouver dans le CCME l’appui, la compréhension et le courage nécessaires pour défendre et promouvoir leurs droits civiques et politiques. Ils n’ont récolté que sarcasme et moquerie.

Ils attendaient des différentes instances ministérielles concernées une action ferme pour régler les questions techniques (listes électorales, découpage électoral, mode de scrutin), pouvant empêcher leur participation aux élections de novembre 2011, ils n’ont récolté que vagues et inutiles promesses.

Quels enseignements et messages toutes ces instances ont retenu de la participation des MRE au référendum constitutionnel ? Visiblement aucun…

A quel saint se vouer aujourd’hui ?
A quelle chapelle, à quel Saint se vouer pour demander justice et réparation contre ce déni de droit et cette atteinte récurrente à la dignité des MRE ?
Quoi faire, quoi dire, que proposer pour qu’enfin la raison l’emporte sur des calculs subalternes et pour que le courage politique (des partis, du CCME, du gouvernement) prenne le pas sur des craintes dénuées de tout fondement ?
Les MRE devront-ils supporter longtemps cette mise en tutelle et cette injustice et la transmettre en héritage aux générations futures ?
Vont-ils trainer longtemps ces images réductrices de « zmagris », de « sac à devises » et de « vache à lait » qui collent à leur peau ?
Ne méritent-ils pas d’accéder à ce statut valorisant et méritant de Citoyen Marocain de l’étranger, avec tout ce que cela comporte de droits et de devoirs ?
La Tunisie l’a fait, l’Egypte se prête à le faire, pourquoi pas le Maroc ?

En tout état de cause, si les réponses à ce questionnement stressant et pressant restent insaisissables, il n’est pas difficile de mesurer l’impact des effets directs et collatéraux de ce nouvel épisode d’exclusion sur la relation de confiance MRE-gouvernement et MRE-partis; il est catastrophique.
Jusqu’à quand donc notre pays doit tolérer ou cautionner cela ?

Que tous ceux qui orchestrent et légitiment cette stratégie d’exclusion des MRE du champ politique national -stratégie improductive qui ne génère que méfiance et rupture- méditent cette maxime : « Rira bien qui rira le dernier », que Louis Pergaud confie en 1921 à son héro, le père Jourgeot, dans « Les Rustiques, nouvelles villageoises ».

Qu’ils méditent aussi ces sages versets coraniques réservés aux « comploteurs » et leurs compères les « mystificateurs ». Ils comprendront, peut-être, le sens et la profondeur de cette colère et cette indignation, conséquences de leurs méfaits, que vivent aujourd’hui les MRE profondément, corps et âme, et n’ont pas par procuration.

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