Le Maghreb, la démocratie et l’Occident

I- POSITION DU PROBLEME

Il en résulte pour les démocrates de l’ « Occident » une utilité et un avantage de connaitre ceux des sociétés arabo-musulmanes et africaines, afin d’éviter des erreurs et des méprises le plus souvent regrettables. Erreurs et méprises qui proviennent des différences de conceptions politiques, cultuelles, culturelles entre les arabo-musulmans et l’occident. Notons à ce propos qu’il est des conceptions religieuses en Islam qui sont non seulement inconnues chez les occidentaux, mais également et surtout mal assimilées, donc mal interprétées par une grande partie des maghrébins.

Dans les sociétés maghrébines d’esprit profondément religieux et très attachées à leurs institutions théocratiques, les Etats ont été et sont encore l’objet d’un «respect superstitieux» ; d’où l’embarras quand il s’agit de définir les Etats dans ces sociétés arabo-musulmanes dont la question religieuse subordonne le « pouvoir temporel » au «pouvoir spirituel». En réalité, lorsque les élites religieuses officielles enseignent que l’autorité est de droit divin, cela n’est que le signe d’une servilité consommée devant l’Etat. Ce sont les pouvoirs en place qui inculquent par le truchement de leurs exégètes et de leurs «khatib» (1) à leurs fidèles sujets un respect religieux de l’Etat. Et, les difficultés rencontrées dans les sociétés arabo-musulmanes pour bien comprendre la question de l’Etat qui est un produit des contradictions et des conflits d’intérêts socio-économiques et politiques, ont leurs racines dans les survivances tenaces de l’idéalisme religieux du premier Etat arabo-musulman établi par le prophète Mohamed à Médine.

II- Les démocrates laïcs au Maghreb

Mais en dépit de tout cela, les sociétés maghrébines qui sont loin d’être statiques, vivent, bougent, évoluent et sont traversées par des courants de pensée et de tendances idéologiques et politiques contradictoires et variés. Citons au passage les démocrates laïcs qui, à nos yeux, sont les seuls capables d’incarner les forces d’avenir et de mener à bien les desseins progressistes de demain ; ils se dressent légitimement chaque jour dans la lutte contre l’obscurité, les ténèbres et la misère enveloppant les peuples maghrébins ; ils sont difficilement ou rarement tolérés. En essayant d’agir dans la légalité, ils se heurtent à d’énormes pressions et sont les victimes favorites des pouvoirs autocratiques ou théocratiques en place et des « islamistes » (persécutions, humiliations, tortures et assassinats).

Que faire face à cette situation ?

Exporter les « modèles institutionnels et démocratiques » occidentaux au monde arabo-musulman et africain ? Bien sûr que non. La « démocratie » parlementaire occidentale n’a pas à avoir une vision internationale, mais bien à nouer des partenariats avec les acteurs locaux et appuyer leur stratégie propre. Toute intervention militaire fondée sur une guerre dite « limitée » et une stratégie « transformationnelle » qui consiste à installer par la force des modèles institutionnels « démocratiques » n’émanant pas des peuples des pays concernés, est vouée inéluctablement à l’échec, car il ne faut pas oublier les différentes échelles de temps et d’espaces géographiques, politiques, sociaux et culturels spécifiques à chaque pays de ce monde. Le modèle de « démocratie occidentale » qui repose essentiellement sur le système parlementaire ne s’exporte pas comme n’importe quel autre produit ; il s’agit d’un long processus. L’Europe, du moins occidentale, a mis des siècles avant de bâtir patiemment et ardemment le système institutionnel actuel qui n’avait pas eu que des effets positifs. Hitler n’avait-il pas été élu démocratiquement ? Sans oublier le F.I.S en Algérie, etc.

En plus, tout système conçu et imposé d’autorité par l’extérieur à une population lui exigeant des adaptations trop fortes au plan des différents comportements humains auxquels elle n’est pas habituée, ne peut survivre longtemps, car il a tendance à être violemment rejeté par celle-ci ; par contre, un système qui prend sa source dans la population ou dans certaines élites de celle-ci, peut avec une probabilité plus grande s’adapter à son environnement et réussir à s’implanter et à durer plus longtemps. C’est ce qu’avait confirmé le cours des événements en Espagne avec les Maures ; dans les anciennes colonies ; et plus récemment avec l’U.R.S.S en Afghanistan ; les américains d’abord au Vietnam, puis en Afghanistan et Irak, où les peuples qui se sentaient agressés et humiliés, s’étaient soulevés en menant des âpres luttes contre les troupes étrangères. Et, comme ces peuples croyaient que les guerres qu’ils menaient étaient justes, ils n’avaient pas manqué de triompher.

