Etre musulman, est-ce synonyme de conservatisme ?

Par Benyekhlef Fouad, Acteur Social

Dire que nous vivons aujourd’hui dans une société plurielle s’apparente à un truisme. Cette diversité est une réalité irréversible. Elle est un acquis qui s’observe en tous lieux et en toutes circonstances : mosaïque de populations, croyances différentes ; langues et cultures qui s’imbriquent. Si la majorité des citoyens accepte cette réalité, force est de constater qu’une partie d’elle est également porteuse de positions davantage dominées par l’émotionnel que par la raison en manifestant une certaine intolérance, celle-ci pouvant même être une barrière au progrès social.
Le discours progressiste, émanant aussi de citoyens belges de confession musulmane, tient compte de cette pluralité au sein de la société ainsi que des évolutions et des normes qui l’animent. Un certain nombre de demandes sociales, qui hier encore étaient jugées inacceptables et taboues, ont trouvé une réponse au sein du discours progressiste. C’est ainsi que ces souhaits populaires sont aujourd’hui mis sur la table et sont acceptés légalement au nom des libertés et droits individuels.

Malheureusement, il est fréquent que des barrières soient érigées face à ces réclamations de droits que les individus demandeurs considèrent pourtant comme légitimes et nécessaires à leur émancipation. Ces barrières sont souvent le fait de personnes, porteuses d’une éthique et de normes personnelles, estimant qu’il n’est pas acceptable de légaliser des normes contrevenantes à leur vision des choses. Cette attitude ne s’en tient pas qu’à un discours mais peut aussi mobiliser un lobbying associatif et politique.

Nous sommes en droit de nous poser des questions sur certains groupes qui se revendiquent des valeurs démocratiques et laïques. En effet, en quoi l’acquisition de libertés ou droits individuels pour un groupe d’individus donné serait une source d’inquiétudes ou empiéterait sur la liberté d’un autre groupe ? Aussi, les valeurs religieuses, athées ou propres à n’importe quelle communauté ne doivent en rien influer ou être introduites comme éléments référentiels en matière de liberté individuelle, le concept de laïcité primant sur elles. Le référent religieux peut avoir une importance pour ceux qui s’en revendiquent et non pour les autres, il en va de même pour les autres communautés (en ce compris l’athéisme) ayant leurs spécificités propres.

Les courants dits conservateurs ne doivent pas être amalgamés de manière systématique avec les citoyens musulmans. En ce qui concerne les conservateurs qui rêvent de remettre en selle une morale chrétienne déchue et qui tentent parfois d’amadouer les musulmans en mettant en avant, par exemple, des valeurs en faveur de la « famille » ou en défaveur de pratiques à leurs yeux contraire à l’éthique religieuse. On retrouve également des courants qu’on peut qualifier d’« imposeurs ». Ceux-ci espèrent imposer leur idée de la société à tout un chacun en ne tenant pas compte du fait que tout être libre dans une société démocratique peut affirmer sa singularité et participer positivement à l’intérêt général en tant que citoyen.

Dans un État neutre comme la Belgique, la laïcité doit être plus forte que les tentatives liberticides des conservateurs ou imposeurs, les questions sociétales ne doivent donc pas subir l’interférence de la religion ou d’un courant philosophique quelconque.

L’homoparentalité et le mariage des couples de même sexe concernent les libertés individuelles que certains citoyens homosexuels réclament pour leur épanouissement. Souvent les arguments défavorables à ces mesures mettent en avant la psychanalyse alors qu’il s’agit d’un paravent religieux. Pareillement, l’avortement, la contraception ou l’euthanasie sont des sujets qui ne doivent pas poser problème du moment où ils sont effectués par choix dans un cadre légal. Le citoyen est seul titulaire des droits associés à son corps, c’est la simple application de la liberté individuelle. Au risque de paraître subversif, il est important de dire qu’une personne qui ne se réfère pas à des principes religieux ne doit pas se les voir imposer.

Il est également primordial de rappeler que plus aucun parti politique ou réseau associatif n’a le monopole des « croyants » malgré l’historicité de ceux-ci. En effet, certains partis ou mouvements politiques qui ont été historiquement anticléricaux ne le sont plus (ou en tout cas envers l’Église) et en revanche ceux qui étaient gardiens de valeurs chrétiennes se sont également repositionnés. Les Appels aux croyants du PS, le MCC du MR et l’Humanisme remis au centre des préoccupations de l’ancien PSC sont des éléments attestant de cette réalité.

Les musulmans sont donc souvent à tort considérés comme étant systématiquement « pro-conservateurs » mais la présence d’un discours progressiste en leur sein témoigne de l’inverse. De plus, nombre d’entre eux militent aujourd’hui pour plus de laïcité en Belgique car l’État ne doit nullement être accaparé par une morale religieuse monopolistique, cela pour permettre que l’équidistance entre l’État et les religions soit consacrée et qu’en découle l’égalité entre-elles.
 

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