LE JEÛNE DE RAMADAN

Tout d’abord, à l’occasion de l’ouverture du mois de Ramadan qui aura lieu au début du mois d’août prochain, nous présentons nos meilleurs vœux pour nos lecteurs. Aussi ai-je profité de cette circonstance qui se présente devant nous au bon moment pour écrire un article relatif à ce mois de recul, de méditation, de piété et de réflexion.

Les Musulmans ont, comme les chrétiens, un carême annuel, mais qui est bien différent du leur. Il dure un mois lunaire exactement, celui de Ramadan, c’est à dire vingt-neuf jours ou trente jours. Comme l’année musulmane est plus courte de onze jours que l’année grégorienne, le jeûne de Ramadan avance chaque année de onze jours et parcourt par conséquent progressivement toutes les saisons. C’est le mois au cours duquel a été révélé le Coran en tant que guide des hommes (c’est dans la nuit du 26ème au 27ème jour de Ramadan, nuit bénie, que «  la révélation du Coran est descendue ».

Quiconque ayant atteint la puberté et vu de ses yeux la nouvelle lune devra jeûner ce mois qui constitue l’un des cinq piliers de l’Islam (les quatre autres sont: la chahada, la zakat, la prière et le pèlerinage à la Mecque); la femme enceinte ne peut observer le jeûne qu’après avoir accouché ; le malade ou le voyageur jeûnera une fois guéri ou arrivé, un nombre égal de jours à ceux qu’il n’a pas jeûnés, car Dieu vous veut heureux et non malheureux. (…) Mangez et buvez jusqu’à ce que vous puissiez distinguer à l’aube le fil blanc du fil noir. Dès ce moment, jeûnez complètement jusqu’au coucher du soleil et n’ayez pas de relations avec elles (les épouses) alors que vous faites retraite dans vos mosquées… (Coran, Sourate 2, la « Vache », versets 179 à 183).

Par ailleurs, comme nous venons de le mentionner plus haut, le jeûne n’est pas accompli dans un esprit de pénitence comme chez les chrétiens, mais consiste en une abstinence et une continence absolues du lever au coucher du soleil. Il est centré sur la domination des instincts, la maîtrise des passions, « la solidarité » avec les pauvres et l’obéissance à Dieu. D’après la « Charia », c’est un mois d’ascèse. En effet, le croyant expie les fautes de l’année en se réconciliant dans ses pensées religieuses et en observant très rigoureusement les prescriptions divines. Il prie et se livre à des exercices de piété continuellement.

Au Maghreb par exemple, le jeûne est respecté, du moins en public et, sauf dans les hôtels touristiques, les restaurants sont fermés à l’heure du repas de midi; ce qui donne à la vie sociale une ambiance particulière. D’ailleurs, même pour les non pratiquants, l’observation extérieure du jeûne est un témoignage et un symbole d’appartenance à la cité musulmane et à sa culture. Mais il est vrai qu’en dépit de ces apparences, ce jeûne est pénible, surtout l’été où les journées sont longues et chaudes. Et il ne faut pas s’étonner si vers la fin du mois, et chaque jour vers la fin de la journée, les jeûneurs sont d’humeur irascible.

Toutefois, la nuit tout est permis; le croyant jouit des plaisirs de la table, de l’agrément des entretiens « honnêtes » avec ses coreligionnaires. Il ne lui est demandé que de se trouver au matin en état de « pureté ».

Le jeûne s’arrêtera au début du mois suivant qui sera couronné par l’Aïd-el-séghir, petite fête marquant la rupture du jeûne, elle donne lieu à des réjouissances familiales, le premier jour du mois de chawwal (voir notre prochain article).

En guise de conclusion, il n’est pas inutile de rappeler à ce sujet que plusieurs États ont déploré que la productivité, déjà beaucoup plus faible que dans les pays industrialisés, baisse encore de 40 % à 50 % par rapport aux normes habituelles pendant le mois de Ramadan. En invoquant, en 1964, l’exemple de Mohamed, Prophète de l’Islam qui avait ordonné la rupture du jeûne au cours de batailles qui risquaient de mettre en danger l’Islam, le Président tunisien Habib Bourguiba avait eu l’audace de vouloir limiter la pratique du Ramadan en expliquant que la « lutte contre le sous-développement » est le procédé moderne du Djihad (guerre sainte). Il avait été attaqué et combattu avec obstination par l’establishment religieux et n’avait été suivi que partiellement.

Par ailleurs, notons que Mohamed, prophète de l’Islam, quand il arriva à Médine plutôt en triomphateur qu’en exilé, il fondait une société civile sur des bases toutes nouvelles en Arabie, en dehors des conceptions jusqu’alors exclusives de tribu et de clan. Il y fut à la fois apôtre, législateur, politique et guerrier. Et ce faisant, pour se concilier les Juifs nombreux et influents à Médine, Mohamed décida de jeûner le même jour qu’eux et de prier dans la direction (Qibla) de Jérusalem. Le Jeûne et la prière se pratiquaient bien avant l’avènement de l’Islam.

CHATAR Saïd.

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