Les MRE et le 30éme gouvernement marocain

Par BELHALOUMI  Abdelrhani
Belhaloumi.a@skynet.be
                   
 Depuis décembre 1955, date de la formation du premier exécutif du Maroc indépendant, sous la présidence de Ben M’barek Bekkay Lahbil qui a été reconduit le 26 octobre 1956 à la tête du deuxième gouvernement, les Marocains Résidant à l’Etranger espèrent être au cœur de l’action gouvernementale.

Le Roi Mohammed VI a désigné le 30 e gouvernement dirigé par Abdellilah Benkirane. Un tiers des ministres sont issus du PJD dont  celui des Marocains de l’Etranger (Abdellatif Maazouz), la Justice, les Affaires étrangères et l’Enseignement supérieur et la Recherche…

En revanche, Les ministères comme la Défense , les Affaires religieuses et l’Intérieur leur  échappent, tout comme  l’Agriculture et le Secrétariat général du gouvernement.

 La seule femme parmi les 31 membres du gouvernement, madame Bassima Hakkaoui, ministre de la Solidarité, de la Femme, de la Famille et du Développement social, a  d’ores et déjà lancé  la polémique concernant l’absence de femmes ministres dans ce gouvernement.
 
Benkirane a dû s’allier avec des partis aguerris et sanctionnés par l’élécteur.
Par ailleurs, La présidence du parlement sera à l’Istiqlalien et l’ex-ministre du transport ,Mr Karim Ghallab, qui deviendra  ainsi la 3e personnalité du pays..
 
La Chambre des représentants compte 395 députés élus au suffrage universel direct, 305 étant issus des listes locales et 90 de la liste nationale (60 sièges pour les femmes et 30 pour les jeunes de moins de 40 ans).
       
En somme, ce que l’on peut retenir de l’année 2011, c’est qu’ en Tunisie et en Egypte, le peuple a chassé les dictateurs. En Lybie aussi, mais moyennant  un crime contre l’Humanité  perpétré soit par l’Otan soit par le Conseil National de Transition. En Grèce,  ce sont les marchés financiers qui ont chassé le Chef du gouvernement.

En Afrique du Nord,  Les urnes ont rendu leur verdict. L’islam politique  ou « la démocratie musulmane ?(1) »    prend ses quartiers. La large victoire  du Parti pour la Justice et le Développement (PJD) face à 35 partis le 25 novembre au Maroc, conjuguée à celle du mouvement Ennahda en Tunisie lors de l’élection de l’Assemblée constituante du 23 octobre dernier et de celle des Frères musulmans en Egypte, est venue confirmer la montée dans la région de partis ayant un référentiel musulman*.

Et pourtant l’islam n’a pas été au cœur des slogans révolutionnaires et de campagne.
Un succès fulgurant,  même s’il existe des spécificités inhérentes à chaque pays,  et qui  s’explique peut-être par d’une part :
la nature des régimes dans les 3 pays de la « Confrérie autocrate et laïque de Ben Ali, Moubarak et Kadhafi ». Pays où la révolution des trois peuples a renversé des autocrates imberbes ayant imposé une laïcité à la Nicolae Ceausescu.
 
Et d’autre part,  par ce qui est commun  à tous les pays d’Afrique du Nord :
– l’action sociale de ces partis musulmans en faveur de la population paupérisée.
–  dénonciation tour à tour de la corruption de la classe politique, de l’oisiveté des élites et des inégalités sociales. 

S’inscrivant dans le mouvement du printemps arabe, la consultation de l’électeur  marocain est intervenue juste après celle de Tunisie, et avant l’Egypte, deux pays où l’islam politique a le vent en poupe.

Le PJD est le mieux implanté sur le territoire national. Fort de 107 sièges, cette formation bénéficie d’une solide assise d’après les observateurs européens. Le PPS , Al Haraka et l’Istiqlal ont fait les frais de l’usure du pouvoir.  Monsieur Benkirane doit s’atteler à souder son équipe gouvernementale, car habituée au manque de solidarité entre membres du même gouvernement, où chacun décoche ses flèches contre l’autre. Al Haraka connaît une forte contestation et un malaise internes.
 
Pour les références idéologiques, elles  s’estompent facilement  en période de crise.
 
En Europe par contre, certains observateurs parlent  curieusement de début de la régression de la démocratie.  Exemple :
The Atlantic  du 2 décembre 2011 parle d’une «transformation de la démocratie européenne» …et s’interroge : peut- elle survivre à la crise financière et à la crise de la dette ?.