Les peuples arabo-musulmans et africains croient que, pour camoufler leurs visées de domination et d’asservissement, l’Occident du grand capital met tout en œuvre pour détrôner les régimes en place en vue de les remplacer par des hommes à lui soi-disant animés de sentiments libéraux correspondant à sa politique prédatrice, au moyen de putschs en recourant aux avions et aux chars. De même, les attaques qui n’ont eu pour le moment aucun succès en Irak et en Afghanistan, vont sûrement connaitre le même fiasco en Libye.

Nous considérons qu’il n’y a rien de plus efficace pour généraliser les idées démocratiques que de voir les mouvements, les partis et les associations démocratiques des pays développés, surtout européens, entamer des dialogues, des contacts, des échanges d’idées et tisser des relations avec les mouvements démocratiques au Maghreb par exemple, d’autant plus que celui-ci se trouve à peine à 12 Km de l’Afrique du Nord (le détroit de Gibraltar). Ce sera à notre avis la meilleure voie pour encourager, développer et renforcer les idées et les forces démocratiques au sud du bassin méditerranéen. Cela va permettre aux démocrates des pays européens en particulier et occidentaux en général, d’abord d’étudier et d’analyser directement et le plus objectivement possible les raisons et les motivations qui mettent les peuples arabo-musulmans en action ; ensuite d’éviter toute approche simpliste et superficielle ; et enfin de ne pas verser dans des positions démagogiques, tendancieuses et mystificatrices souhaitées par le grand capital international et les élites postcoloniales et oligarchiques locales.

Le grand capital a beau vouloir relever, en théorie, la condition de la démocratie dans le monde arabo-musulman et africain, son but principal est d’avoir la mainmise sur les richesses stratégiques colossales qui ne finissent pas d’exciter ses convoitises et d’agir si profondément sur ses intentions conquérantes. En menant des attaques et des agressions contre les pays arabo-musulmans et africains, le grand capital ne protège pas seulement ses intérêts, mais étouffe également les démocrates de ces pays et réduit leurs champs d’activités. Les interventions militaires contre les pays arabo-musulmans et africains rendent difficile l’échange entre ceux-ci et le monde qui les entoure.

(1) Le Vendredi, la prière en commun à la mosquée revêt un caractère solennel du fait qu’un prédicateur Khatib fait un prône dans lequel il exhorte les fidèles à suivre les prescriptions divines. Chaque mosquée a son prédicateur, mais comme pour l’Imam, tout musulman relativement instruit et éloquent peut jouer, le cas échéant, le rôle du Khatib.

La mosquée qui porte le nom de Jama est par définition, le lieu qui rassemble les fidèles. Les cinq prières de la journée, et tous les jours, y sont dites sous la conduite de l’Imam, mais des fidèles viennent aussi y prier individuellement. Le Vendredi, la prière de Midi est solennelle et rassemble un grand nombre de croyants. Les femmes n’y sont pas admises.

CHATAR Saïd

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Le Maghreb, la Démocratie et l’Occident (suite I)
Réaction à l’article « Le Maghreb, la démocratie et l’Occident  » par Saïd Chatar, paru dans Dounia News n° 1117 : Semaine du 25 au 30 avril 2011.

Si Abdeslam, a sallam alaykoum,

Permettez-moi par votre intermédiaire de poser la question à Mr CHATAR Saïd ce qu’il veut dire par Les démocrates laïcs au Maghreb.

Monsieur CHATAR conseille l’occident de mieux comprendre les sociétés arabo-musulmanes et d’entre les lignes leur suggère de tenir compte de nos spécificités, alors qu’il empreinte a ces derniers un concept qui est la démocratie. Concept politico-social purement occidental.

Nous n’avons besoin ni d’être laïcs ni d’empreinter et d’imiter l’occident en simulant ce truc qu’ils appellent démocratie pour vivre le meilleur des mondes.

