Le Marocain, ce résistant Atlas!

Comment vit la grande majorité des Marocains ?
Comment s’en sort-elle avec ce qu’elle gagne ?
Est-ce que les membres du gouvernement actuel se posent ces questions ?
Si oui, ne réalisent-ils pas que le Marocain n’en peut plus, écrasé sous le poids de ce qu’il appelle, par courtoisie, le « Z’mane » pour ne pas les viser directement et les rendre responsables de cette situation ?

Le Marocain, en plus d’avoir une profonde foi en Dieu, est un bon économiste. Le Marocain est un excellent jongleur avec les chiffres. Il a des lois arithmétiques à lui ; des lois qui lui permettent d’arriver à 3 en multipliant 2 par 2. Le Marocain est un grand Raïs qui navigue sur cette mer agitée et houleuse qu’est la cherté de la vie, ramant à bord d’une barque de fortune. Le Marocain est le génie qui peut vivre son mois qui demande un débit de 4.000 avec un crédit de 2.000. Comment fait-il ? Il faut être marocain-marocain pour le comprendre.

Le Marocain, tantôt il paie son loyer, tantôt il paie son épicier, tantôt il paie sa pharmacie, tantôt il mange, tantôt il habille sa famille. Il ne peut payer, avec son salaire, qu’une facture à la fois. Dieu merci, il existe encore chez nous et entre nous des liens humains ; si ce n’est pas la famille et les amis, ce sont les âmes charitables qui … jettent la bouée. Tel ami glisse un billet de deux cents, tel frère ou cousin, RME, envoie un sac de vêtements ou un petit mandat, tel voisin fait un geste, tel élu se charge de l’achat des fournitures scolaires, telle association apporte l’aide qu’elle peut, tel épicier compatit et patiente, tel médecin privé fait sa bonne action quotidienne en auscultant gratuitement ou à crédit. Eh oui ! Il y a des médecins privés qui font du gratuit et du crédit. Rendons-leur l’hommage mérité à ces humanistes !

Mais si une partie de la population arrive à grignoter, à picorer, à cirer ses chaussures et à repasser le col de sa chemise (achetées au marché aux puces ou offertes par le RME) pour sauver les apparences, il n’en est malheureusement pas ainsi pour tous les écrasés. Il y a d’autres créatures, également victimes de l’insouciance des responsables du gouvernement, qui optent, elles, pour des solutions non orthodoxes du tout ; corruption, mendicité, prostitution, arnaque, escroquerie, agression, vol, trafic, usage de faux, faux témoignage, chèques sans provision, etc. Elles n’ont pas d’autres choix. « Jabha el ouakt », disent-ils (les temps en décident ainsi).

Jusqu’à quand va durer cette situation, Messieurs du gouvernement ? Le poids du Zmane, comme disent gentiment les gentils marocains, se fait de plus en plus lourd, de plus en plus insupportable. Si le Marocain a l’art de souffrir en souriant, en chantant le raï, en euphorisant devant un match de football ou lors d’une soirée de G’naoua, il souffre tout de même.

A écouter la radio, à suivre des émissions télévisées et les déclarations des intervenants invités, intellectuels, industriels, hommes d’affaires, fonctionnaires, ministres, élus, on entend souvent parler de projets de lois votés, d’investissements extérieurs, d’aménagement de zones franches, d’assainissement de l’administration, d’assouplissement des procédures douanières, de construction de logements économiques, d’insertion des diplômés chômeurs, de micro crédits, de crédits jeunes promoteurs, etc.. Mais où est ce beau tableau dans la réalité ? Où est l’impact de toutes ces belles initiatives, ces bonnes actions? On ne voit rien. Le chômage galope et le taux de la pauvreté augmente. La prostitution, la mendicité et la corruption s’institutionnalisent. Le business informel profite de cet environnement de flou pour prospérer en parasite. L’arnaque et l’escroquerie deviennent légitimes et mon cher ami, M.F., le licencié en physique-chimie, n’a trouvé d’autres alternatives que celle de se balader avec son couffin de cacahuètes dans les cafés.

Et si, Messieurs du gouvernement, vous commenciez par le commencement, par le palpable, par le terre-à-terre simpliste, peu-être, mais vital ? Dans un pays où le SMIG est ce qu’il est, dans un pays aux « 200.000 logements », dans un pays qui dispose 3.000 km de côtes poissonneuses, dans un pays qui n’a pas renouvelé l’accord de pêche avec l’U.E., dans un pays agricole, le Marocain doit pouvoir habiter à 700 dhs par mois au maximum, acheter la sardine, la bissara (petits pois secs), la patate, la tomate et l’orange à 5, 3, 2,2, et 2 dirhams, respectivement. Comment peut-on admettre que la sardine se vende à 20 et que le prix de la tomate arrive à 12 ? Comment peut-on admettre que le loyer minimum soit entre 1.000 et 1.200 mensuels, le plus souvent assaisonné avec l’inévitable « pas de porte » ?

La grosse littérature économique, les projets de loi, les grosses fusions, la bourse de Casa, les chiffres et les ambitions de l’ONA, la nouvelle licence du téléphone fixe, etc. ; tout ça honore l’image du Maroc et promet de bons résultats (d’ici une vingtaine d’années si on tient compte des bâtons dans les roues tels que mondialisation, FMI, banque mondiale, le GATT et les différents accords dans lesquels s’est engagé le Maroc). Mais en attendant cet Eldorado prometteur, les gens ont besoin de manger et d’avoir un toit. C’est tout ce qu’ils demandent dans l’immédiat. Ils ne peuvent plus se permettre le luxe de rêver d’une voiture, des vacances, d’envoyer leurs enfants faire des études supérieures, de soigner leurs dents ou de faire un bilan ou un scanner quand ils sont malades. Leur rêve est de pouvoir manger, payer le loyer et les charges y afférentes sans avoir à être écrasés sous le poids des dettes, sans avoir à mendier, sans avoir à se prostituer.

A propos d’études, pourquoi faire ? Que de parents qui avaient misé sur la réussite de leurs enfants, qui se sont sacrifiés pour débourser les frais des études, qui ont privé leur famille pour que le grand frère ou la grande sœur puisse décrocher son diplôme universitaire ou autre, vivent aujourd’hui la déprime et la déception avec leurs enfants diplômés qu’ils doivent encore, à l’âge de 25, 30 et même 40 ans, nourrir et vêtir, en plus de leur procurer quelques sous pour l’argent de poche.

Injuste !!! Inhumain !

 Mohammed MRINI.

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