Espérance et désespoir

Selon l’Article 20 de la Déclaration Universelle des Droits de l’homme, toute personne a droit à la liberté de réunion et d’association. C’est un concept important et qui régit le fondement même du concept de la démocratie. Le Maroc en tant que pays civilisé et indépendant à adhéré et ratifié le traité international qui s’y affère. Si nous restons dans la sphère des discours et des intentions c’est idéal et même c’est formidable. Mais, quand on descend dans l’arène de la réalité quotidienne alors c’est plutôt l’amertume et la déception qui nous envahit.  

Deux avènements d’une importance capitale vont secouer la Maroc et vont le tirer de son sommeil profond. Le gouvernement de l’alternance avec comme Premier Ministre Youssoufi, socialiste, ancien militant, condamné plusieurs fois, ex-réfugié politique, progressiste, défenseur acharné des droits de l’homme. C’était l’homme qu’il fallait au bon moment. L’homme dont le Maroc avait le plus besoin pour entamer le changement et pour apporter la prospérité, la liberté et la démocratie. Le second avènement est l’intronisation du jeune nouveau roi Mohamed VI. Un roi jeune, dynamique, moderne, populaire et enthousiaste. La Maroc a eu le jackpot. La population a été émerveillée, la jeunesse a retrouvé l’espoir perdu. Tout le monde à l’intérieur comme à l’extérieur était convaincu qu’une nouvelle page a été définitivement tourné.  

Tout ce qu’il fallait c’était du temps. Donner le temps nécessaire à ce gouvernement et lui donner la chance d’y parvenir. Le limogeage de Basri allait encore renforcer nos convictions que le Maroc est en train de changer. D’un seul coup, et dans un laps de temps très court, le Maroc traditionnel et médiéval va donner le sentiment d’entamer sa marche vers la modernité et rattraper le retard accumulé pendant les décennies de plomb. Le mirage de la démocratie et de la liberté nous avait tellement ébloui qu’il nous a en même temps aveuglé. Notre enthousiasme et soif à la démocratie et à la liberté d’expression, à la liberté d’association, au respect des droits fondamentaux des droits de l’Homme, à l’égalité des chances entre hommes et femmes nous ont rendu complètement inconscients, nous ne pouvions ni voir les malheurs de nos compatriotes ni entendre leurs cris d’alarme.  

Cela fait déjà trois ans que Monsieur Youssoufi dirige le pays. Chacun de nous peut déjà faire un bilan. Paradoxalement, le Makhzen, force occulte du pays, s’est renforcé. Avec l’appui du lobby de l’argent le Makhzen plus arrogant que jamais contre attaque en plein jour et dans différents domaines. Plusieurs évènements vont nous rappeler la période amère des procès du début des années 70, d’autres évènement vont nous faire retomber dans la période rétrograde du féodalisme..  

Attention à ceux qui dénoncent la corruption. Le courageux capitaine Adib a été choisi comme exemple pour faire peur à toute autre tentative d’un autre quelconque citoyen téméraire.  

Attention aux journaux qui dénoncent les fonctionnaires corrompus. Le Journal, Ousboue et Assahifa ont malheureusement subi la colère du Makhzen.  

D’autres évènements et d’autres signes ne trompent pas. Nous sommes revenu à la case départ, tout est à refaire, c’est la triste réalité et il faut le reconnaître. Au lieu d’avancer, nous avons accumulé tous les tares de la civilisation. Nous sommes en retard dans l’éducation et la scolarité. La qualité de l’enseignement laisse à désirer. L’analphabétisme nous suffoque. La corruption nous gangrène. L’esprit misogyne et patriarcal de notre société empêche tout progrès et tue toute créativité. Le non respect des principes fondamentaux de la démocratie, les atteintes aux libertés, la répression, la menace et l’intimidation, la saisie et la censure, les procès et les verdicts excessifs nous assomment et nous font peur.  

Quand jugera-t-on les vrais coupables. Quand dénoncera-t-on les hommes de paille pour faire éclater la vérité et faire tomber les couvertures. Je peux citer à titre indicatif quelques exemples dans les affaires de corruption, les détournements de fonds à Nador et ailleurs, l’affaire du Crédit agricole, l’affaire de la Caisse de sécurité sociale, les Minotiers, les salariés fictifs à la mairie de Tanger et de Casablanca, les escroqueries de Wafa Bank, l’affaire ABN/AMRO, le crime organisé, le trafic des cigarettes, le trafic des stupéfiants, n’est que le top de l’iceberg.  

En conclusion, je peux vous assurer que l’ampleur des malversations et le signe de l’impunité totale des vrais malfaiteurs qui saccagent quotidiennement la richesse du pays et les deniers publics me remplissent de tristesse et de colère. Il faut constituer des commissions d’enquête pour que cesse une fois pour toute les malversations financières dans les établissements publics. Il faut faire des enquêtes impartiales sur ceux qui sont devenus des milliardaires par la corruption, la fraude fiscale, par la malversation et par tout genre de trafic. Il faut surtout un gouvernement issu directement de la population marocaine par le biais d’élection libres.  

Enfin, je demande que notre pays bien aimé, respecte ses engagements devant la communauté internationale en appliquant les déclarations qu’il a ratifiées et en adaptant les lois marocaines aux conventions des droits de l’homme en général et ceux des femmes en particulier.  

Sarie Abdeslam
Bruxelles, le 18 mars 2001

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