En tant que Musulmans nous avons besoin d’un nouveau fiqh contemporain et factuel qui puise dans notre religion les principes d’une vie moderne.

A moins que je passe pour un islamiste, fondamentaliste et intégriste aux yeux de Monsieur CHATAR, le seul système qui permet une société meilleure est bien l’islam.

Si l’occident s’évertue à nous démolir, ce n’est nullement a cause de nos richesses matérielles comme semble le croire Monsieur CHATAR, mais bien parce que nous sommes détenteurs du seul système de pensée qui tient tête à ce même Capitaliste décrié dans l’article auquel je suis entrain de réagir.

Prendre la vraie dimension de mon identité, assumer mon appartenance a ma société, vivre en symbiose avec mon milieu, respecter autrui, accomplir mes devoirs, aspirer a mes droits sont les préceptes de notre noble religion.

Je n’ai nullement besoin d’être démocrate encore moins laïc pour cela.

Nous devons penser une identité authentique taillée à notre mesure basée sur notre patrimoine religieux et culturel et ne nullement faire du mimétisme.

Avec mes meilleures salutations d’Oman

Abdeslam Koubaa

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Le Maghreb, la Démocratie et l’Occident (suite II)
Réponse de M. Chatar à la réaction à l’article « Le Maghreb, la démocratie et l’Occident  »  par M. Abdeslam Koubaa,  paru dans Dounia News n° 1117 : Semaine du 25 au 30 avril 2011.

Cher Abdeslam,

Ci- joint ma réponse à la réaction de M. KOUBAA Abdeslam par rapport à mon article sur :  » Le Maghreb, la Démocratie et l’Occident ». Je vais vous envoyer incessamment mon point de vue sur la question nationale et démocratique au Maroc que je suis en train d’écrire.

Bien à toi et encore bravo pour ce que tu fais.

CHATAR Saïd
Réponses à M. Abdeslam KOUBAA

« Nous avons fait de vous des peuples et des tribus (différents) afin que vous vous connaissiez ». CORON

J’ai tardé un peu à répondre à M. Abdeslam KOUBAA qui a mal interprété ma manière de voir sur la question de la laïcité. Cette dernière ne veut pas dire, sans religion. Le mot laïc ou laïcité consiste en la séparation du fait politique et du fait religieux. En Europe par exemple, il y a parmi les démocrates laïques des croyants pratiquants, des non pratiquants, des agnostiques et des athées qui militent côte à côte dans les mouvements démocratiques (partis politiques, organisations syndicales, milieux associatifs, etc.). M. A. KOUBAA semble tomber dans le piège tendu par les pouvoirs arabo-musulmans théocratiques qui posent les problèmes socio-économiques et politiques en termes métaphysiques et religieux ; ainsi, les « islamistes » qui disputent le champ religieux à ces pouvoirs théocratiques, considèrent que l’Islam est une religion dominante des dominés, mais confisquée sous sa forme institutionnelle par les gouvernants. Tout se passe comme s’il n’y a de choix qu’entre l’Islam instrumentalisé par les pouvoirs ou l’imitation du passé incarnée par les « islamistes ».

Par ailleurs, il n’est pas inutile de rappeler qu’à travers des débats philosophiques et religieux, le philosophe et penseur soufi Al-Ghazali qui vécut entre 1058 et 1111 à Bagdad, remettait déjà en cause les rapports entre l’Etat et la religion en ouvrant le débat sur la Foi et la Raison. Toutefois, à la suite des exactions et des persécutions que l’establishment religieux au service du Califat d’antan lui avait fait subir, Al-Ghazali avait été dans l’obligation de trancher en faveur de la Foi et non pas de la Raison. Ce n’est qu’au 17ème siècle que Descartes établit la primauté de la Raison face à la Foi et à l’irrationnel.

