A la vie jusqu’à la mort….

On m’avait même enchainée les pieds. Les mains et les deux bodyguards ne suffisaient-ils donc pas ? Les chaînes me faisaient mal à la jambe gauche, j’avais déjà eu une blessure à ce pied et le poids de ces métaux n’aidaient pas. J’avais une allure de mort-vivante. Pourtant, mon sentiment de haine me confirmait que j’étais bien en vie. Cette haine qui nourrissait mon âme depuis déjà tant d’année. Elle était venue sans que je ne l’invite d’ailleurs. Elle était la conséquence d’évènements qui se sont succéder dans ma triste vie. Les menottes aux mains me dérangeaient aussi, j’avais toujours été faible des poignets. Il suffisait que l’on me fasse une petite pression dessus que je criais à l’agonie. Les deux hommes à mes côtés me semblaient plus morts que jamais. Etaient-ils donc conscient de ce qui allait se passer ? Je n’ai même pas essayé de communiquer avec eux, cela faisait longtemps que je ne parlais plus à ce genre d’individus. Nous n’avions pas le même langage.

Je voyais cette foule qui attendait avec impatience que mon visage fasse surface. Moi qui étais depuis tout ce temps inintéressante à leurs yeux, voilà que le jour de ma pendaison, ils s’intéressaient enfin à moi ! Devant cette plèbe se trouvait quelques imams et prêtres. Certains que je connaissais et d’autres qui étaient venus pour faire de moi leur exemple dans un de leur prêche de vieux prédicateurs à la noix. L’un des imams que je connaissais m’avait regardé avec pitié. Il peut se la garder sa pitié, qu’il aille se manger son Coran et ses livres de sa soit disant Sunna ! Je n’ai pas baissé mon regard en passant devant eux, mon orgueil était à son apogée qu’en plus de les fixer j’avais un sourire posé sur mes lèvres. Je me souviens alors d’une discussion que j’avais eue avec l’un d’entre eux, j’étais arrivée en furie dans sa bibliothèque…

  • « Vos livres ne m’ont servis qu’à croire en quelque chose qui n’existe pas ! Vos valeureux exemples n’existent que dans vos histoires, la réalité c’est celle que vous essayer d’ignorer dans vos sermons ! » lui avais-je dis en jetant parterre quelques uns de ces livres. Sans trop l’écouter je lui crachais ma haine, mes déceptions et mes croyances d’illusions que j’avais abandonnées en pleine route en les sortants radicalement de mon cœur.

  • « Tu t’es trompé d’approche ma chère … » me répondit-il calmement. Sans même le regarder, je sortais de sa bibliothèque et de sa mosquée remplie d’adeptes en paix. Je les enviais et en même temps je les détestais, comment se faisait-il que j’étais la seule à ressentir cette haine ? A ne pas accepter que d’autres puisse être en paix là où je n’avais plus que malheurs et misères ?

  • « D’où vient donc cette colère ? » me disait un ami comédien. Lui aussi m’avait cerné, je souhaitais tout lui dire du début jusqu’à la fin de ce qui depuis tant d’années m’avaient formé. En un instant tout avait défilé dans ma tête, mon regard rencontra le sien, j’avais la bouche ouverte et puis, je détournai mon regard et ferma à double tour mes lèvres.

  • « Tu es jaloux parce que tu es vieux et que moi je suis jeune ! », lui avais-je répondu avec un air moqueur. Mais au fond de moi, je savais pertinemment qu’il ne pouvait pas mon comprendre, que personne ne le pouvait. C’était une tache ancrée en moi que je ne pouvais pas retirer. Certains penseurs pensent que l’on peut se détacher de nos identités et de ce qui nous entoure. Je n’y crois pas du tout. On vit avec tout cela et les assumer c’est tout ce que nous offre la vie. Assumer des choses dont on n’est pas responsable, c’était ça grandir.

J’étai proche de la potence. Regardant autour de moi, voyant les uns que je pensais être de mes amis sourire à ma situation. Voyant ceux de passages qui me regardaient d’un air grave. Il y avait les miens aussi, que j’effleurais simplement du regard parce que je ne voulais pas penser à eux. Je regardais le ciel, je n’avais pas droit à la présence du soleil, ni du ciel, seuls les nuages attendaient patiemment à voir ici et là partout dans le monde que l’humain se réalise dans toute sa splendeur. Et ce fut l’un de ces splendides moments que tous ces gens attendaient. On allait me pendre, comme on a pendu d’autres avant moi.

-« Moi je suis pour la peine de mort, mais parfois je pense qu’ils le méritent ! », m’avais dit à l’oreille un vieillard sortis tout droit de sa Wallonie profonde. Il serait prêt à se sacrifier pour ses arbres que pour un étranger. Son chien avait beaucoup plus de valeur que tous les somaliens en famine.