D’autres parlent de la montée de l’extrême droite. La profanation de tombes de soldats musulmans tombés pour la liberté de l’Europe…

Exemple : le cimetière de Carcassone et le cimetière communal de Montjoie-Saint-Martin à quelques kilomètres du cimetière américain de Saint-James dans le sud Manche. Ces soldats marocains avaient participé à la libération d’Avranches au sein de la 2e DB du général Leclerc…

En Russie, selon les observateurs électoraux de l’OSCE Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe  en décembre 2011(, les législatives russes remportées par le parti au pouvoir Russie Unie, ont été marquées par de « fréquentes violations » et de « bourrage des urnes..

En Hongrie, plusieurs députés de l’opposition dont l’ancien Premier ministre Ferenc Gyurcsany , se sont enchaînés en décembre dernier devant le parking du Parlement hongrois, en signe de protestation contre “le régime Orban .

En Bulgarie, les  tensions ethniques s’invitent dans la campagne électorale. Pour rappel,  les élections européennes de 2009 ont connu  seulement 43,1% de participation sur l’ensemble des 27 Etats membres de l’Union européenne . Voici une collection d’élus  atypiques  au Parlement européen, ayant aussi pris part au rejet de l’accord de pêche Maroc-UE :

L’Autrichien Hans-Peter Martin l’imprécateur. Il se dit  opposé au traité de Lisbonne et à l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne…
Le prêtre orthodoxe finlandais , le Père Mitro qui a gardé sa soutane au Parlement européen. Alfreds Rubiks ou le fantôme du passé ; il est le dernier dirigeant soviétique de la Lettonie .

Puis, on a Vadim Tudor le «poète» de Ceausescu . Admirateur inconditionnel du maréchal Antonescu (allié des nazis pendant la Seconde Guerre mondiale). Et la Hongroise Krisztina Morvai qui sait  asséner des propos orduriers contre  les musulmans (0,5% de la population), les Juifs,et les Roms . Elle les traite  d’ «ennemis de la Hongrie».  Vient ensuite  le Parti des pirates du Suédois  Christian Eng­ström, . 
 
Et pour conclure,les Marocains du monde sont  d’avis que le gouvernement  de M . Benkirane , dont les marges de manoeuvres sont étroites,  serait mieux inspiré de ne pas s’écarter de cette feuille de route modeste :

–         associer les MRE à leur propre dossier et à la politique menée dans le pays, et veiller à maintenir des transferts financiers déjà  en érosion, dans une Europe confrontée au problème de la dette souveraine
–         Mettre en  œuvre  les droits politiques que la nouvelle Constitution reconnait aux MRE (articles 16,17, 18 et 163)
–         dissoudre le Conseil de la Communauté marocaine à l’Etranger (CCME) et organiser de nouvelles élections
Regrouper le CCME et  le Ministère des MRE dans le même bâtiment, histoire d’économiser de l’argent public.
–         procéder à la réforme de  la Caisse de compensation,  en permettant aux Marocains d’acheter les produits énergétiques et de première nécessité à un prix raisonnable, sans plomber les finances de l’Etat marocain ?. Et réduire le train de vie de l’Etat.
–         Mettre en place la 9e chaîne pour les MRE (privé/public), afin de professionnaliser les émissions qui parlent des MRE, et faire cesser
ces aberrations, où apparemment des  individus  filment leurs cousines et amis à l’étranger et disent ensuite qu’il s’agit de TV MRE.
–         développer une vraie politique sociale, rurale et d’emploi des jeunes, surtout dans le secteur industrie verte
–         mettre fin définitivement au cachet apposé au  passeport des MRE par la police des frontières. Les aînés (nos chibanis) en sont les 1ères  victimes (Circulaire Guéant). Car, quand ils dépassent 3 mois au Maroc, les aéroports marocains leur refusent le voyage, et l’Europe leur retire les documents de séjour à cause de la date  d’entrée au Maroc indiquée sur le passeport. Evidemment, le Ministère de l’intérieur peut  toujours conserver dans ses fiches et fichiers les informations sur les passagers, sans mettre de cachet sur le passeport.
–         résoudre les   dysfonctionnements dans la gestion déléguée de l’eau et de  l’électricité au Maroc, et pour les eaux saturées en rouille à cause de la vétusté. Et généraliser les  branchements sociaux dans les campagnes ?
–         débattre la question du  financement  afin de  répondre aux besoins en eau et en électricité pour la population. Pourquoi 20 % de contribution soit 455€ par ménage en dehors des zones urbaines ? 
–         désamorcer  la bombe à retardement : le problème des terres communautaires  « aradi soulaliya »
–         instaurer une vraie démocratie et garder des liens forts avec l’UE et le monde
–         examiner les  perspectives de création d’une banque islamique au Maroc ainsi qu’une joint –venture et entreprise d’assurance du même genre , en s’inspirant de l’IBB (Islamic Bank of Britain ) qui existe depuis 2004.
 – instaurer une pénalité de 30% du salaire pour absentéisme au Parlement . Ce dernier coûte plus de 200 milliards de centimes par législature au contribuable marocain . Voire leur proposer de  renoncer à une partie de leur salaire, à l’instar d’Antonio Morino, le Premier ministre italien .
-annuler définitivement le projet de scission de la région de l’Oriental et réduire le nombre de régions au Maroc au nombre de huit pour éviter la faillite de  l’Etat marocain. Opter pour  une régionalisation pragmatique et pénaliser  le régionalisme (enfermement et communautarisme)   et consolider la cohésion sociale
– corriger la gaffe de l’ex- ministre du Transport Ghellab,  et ce en ouvrant l’aéroport de Bouarfa-Beni Guil et la ligne  internationale de chemin de fer Oran-Bouarfa.  L’aéroport en question  a été construit en 2005, et reçoit  des avions gros porteurs, mais pas ceux des MRE. Il n’a pas coûté un centime à la trésorerie marocaine, il a été financé par les Emirats Arabe Unis. Et la ligne de chemin de fer a été construite par la France durant les années 30. Et abandonner le projet du TGV pour le moment.