Donc, contrairement à ce que M. Abdeslam KOUBAA voudrait nous faire croire, le concept politico-social de démocratie auquel aspire chaque commun des mortels est universel. Tous les grands philosophes arabo-musulmans étaient des « élèves » des grands maîtres de la philosophie grecque. Aussi, Al-Kindi, Ibn-Sinaa-Avicenne, Al-Ghazali, Al Farabi, Ibn-Rochd Averroës, Maïmonide, j’en passe et des meilleurs, n’avaient-ils pas traduit, commenté et introduit les œuvres d’Aristote et de Platon en Orient arabo-musulman » et en Europe médiévale (en Andalousie, entre autres).
Quelles transformations immenses, ces chercheurs et ces savants n’ont-ils pas apporté à la vision du monde de cette époque ! Surtout en Europe. Ne marquèrent-ils pas par leurs recherches et leurs découvertes une nouvelle étape dans l’histoire de la science ? C’est à juste titre qu’ils constituèrent l’un des derniers maillons de la chaîne qui transmit la philosophie grecque du Proche Orient à l’Occident latin. D’ailleurs, Engels n’a-t-il pas dit que : « … les rudiments de la science exacte de la nature ne sont développés que par les Grecs de la période alexandrine, et plus tard, au moyen âge, par les Arabes ».

Dans ce bref aperçu historique, j’ai voulu rappeler brièvement à M. Abdeslam KOUBBAA, que la civilisation et la culture arabo-musulmanes qui se répandirent dans nombre de pays et de peuples d’Asie, d’Afrique et d’Europe influèrent sur le développement des civilisations et des pensées philosophiques et scientifiques de ces derniers. Cette influence a été réciproque et la civilisation moderne elle-même et le progrès des sciences et idées actuelles ont leur embryon dans les civilisations et dans les progrès et les acquis philosophiques et scientifiques des époques antérieures. Et, même si les philosophes arabo-musulmans furent les premiers à s’inspirer des philosophes grecs et à s’en faire les porteurs vers la civilisation européenne, l’Europe médiévale leur opposa par la suite Platon et Aristote qui devinrent les pierres tombales du développement ultérieur de la civilisation et de la science arabes.

Pour ne pas continuer à épiloguer sur la réaction de M. Abdeslam KOUBAA à mon article : « Le Maghreb, la démocratie et l’Occident », je vais oser lui rappeler que le monde est devenu un « village planétaire ». En effet, la mondialisation a considérablement renforcé l’interdépendance des peuples sur notre planète. Les moyens de communication sophistiqués qui assurent une diffusion instantanée de l’information ne finissent pas de contribuer à l’effacement de l’obstacle des distances. Les habitants des villages les plus reculés de la planète, privés d’électricité et qui puisent encore l’eau à la rivière, disposent souvent grâce à une antenne parabolique et à un générateur, d’une télévision qui diffusent les programmes des grandes chaînes mondiales. Aucun peuple ne semble vivre à l’heure actuelle dans un temps et dans un espace différents de ceux des mortels habituels comme semble le penser M. A. KOUBAA à travers «… son identité authentique taillée à la mesure de son monde à lui et basée sur son patrimoine religieux et culturel… ».

Nous pouvons être à la fois laïques et croyants. La laïcité n’exclut nullement et aucunement la croyance religieuse ; c’est tout le contraire. Ainsi, tous les peuples qui cohabitent ensemble depuis des millénaires autour du bassin méditerranéen et qui partagent une histoire et des valeurs communes sont condamnés à se concerter et à s’associer en vue de la rénovation de cet espace méditerranéen stratégique, de l’exploitation commune de ses richesses, de son développement durable et de sa valorisation dans tous les domaines.

Fraternellement et merci.
Votre lecteur CHATAR Saïd

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Le Maghreb, la Démocratie et l’Occident (suite III)
Réponse de M. Koubaa à M. Chatar ,  paru dans Dounia News n° 1125 : Semaine du 20 au 26 juin 2011.

Si Abdeslam, a sallam alaykoum,

Encore une fois je voudrai vous remercier d’avance de me fournir l’occasion de réagir à la réponse de Mr. CHATAR à mon interpellation sur son article « Le Maghreb, la Démocratie et l’Occident », voir reference dans le sujet.

Avec votre permission, je vais m’adresser directement à Mr CHATAR.

Bonjour Mr. CHATAR,

Tout d’abord je vous prie de m’excuser d’avoir tardé à réagir à votre réponse.

En lisant votre reponse j’étais saisi d’un sentiment de joie et de tristesse en même temps.