Il y avait des stands d’informations sur ma personne, et pourquoi la justice avait décidé de m’enlever le droit à la vie. Pour moi, ce n’était pas une vie ce monde, c’était un jeu pour les débutants. Il y a ceux qui y sont accrocs, ceux qui s’y adonnent de temps en temps et enfin ; ceux qui détestaient la vie. D’où sortait cette haine ? Je n’en sais rien. Enfin c’est ce que je me disais, par peur de me remettre en question. J’avais déjà tout déconstruis en moi, il me restait que mon orgueil et mon arrogance. Devais-je donc les perdre également ? Pourquoi donc ?

J’allais mourir pour mes idées et c’était le plus important à mes yeux. J’étais bien consciente que l’idéologie n’était pas une personne, qu’elle ne m’a jamais serré dans ces bras ou parlé, elle ne m’avait pas non plus réconforté ces derniers temps. Mais je n’avais plus qu’elle, l’idéal de nos rêves qui ne se concrétisera jamais. Je pensais à Dieu, et je tenais à Le rencontrer. Je souhaitais réellement Lui parler et qu’enfin Il me réponde. Je L’aimais tellement et ça c’était de l’amour. N’avais-je donc pas que de la haine en moi ?

J’aimerais rencontrer tous ces personnages dont on a tellement écris à leur propos, leur expliquer que ce qui se passe sur terre, c’est de trop. Leur dire que je ne peux pas faire ce que vous êtes arriver à réaliser, que je ne suis qu’une jeune femme, faible et forte à la fois. Si je suis forte c’est parce que mon orgueil me motive, si je suis faible c’est parce qu’il y a un peu d’humilité en moi.

« SPLATCHHHHHHHHH », quelqu’un m’avait lancé une tomate pourrie. Le silence transperça toute la place. Et ma joue dégoulinait de tomate. Mes cheveux qui avaient été si longuement déconnecté du contact avec le ciel, avaient reçu également un peu de tomate. Ils me l’avaient ôté, ceux-là même qui s’amusent à juger sur les apparences. Ceux-là qui trouvent très normale de dire : « La femme en islam n’a pas le droit de porter des pantalons, car cela la ferait ressembler à un homme et c’est vouloir recopier le modèle Occidental ! »

Dites plutôt que les jambes et le derrière des femmes vous font tellement d’effets, que cacher tout cela sous un vêtement qui ressemble bien plus à une tente qu’à un tissu pour se couvrir le corps. Je ne les comprenais pas. Soit ils étaient trop rationnels soit ils avaient leur cervelle à la place des organes sexuels ! Je ne les comprenais pas et j’étais là encore déçu de ce que l’on m’avait ingurgité durant toutes ces années, ces femmes issues de l’entourage des prophètes qui ne se laissaient pas faire, ces hommes au cœur tendre qui s’intéressaient à la personne plutôt qu’à la forme. J’étais coupé de ce monde et j’avais créé le mien.

Tous les soirs en m’endormant j’allais les retrouver dans mon imaginaire jusqu’à ce que je ne rêve plus. Il n’y avait plus rien pour moi. Des yeux grands ouverts avec un vide à l’intérieur. Il y avait ma haine, qui ne me quittait pas. Que s’était-il donc passé ? J’étais trop compliqué pour essayer de m’éclairer. Et en parler à quelqu’un était trop pénible, « ils ne me comprendront pas » ne cessais-je de me dire.

Au moment où le nœud coulant frotta mon coup, je ne ressentais plus ni haine ni orgueil. Je tremblais de peur de ce qui allait m’arriver. J’avais la conviction que je verrais mon Dieu, mais ai-je réellement fais ce qu’il fallait sur cette terre ? N’avais-je réellement eu aucun signe de Sa part ? Ou m’étais-je contenter de voir ce que je souhaiter regarder ? Je repensais à tous ces gens que j’avais connus, qui m’avaient apprécié alors que je demandais d’eux qu’ils m’aiment. J’avais peur et ils pouvaient me pousser à tout moment.

J’entendis les cris d’enfants, dans la foule trois individus criaient afin d’arrêter ce qui allait d’une minute se passer. C’était mes deux nièces et neveu. Je les avais oubliés. Un sentiment qui était enfouis dans mon passé heureux resurgissait à nouveau. Ils avaient un regard d’espoir en moi, ils me voyaient tel un modèle à suivre, et je me sentais tellement honteuse d’être au-dessus de cette chaise, prête à les laisser tomber sur cette terre. Leurs regards étaient innocents, vierge de tous ce qui m’avait désenchanté. Je quittai ma chaise et mes bourreaux pour les prendre dans mes bras. J’avais retrouvé l’amour en moi.

I.B

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