L’AVENIR DE L’AUTORITE

Chatar Said
Chatar Said

L’ «esclave» de la période d’antithèse devient «l’homme libéré» en période de synthèse (dialectique hégélienne).

L’autorité n’est-elle pas la résultante d’un statu quo ou d’un état d’équilibre entre le devoir et le droit dans une société ? La crise de l’autorité qui est profonde partout, n’est-elle pas due à la rupture de cet état d’équilibre ? Elle affecte la plupart des institutions : la famille, l’école, l’université, l’hôpital, la justice, le travail, la politique, la vie locale. L’on voit des parents désemparés, des enseignants perplexes, des policiers démotivés, des chefs aux abonnés absents, des responsables politiques déstabilisés, des groupes en panne de leadership.
L’exercice de l’autorité s’est aujourd’hui complexifié au point que, dans nombre d’institutions, il devient difficile de trouver des candidats à la fois compétents et motivés pour les postes à responsabilité.
 
Face à cette crise, la société peut-elle vraiment se passer de l’autorité ? La fin de l’autorité est-elle envisageable ? Quelles seraient les conséquences ? Aussi nous interrogeons-nous sur la possibilité de l’émergence d’un nouveau modèle d’autorité mieux adapté aux sociétés en pleine transition susceptible de dépasser le malaise actuel.
 
Ne peut-on pas comparer la société à une machine et l’État qui la commande à un mécanicien ? En dirigeant sa machine de l’extérieur, le mécanicien n’a-t-il pas l’impression de lui être uni et d’être responsable du travail qu’elle opère.
Dans une civilisation d’outillage simple, l’autorité sociale est celle des petits groupes, car l’autorité centrale n’existe pas ou est très faible. Cette autorité mineure vit dans la communauté et elle s’identifie à elle en participant à la vie du groupe : ainsi, le directeur d’une école, le président d’une commune rurale ou d’une entreprise…
 
Dans un régime déjà centralisé, le pouvoir central « sort » en partie de la communauté. Quand Louis XIV disait : « l’Etat, c’est moi », il prétendait caractériser l’étendue de son pouvoir sur la France, non son appartenance à la France. Et, lorsque les rois et la noblesse de la France féodale allèrent à leur perte, ils tombèrent comme fruits mûrs.
 
Par ailleurs, le régime capitaliste a engendré dans des États libéraux, des milliers de petits dictateurs maîtres de leurs affaires et n’obéissant à personne. Puis les régimes soi-disant socialistes les ont remplacés par des milliers de fonctionnaires obéissant à des Etats autoritaires et bureaucratiquement lourds.
 
De même, les grands chefs modernes agissent par l’organe de quelques postes de haute influence : la presse, la T.V, et autres moyens de communication modernes, la police, les partis, l’administration, les syndicats, et surtout les puissances financières. De la même façon, le mécanicien règle la machine par quelques mouvements simples sur des organes précis : un levier, un volant, un accélérateur…
 
Toutefois, dans la société comme dans la machine, l’autorité est séparée de la masse obéissante, d’où les immenses efforts des dirigeants pour se faire connaitre de leurs sujets et se faire obéir aussi par ceux-ci : par l’éducation des enfants, par les manifestations, par la presse, la radio et la T.V. D’où dans la même logique aussi, le peu d’effort des P.D.G de grandes usines pour être connus des travailleurs et leur ignorance pratique des conditions réelles de la vie des travailleurs. Nous avons dit, dans la même logique, car, dans ce domaine comme dans la machine, règne l’efficacité et l’efficience : le pouvoir des dictateurs est aléatoire, celui des patrons est relativement plus assuré. Si de brèves apparitions suffisent, ils apparaissent brièvement ; si le mystère est efficace, ils restent mystérieux. De toute façon, pourquoi vivre avec les sujets, pourvu qu’ils obéissent ; le mécanicien vit-il avec sa machine ?
 
Si nous regardons de plus près cette obéissance bon gré mal gré des masses à l’heure actuelle, nous constatons qu’elle est très différente de celle des soldats à leur chef, des élèves à leurs instituteurs, des instituteurs à leur directeur, des salariés à leur patron, des croyants monothéistes au rabbin, au curé ou à l’imam…
 
Si les citoyens d’une nation tuent les citoyens d’une autre nation pendant la guerre, si les insurrections populaires dégénèrent rarement en révolutions, si l’homme le plus indépendant s’insurgent peu ou pas contre la bureaucratie, l’oppression, c’est que les masses populaires se résignent plus qu’ils n’obéissent. Cette résignation est due à l’ignorance des secrets et des méthodes de l’autorité, d’accoutumance au mal social, d’inertie devant la grande machine sociologique. Ignorance, accoutumance, inertie : attributs des rouages de la machine.

CHATAR Saïd

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