En effet j’étais content de voir que vous faisiez référence au même ISLAM que moi en citant le verset du CORON « Nous avons fait de vous des peuples et des tribus (différents) afin que vous vous connaissiez » et en vous référant aux grands de l’histoire musulmane qui n’ont pas seulement traduit les œuvres grecques, comme il vous semble, mais ont inventé et innové dans tous les domaines. Ceci est mon ISLAM aussi auquel j’ajouterai « Pas de contrainte en religion », Sourate la Vache.

Par contre j’étais triste en vous lisant limiter l’Islam a deux versions tellement répandues par certains pour des raisons démagogique et de fins de détournement.

L’ISLAM auquel je faisais référence lors de ma réaction à votre article est plus « mode de vie » que religion. Et de ce fait, il n’est ni archaïque ni manipulé par quelque pouvoir que ce soit, puisqu’il est affaire d’intelect.

Triste aussi, car quand certains s’opposent a vos idées, ils vous semblent naïfs pour tomber dans les pièges de ce que vous appeler les Islamistes. Ceci est preuve de la vision binaire, ou autrui ayant autre idées n’a pas droit d’exister ni de citer (vous êtes avec moi ou contre moi).

Permettez-moi, Mr CHATAR, de mettre la mosquée ou l’église selon vos préférences au milieu du village.

Etant maghrébin et Européen en même temps, j’ai la chance de jouir de cette bivalence culturelle, politique et sociale.

Au nom de cette bivalence, il serait un crime de ma part de cracher sur la démocratie entant que système politique occidentale. Faut-il préciser de quelle démocratie on parle, britannique, française, allemande, belge, scandinave ou autres.

Etant allochtone et musulman, je suis ardent défenseur de ce système qui m’a permis durant plus de trois décennies de m’exprimer en toute liberté et de pratiquer mes droits politique comme tout citoyen libre et responsable. Mr CHATAR, la démocratie, je connais et j’en suis fervent défenseur ; en son lieu et contexte.

Quand à la laïcité, j’aurai aimé Mr CHATAR que vous nous disiez commet l’occident en général et la France en particulier en est venue à ca. Autrement dit, pourquoi voulez vous que la Maghreb suive le même chemin en rejetant sa spiritualité comme l’occident l’a fait en rejetant l’église.

Le Christianisme a ses particularités, son histoire et son parcours. C’est pourquoi j’aurai aimé Mr CHATAR que vous pensiez en Musulman et non en « Laic » d’empreint de pensées et d’idées.

Et même, vous refusez à votre société d’origine ce qui est du et pratiqué par les sociétés européennes. Ignorez-vous Mr CHATAR que le nouveau gouvernement grec à prêter serment sur la bible et que beaucoup de gouvernements européens ont en leurs seins des partis Chrétiens ?

Allez-vous appeler ceux-là des CHRISTIAN-iste à l’instar des ISLAM-iste.

Mr CHATAR,

Pour faire court, je vous ai interpellé la première fois car vous utilisiez des termes empruntés et vous vouliez imposer un système de vie et de pensées aussi empruntés. Sachez que je n’ai rien contre ni la démocratie ni la laïcité. Je souhaite voir mon pays d’origine s’épanouir en puisant dans son histoire, sa culture et sa religion, et non se voir imposer des démocraties du super marché comme on en voit partout dans les points chauds de la planète.

J’aurai aimé vous voir entant qu’intellectuel penser ces deux concepts et les transposer a notre réalité marocano-arabo-musulmane, et non être le chantre de la pensée binaire.

La démocratie et la laïcité sont conjoncturellement européennes et ne sont nullement exportables. Revenez vers les théories d’anthropologie pour mieux le savoir.

Disant ceci ne fait pas de moi et selon vos termes un naïf qui risque de tomber dans le piège tendu par les pouvoirs arabo-musulmans théocratiques, ou un extemiste, ou encore moins un islam-iste

Il n’est nullement question de ma part d’une obédience a un pourvoir quelconque ou un supposé mouvement islamiste, ni d’un rejet de la démocratie et de la laïcité.

Laissant la démocratie et la laïcité à l’Europe, c’est son choix auquel j’adhère complètement.

Je voudrai autant adhérer a un choix fait par des marocains pour un Maroc arabe africain et musulman.