Enfin, nous espérons que M. Benkirane présentera un bilan tous les six mois, et que le nouveau ministre de la Justice mettra fin à la souffrance de familles brisées, et ce en libérant  Seddik Kabbouri et ses compagnons .

Repères
* Des termes à bannir : *Un christianniste, islamiste, laïciste, athéiste, démocratiste… les inventeurs de ces  termes en –istes et ismes véhiculent-ils une idéologie  du chaos et portent atteine à la  pensée politique au sens où l’entendent Voltaire, Khayyam, Ibn Rumi ou Machiavel .
 
Des extrémistes de tous bords ont mis en place des termes qui n’ont comme but que la diabolisation d’autrui et l’instauration d’un climat de haine et de rejet au sein du monde où nous vivons. En ajoutant le  suffixe -isme  à des mots correspondant à une doctrine, un dogme, une idéologie , une théorie, une option philosophique,  ou une religion , ils ont surtout visé créer un climat de confusion et de rejet. On a alors  islam- iste :terme très répandu, et pour cause la facilité avec laquelle ces think-tanks ont accès aux mass média. Ils ont  réussi à le banaliser et même l’introduire dans les pays musulmans .

Que veut dire ce terme : rien du tout, si ce n’est que l’islam et les musulmans sont des terroristes.
En arabe : la bonne traduction est Islamiyayi, terme dénué de tout sens.
D’où l’utilisation de « islami » , or islami veut dire : islamique.
Et c’est réservé au choses pas aux personnes. On dit  « mouslim » pour désigner une personne musulmane.
Et donc, des humains sont chosifiés, quand on les traite d’ « islamiyoune ». Et sans gêne, on continue à l’utilser.
Or, il serait plus facile d’utiliser des qualificatifs clairement identifiables, tels que : musulman ; démocrate, démocrate musulman, extrême droite, extrémiste, terroriste, groupe armé extrémiste etc…
Evidemment, dans une moindre mesure, d’autres extrémistes ont mis en place des termes, moins utilisés mais tout aussi détestables, tels que :
Christianniste ou christiannysme (avec y), va –t en comprendre !
c’est qui , c’est quoi ?  Comment ?
 
En tout cas : on traite l’Otan de groupe de christiannistes., ou encore de démocratistes, (qui défendent les droits humains chez eux et les bafouent ailleurs). On dit de la majorité PPE au Parlement européen de :’ majorité christianniste’. On  traite Karadic, responsables du génocide de Srebrenica  d’ « orthodoxistes, «  etc…Puis, les les Néo-nazis ont inventé le terme tout aussi dangereux et détestable : juifitiste, et judaïciste  ( en parlant de l’assassin de Itzhak Rabin  par exemple, etc…)
Bref, tous ces termes ambigus,  racistes et antisémites  ne veulent rien dire, et où le terme islam-isme (-iste) bat tous les records dans l’association d’une religion à la violence. Ils doivent cesser d’être utilisés dès cet instant. Ce sont des termes  pas du tout innocents.

Car, en fait quels –istes conviennent pour Pol Pot, Mussolini, Staline… ?
 
(1) En parallèle avec « la démocratie chrétienne » en Europe ?.

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