Petite promenade chez les fous…

11h de matin, à l’hôpital Brughmann, service psychiatrique…

« Mon sourire s’efface lorsque le sérieux prend place,
Comme si mon corps n’avait plus d’existence, comme si j’étais une armoire à glace.
Je connais certaines réalités dans cette vie,
Des perdus hier, des naissances aujourd’hui,
Des feuilles mortes là-bas et des bourgeons ici.
Comment oublier nos perdus et nos feuilles mortes ?
Comment ignorer leurs perdus et leurs feuilles mortes ?
J’ai trouvé la manière de les ignorer,
Même s’ils sont toujours là dans mes pensées.
C’est mon sourire qui protège les disparus et cache les feuilles mortes,
Même s’il me suffit de m’ôter le rire pour que je sois tout aussi morte. »

          C’est très bien Mademoiselle, exprimer vos émotions en prose avancera certainement le processus de votre guérison. Il nous reste quelques minutes, voudriez-vous partager autre chose avec moi ?

          J’ai fais un rêve la nuit dernière. Nous étions en famille à la mer sur différents bateaux, le ciel était nuageux et gris, les vagues étaient gigantesques aussi. Nous en étions terrifiés, les vagues étaient immenses et nous nous trouvions à une distance assez considérable de la terre. Ma mère hurlait de regarder devant soi, elle avait raison ; car autour de nous, l’eau était calme ce qui nous permettait d’avancer vers la rive plus rapidement.

          Il vous reste encore cinq minutes…

          Les différents bateaux se dirigeaient vers la côte, je sais que ma mère fût la première à y arriver et certaine que je fus la seule à être tombé dans les profondeurs de la mer. Bien qu’il me fût difficile d’atteindre les dunes de sable j’ai persisté et j’y suis arrivée. Et le reste de la famille également.

          Heu, c’est très très intéressant, j’imagine que vous avez revu avec vos camarades le Titanic récemment ?

          Pas du tout. Vous ne croyez pas en un autre monde que celui-ci Docteur ? Une réalité qui dépasse l’entendement humain mais que nous pouvons visiter dans nos rêves.

          Je suis croyante vous savez mais ne me demandez pas de croire à ces supercheries d’enfants gâtés. La vie sur terre est assez pénible pour devoir se concentrer sur un autre monde pour le moment, personne n’a vraiment le temps de penser à l’après vie vous comprenez ?

          Je vous comprends Docteur, mais  il semble que c’est vous qui avez du mal à saisir mes propos.

          Il serait peut-être temps pour vous de mettre au placard vos rires et vos rêves pour enfin grandir ?

          Mais je suis grande vous savez, c’est ma compréhension de la réalité sur terre qui m’invite chaque jour à m’enfuir dans ce que vous nommez « l’imaginaire ». Connaissez-vous la signification du  terme « majnouna» en arabe ?  Cela veut dire « folle ». C’est ainsi que les gens m’appelle généralement. Mais comme tout mot, le sens change en fonction de leur époque. C’est ainsi que le terme « majnoun » signifiait autrefois celui qui en plus de comprendre la vie comme les communs des mortels, apportait un regard nouveau sur  les mondes. Comme s’il voyait certaines choses que d’autres n’avait pas la capacité de voir. Cette capacité est en fait liée à la conscience humaine.

          Et pensez-vous êtres une « majnouna ? »

          J’aime à le croire, même si tout comme eux, je me retrouve isoler dans ma solitude…Et là c’est assez triste.

          Mais non, mais non. Vous m’avez tout de même chaque jour pendant toute une heure !

          C’est bien ce que je disais.

          C’est vrai que vous avez un beau sourire, et il serait dommage de le perdre. Cela dit, vous pourrez toujours garde ce souvenir au plus profond de votre être, c’est ainsi et seulement en retirant le pouls qui vous fait vibrer que vous entrerez dans l’ère du conformisme. A chaque époque, sa tendance…

          « Si l’on me retirait mes rires pour en faire un souvenir,
C’est  tout le monde qui va en souffrir,
Si l’on me forçait à ne plus sourire,
Vous ajouterez un nom en plus à ceux qui aspire. »

La demoiselle se leva du sofa et cria de toutes ses forces :

« Je quitterais cette terre avec mon beau sourire
Et jamais il ne deviendra un vieux souvenir !
Oh non ! On ne me l’enlèverait pas,
Je vous le dis, incarcérez-moi tout de suite chez les fous d’en bas !
Vous qui me regardez, approchez, je vous enseignerais la folie,
Elle rend les gens gentille et leur  redonne  la vie ! »

La sécurité du service se chargea d’emmener la demoiselle en chambre d’isolement, elle était … morte de rire.

Fin

I.B

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