Le mythe du retour et le drame du séjour

Si nous, primo arrivants des années soixante, malgré bon gré nous avons toujours gardé des relations affectives et relationnelles avec notre pays d’origine, nos jeunes générations qui n’ont pas connu l’émigration se sentent très bien à l’aise dans leur pays de naissance, c’est-à-dire la Belgique. Le mythe du retour qui nous a toujours hanté depuis belle lurette ne les concerne pas. Par contre, les parents et les grands parents, nés au Maroc, gèrent difficilement l’ambiguïté entre le mythe du retour et le séjour définitif en Belgique, surtout après avoir atteint l’âge de la pension.

La naturalisation et la double nationalité n’a pas pour autant pu endiguer ce désir dual qui couve comme un volcan, un pied en Belgique et l’autre pied au Maroc et qui nous empêche de couper un fois pour toutes le cordon ombilical qui nous lie viscéralement aux deux pays respectifs.

Pour des raisons politico économiques, ni la Belgique et encore moins le Maroc n’ont pris au sérieux le dilemme du retour impossible pour consommer le divorce ni même la séparation. Les deux pays, pour des raisons diamétralement opposées s’accrochent à notre communauté.

Etant donné les échecs récurrents des aventuriers qui voulaient se réinstaller au pays du soleil couchant et étant donné l’absence de toute réglementation concernant cette hypothétique retour, les candidats sont devenu une denrée très rare. En effet, le projet de retour pour nous, comporte beaucoup trop de risques et n’apporte jusqu’à preuve du contraire aucun avantage et aucun atout.

Vu l’âge avancé de la première génération, le problème ne fait que s’amplifier et exige des autorités des deux pays de se pencher sérieusement sur le problème pour résoudre le vide juridique concernant le phénomène du retour et le drame du séjour définitif et de l’intégration utopique dans la société belge de plus en plus égocentrique et dans une Europe qui se referme petit à petit sur elle même.

En tout cas, il est temps pour que le CCME, organe consultatif de la communauté d’origine marocaine à travers le monde, fasse le nécessaire pour encourager les deux pays qui nous intéressent pour revoir et actualiser les accords bilatéraux concernant l’immigration et la sécurité sociale qui sont devenus complètement désuets et faire des propositions adéquates aux deux pays concernés pour faciliter la réinsertion au Maroc de celles et ceux qui veulent entamer un éventuel retour tout en sauvegardant leurs acquis sociaux..

Sarie Abdeslam
Bruxelles, le 21 novembre 2010

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