Racisme, xénophobie et purification ethnique

La malédiction

Pour les fatalistes et les sceptiques, le racisme est une malédiction née avec l’homme, fait désormais partie intrinsèque de soi-même et l’accompagnera perpétuellement comme son ombre. Pour les militants anti-racistes ce n’est pas une fatalité mais un laisser aller de l’homme lui-même. Par conséquent, l’être humain rationnel doit être constamment vigilant et combattre continuellement ce fléau qu’est le racisme, la discrimination, la xénophobie et le fascisme.  

Le racisme est pur un produit de l’homme pour asservir et exploiter un autre être humain. Alors le raciste va utiliser toutes les subterfuges pour s’attaquer au maillon le plus faible de la société. La victime du raciste va être désignée du doigt comme coupable de tous les maux afin de l’isoler, de l’éloigner de la société, de l’humilier et enfin de le condamner.  

En ce qui concerne la Belgique, en tant que minorité ethnique et culturelle, notre communauté marocaine répond exactement au profil que recherche le raciste et le fasciste. Désormais nous sommes contraints de jouer malgré nous le rôle du bouc émissaire qui est venu manger le pain du pauvre belge, qui va habiter une maison qui aurait dû être habitée par un citoyen indigène et qui a pris le boulot du pauvre belge qui lui est au chômage.  

Ce discours simpliste et réducteur de la réalité va être enrichi au fil du temps et, à chaque élection le parti fasciste va gagner de plus en plus de voix surtout à cause de la crise économique qui sévit depuis longtemps et qui n’en finit pas. Les dernières élections du 13 juin dernier ont démontré que les partis fascistes ont gagné du terrain partout en Europe et surtout en Flandre. Le Vlaams Blok est devenu le premier parti avec 24% des voix devançant et de loin le Parti Socialiste, les libéraux et les sociaux chrétiens. Mais c’est aussi à cause du laxisme de ces mêmes partis traditionnels qui n’ont pas encore trouvé les moyens efficaces pour contrer ce mouvement qui progresse inéxorablement et grignote doucement mais sûrement le capital voix de la gauche et de la droite.  

La lutte contre le racisme, la xénophobie et l’intolérance est un principe fondamental de tout homme ou femme épris de justice et de démocratie. C’est aussi un devoir vital de tout parti démocratique de barrer la route à cette pieuvre qui vit de haine et de racisme.  

Depuis les événements dramatiques du 11 septembre, sous prétexte de la lutte contre le terrorisme les USA et d’autres pays européens deviennent de plus en plus paranoïas en ce qui concerne leurs politiques sécuritaires. Encore une fois l’immigration est montrée du doigt surtout ceux dont l’origine est maghrébine, arabe et musulmane. Enfin, le climat d’insécurité dans les grandes métropoles, contribue largement à la montée de l’extrême droite en Europe,  

Conséquences, les libertés fondamentales et les droits démocratiques des citoyens sont presque partout remis en cause. Tous les efforts fournis d’intégration et d’émancipation sont anéantis par cette croisade contre des terroristes islamistes qui ont été hier entraînés et financés par ceux qui aujourd’hui prétendent les combattre.   

Mussolini et Hitler

Bien sûr nous condamnons le terrorisme, nous sommes pour le droit et la justice, nous sommes pour la paix et la sécurité. Ceci étant dit, nous condamnons aussi ceux qui ont engendré ces petits monstres et, nous condamnons le terrorisme d’Etat comme celui pratiqué en plein jour par l’Etat sioniste qui occupe encore des territoires de plusieurs pays riverains et qui bombarde des populations innocentes avec le soutien inconditionnel de l’oncle Sam.  

Malheureusement en Belgique comme ailleurs en Europe, l’extrême droite a réussi à banaliser le racisme et la discrimination, la haine et l’Islamophobie. Alors, l’amalgame s’est petit à petit institutionnalisé faisant associer la Migration, non communautaire pas seulement à la criminalité organisée mais aussi au terrorisme. Aujourd’hui, insulter l’Islam et les Musulmans est devenu si banal qu’on peut le publier sans scrupules, sans état d’âme et sans aucun problème dans des journaux, hebdomadaires et mensuels qui se disent respectables.  

