Violence aveugle au Maroc

Suite aux attentats sanglants, le 16 mai sera pour les Marocains une date inoubliable comme celle du 11 septembre pour les Américains. Cinq attentats violents avec morts d’hommes presque au même moment est certainement un grand choc. Profitant de la crise économique, aggravée avec une démographie galopante et un chômage persistant, les extrémistes obscurentistes prêchent avec zèle en plein jour l’exaltation de la violence et de la haine. On s’attendait à tout sauf à ça. Des kamikazes au Maroc, du jamais vu. On ne pouvait à aucun moment imaginer que des jeunes lycéens en arriveraient à ce point.

Nous vivons actuellement un Maroc divisé entre des gens tolérants qui représentent la majorité écrasante et des agitateurs peu nombreux qui évoluent dans l’impunité totale en développant en plein jour un discours fanatique violent, appelant à la haine et au meurtre. C’est une menace sérieuse pour notre société et notre culture et une menace pour le développement d’un Maroc traditionnellement tolérant et ouvert à la modernité. Un Maroc historiquement multiculturel et multiconfessionnel qui aspire à la paix, à la tranquillité et à la tolérance.

Les autorités marocaines doivent mobiliser tous les moyens dont ils disposent pour contrecarrer la propagande simpliste de certains fanatiques sans scrupules qui manipulent une population analphabète et paupérisée en les bombardant continuellement par un discours fondamentaliste et extrémiste. Les bidonvilles qui naissent et se développent pratiquement aux bords de toutes les villes marocaines forment des lieux parfaits et privilégiés où les manipulateurs n’auront que l’embarras du choix pour recruter facilement des jeunes désabusés et complètement marginalisés.

C’est pour cela que l’Etat marocain, doit prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et la liberté, mais aussi assurer le droit à l’éducation et à l’emploi, à tous citoyens y compris à ceux qui habitent dans les ghettos. Il n’est pas suffisant de faire des déclarations d’intention. Lutter contre l’intolérance et l’extrémisme d’où qu’ils viennent et quel qu’en soit le lieu d’expression et promouvoir les valeurs fondamentales que sont la tolérance, le respect d’autrui et la liberté de pensée. Il faut avant tout une volonté politique de la part de nos gouvernants pour que leur discours se traduit en actes réels. Il faut ensuite que l’Etat marocain et toutes les composantes de la société se mobilisent pour combattre les vraies causes de tout ce mal et qui sont, l’injustice, la pauvreté, l’analphabétisme et le chômage.

Avant de penser à la répression il faut d’abord faire de la prévention. Chaque citoyen marocain a le droit d’avoir un logement décent, avec le minimum des commodités modernes qu’est l’électricité et l’eau courante, ce qui n’est pas le cas même dans les grandes villes. Chaque citoyen a droit à l’enseignement et à l’éducation de ses enfants. Malheureusement ce n’est pas le cas, des centaines de milliers d’enfants sont exploités quotidiennement par des patrons sans scrupules au vu et au su de tout le monde. Chaque citoyen à besoin de soins de santé. Malheureusement, ce n’est pas le cas, les soins de santé sont trop chers et il y a une absence totale de la couverture par une mutuelle même pour les ouvriers et employés actifs.

Je condamne – comme tous les Marocains épris de justice de liberté et de démocratie – avec acharnement ces actes terroristes qui ne font pas partie de ma culture, mais je condamne également le manque de prévoyance politique. Je suis profondément choqué et je compatis avec toutes les familles des victimes de cette catastrophe et à qui j’exprime mes vives condoléances. Mais je compatis aussi avec les familles d’origine médiocre de tous les malades qui n’ont pas les moyens de se soigner. Je compatis également avec toutes les familles marocaines à qui des membres victimes du mirage paradisiaque européen meurent quotidiennement noyés au détroit de Gibraltar.

Ce qui s’est passé à Casablanca le 16 mai est très grave et Il faut s’attaquer à l’origine du mal pour l’éradiquer. Notre société est atteinte d’un cancer venu d’ailleurs qu’il faut soigner et arrêter sa propagation avant qu’il soit trop tard. Ce qui me fait plus peur que ces attentats c’est la partie de l’iceberg qui peut cacher un vrai monstre disposant de moyens logistiques sophistiqués qu’on ne sait jamais quand il va se réveiller. En tout cas, nous soutenons notre pays et sommes prêts à défendre son intégrité et sa pérennité contre toute atteinte, qu’elle soit de l’extérieur ou de l’intérieur.

Ces attentats meurtriers ne doivent pas non plus plonger notre pays dans une courte vue sécuritaire avec comme seul moyen d’action répression et atteintes aux droits de l’homme ayant comme seul résultat le ralentissement de l’évolution démocratique. Au contraire, ces attentats doivent nous inciter à mieux prendre conscience de la situation politique, sociale et économique du pays afin de consolider la cohésion de notre peuple et de renforcer le processus de démocratisation, la seule et véritable garantie contre l’insécurité et l’instabilité.

Voir reportage vidéo des attentats de Casablanca :

Sarie Abdeslam
Bruxelles, le 26 mai 2003

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