Je t’aime, moi non plus

Je t'aime, moi non plus

 

Comme je l’ai dit, écrit et répété, notre relation avec notre pays natal et/ou d’origine a toujours été et reste conflictuelle, ambiguë et complexe. En tout cas, jusqu’à l’initiative de Almonadara d’organiser un colloque à Rabat seuls les aficionados des Amicales, cherchaient et obtenaient les faveurs du régime marocain. Aujourd’hui à lire les conclusions de ce colloque je présume que, les anciens opposants au régime et qui se flattaient d’être progressistes et de gauche veulent à tout prix remplacer les Amicales et devenir les seuls interlocuteurs et représentants de la communauté d’origine marocaine installée en Europe et ailleurs. 

Il est vrai que, nous avons demandé depuis les années soixante, d’être reconnus en tant que citoyens à part entière et non comme « nos travailleurs à l’étranger » ou comme « MRE », citoyens de seconde zone. Nous avons toujours revendiqué le droit de participer démocratiquement et institutionnellement dans la construction d’un Maroc démocratique, libre et indépendant en y apportant notre contribution. Pourtant, nous n’avons jamais revendiqué d’être les représentants de la communauté marocaine pour ne pas tomber dans l’égarement, le délire et l’aliénation. Ce péché, brigué et ambitionné par les amicalistes, lèches manches délateurs, que nous avons combattu durant des décennies avec fermeté, je le retrouve malheureusement dans les revendications actuelles de Almonadara. 

Moi personnellement je dis, ce n’est ni victoire, ni avantage, ni triomphe. Si le Maroc, après quarante années d’expatriation veut nous reconnaître en tant que citoyens à part entière alors ce n’est que justice faite à notre égard. Par conséquent, nous ne pouvons pas encore exorciser quarante années d’injustice avant même de voir la fin du tunnel. 

Si le Maroc accepte d’exaucer nos veux les plus légitimes de droit de vote et d’éligibilité alors c’est au Maroc que revient l’honneur de nous applaudir et de reconnaître « mea culpa » d’avoir occulté une partie importante de sa populatiopn pendant quatre décennies. Ce n’est que justice faite envers une communauté qui a participé largement et longuement au processus de construction d’un Maroc moderne et démocratique. 

Pour montrer sa bonne volonté et, afin de démontrer que cette fois, la promesse deviendra réalité, je propose que le Maroc, via les corps diplomatiques et consulaires, fasse un geste fort et positif envers notre communauté en envoyant une lettre personnelle à chaque citoyen et citoyenne d’origine marocaine : 

  1. pour les remercier de leur apport important et de leur sacrifice pendant quatre décennies de labeur en octroyant annuellement à leur pays des recettes en devises (plus de 40,5 milliards de DH en 2005 seulement).
  2. pour les informer de la décision de leur permettre de participer directement dans le choix de leurs représentants dans le parlement marocain et dans le Conseil Consultatif

En tout cas, le seul plus grand avantage que Almonadara a réussi à mettre en valeur c’est d’avoir mis cette problématique devant la scène politique au Maroc comme en Europa et ailleurs. Tous les citoyens marocains à l’intérieur comme à l’extérieur du Maroc ont en parlé et un certain débat s’est installé partout dans le monde. Tous les média ont investi le terrain de cette thématique et, dans les foyers, les cafés, les mosquées, des milliers de personnes, même les inactifs, se sont exprimés en donnant leurs critique, opinion, impression, jugement, commentaire, idée, pensée, avis, position etc. 

Ayant vécu les années de plomb, les années d’immobilisme, les promesses non tenues, les rendez-vous manqués nous sommes devenus plus prudents et plus méfiants. Nous sommes devenus un peu plus coriaces aux charmeurs des partis politiques de gauche comme de droite et aux séducteurs officiels marocains ministres ou diplomates. La majorité silencieuse de la communauté d’origine marocaine est arrivé au stade de  » Je t’aime, moi non plus « . 

Personnellement, depuis belle lurette je ne rêve plus et, depuis longtemps j’ai perdu mon romantisme. Si une partie de mon cœur bat encore pour le Maroc, une autre partie bat pour la Belgique. C’est une bataille entre le romantisme idéal et le réalisme rationnel. C’est un déchirement qui ne peut durer éternellement. Un jour, même si je reste à cheval sur deux mondes différents, la balance doit irrémédiablement pencher manifestement vers l’un ou l’autre côté. 

Cette dernière et ultime promesse sera sans aucun doute la goûte finale qui va déborder soit dans la déception et l’amertume, soit dans l’espoir d’un Maroc Etat de Droit, de nouvelles génération de demain, et une nouvelle relation de confiance pour une nouvelle et éventuelle déclaration passionnelle  » Je t’aime, moi aussi « . 

Sarie Abdeslam
17 décembre 2006

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