Approche diplomatique multisectorielle et diplomatie moderne

Chatar Said
Chatar Said

La diplomatie «transformationnelle»

Notre idée de la diplomatie transformationnelle est de mettre les diplomates accrédités dans les pays considérés comme réticents à l’égard de la thèse favorable à l’autonomie de la région du sud du Maroc, sur le terrain afin qu’ils puissent défendre plus efficacement celle-ci et fassent mieux connaître les projets de régionalisation, de décentralisation, de développement socio-économique et de (r)établissement de l’État de droit qui seraient engagés au Maroc et qui correspondraient au contexte politique international actuel et qui seraient en phase avec un monde de plus en plus complexifié, mondialisé et multipolaire.

La diplomatie transformationnelle considère, dès lors, que le diplomate, à côté de ses tâches traditionnelles d’analyse politique et économique et de protection des intérêts de ses concitoyens, doit non seulement s’adapter à son environnement, mais aussi travailler à changer celui-ci pour qu’ils puissent atteindre son objectif. Il doit penser en termes passifs – réaction à l’environnement – et en termes actifs – actions sur l’environnement. Les deux attitudes sont nécessaires : réaction à l’environnement, c’est-à-dire adaptation à celui-ci et action sur l’environnement, c’est-à-dire changement de celui-ci ; et si le diplomate oublie l’une des deux attitudes, il atteindra difficilement son objectif. Ainsi, il doit participer à des manifestations en rapport avec des programmes de développement socio-économiques et d’éducation dans le pays où il se trouve. Cela signifie, par exemple, que le diplomate quitte le confort de son ambassade pour aller travailler dans les grandes villes du pays, sans personnel local ni responsabilité consulaire et devenir ainsi un élément du tissu social local. Les journaux l’appellent et les gens demandent son avis sur beaucoup de choses. La fiabilité et la crédibilité du diplomate qui est mêlé à toutes ces questions vont dépendre de sa façon d’agir en deçà et au-delà des murs de l’ambassade.

Toutefois, le diplomate agissant sur le terrain ne risque-t-il pas d’être accusé d’ingérence dans les affaires intérieures du pays où il est accrédité ? Aussi, la «diplomatie transformationnelle» lui donne-t-elle plusieurs possibilités d’agir : la diplomatie parallèle, la diplomatie publique, les contacts avec les minorités nationales ou encore avec les décideurs économiques…

La diplomatie économique

A côté de ses responsabilités d’information et d’analyse, l’ambassadeur est aussi régulièrement appelé à soutenir les entreprises. Il s’agit de la diplomatie économique, qui consiste à accompagner les efforts de pénétration économique des entreprises sur un marché déterminé, notamment en les mettant en rapport avec des décideurs économiques et en organisant des actions de relations publiques afin de valoriser le savoir-faire économique et technique d’un pays.

La diplomatie économique est aussi au service de l’attraction des investissements. Dans les pays en développement, le diplomate peut être appelé à donner son avis sur la solvabilité par rapport à la dette extérieure ou encore sur les perspectives de croissance. Enfin, la diplomatie économique vise à lever certaines restrictions aux importations que l’un ou l’autre État impose dans le cadre d’une «guerre commerciale» ou de mesures de protection sanitaire (comme par exemple dans le cas de la grippe aviaire ou de la dioxine). Cela nécessite de nombreuses démarches, un grand effort d’explication, mais le résultat, parce qu’il est tangible, offre des satisfactions plus immédiates qu’une longue négociation politique. Le diplomate se mue ainsi en consultant au service de l’industrie de son pays.

Les risques du métier de diplomate

On a beaucoup daubé sur la soi-disant duplicité du diplomate. La Bruyère compare le diplomate à un caméléon : « toutes ses vues, (…) tous les raffinements de sa politique tendent à une seule fin, qui est de n’être point trompé, et de tromper les autres ». C’est pourtant vouloir lui faire un mauvais procès : le diplomate qui ment arrive rarement à ses fins. La sincérité est une qualité appréciée chez le diplomate, de même qu’une réelle capacité d’écoute ; ainsi, un diplomate doit utiliser ses oreilles et non sa bouche. La maîtrise de soi, dans les situations difficiles, est une qualité qui se confirme par exemple lorsqu’un diplomate organise le rapatriement de ses compatriotes dans un pays en proie à un conflit armé ou encore lorsqu’une ambassade doit subir des critiques pour telle position adoptée par son gouvernement. Enfin, la modestie est – quoi qu’on en pense – une qualité importante pour un diplomate, car son contraire – la vanité – est la mère de toutes les indiscrétions.

Bien que l’auteur de ces lignes ne s’attache pas aux actions et aux initiatives de l’actuel ambassadeur du royaume du Maroc en Belgique sur lequel on n’arrête pas de dauber, il trouve que celui-ci ne manque pas d’audace devant les difficultés et les dangers pour sa carrière diplomatique, de prendre parfois les risques de changer la manière de travailler en diplomatie en vue de la moderniser (c’est un point de vue strictement personnel).

Si l’on veut résumer les qualités du diplomate d’aujourd’hui, on perçoit bien les différences avec le passé. Loin des manœuvres de couloir, il est amené à déployer ses activités dans un large champ d’actions, qui va de la politique commerciale à l’action culturelle, en passant par les questions militaires et celles de développement. Il ne prétend pas en être un expert, mais plutôt quelqu’un qui est capable d’en faire une synthèse destinée à nourrir une action.

Même s’il lui arrive de négocier en secret, le diplomate doit savoir communiquer aussi bien avec les partenaires qu’avec le grand public. Pour mener à bien son métier, le diplomate doit distinguer l’essentiel de l’accessoire, préférer l’échange et le dialogue à la force, l’intelligence à la passion, les projets à long terme aux «coups». Il y a des constantes dans ce métier : intérêt pour les relations entre les États et entre les nations, attirance pour les autres cultures, sens du service de l’État. En dépit des agitations internationales actuelles, l’ambassade doit toujours rester ce lieu d’accueil où l’on s’efforcera d’apporter l’assistance (consulaire, économique, culturelle) qu’on est en droit d’attendre d’un service public incarnant la représentation d’un État auprès d’un autre État.

CHATAR Saïd

 

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