Les stigmates

La communauté d’origine marocaine de Belgique stigmatisée, attaquée et malmenée à tort, à cause d’un crime commis par des ressortissants polonais.  

Les faits 

MP3

 

Joe Van Hoeslsbeek, jeune belge de 17 ans, traversait tranquillement le hall de la gare Centrale de Bruxelles. Il a été approché par deux individus qui l’ont menacé pour lui voler son MP3. Le jeune Joe ne cède pas car il tenait à son petit bijou. Les assaillants, qui voulaient à tout prix ce petit MP3 l’ont tué de cinq coups de couteau pour s’emparer de son bien. Cette histoire macabre s’est passée en plein jour, en présence de centaines de personnes au milieu du hall de la gare centrale de la capitale de Belgique et de l’Europe Unie. Ce drame a suscité en Belgique et partout en Europe, une vive émotion dans tous les foyers. Dix jours après, plus de 80 000 personnes manifestaient silencieusement, en demandant «plus de sécurité dans les villes». 

Des caméras racistes. 

C’est devenu une tradition vraiment Belge. Les médias, la police, la justice, certains représentants de la communauté marocaine, et certains ecclésiastiques musulmans sans pour autant les traiter de racistes sont convaincus d’une hypothèse simple et simpliste : «Jusqu’à preuve du contraire, tout malfrat non appréhendé est d’origine marocaine, tout suspect en fuite est d’origine marocaine et tout criminel basané est d’origine marocaine.»  Consciemment ou inconsciemment, ce beau monde cautionne les appels à la haine raciale. C’est un principe qui a fait son chemin et, même les caméras de surveillance ne voient que du basané qui commet les crimes. C’est programmé et c’est ainsi. Les caméras ne mentent pas, elles filment tout, sauf quand c’est une bavure policière, alors elles deviennent myopes. Selon les caméros et la police, ce sont deux basanés marocains d’origine polonaise qui ont commis le crime. 

Les deux malfrats, étaient trop basanés et il n’y a pas le moindre doute sur leur origine ethnique. Vite, l’opinion publique belge désigne du doigt accusateur le Marocain, l’Arabe, le Musulman. Le relais est vite fait, Internet, presse écrite, télévision, radios, forums, cafés, bars, dancings, vie associative, tous accusent toute la communauté marocaine de Belgique d’avoir fomenté, organisé et commis un meurtre pour s’emparer d’un MP3. Le rouleau compresseur xénophobe et raciste comme d’habitude envahit la Belgique et dépasse les frontières. 

La Belgique pays de droit, va malheureusement pendant un laps de temps faire abstraction du respect de droit. Le discours de l’extrême droite va être relayé par tout un chacun et les défenseurs des principes fondamentaux des droits de l’homme, de la femmes et des enfants, vont se faire tout petit pour laisser libre cour à la haine, à la rancune et à l’hostilité envers et contre toute une communauté. 

La vérité 

Moi, qui me croyais vivre dans un état de droit, me sentais menacé dans mon intégrité et dans ma dignité. D’un coup de balai, sans pitié, j’ai été totalement rejeté de cette société dont je pensais faire partie intégrante. Comme par enchantement, tous les politiciens et à leur tête le gouvernement belge, regardaient vers la jeunesse d’origine marocaine comme d’éventuels criminels potentiels et demandaient à l’unanimité plus de policiers et de patrouilles sur le terrain, plus de répression contre les jeunes, des jugements plus rapides, la création de prisons de jeunes et enfin le rétablissement de la peine de mort. 

Aujourd’hui, l’arrestation des deux vrais coupables provoque tout au plus, une toute petite crise éphémère de conscience. En effet, les deux suspects incriminés dans ce meurtre abominable ne sont pas Arabes, ni Musulmans, ni Basanés. Tant pis pour les excités, hystériques et paranoïas qui voulaient à tout prix une justice populaire afin de lyncher toute une communauté. Les coupables sont bel et bien Européens et de surcroît d’origine polonaise, peut être des Chrétiens. 

Epilogue 

  • Le ministre de l’Intérieur, Patrick Dewael, a eu les mots justes: «On ne parle pas de Marocains ou de Polonais, on parle de criminels».
  • La ministre de la Justice, Laurette Onkelinx, a invité « ceux qui ont stigmatisé les Arabes à se retrouver face à leur conscience. »
  • Le Parquet de Bruxelles a demandé des excuses à la communauté marocaine.
  • La Pologne va demander des excuses, pas aux Marocains, mais à la Belgique.

N’empêche, le mal a été fait. En tant qu’être humain j’ai été montré du doigt en tant qu’agresseur « nord africain » et, comme responsable essentielle de la criminalité en Belgique. Les appels xénophobes, les dérives racistes, des conclusions hâtives, les appels aux sanctions expéditives et exemplaires, ont été relayé par la presse contre l‘inculpé parfait, contre le coupable absolu, comme l’accusé tout désigné. Dans la confusion c’est l’amalgame. Dans l’émotion l’aveuglement. Le communautarisme fait surface. Il ne faut pas chercher ailleurs, le coupable vit parmi Nous, c’est l’Arabe, le Marocain, le Musulman. Sur base de la théorie de l’extrême droite, derrière la presse et les chaînes de télévision, surtout de sources policières tout le monde est d’accord, les assassins ne pouvaient être autre chose que maghrébins

Ce qui m’a fait le plus de mal, c’est le mutisme observé pendant cette période, par mes amis belges, chrétiens, laïques, syndicaliste, humanistes et progressistes qui doutaient de ma bonne foi et m’assimilaient à des délinquants au moment où j’avais le plus besoin d’eux, de leur soutien, de leur solidarité et de leur sympathie. 

« Pourquoi avons-nous pensé qu’ils étaient marocains? », demande le journal flamand de centre-gauche De Morgen. 

Même si les coupables étaient Marocains, pour moi ça ne change rien. Je ne suis pas responsable de l’acte individuel d’un vaurien. La société belge, dans un état de droit ne doit en aucun cas me culpabiliser ni culpabiliser ma communauté. Chaque individu est responsable de ses propres actes quel que soit son origine, sa nationalité ou sa religion. 

Je termine cet audito par la citation d’un journaliste marocain « L’honneur de la Belgique restera sauf par la grâce des parents de Joe. Eux, atteints dans leur chair, avaient rejeté tout amalgame et avaient refusé toute récupération politicienne de leur drame. »  

Sarie Abdeslam
Le 30 avril 2006

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