Le Maghreb et les pays sahélo-sahariens « le cen-sad »

« Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font du mal, mais par ceux qui regardent et refusent d’agir », Albert EINSTEIN.

Autant la période qui allait des années 20 aux indépendances était pour les nationalistes maghrébins profondément imprégnée d’une solidarité et d’une culture « régionale » commune, autant l’histoire postcoloniale du Maghreb sera par la suite celle de la fragmentation de cette culture et de la destruction de l’espoir qui la portait.

Les élites dirigeantes maghrébines postcoloniales qui ont mené jusqu’à son terme ce travail de sape et de démantèlement de projets d’intégration socio-économique, politique, culturelle maghrébine qui réunissaient toutes les conditions de «faisabilité» ne partagent-elles avec l’ancienne puissance coloniale, l’entière responsabilité de cet échec ? Hegel avait écrit quelque part : « tu ne peux pas être au dessus de ton temps, tu seras au mieux de ton temps ». Les élites maghrébines n’ont-elles pas présenté dans ce domaine « le pire », en étant en de ça de leur temps.

Le conflit algéro-marocain

Le caractère de développement de plus en plus large des événements politiques au Maghreb (Tunisie et Libye) et au Sahel vont-ils imposer enfin à tous les acteurs de cette région, de quelque tendance que ce soit, une adaptation et une évolution suivies de nouvelles approches à l’égard des conflits que les pays du Maghreb et du Sahel connaissent.

Ainsi, nous invitons ces pays à se positionner au premier rang des évolutions des événements, à s’orienter au changement, à proposer des idées, à anticiper les tendances en cours afin d’élaborer des nouveaux « produits » pour les problèmes auxquels ils sont confrontés, notamment pour les deux thèses présentes en ce moment par rapport au problème de soi-disant Sahara «occidental » qui avait été crée de toutes pièces au sud-ouest du Maghreb : l’autodétermination ou l’autonomie ?

L’autodétermination

La première thèse qui est en faveur de l’autodétermination risquera d’aboutir à une atomisation à l’infini de tout le Maghreb qui forme un puzzle composé de nombreuses minorités (kabyles, touaregs, sahraouis, et autres ethnies…), faisant le jeu du grand capital. Ainsi, aucune de ces ethnies qui ne peut se suffire à elle-même, devient une particule du marché mondial dépendant des meneurs de jeu, seuls bénéficiaires de ce morcellement et de cette désintégration des grands ensembles. Les mouvements insurrectionnels actuels des touaregs (AZWAD) au sud de l’Algérie et au nord du Mali où l’or noir abonde, expliquent bien cela.

Nous avons là une illustration de la politique de désarticulation, de division des problèmes et des solutions du Sahara qui couvre les pays du Maghreb et du sahel. Cette politique fait courir de grands risques à ces derniers et à tout l’espace méditerranéen ; d’autant plus qu’une grande partie des richesses minières et stratégiques de l’espace du Maghreb et du Sahel se trouvent dans le vaste désert annexé de facto à l’Algérie naguère française, légataire privilégié, mais en même temps fragile, du colonialisme français. Donc, gare à la scène de l’« arroseur arrosé ».

Dans ce contexte géopolitique et stratégique complexe plus que délicat, il n’est pas de doute de considérer que des deux conflits, d’abord algéro-maroco-sahélien à l’Ouest, ensuite israélo-palestinien à l’Est du bassin méditerranéen, dépendra le sort du monde entier. Ce n’est pas la première fois d’ailleurs que les intérêts de l’Occident en général et de l’Europe en particulier dans la méditerranée sont agités dans les pays arabo-sahéliens. Cette région où les matières premières stratégiques abondent, met en communication trois continents et trois mers. C’est pour cela qu’elle a été à des époques différentes, la scène où se sont déroulés des événements politiques et religieux qui ont renversé le cours de destinées de l’univers.

L’autonomie

La deuxième thèse correspond à l’autonomie. En tenant compte de l’état politique actuel du Maghreb et des pays du Sahel, cette thèse paraît la plus acceptable et la plus équitable pour toutes les parties concernées par ce conflit. Le bassin méditerranéen dont la pierre angulaire est le Maghreb, n’a pas seulement une bordure européenne économiquement développée au nord et une bordure africaine en voie de développement au sud, il en a également une troisième à l’Est qui est celle du Moyen orient  où les problèmes géopolitiques sont extrêmement graves et conflictuels.

C’est pourquoi, nous estimons indispensable pour les élites maghrébines et sahéliennes de bonne intention ; intellectuels, artistes, mass média, industriels, sociétés civiles, associationnistes et autres, de prendre part à ces évolutions en décidant de se mobiliser et d’être présents à tous les niveaux des réseaux d’information et de décisions pour métamorphoser le sens stratégique de la toile des politiques actuelles de leurs pays respectifs pour aboutir à une communauté géographique saharienne pacifique, stable, faisant l’objet de zone de paix et de pont de liaison entre le Maghreb et les pays subsahariens.

Toutefois, toute cette zone qui ressemble à un « sandwich » (entre le Maghreb au nord et les pays du sahel au sud, il y a un immense espace saharien qui est extrêmement riche en matières premières stratégiques) est soumise, d’une part aux appétits des « prédateurs » du grand capital , et d’autre part aux pressions démographiques où les jeunes qui constituent l’écrasante majorité de la population (45% d’africains ont moins de 15ans), forment la catégorie la plus exposée au chômage, au mal-être et surtout à la drogue, au terrorisme et à la tentation de l’émigration.

Il convient de rappeler par ailleurs que sans un Maghreb et un Sahel économiquement intégrés et forts, l’Europe ne connaitra jamais de quiétude et l’Afrique ne pourra jamais occuper la place qui lui échoit sur la scène internationale telle qu’elle avait été rêvée et voulue par Mohamed V, Gamal ABDEL NASSER, Ahmed SEKOU TOURE, Kwamé N’KRUMAH, Patrice LUMUMBA, Modibo KEITA, Hamani DIORI, Cheikh ANTA DIOP, Amadou Hampâté Bâ, ensuite Ahmed BEN BELLA et j’en passe et des meilleurs.

CHATAR Saïd

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