Marocains de l’Etranger, à vos urnes citoyens.

Etant donné qu’il n’y a pas de statistiques sûres, nous pouvons estimer le nombre de marocains à l’étranger proche de deux millions. Il sont éparpillés dans tous les continents et plus spécialement en Europe occidentale et, plus particulièrement en France, Belgique, Hollande, Allemagne, Italie et Espagne.   

La communauté marocaine de l’étranger s’est rajeuni considérablement et s’est féminisée les deux dernières décennies. Elle s’est sédentarisé et est devenue plus homogène quant à sa constitution. Elle n’est plus constituée d’ouvriers et de mineurs comme dans les années soixante. Le tissu familial s’est très bien structuré et s’est enrichi grâce au regroupement familial. Notre communauté est désormais composée toutes les couches de la société marocaine.   

Le Parlement à Rabat

 

Par contre, le Maroc a refusé de prendre l’exemple de l’Espagne, pays d’émigration devenu pays de migration, et de reconnaître la communauté marocaine de l’étranger en mettant à sa disposition une administration et en la faisant participer dans tous les niveaux décisionnels qui la concerne. Par exemple, notre participation politique est réduite à néant. Jusqu’à preuve du contraire, les Marocains de l’étranger n’ont jamais pu savourer le droit de vote comme tout un chacun. Pendant les années de plomb, l’administration marocaine a organisé une mascarade et a choisi pour nous et candidats et élus qui allaient faire semblant de nous représenter au parlement de notre chère mère-patrie. Notre mémoire collective a gardé une expérience amère qui n’est pas prête à être oubliée.   

Le temps a passé et notre communauté s’est doté de cadres et d’une vie associative capable de se prendre en charge elle-même. Dans ce cas précis, que va faire l’administration du gouvernement d’alternance ? Nous reconnaître comme responsables et adultes ou va-t-elle nous prendre en charge et s’occuper de nous d’une manière paternaliste et traditionnelle comme auparavant ? C’est à dire dans la tricherie, la fraude et le mensonge. Nous attendons toujours un signe du gouvernement.   

D’après les journaux nationaux, le gouvernement marocain est entrain de préparer les prochaines législatives. Elles auront lieu au mois de septembre 2002. Entre temps une commission technique constituée par tous les partis représentés au parlement a produit un projet. Ce projet est devenu un projet de loi qui a été déposé. Résultat, une guerre fratricide sans merci s’est déclenché entre les partis traditionnels d’un côté et les partis champignons et les nouveaux technocrates de l’autre. Dans cette course folle contre la montre, personne n’a encore songé à nous. A l’heure actuelle chaque politicien pense seulement à son intérêt personnel sans se soucier le moindre du monde de l’intérêt général de la nation et encore moins de l’intérêt des absents.   

Ce que nous savons d’après les médias, le gouvernement a opté pour des listes liées au lieu de résidence des électeurs potentiels, les inscriptions se feront exclusivement sur la base de ce critère. Mais une fois de plus nous risquons de nous retrouver en dehors de la course justement à cause de ces critères. Etant donné qu’il ne reste pas beaucoup de temps je parie qu’une frange de la population marocaine n’aura pas la chance de participer au processus politique de son pays. Conséquences, comme d’habitude, nous allons cumuler les insatisfactions et les critiques acerbes contre un gouvernement incapable de prendre des décisions dans des délais raisonnables afin que nous puissions participer démocratiquement à la gestion des affaires publiques de notre mère patrie comme nos amis les espagnoles ou les italiens pour ne citer que ces deux nationalités.   

Malheureusement, maigre consolation, nous ne sommes pas les seuls déçus de ce gouvernement. « (Un sondage réalisé par CSA TMO Maroc pour l’association Maroc 2020 en donne la mesure. Le taux d’insatisfaction dépasse 80% en matière de lutte contre le chômage, la pauvreté ou la corruption. Il atteint 79% pour les services de santé, et dépasse 60% en ce qui concerne l’éducation, la politique du logement ou encore la promotion des investissements. Seuls 8% des Marocains disent vouloir voter en 2002 comme ils l’avaient fait en 1997, et 87,6% d’entre eux se situent en dehors de toute mouvance partisane. Ils sont encore 33% à se dire persuadés que les prochaines élections – fin septembre – seront falsifiées, et 38,7% à penser que les résultats seront faussés par l’argent. Seul point positif: ils croient en la stabilité de leur pays. Ils sont, en effet, plus de 70% à exclure le risque de voir le Maroc connaître une crise «à l’algérienne») ».   

Sarie Abdeslam
Bruxelles, le 24 février 2002

Publicités