Pendant plus de vingt ans durant, on nous a insulté dans les tracts, dans les journaux, à la télévision, et à la radio. Pendant les périodes électorales, on nous a maintes fois humilié. On nous a attaqué physiquement et moralement et finalement on a assassiné nos citoyens au nom du racisme et de la xénophobie. Malgré tout ça, l’extrême droite et plus particulièrement le Vlaams Blok, auteur régulier et récidiviste de cette littérature abjecte n’a été condamné qu’une seule fois par la justice belge.  

D’autre part, en Belgique comme ailleurs en Europe les lois sont tellement complexes et compliquées que nous ne savons jamais si la discrimination, le racisme et la xénophobie sont interdits ou pas, sont tolérés ou pas, sont condamnables ou pas. Par contre pour combattre le voile, toute la clique politique de gauche comme de droite s’est unie contre des lycéennes à cause d’un bout de tissu. En un temps record, des lois ont été votées, des circulaires ont été envoyées et, tout le monde est mobilisé pour la prochaine rentrée scolaire. Des lycéennes nées en Europe, pacifiques, complètement intégrées dans la société risquent de mettre en danger la sécurité de l’Etat et peut être de l’Europe toute entière à cause du voile subversif. Deux poids flagrants, deux mesures flagrantes. C’est le monde à l’envers, on s’attaque à des jeunes filles victimes et avec des circonstances atténuantes en sortant les armes lourdes de destructions massives et faute de trouver des balles en duvet on tire des cartouches à blanc sur les racistes, les xénophobes et les fascistes.  

Etant donné les circonstances il faut que les partis politiques, la société civile et tous les démocrates se mobilisent pour lutter ensemble contre l’offensive xénophobe des nasillons qui commencent à avoir des ambitions politiques très dangereuses si jamais ils arrivent à obtenir une majorité dans une des trois régions de Belgique. Jusqu’à aujourd’hui, la démocratie a joué seulement en faveur du mouvement fasciste.  

Nous avons dénoncé la montée de l’extrême droite depuis déjà très longtemps. Au début des années septante nous avons dénoncé un danger fasciste ascendant très violent. Les responsables syndicaux et politiques nous ont répondu que tous ces groupuscules ne sont que du folklore et ne représentent aucun danger pour la démocratie belge. Autrement dit, tant que les victimes sont des étrangers il n’ y a pas de quoi s’affoler. Mais une fois que les partis politiques belges ont reçu une gifle après le résultat électoral du dimanche noir on a été surpris de ce nouveau danger venu de l’intérieur.  

Après trente ans de laisser aller j’insiste encore une fois, les démocrates, les monarchistes, les républicains, les humanistes, les progressistes, doivent reconsidérer leur conception de lutte contre le racisme, la xénophobie et le fascisme. Une nouvelle conception s’impose qui doit remettre en cause toutes les fausses théories qui ont été avancées par les responsables politiques et autres pour justifier la montée de l’extrême droite en Belgique et plus spécifiquement en Flandre. Un cordon sanitaire est bien, il faut le renforcer mais il est largement insuffisant pour combattre et anéantir ce fléau. Il faut approfondir les analyses concernant les vraies origines, motifs et causes du succès du Vlaams Blok et une analyse approfondie pour chercher les moyens de reconquérir une frange de la population avant qu’il soit trop tard. A noter que, le phénomène de l’extrême droite progresse plus particulièrement chez les franges de la population les plus vulnérables et chez la frange de la population la plus riche.  

Pour conclure, je propose qu’il faille s’attaquer d’une manière rationnelle à ce phénomène avec une démarche dynamique, systématique, globale et approfondie. Il faut l’élaboration d’une méthode de travail et d’une stratégie à long terme avec la participation de toutes les composantes de la société belge. En tout cas ce n’est pas une affaire seulement d‘experts et de spécialistes, c’est l’affaire de tout le monde et de toutes les institutions démocratiques du pays. Enfin, le phénomène de l’extrême droite n’est pas seulement lié au racisme et à la purification ethnique ni à la région flamande, c’est un phénomène européen, international et universel,  

Sarie Abdeslam
Bruxelles, le 20 juin 2004  

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