Né sous la bonne étoile, mais sous un ciel couvert

 
On peut dire que c’est le cas d’un jeune réalisateur belgo-marocain, né pour faire du cinéma, de l’avis de plusieurs professionnels de son entourage. Mais naître avec la chose sous la peau ne peut, à lui seul, mener loin. Hélas ! Hélas et toujours hélas quand on sait qu il y a des millions d’êtres qui naissent avec un don, qui naissent artistes, poètes, écrivains ou narrateurs, qui grandissent avec cette sensation qui fait tanguer, durant toute leur vie, leurs états d’âme, sans qu’ils puissent jamais expliquer ce qui leur arrive. Des créateurs-nés qui étouffent, ou qu’on étouffe. Vivement les temps des mécènes qui, bien avant de mettre à disposition de l’artiste, leur argent, avaient  eux-mêmes- le don de détecter le créateur et de l’accompagner jusqu’au bout, jusqu’à l’éclat, jusqu’à la délivrance !

Youssef BALOUT s’est mis en tête de travailler sur un long métrage, il y a près de 8 ans. Il a frappé à toutes les portes, belges et marocaines. Et à chaque fois c’est un Niet ! catégorique qu’il rencontrait. Et quand le Niet n’est pas spontané, brut et tuant, il est « administré » à petites doses jusqu’à aboutir à l’effet désiré.

En attendant  parce qu’il ne perd pas l’espoir  qu’une porte s’ouvre devant son projet, Youssef BALOUT a sorti 3 courts métrages et en prépare un quatrième.

Donnons-lui la possibilité de s’exprimer :

« Mon projet de film « Omar » est une fiction, un drame social, qui parle d’un jeune belgo-marocain qui se fait renvoyé de l’école, puis de la maison, pour se retrouver en pleine descente aux enfers. C’est l’adhésion à la « bande », c’est le leadership de la bande, une bande multiculturelle où on trouve des jeunes de la troisième génération issue de l’émigration, s’en suivent les 400 coups, la violence, la mort, l’amour aussi, bien évidemment.

L’histoire met à nu la vie quotidienne au sein d’une famille d’émigrés, avec ses chocs, ses sentiments et son sentimentalisme des pays chauds, son dialogue de sourds entre deux générations diamétralement opposées .

C’est un projet que j’ai écrit avec la collaboration d’un ami journaliste ».

« Ça fait plus de 7 ans que j’essaie d’avoir les fonds nécessaires. J’ai été partout. J’ai contacté tout le monde, au niveau du communal, de l’associatif, du privé, du pauvre, du riche, les élus, les ministres, en Belgique, au Maroc et ailleurs, en vain. Au fait, j’ai eu 2 propositions que j’ai refusées, parce que toutes les deux étaient conditionnées par le changement de mon scénario. La première partie trouvait que les séquences dont il est question d’Islam dans le scénario n’étaient pas assez « fondamentales ». La deuxième m’a demandé d’ôter carrément tout ce qui a trait avec cette religion dans le film. J’ai refusé, parce que j’estime que mon film est équilibré et que l’Islam dont il y est question est celui du « juste milieu » pratiqué par des centaines de millions de musulmans. C’est l’Islam tel qu’il existe au Maroc ou autre pays de l’Afrique du Nord. Je ne veux pas céder aux extrêmes. Donc, pour le projet « Omar », je suis encore à la case-départ. J’attends et j’attends avec espoir, parce que, quelque part, mon film est un apport aux efforts fournis, par-ci par-là, par divers acteurs, étatiques, scientifiques ou de la société civile, pour comprendre les jeunes issus de l’émigration, leur culture d’origine, celle du pays d’accueil, leur vie familiale, etc. Et ce afin de trouver des solutions adéquates à leurs problèmes, notamment celui relatif à ce qu’on appelle intégration. Donc il y aura bien quelqu’un qui va apprécier cet aspect ».

Mrini Mohammed

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