Demain peut être je serai votre fervent défenseur si vous venez avec un concept à la mesure de notre histoire et richesse culturelle et religieuse, tout en tenant compte de la réalité de la société marocaine.

Nous n’avons nullement besoin d’importer ni d’imiter. Soyons-nous même.

Abdeslam Koubaa

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Le Maghreb, la Démocratie et l’Occident (suite IV)
Réponse à la réplique de M. A. KOUBAA

Bonjour M. KOUBAA,

Tout d’abord, j’espère que tout va bien pour vous et les vôtres. Ensuite, je tiens à vous faire revenir à la mémoire que je n’ai jamais écrit dans ma réponse à votre réplique que les grands savants et philosophes de l’histoire arabo-musulmane se sont contentés uniquement de la traduction des textes des grands maîtres de la philosophie grecque. J’y ai rappelé également que par leurs recherches et leurs découvertes, ces savants marquèrent une nouvelle étape dans l’histoire de la science et apportèrent d’immenses transformations à la vision du monde de cette époque. Surtout en Europe médiévale. C’est pourquoi, je vais oser vous demander de bien vouloir relire le contenu de ma réponse par rapport à votre réplique.
Quant à la Grèce, je vous laisse le soin de bien analyser et d’évaluer le bilan de son état actuel qui est aussi incertain que chaotique sur les plans, économique, politique, social, etc.

Notons au passage que l’excellent et pertinent article de M. BENYEKHLEF Fouad sur « la laïcité politique » paru dans le « D.N N° 1124 de la semaine du 13 au 19 juin 2011 », nous est d’une grande utilité pour le débat sur la laïcité.

Aussi la question de la laïcité repose-t-elle sur une approche ou plutôt une méthode dialectique qui est complètement différente de la méthode métaphysique. Voilà le dilemme auquel nos sociétés arabo-musulmanes se trouvent pour le moment confrontées. C’est un choix difficile que nos sociétés ont à faire dans le futur, entre les deux possibilités contraires.
Qu’est ce qu’une méthode ?

J’entends par méthode, la voie par laquelle on atteint un but. Les plus grands philosophes, comme Al Kindi, Al Ghazali, Ibn Avicenne, Ibn Rochd Averroès (1), Moshé Ben Mimoun plus connu en Europe sous le nom de Maïmonide (1), puis Descartes, Spinoza, Hegel ont étudié avec attention les questions de méthode parce qu’ils étaient soucieux de découvrir le moyen le plus rationnel aboutissant à « la vérité ».

La méthode dialectique considère les choses et les concepts dans leur enchaînement, leur relation mutuelle, leur action réciproque et la modification qui en résulte, leur naissance, leur développement et leur déclin. Elle ignore le repos au profit du mouvement.

Alors que la méthode métaphysique considère les choses comme faites une fois pour toutes, comme immuables. Le mouvement, et par conséquent aussi les causes du changement, lui échappent. Elle ignore le mouvement au profit du repos. Elle classe donc une fois pour toute, les choses ; la première mène à l’Etat laïque tandis que la deuxième, elle, conduit à l’Etat théocratique.

Ainsi, j’ai évoqué dans mon écrit précédent que le débat qui avait été mené par Descartes au 17ème siècle, avait déjà eu lieu dans l’Islam dès le 11ème siècle où Al Ghazali qui, après avoir été importuné, harcelé et persécuté par l’élite religieuse officielle de cette période, l’avait tranché, mais en faveur de la Foi et non pas de la Raison. A cette époque, les recherches philosophiques qui se faisaient dans le cadre de la théologie musulmane devaient se conformer au Coran, la Loi de l’Islam, tenus pour la « science des sciences », à quoi tout devait être subordonné, et non pas à la Raison ni suivant la Raison. La Loi coranique n’était sujette à aucun amendement, à aucune correction. Elle était et est toujours la perfection même, la parole d’Allah. C’est donc la religion qui assume le perfectionnement de l’homme. Les thèses d’Al Ghazali peuvent se résumer comme suit : « l’Islam est l’absolu, le divin et le rationnel ». « Dieu, dans sa toute puissance, a crée le monde. Etre ou ne pas être dépend de sa volonté ».

