Mutations géopolitiques au Maghreb et au Machrek


Derrière l’excitation médiatique tendancieuse intense à propos de l’attaque armée menée par l’OTAN contre la Libye, de nouveaux déséquilibres vont modifier certainement les rapports de force internationaux. Chaque crise est aussi une opportunité pour les acteurs qui cherchent à obtenir un gain stratégique aux dépens de leurs adversaires.
Ces insurrections dans les pays du sud de la Méditerranée sont dues pour une grande partie au choc démographique auquel les régimes en place n’ont pas su faire face. Toutefois, les insurrections ou les révoltes ne nourrissent pas. Sans une amélioration des perspectives économiques dans les pays en crise, le risque est grand que l’Europe devienne un exutoire avec des vagues migratoires difficilement maîtrisables à long terme. « Le chacun pour soi » et le manque de solidarité européenne vis-à-vis des préoccupations italiennes sont de mauvais augure face à ces flux migratoires.

Les États des pays en proie aux émeutes et aux révoltes sont affaiblis et ne peuvent plus assurer leur sécurité intérieure et la garde aux frontières, notamment dans le désert saharien. Les groupes proches d’« Al Qaeda » et leurs ramifications au sein de l’économie souterraine et mafieuse ne manqueront pas d’utiliser les interstices de cette « crypte » pour trouver de nouveaux refuges et de planifier de nouvelles actions après une période de discrétion tactique. Leur invisibilité au cours de ces événements d’insurrections et de révoltes ne prouve en rien leur disparition de l’espace politique.

Les nouveaux régimes qui réussiront à prendre le pouvoir et ceux qui opèrent la transition sont déjà l’objet des sollicitudes de la part des puissances qui ont intérêt à obtenir un avantage stratégique en termes d’alliances militaires, de contrats énergétiques et de manœuvres stratégiques pour anticiper les affrontements futurs.

Les États-Unis tentent de préserver du chaos les monarchies sunnites qui constituent un rempart contre la prise du pouvoir par les chiites, et constituent un élément géostratégique important comme le Bahreïn qui abrite la base navale de la cinquième flotte face à l’Iran. L’Arabie saoudite est aussi le lieu géostratégique et politique qui montre la ligne rouge américaine en ce qui concerne la liberté des peuples.

Le gouvernement provisoire égyptien a autorisé deux bâtiments de la marine iranienne à franchir le canal de Suez pour rejoindre un port syrien afin de se joindre à des manœuvres irano-syriennes en Méditerranée. Le message est clair : l’Iran peut engager Israël sur deux fronts et les faucons israéliens qui s’inquiètent déjà de leur encerclement, cristallisent de plus en plus leur position.

La Russie poursuit son rapprochement avec la Syrie, qui lui offre un port militaire en Méditerranée. Des révolutions populaires en Syrie constitueraient une autre ligne rouge à ne pas dépasser, celle de la Russie.

La Chine qui voit ses investissements fondre en Libye ne restera pas les bras croisés face à cette nouvelle donne. Plus au sud, la Côte d’Ivoire sombre dans le Chaos.

Des géo stratèges de l’Occident n’hésitent pas à comparer les mutations du sud de la Méditerranée à celles qui ont été à l’origine de l’éclatement de l’URSS. Le monde était en apparence plus facile à décrypter à cette époque. Les États-Unis qui se prenaient pour l’unique puissance, souhaitaient faire aboutir leur vision stratégique à un monde unipolaire. On sait aujourd’hui que cela n’était qu’un rêve, malgré les illusions et les incantations du diktat de la Pax Americana. Le monde actuel est caractérisé par l’éparpillement géographique des sources de pouvoir et le globe est le théâtre d’affrontements pour le partage futur des espaces politiques. Les projets géopolitiques concurrents sont plus nombreux, les coalitions seront plus instables, les équilibres encore plus précaires.

La question centrale que nous allons poser dans le cadre de ces bouleversements est la suivante : Au delà des discours magiques et face à ces mutations géopolitiques, les citoyens des pays de la rive sud de la Méditerranée et leurs nouveaux gouvernants vont-ils trouver en Europe des partenaires solides pour de nouvelles alliances ? Autrement les États membres de l’Union européenne en seront les grands perdants.

CHATAR Saïd

 

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