La vie associative

La vie associative au Maroc n’a pas une mission facile. Après plusieurs décennies de laxisme et de suspicion, nous pouvons dire qu’actuellement c’est plutôt la période de la révolution associative. Partout au Maroc, des associations sont créées tous les jours, il y a une inflation de création d’associations. Depuis l’indépendance du Maroc, l’Etat et le Makhzen planifiaient tout ce dont la société avait besoin. Ce qui veut dire qu’aucune autre initiative n’était permise comme par exemple organiser les jeunes, le quartier, les étudiants etc.

L’Etat providence permettait seulement à ceux qui avaient de l’ambition de graviter les échelons de la hiérarchie. Les autorités quelles qu’elles soient ne coopéraient pas, au contraire. Toute initiative en dehors de son sphère d’influence était mal vue. Toute initiative était considérée comme concurrente voire dangereuse pour le système établi et contraire à ses principes. La répression était la seule réponse des autorités.

Actuellement tout a changé, en tout cas en théorie. Nous avons en principe tourné théoriquement une page sombre de notre histoire. La situation politique a changé complètement. Mais la mentalité a-t-elle changé pour autant ?. Le Makhzen est toujours omniprésent. La vie associative n’a pas encore connue jusqu’à aujourd’hui la paix civile. Les associations sont encore considérées par le Makhzen comme concurrentes et pas comme partenaires. La centralisation du pouvoir est encore manifeste. La législation n’a pas encore fait de progrès palpables. Les autorités locales ne sont pas disposées à financer les associations. Il y a peu ou pas de coopération au niveau local. La politique de subsidiation des associations est encore loin, très loin des besoins pressants de la vie associative.

Même les partis politiques et les syndicats ne veulent pas reconnaître le fait que la vie associative a un rôle important voir primordial à jouer dans la société. Ils voient aussi les associations comme concurrentes et non comme partenaires.

Pour que la démocratie s’installe vraiment et pour que le peuple marocain puisse s’exprimer librement, il faut lui permettre de construire ses canaux de communication et d’expression. Il faut avant tout que l’Etat, le Makhzen, les partis politiques et les syndicats reconnaissent qu’ils sont incapables à eux seuls de résoudre les problèmes de la société marocaine. Il faut qu’ils reconnaissent que la population marocaine a besoin de participer directement et effectivement dans la recherche de solutions de tous les problèmes qui la concerne. Il faut qu’ils reconnaissent que le temps du paternalisme est bel et bien révolu.

Il ne peut pas y avoir de démocratie et de liberté sans une vie associative libre, indépendante et autonome dans le cadre d’une législation propre. Car les associations sont fondamentales dans le processus de démocratisation. C’est, par excellence, le fondement même de la démocratie, l’école de la démocratie. C’est au sein de l’association qu’on apprend la démocratie, on apprend à coopérer, à gérer, à programmer, à travailler dans des situations difficiles, à réfléchir, à raisonner, à créer et à construire. Les associations forment des canaux de communication et des réseaux de contacts sociaux par lesquels se transmet le savoir de la démocratie.

L’association n’est pas seulement un droit fondamental garanti par la constitution et la charte des droits de l’homme, c’est une obligation pour chaque citoyen marocain d’y participer pour mieux faire entendre sa voix. La vie associative sera le miroir de la société marocaine. Le progrès et le bien-être dépendront du progrès de la vie associative.

Sarie Abdeslam
Bruxelles, le 4 mars 2001

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