Face à tout cela, la laïcité est, en ce moment, un problème important dont on parle beaucoup dans nos sociétés arabo-musulmanes. Celles-ci sont-elles prêtes à fonder une nouvelle méthode de pensée en établissant la primauté de la Raison face à la Foi et à l’Irrationnel ? Sauront-elles convertir un jour leur méthode centrée sur Dieu (théocratique) en une méthode centrée sur l’homme et la Raison humaine (anthropocentrique) ?
En guise de conclusion

Depuis la disparition des trois philosophes arabo-judéo-musulmans (Al Ghazali, Averroès, et Maïmonide), la pensée arabo-musulmane se distingua par un figement et un bigotisme qui ont conduit, à la longue, les sociétés arabo-musulmanes à des croyances religieuses islamistes qui cessèrent d’être cultivées plus avant et qui freinèrent le développement ultérieur de leurs connaissances scientifiques et philosophiques.

Les élites religieuses, les Oulémas et les interprètes officiels du Coran continuent toujours d’inculquer aux populations musulmanes le culte de la fatalité, de l’obscurantisme et le sentiment d’infériorité envers les phénomènes majeurs des lois de la nature qu’ils interprètent comme un châtiment infligé par Allah aux pécheurs ; et l’homme qui est impuissant devant ces phénomènes ne doit que se soumettre et obéir totalement au Coran qui représente la parole, la volonté et le désir d’Allah.
Cette absolutisation du rôle de la religion islamique et du pouvoir d’Allah, assortie des lois draconiennes frappant tous ses adversaires devient non seulement un grand obstacle pour le progrès des sociétés arabo-musulmanes, mais conduit également à des conceptions erronées chez les musulmans d’esprit profondément religieux, très attachés à leurs institutions théocratiques (2).
Bien à vous.

(1) : éclairés et fidèles à leur Foi, Averroès et Maïmonide qui appartenaient à la même ville (Cordoue) et à la même époque (entre le 12ème siècle le 13ème siècle), furent à l’origine de l’apparition d’un courant de pensée « Averro-Maïmonidien » conciliant la philosophie d’une part, la Foi et la religion de l’autre. Derrière leurs démarches intellectuelles, les deux philosophes étaient à la recherche des remèdes contre le fanatisme et le totalitarisme religieux menaçants de cette époque, en menant le combat sur l’espace religieux occupé par le Califat de cette époque. Les deux savants furent persécutés, brimés, blâmés et rejetés par l’establishment religieux de l’époque ; Ibn Rochd par les « musulmans » et Maïmonide par le rabbinat juif de Cordoue et de Montpellier.

Averroès était à l’origine de la doctrine de la « Double vérité » qui eut un grand retentissement dans l’Europe médiévale. Cette doctrine soutenait l’existence de deux niveaux de compréhension d’un texte comme le Coran et de la « Vérité » qu’il contient. L’une est celle du peuple inculte, qui est rendue dans la langue de la Foi, et l’autre, celle à laquelle atteignent seulement quelques personnes instruites et qui est donnée dans la langue de la philosophie. Il avançait des thèses faisant de la philosophie une science accessible seulement à une minorité d’élus capable de comprendre et d’expliquer le « Message révélé ». Cette argumentation lui permettait non seulement d’harmoniser la foi avec la philosophie et d’établir une distinction entre la Foi et la Raison, mais également de considérer la philosophie d’Aristote comme la vérité la plus haute et le modèle de toute philosophie.

Sa pensée qui mettait en cause la croyance dogmatique fut recommandée par l’université de Paris et son influence devint décisive sur toute l’évolution de la pensée européenne jusqu’à l’avènement de la science expérimentale.

Quand à Maïmonide qui était philosophe, astronome, juriste et médecin judéo-arabe, il excella si bien dans la médecine que le Vizir du Caire aussi bien que le sultan SALADIN s’attachèrent ses services. En philosophie, son œuvre la plus célèbre fut le « GUIDE » où il considère l’étude de la philosophie non seulement comme licite, mais bien comme un devoir religieux. Il s’efforça de concilier le judaïsme et l’aristotélisme musulman.

(2) : dans la majorité des pays arabo-musulmans, les Etats ont été et sont encore l’objet d’un « respect superstitieux » où l’autorité est regardée comme émanant de Dieu.

CHATAR Saïd

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