LE METIER DU DIPLOMATE

 

Chatar Said
Chatar Said

Le métier du diplomate excite la curiosité et suscite souvent des préjugés, voire des fantasmes. Les clichés caricaturaux au sujet de l’ambassadeur menant grand train de vie dans de somptueuses résidences illustrent parfaitement ces poncifs. Ainsi, la «carrière» diplomatique reste toujours distinguée par ses spécificités, son code social et un fort attachement à l’esprit de corps.

Pour certains, en raison du développement des moyens de communication modernes et des relations directes existant entre les chefs d’Etat et les ministres de tous les pays du monde, le diplomate est tenu en marge des décisions importantes. Pour d’autres, ce métier est réduit à une forme d’oisiveté élégante ou à une fonction d’agent secret.

Toutefois, au-delà de ces stéréotypes, un ambassadeur dont le métier est de représenter son pays dans un pays étranger est invité à participer à des activités publiques et sociales où il est mis en contact avec des notabilités du pays d’accueil. Il devra se construire un réseau de relations et sera jugé en fonction du crédit politique dont il bénéficiera au sein des autorités de l’Etat d’accueil. Représenter son pays n’est donc nullement et aucunement de la figuration : c’est une démarche active, astreignante, qui interdit de commettre des maladresses et demande beaucoup de tact, de doigté et d’effort pour gagner la confiance de ses interlocuteurs.

Depuis la fin des confrontations classiques entre les deux camps, Est-Ouest, le diplomate qui n’exerce plus un rôle confiné par les contraintes de la Guerre froide, est appelé à déployer désormais son action dans un espace multipolaire et développer une véritable empathie pour les autres cultures.

Le diplomate informe mais interprète aussi les signaux qu’il perçoit dans son environnement en vue d’aider les gouvernements à régler les problèmes avec habileté et délicatesse et à adopter la meilleure posture face aux tensions d’un monde multipolaire. La communication diplomatique comporte toute une série de gestes, de messages et de déclarations qui expriment une intention. La diplomatie du ping-pong fut un signal diplomatique indiquant que les Etats-Unis et la Chine étaient prêts à l’apaisement, prélude à une reconnaissance diplomatique. Il faut savoir interpréter les signaux qui peuvent conduire à des malentendus s’ils sont mal compris. Un silence peut être un signal en soi, mais signifie-t-il accord ou refus ? Ainsi, par exemple, l’ambassadeur des Etats-Unis à Bagdad, en 1990, ne mit pas en garde Saddam Hussein au moment où ce dernier préparait l’occupation du Koweït, ce qui fut interprété par le Président iraquien comme une forme d’indifférence, voire d’acceptation de ses projets d’offensive contre son voisin.

Le diplomate doit d’abord comprendre ce que les autres pensent et être capable d’évaluer leurs forces et leurs faiblesses. Cela paraît assez élémentaire au premier abord, mais les crises qui éclatent bien souvent sont dues à la sous-estimation ou à l’incompréhension de ce que pense ou ressent «l’autre» qui est le principal objet d’attention du diplomate. Que cet «autre» soit un adversaire stratégique, un partenaire commercial, un allié idéologique, le diplomate est d’abord celui qui traite avec «l’autre». On peut être en désaccord avec «l’autre», mais cela ne doit pas conduire à le condamner ou à le mépriser et à l’ignorer. La négociation diplomatique qui est un exercice de longue haleine a souvent été considérée comme l’art de la ruse et de la dissimulation. Pour Machiavel, la diplomatie doit faire appel à la ruse pour convaincre. De la même manière, Il n’est pas opportun de dévoiler toutes ses cartes dès le début de la négociation.

Le diplomate doit rester discret en attendant le moment crucial avant de dévoiler sa position. Pour influencer les tiers, le diplomate peut recourir à toute une série de «manœuvres» : alliances tactiques de circonstances, manœuvres dilatoires, multiplication des exigences. Toutefois, si la ruse peut être un moyen, elle n’est jamais une fin : une diplomatie fiable est, à long terme, préférable aux subtilités florentines, où tous les coups sont permis. Les intérêts sont tellement imbriqués les uns dans les autres qu’il n’est pas permis d’appliquer le jusqu’auboutisme et d’imposer son point de vue par la force : on ne gagne pas en humiliant la partie adverse. Le diplomate peut être habile mais son point de vue ne prévaudra que s’il est solidement étayé et argumenté.

 

CHATAR Saïd

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