LA POLITIQUE MEDITERRANEENNE DE L’EUROPE

A la lumière du projet d’Union Pour la Méditerranée (U.P.M) qui est aujourd’hui agonisant et qui partait d’un diagnostic correct sur l’efficacité chancelante du « processus de Barcelone », le résultat d’ensemble des politiques extérieures de tous les Etats européens, y compris l’Union européenne, est-il satisfaisant ? La Commission européenne admet aujourd’hui lucidement que tout est à reconstruire.

Et, pour réfléchir à l’avenir, il faut absolument se référer au passé afin de pouvoir constater que les bouleversements les plus récents vécus par l’Union européenne dans son voisinage stratégique ont été provoqués par :

 d’abord, les guerres yougoslaves dans les années 90. Ces événements tragiques se sont soldés par la primauté des intérêts de l’OTAN avant ceux de l’Union européenne qui venait à peine de ratifier son traité de Maastricht. Les conséquences du dépeçage de la Yougoslavie n’en finissent pas de faire sentir leurs effets sur l’Union européenne qui soutient certaines entités artificielles et sans légitimité historique qui sont largement sous perfusion financière internationale. Les mafias profitent de cette manne, au plus haut sommet des nouveaux pouvoirs locaux. La construction d’états multiethniques ou artificiels par des forces extérieures est une chimère. La démocratisation de type occidentale se révèle impossible. La Serbie, État pivot des Balkans ne se remet que difficilement de ses amputations territoriales forcées et la non prise en compte de ses intérêts légitimes hypothèque un règlement définitif de la question balkanique comme source d’insécurité régionale. L’opération de l’OTAN au Kosovo et la partition non négociée de ce territoire a fourni un prétexte à la Russie pour reconnaître comme entités indépendantes l’Abkhazie et l’Ossétie du sud. Les opérations de l’OTAN ont surtout constitué un obstacle majeur à un rapprochement de l’Union européenne avec la Russie.

Il serait donc plus prudent de ne pas répéter les erreurs du passé. Elles nuiraient à l’ambition de l’Union européenne de se poser en acteur incontournable dans son arrière-cour méditerranéenne, pour construire les alliances futures sur son flanc sud.

Le discours sur la complémentarité entre l’Union européenne et l’OTAN camoufle mal la rivalité entre les deux organisations. Si la situation nécessitait un déploiement de moyens militaires pour une opération humanitaire, une nouvelle erreur consisterait à laisser l’OTAN prendre en main les opérations en Méditerranée, et de cantonner l’Union européenne dans le rôle d’une ONG pourvoyeuse de moyens civils et de financements. L’intervention de l’OTAN sur la rive sud de la Méditerranée constituerait un grave précédent pour toute l’Afrique. Le souvenir des Balkans devrait inciter à la prudence afin de ne pas mettre l’Union européenne à la remorque des intérêts euro-atlantiques.

ensuite, la crise méditerranéenne et moyen-orientale qui est le miroir européen, va vraisemblablement avoir un impact qui ne sera pas sans inconvénients sur l’Europe. L’incantation « démocratiste cosmopolite » (voir notre précédent article) est révélatrice de l’état inquiétant du raisonnement stratégique des pays européens. Elle souligne aussi les travers des démocraties européennes, qui dérivent vers la fiction démocratique au travers d’un vague communautarisme ultralibéral. La liberté mal comprise consiste à tolérer le développement du communautarisme politique et de l’anarchisme à partir du multiculturalisme d’un côté, et l’aspiration à la consommation à outrance de l’autre, pour ceux qui ne sont pas au chômage, une quantité de choses inutiles ou de produits stratégiques fabriquées en dehors d’une Europe et d’une rive sud de la méditerranée soumis à un processus de délocalisation et de désindustrialisation au profit de la Chine et autres dragons du Sud-est asiatique. L’affaiblissement de l’État est un processus dangereux. Il n’y pas de démocratie véritable sans ossature étatique régulatrice forte.

Migrations et multiculturalisme

Le débat sur l’Islam et le multiculturalisme en Europe est en vase communiquant avec la crise méditerranéenne. L’échec du multiculturalisme et de l’« intégration » des musulmans entre autres est aussi la conséquence de l’absence de véritables politiques migratoires qui ne peuvent être ramenées à la seule gestion des flux sur base des critères essentiellement économiques, voire démagogiques, au mépris du développement des pays du Sud. Cet échec est dû également à l’abandon vis à vis des populations provenant du sud de la Méditerranée dont les gouvernants de leur pays d’origine ont été incapables de leur offrir une perspective d’avenir. En clair, le problème de l’immigration doit d’abord être traité en amont. Il faudrait développer une politique de coopération nouvelle qui associe les pays du Nord et du Sud pour que le système économique mondial soit fondé sur une répartition équitable des richesses. Ce nouveau modèle de coopération au développement doit permettre l’amélioration des conditions de vie dans les pays du sud. Toutefois, contrairement à ce que certains politiciens voudraient nous faire croire, la doctrine démagogique de l’immigration-zéro est une mystification qui nie la réalité des peuples en mouvements perpétuels (biologiques, sociaux et géographiques).

Le débat sur l’échec du multiculturalisme en Allemagne, en France et au Royaume-Uni, ne doit pas non plus faire oublier le communautarisme qui gagne aussi la diplomatie de l’Union européenne : la participation déplacée d’un diplomate de l’Union européenne à la « Gay parade » de Belgrade et les pamphlets contre l’Islam pour défendre la démocratie est un exemple de confusion entre militantisme communautariste et politique étrangère.

Le multiculturalisme doit faire l’objet d’une approche interculturelle afin d’éviter tout communautarisme politique dans sa forme extrême qui risque de diviser les nations et devient une menace à l’identité nationale comme le prétend M. Nicolas SARKOZY. Toute culture nationale gagne à s’enrichir d’apports extérieurs pour sa vitalité et son rayonnement, mais selon le principe de la compréhension d’autrui, du respect mutuel et en dernier lieu de l’assimilation. Le multiculturalisme dans sa forme dégénérative est aussi l’alibi pour la prolifération d’une pseudo contre-culture teintée d’esprit de révolte, animée par des objectifs bassement commerciaux mais aussi politiques. Il s’agit de ces groupes de musique qui insultent leurs pays d’accueil en toute impunité sur le modèle de la décomposition du multiculturalisme américain et des tags qui enlaidissent les paysages urbains. Ce type de multiculturalisme favorise une culture « hors-sol », sinon urbaine, éphémère et commerciale, sans aucun lien avec l’esthétique gréco-romano-judéo-arabo-islamo-amazigh et ses influences méditerranéennes multiples qui restent l’un des fondements des cultures euro-méditerranéennes. L’idéologie multi culturaliste est en réalité une UTOPIE, dont l’étymologie nous rappelle que ce terme signifie « sans lieu » en grec.

CHATAR Saïd

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