Tradition et progrès au Maghreb

Par CHATAR Saïd

 La progression dialectique et angoissante actuelle des sociétés maghrébines engendre inévitablement un double dialogue qui, souvent dégénère en dispute, d’une part entre ceux qui s’attachent au passé et ceux qui regardent vers l’avenir, d’autre part, entre ceux qui insistent sur la présence au temporel, le compromis, la tolérance, et ceux qui prônent l’intransigeance et le refus. Nous reconnaissons volontiers qu’en matière sociale par exemple, la lutte entre ceux qui manifestent un étroit conservatisme et les « progressistes » est inévitable mais féconde, parce qu’elle entretient dans la communauté un vivant équilibre. En principe, la société devrait profiter de ce dialogue pour en recueillir le fruit.

Toutefois, les partisans des courants conservateurs risquent l’évasion dans le passé, le spirituel « pur », le mépris du temporel, l’irréalisme, le rêve, l’inutile intransigeance et, à la limite, la trahison du Livre saint, le Coran. Par contre, les dangers qui guettent les tenants zélés des courants « modernistes» sont l’ « installation » dans le terrestre, les compromis tournant aux compromissions avec le grand capital transnational usurpateur et usurier, la soumission aux modes, à toutes les formes de « modernismes » et, à la limite, à une autre trahison de l’idéal pour lequel ils militent. Le « temporel » peut devenir un politicien au service des grands monopoles capitalistes et le « spirituel », un zélote instrumentalisant la religion. Ce paradoxe ne trouve sa solution que dans la sérénité, le respect mutuel et le dialogue.

A présent, tout cela concerne les pays du Maghreb ; s’ensuit-il pour autant que la collaboration avec les laïques, voire même les incroyants soit impossible ou défendue ? Proudhon disait : au fond de toute question sociale ou politique, il y a un problème théologique ; les philosophies sous-jacentes aux doctrines sont irrémédiablement opposées. Mais néanmoins, pour éviter le jeu cynique et machiavélique du grand capital, la collaboration entre tous les courants politiques et philosophiques de bonne intention qui forment la société, doit être possible en certains points concrets : dans le domaine social plus qu’en tout autre, ils doivent affirmer leur présence et être « le levain qui fait lever toute la pâte ».

Par ailleurs, à la lumière de ce qui se passe en Tunisie et en dépit de toutes les difficultés et de tous les inconvénients que le Maroc connait pour le moment, l’ex parti communiste marocain, le « P.P.S » (parti du progrès et du socialisme) a-t-il fait le moins mauvais choix en optant pour la participation au prochain gouvernement que le fougueux patron du P.J.D, M. BENKIRANE est en train de former ? Encore faudrait-il que ce dernier soit aussi compétent et aussi charismatique que M. GHANNOUCHI en Tunisie.

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