Les motivations lointaines de l’émigration marocaine

L’émigration pour la Maroc n’est pas un phénomène nouveau. C’est un fléau il est certes, mais les Marocains n’ont pas attendu les accords bilatéraux pour voyager et faire du négoce ou aller travailler dans d’autres pays lointains. Des commerçants, des artistes, des gens de lettre, des médecins, des savants et d’autres ont dans le passé choisi de franchir le détroit pour s’installer dans toutes les grandes villes autour de la Méditerranée.

Depuis la mémoire des temps, la Méditerranée a jouée un rôle important comme plaque tournante pour faciliter les relations commerciales et les invasions des pays riverains de la Méditerranée. Le phénomène des relations Nord-Sud, n’est pas non plus un fait nouveau pour le pays. Le Maroc, a eu depuis toujours, des relations privilégiées avec les pays du Nord de la Méditerranée plutôt qu’avec les pays à l’Est et au Sud du pays.

En 1932, on estimait le nombre de Marocains travaillant en France à plus de trente milles. A la même époque, autant de Marocains étaient installés en Espagne. Déjà, depuis le début du 19 ième siècle un nombre assez important de Marocains, surtout de la partie orientale du Nord s’est installé en Algérie comme enseignants ou pour travailler la terre. Et, ce n’est qu’à partir du protectorat en 1912, que l’émigration marocaine est devenue prolétaire. Seuls les travailleurs manuels étaient autorisés à aller travailler en dehors du Maroc.

Pendant les huit siècles de domination de l’Espagne par les Arabes, le Maroc était le pays le plus privilégié, surtout de part sa position géographique, il a joué comme plaque tournante et passage obligé de toutes les transactions entre l’Espagne et les pays arabes. Cette relation n’était pas limitée seulement à la seule péninsule Ibérique, mais rayonnait sur tous les centres importants de l’Europe.

Après l’indépendance, c’est la région du Nord du Maroc qui va être le plus susceptible de répondre à la demande de main d’œuvre marocaine. C’est pour cette raison qu’on trouve en Belgique un nombre important de Marocains originaires de cette partie du Maroc qui a été totalement négligée depuis un siècle déjà. Mais c’est aussi la région la moins industrialisée qui a connue l’évolution industrielle la moins importante que dans les autres régions du pays. Géographiquement c’est une région aride, surtout le versant ouest, où il pleut le moins. Cette région a connue dans le passé des sécheresses désastreuses qui a poussé à plusieurs reprises la population de quitter la région et d’aller s’installer dans les villes plus prometteuses.

C’est une région très montagneuse, le littoral le plus accidenté avec peu de côtes du côté de la Méditerranée comme du côté de l’Atlantique n’ont pas attirée un investissement important. Donc, c’est la région la plus défavorisée du pays et offrant le moins d’atouts pour d’éventuels investisseurs. Alors, elle va fournir le plus grand nombre de travailleurs migrants.

Ni la campagne ni les villes du Nord du Maroc n’ont pu offrir assez d’emplois pour faire face à une démographie galopante surtout après l’indépendance en 1956. Alors, il a fallu recourir à l’émigration pour faire face à la sécheresse, à la famine et à la stérilité de la terre. Depuis des dizaines d’années déjà, beaucoup de paysans vont choisir de venir s’installer dans les villes pour échapper aux conditions difficiles de la vie à la campagne.

Le Nord du pays va être encore plus touché par les sanctions que les Espagnoles vont imposer aux habitants après avoir été ridiculisés par le soulèvement et la guerre de libération de la région du Rif par Abdelkrim Khattabi. Les Espagnoles n’ont jamais oubliés les multiples et écrasantes défaites contre une armée de Rifains bien aguérris mais moins nombreuse et peu équipée en matériel lourd.

L’émigration va inévitablement accentuer la paupérisation de la région déjà entamée par les Espagnoles depuis le début du siècle. Continuer à vider la région de ses éléments les plus actifs et les plus dynamiques va contribuer sûrement à l’agonie lente de toute la région du Nord.

La ville de Tétouan sera la seule ville marocaine du Nord qui héritera des Espagnoles, d’un tissu industriel important. Après l’indépendance, le pouvoir central va attirer cette entité industrielle vers Casablanca. La ville de Larache va connaître malheureusement le même sort. Tanger, ville internationale, capitale portuaire du Nord, n’a pas pu faire face à la concurrence du port de Casablanca.

Après l’indépendance du Maroc, deux enclaves marocaines sont restées en possession des Espagnoles, Ceuta et Melilla. Deux villes côtières marocaines sous contrôle espagnole. Une frange importante de la population va continuer à s’enrichir par la contrebande et le marché noir. Par contre, par la contrebande et la concurrence déloyale des produits importés de ces deux enclaves, ces deux villes continuent, d’un côté à contribuer à ruiner l’économie et la petite industrie régionale, de l’autre côté, elles empêchent l’investissement dans l’industrie des produits de premières nécessités.

Cette région du pays a accumulée pendants des décennies, tous les handicaps qui l’empêchent de se développer d’une manière régulière et d’une manière convenable. Les Espagnoles n’ont jamais investi dans l’infrastructure de la région occupée. Tout manquait après leur départ, les liaisons routières, l’électrification, les communications, le téléphone, les égouts, la distribution de l’eau, les hôpitaux, les écoles etc.

Les Espagnoles ont investi seulement là où s’était nécessaire pour eux, là où s’était nécessaire pour continuer et faciliter l’occupation du territoire marocain. Les occupants espagnoles, d’ailleurs comme les Français, ne se sont jamais souciés de la préparation et de la formation de cadres susceptibles d’assurer la relève une fois que le Maroc recouvre son indépendance.

Plutôt le contraire qui s’est produit. Les occupants se sont acharnés méticuleusement, à maintenir un peuple ignorant et analphabète avec l’intention de le dominer et de l’exploiter le plus longtemps possible.

Sarie Abdeslam
Bruxelles, le 31 janvier 2003

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