Le dialogue islamo-chrétien

Par rapport à la vie en commun en Belgique, nos deux communautés n’ont que deux options comme seules et véritables alternatives. Creuser et approfondir un dialogue utile et fructueux menant vers des solutions ou bien continuer à s’ignorer mutuellement dans un statut quo stérile et improductif menant directement vers les incompréhensions et les conflits. Nous savons très bien que la politique complique et rend le dialogue islamo-chrétien de plus en plus difficile. Mais la Belgique ne peut plus se permettre le luxe de continuer à rater des rendez-vous historiques. A deux reprises, en 1974 et 1990 la Belgique aurait pu devenir le modèle par excellence pour toute l’Europe concernant la reconnaissance et la gestion de l’Islam. Malheureusement, certains politiciens ont décidé autrement.

Les instances religieuses musulmanes et chrétiennes de Belgique doivent privilégier et généraliser la « culture du dialogue » car nous avons beaucoup de dénominateurs en commun. La chrétienté et l’islam se rejoignent et se complètent mutuellement et les textes ne manquent pas dans les deux livres sacrés. Dans un petit pays comme la Belgique, nous sommes obligés ne pas seulement d’accepter l’autre, mais de le comprendre et de l’intérioriser dans une culture de tolérance et de respect mutuel afin de surmonter les difficultés d’un monde moderne certes mais qui nous défie continuellement.

Face aux multiples défis, le dialogue doit devenir pour nous tous une nécessité afin de contribuer au rapprochement de nos cultures et de nos philosophies religieuses. Toutes les initiatives officielles d’intégration et d’assimilation ont échoué parce que basées sur des textes vides de sens et qui nous ont été imposés d’en haut sans demander nos avis et sans nous faire vraiment participer ni à la conception ni à la réalisation de cette politique myope et complètement inadaptée.

Seule une volonté réciproque entre Chrétiens et les représentants légitimes de la vie associative et religieuse des Musulmans, sur le même pied d’égalité est susceptible d’atteindre des objectifs communs touchant l’éducation, la justice sociale, le développement, les droits de l’homme, la justice et l’égalité des chances à tous les citoyens

Le dialogue entre nos deux communautés spirituelles dans un esprit de franchise de sincérité et de confiance ne peut être qu’enrichissant surtout dans un espace géographique où nous avons décidé de vivre ensemble. Autrement dit, nous devons accepter et encourager la diversification de la société belge dans le respect des valeurs démocratiques. C’est à dire, oeuvrer ensemble à ce que le système politique belge garantisse la reconnaissance de l’autre et de son droit à la différence sans pour autant lui imposer ni intégration ni assimilation.

Nos deux communautés doivent assurer et garantir l’instauration d’un dialogue perpétuel et permanent et d’assurer la participation active et effective de toutes les composantes de nos deux communautés et ceci à tous les niveaux de la société belge, avec comme objectif premier de faire sortir le dialogue théorique des tables rondes et des séminaires pour le rendre plus actif et plus populaire afin d’assurer son succès. Ainsi nous pourrons offrir la possibilité de faire entendre la voix de tous les citoyens et d’essayer de satisfaire leurs revendications sur le plan de la vie quotidienne.

Afin de consolider le dialogue nous devons permettre à la vie associative et à la société civile de jouer un rôle primordial et essentiel pour le développement de la « culture du dialogue » au sein des nouvelles générations en multipliant les initiatives.
En contrepartie du choc des civilisations nous n’avons qu’un choix, l’amélioration des relations islamo-chrétiennes. Nous avons perdu beaucoup de temps et nous avons beaucoup de progrès à faire dans ce domaine. Je reconnais que c’est difficile, mais possible.

Sarie Abdeslam
Bruxelles, le 14 septembre 2003

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