La guerre des modèles d’intégration des « minorités » entre l’Europe et les U.S.A

 L’ingérence de la nouvelle diplomatie des Etats-Unis dans le débat relatif au multiculturalisme en Europe en généra (1) et en France en particulier révélée par WIKILEAKS, vise à favoriser l’essor du communautarisme dans l’espace européen. En effet, la stratégie américaine en question a pour but de motiver, de former et de préparer les minorités issues de l’immigration pour pouvoir jouer un rôle actif en faveur des réformes de programmes d’histoire coloniale, d’amalgame et de confusion tendancieuse entre l’antisémitisme et l’antisionisme, enseignés dans les écoles européennes. Toutefois, les européens vont-ils oser, à leur tour, prendre contact avec le musée d’histoire des Etats-Unis à Washington et les rédacteurs des livres d’histoire scolaire des Etats-Unis pour qu’ils prennent mieux en compte l’histoire du génocide des minorités indiennes, entre autres ?

Les exigences de repentance et de culpabilisation révèlent en réalité des stratégies de pouvoir internes et externes dont les européens ont tout à perdre s’ils persistent dans le ressassement unilatéral et sélectif de leur passé colonial en Méditerranée.

La culpabilité identitaire de certains segments des sociétés européennes transmise à leurs enfants serait les soumettre au carcan du « démocratisme communautariste et cosmopolite ». Un ordre établi digne des idéologies totalitaires où on peut finir en prison pour avoir brisé le politiquement correct ambiant. Il faut absolument empêcher cette évolution de continuer, car d’un côté, elle risque de passer à la trappe du relativisme communautariste qui va à l’encontre de la tradition de liberté en Europe, et de l’autre, elle remet en cause la question de souveraineté.

L’Europe doit éviter donc de se laisser imposer des modèles extérieurs qui affaibliront la cohésion nécessaire à toute société et poser inévitablement un problème de sécurité intérieure. La cohésion intérieure des nations et la force des Etats qui forment l’ossature d’une démocratie réelle seront des facteurs de résilience ; un atout face à ce nouveau partage du monde qui va s’accélérer avec les changements géopolitiques et géostratégiques en cours où les pays forts exerceront leur hégémonie sur les pays faibles.

 Le salut viendrait-il de l’Amérique ?

 Les attentes enthousiastes et irraisonnées qui se sont portées sur le président Barak Obama sont une autre forme de soumission de la pensée européenne actuelle. Les espoirs sont déjà déçus. Des citoyens, ainsi qu’une grande partie du personnel politique européen ont imaginé que les Etats-Unis allaient résoudre à leur place les défis qui s’accumulent. En dépit d’un commerce florissant, l’évanouissement de leur ennemi commun, la disparition de la bipolarité mondiale, la dérive inexorable entre les continents américain et européen donnent un poids croissant à leurs visions différentes du monde qui favorisent des choix politiques et des priorités différentes.

Une Alliance serait plus conforme aux réalités qu’une Intégration euro-atlantique dans le domaine militaire et politique afin d’éviter aux européens de servir de supplétifs dans des interventions expéditionnaires loin des priorités européennes. Le général de Gaulle en avait déjà souligné cette nécessité, non seulement en fonction des réalités de la guerre froide, mais aussi de manière prémonitoire. L’Alliance atlantique devra être refondée en profondeur après son évacuation de l’Afghanistan et de l’Irak qui lui fera perdre sa mission centrale et peut-être sa légitimité si son action a été perçue comme un échec retentissant.

Une diplomatie fondée uniquement sur des valeurs variables selon le lieu, y compris l’Europe, n’aboutit nulle part et est vouée inéluctablement à l’échec. La Realpolitik prise dans son sens noble pourrait guider plus utilement l’action et devenir la nouvelle boussole européenne. Le terme de Realpolitik doit être démystifié : La Realpolitik se base sur les réalités géographiques et historiques, mais aussi la lucidité et la prudence. Elle exige de combiner ruse et connaissance. Elle n’est utile et efficace qu’au service d’un projet politique. Aussi référons-nous à ce propos au chancelier allemand Willy BRANDT dont la Realpolitik avait abouti plus tard, à la destruction du mur de Berlin.

L’Union européenne possède l’outillage pour construire une diplomatie qui suppose l’identification d’intérêts communs européens. Mais cet outillage sera inutile sans une Europe politique dotée d’une stratégie géopolitique visant à reconquérir les instruments de la souveraineté qui lui échappent de plus en plus.

(1) : l’ambassade U.S à Bruxelles n’avait-elle pas invité le 25 août 2011 des activistes associationnistes issus de l’immigration pour « rompre le jeûne »,…

CHATAR Saïd

 

 

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