La moisson de la semaine

Après avoir survolé la presse marocaine de la semaine on retrouve comme d’habitude les sujets qui reviennent à charge comme des refrains. C’est devenu une tradition journalistique typique. Heureusement qu’il y a encore quelques journaux indépendants où l’on peut trouver des articles moins subjectifs. C’est la crise du moyen orient et les massacres perpétrés par l’armée israélienne et la situation des travailleurs migrants en Espagne ont été largement commentés.

Surtout après la visite du Président palestinien. Yasser Arafat est arrivé, mercredi en début d’après-midi à Marrakech où il a été accueilli à l’aéroport Marrakech-Ménara par le Roi Mohammed VI. Sa visite se fait dans un climat explosible ou la violence a repris dans les territoires occupés après l’élection du boucher de Sabra et Chatila à la tête de l’Etat sioniste. Le Fatah, le mouvement du dirigeant palestinien Yasser Arafat, a déclaré pour sa part dans un communiqué que « l’Intifada est rentrée dans une nouvelle phase, avec pour objectif de frapper directement les colons où qu’ils soient ».

Pendant que le Juifs marocains osent à peine critiquer Israël, les Juifs de Belgique, plus courageux se sont manifesté publiquement contre la politique israélienne. Un «manifeste» signé, du 29 janvier dernier, par 160 personnalités juives de Belgique condamne vivement la politique menée par les gouvernements israéliens à l’encontre du peuple palestinien «au mépris, tant des résolutions des Nations Unies, que des droits élémentaires de l’Homme et du droit des peuples à disposer librement d’eux-mêmes». «En exprimant notre opposition à cette politique, nous contestons la prétention des dirigeants israéliens à la mener au nom du peuple juif».

Un autre pays une autre injustice. Absente lors du second Forum Euro Méditerranéen à Bruxelles la semaine passée, la Lybie était belle et bien présente lors du verdict dans l’affaire Lockerbie. Al Megrahi, âgé de 49 ans, encourt une peine de réclusion à perpétuité. Son compatriote Al Amine Khalifa Fhima, 44 ans, a été jugé non coupable. «Vous êtes libre de partir», a déclaré le président de la cour, Lord Sutherland.

Espérons pour la Lybie et pour le peuple Lybien qu’une page noire dans leur histoire est définitivement tournée. Souhaitons pour la diplomatie Lybienne son retour sur la scène internationale. C’est peut-être une bonne nouvelle dans la direction de la construction du Maghreb Arabe Uni.

Le second thème, c’est l’injustice et la démagogie qui frappe les travailleurs migrants en Espagne. Après les manifestations de Madrid de Barcelone et d’autres ville en Espagne, plusieurs organisations non gouvernementales et associations humanitaires ont manifesté le 10 février devant l’ambassade d’Espagne à Bruxelles pour protester contre le non respect par le gouvernement espagnol de ses engagements pris à la suite des événements d’El Ejido (Almeria-Sud de l’Espagne) en vue d’améliorer la situation des immigrés marocains.

Toujours au sujet de l’Espagne, la visite du président de la Generalitat, Jordi Pujol, n’est pas innocente. Il est venu à Rabat pour proposer au gouvernement marocain une solution finale au problème de la présence des enfants mineurs qui se trouvent en Catalogne. Monsieur Pujol propose entre 6.000 et 7.000 pesetas par mois et par enfant rapatrié au Maroc. 

Si c’est ça la mise en pratique de l’esprit du processus de Barcelone alors nous pouvons déjà mettre un point final au partage de la prospérité et du transfert de la technologie et du know how du Nord au Sud. Dans le cadre de la coopération au développement entre une Europe riche et un Sud en voie de développement on doit ajouter « la déportation ».

C’est une brèche dangereuse qui ouvre la porte à d’autres excès. On commence par la déportation de plus ou moins 300 enfants marocains et bonjour les débats. Va t-on déporter les marginaux, les délinquants, les handicapés, les improductifs, le troisième âge, les sans abris etc ..

La proposition est malheureuse, c’est une manoeuvre malhonnête qui fait abstraction aux droits fondamentaux des enfants. Justement ceux qui ont le plus besoin de protection. Il faut leur donner les moyens financiers et scolariser.

Le Maroc n’est pas épargné, la situation des enfants n’est pas meilleure que celle des autres pays en voie de développement. 1/3 de la population marocaine est composée d’enfants dont un million qui vivent dans des conditions catastrophiques, 500 milles d’entre eux sont abandonnés et 400 milles sont des vagabonds. La plupart d’entre eux finissent par s’adonner à la drogue et à la délinquance. Concernant le travail des enfants, un grand nombre d’entre eux est employé comme apprentis et sont payés misérablement ou jamais. Devant une telle situation, il faut multiplier les efforts entre les parties concernés en collaboration avec le ministère de tutelle à savoir le ministère du Développement Social pour garantir aux enfants un environnement meilleur pour un avenir sûr.
Heureusement, nous savons que Jordi Pujol est un militant et humaniste, qui a été réélu, à titre d’exemple cinq fois de suite bénéficiant d’une confiance presque totale. Nous croyons qu’il est de bonne volonté. Seulement il a été très mal conseillé par l’un de ses proches collaborateurs.

Comme pour illustrer le drame de l’immigration clandestine, un bateau s’est échoué au large de la France, avec à bord plus de 900 personnes originaires pour la plus part d’entre eux du Kurdistan Irakien. L’équipage en son entier s’est envolé avant de laisser le bateau s’échouer.

Sarie Abdeslam
Bruxelles, le 25 février 2001

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