Maroc-UE – Pêche maritime ou colonialisme

La semaine passée a été riche d’évènements. Un thème a fait la une de tous les journaux marocains. Il s’agit du dialogue des sourds entre le Maroc et l’UE. Les Marocains ont vécu ce sujet important pour les uns, sans aucune importance pour les autres, comme des feuilletons à l’américaine, on sait toujours quand ils ont commencé mais on ne sait jamais quand ils vont finir.

A chaque fois on nous a dit que c’est le round de la chance. A chaque fois c’est le même résultat, match nul. A l’issue du dernier match Maro/UE qui a eu lieu le lundi passé, il s’est soldé encore une fois par un échec. Cette fois c’est un pat. Les deux adversaires ont perdu. L’un a perdu plus de plumes que l’autre. Au fond, les plus perdants sont les pêcheurs des deux rives de la méditerranée. Malheureusement, il n’y a pas de gagnant, il n’y en aura pas.

Le Maroc va continuer à espérer un fléchissement de la communauté européenne et les Européens attendent que les Marocains se mettent au tapis. Ainsi, le dossier sur l’accord de pêche avec l’Union européenne reste en suspens. Les points de vue sont différents de part et d’autre du Détroit. Quoi qu’il en soit, j’en suis sûr que le feuilleton interminable nous réserve encore des surprises.

La réponse européenne, estime, M . Chbaâtou, ministre marocain de la pêche, n’a malheureusement pas été à la hauteur des sacrifices concédés par le Maroc qui ne demande pas plus d’argent mais plus d’équité dans ses relations avec l’UE en matière halieutique.

Beaucoup de Marocains se demandent, comment une Europe riche et forte, qui nous a exploités à fond et sans pitié pendant des décennies respecterait le principe de l’équité ? Comment peut-elle encore négocier et nous traiter d’égal à égal en garantissant les intérêts des deux parties et surtout les richesses halieutiques du Maroc ?

Mais la forteresse européenne n’est pas aussi forte qu’on le croit. Les Portugais, fatigués d’attendre, accusent l’UE d’être à l’origine de l’échec de ces négociations et estiment qu’à présent  » chacun doit se débrouiller tout seul pour trouver une solution, alors que les opportunités sont rares « . Les Espagnoles, plus particulièrement les Andalous se fâchent. Ils accusent le gouvernement de droite qui gouverne l’Espagne d’être à l’origine de cet échec.

Maroc/UE / Pêche

L’accord de pêche signé avec le Maroc, qui est entré en vigueur le 1er décembre 1995 et a cessé d’être applicable le 30 novembre 1999, offrait des possibilités avantageuses de pêche aux bateaux espagnols et portugais. Depuis lors, les négociations entre l’Union européenne et le Maroc se sont poursuivis afin de trouver un accord avantageux pour les deux parties.

Ceci étant dit, je peux vous affirmer sans crainte de me tromper que, tous les Marocains ou presque sont concernés par le problème de la pêche et par les tractations avec le Européens. Mais, je peux vous assurer que très peu de Marocains savent quels sont les enjeux du renouvellement ou pas de l’accord Maroc-UE. Quant aux professionnels marocains du secteur de la pêche, ils ne cachent pas leur joie devant la perspective quasi certaine de non-renouvellement de l’accord de pêche avec l’Union Européenne.

Par contre, ce qui intéresse le citoyen marocain, le consommateur de poisson, c’est uniquement son pouvoir d’achat. Il mesure son intérêt au dossier de la pêche par rapport au prix d’achat chez le poissonnier et par la variété d’offre de poissons au marché. Ce qui veut dire en claire, si jamais le Maroc conclut un accord avec l’UE, le poisson deviendra vite un produit de luxe. L’offre sera limitée et les prix prohibitifs décourageront les familles marocaines modestes à consommer le poisson frais marocain. Mais, si le Maroc résiste à l’UE et ne signe pas le fameux accord de pêche alors le Marocain moyen pourra déguster avec sa famille le poisson à longueur d’année.

De l’autre côté du bassin mditerranéen, à quelques kilomètres des côtes marocaines, les pêcheurs espagnoles s’impatientent, surtout après les multiples échecs successiffs des négociateurs marocains et européens. A quelques jours de la prochaine tenue du Conseil des ministres des quinze à l’Agriculture et à la pêche, prévue le 25 avril prochain les pêcheurs andalous et galiciens se mobilisent pour réclamer la reprise des discussions entre le Maroc et l’UE.

Entre temps, pour lutter contre le chômage, plusieurs options se sont imposées. Une partie de la flotte espagnole s’est adapté et surtout s’est réconverti pour répondre à une demande pressante et alléchante. Il s’agit du trafic illicite mais qui rapporte gros, le transport de clandestins et de drogue entre le Maroc et l’Espagne. Une autre partie de la flotte espagnole qui opérait au Maroc, s’est lancée dans une campagne d’expérimentation dans les eaux tunisiennes, en attendant un ipothétique accord Maroc-UE. Les pêcheurs de Barabate (Cadiz), plus activistes ont décidé de bloquer les exportations marocaines au port d’Algéras.

A Bruxelles, après le dernier round qui s’est terminé par un échec des politiciens, les techniciens européens prennent la relève. Selon eux, à cause de l’absence d’une alternative économiquement louable, l’UE pourrait revenir à la table des négociations avec le Maroc. Après tous les calculs savants des spécialistes, ils ont trouvé que toute autre alternative reviendra trop chère à l’Europe. Alors ils déclarent que la décision de suspendre les négociations avec le Maroc en matière de pêche, n’est dans l’intérêt ni de l’un ni de l’autre.

Toutefois, cette suspension pourrait s’avérer bénéfique pour le Maroc si les richesses halieutiques sont bien exploitées par les professionnels marocains et si ce secteur est modernisé. Or, ce qui se passe est tout autre, puisque malgré le départ de la flotte espagnole des eaux marocaines, les produits halieutiques se font de plus en plus rares sur le marché intérieur et la  » contrebande » des poissons se fait à destination de l’Espagne, ce qui nécessite un contrôle rigoureux des activités des armateurs marocains.
Sarie Abdeslam
Bruxelles, 8 avril 2001

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