Le lobbying est-il une pratique normale ?

Préambule

Je vais commencer cet article en mettant sous les yeux du lecteur de « D.N » les dix commandements pour tuer une organisation, qui sont :

  1. Ne venez pas aux réunions
  2. Si vous y venez, arrivez toujours en retard
  3. Critiquez toujours le travail des dirigeants
  4. N’acceptez aucune responsabilité
  5. Ne faites jamais aucune suggestion
  6. Après une réunion, expliquez comment les choses auraient dû se faire
  7. Faites-en le moins possible et lorsque quelque chose se fait, dites que l’association ou l’organisation est aux mains d’une « clique »
  8. Payez votre cotisation le plus tard possible
  9. N’amenez jamais aucun adhérent nouveau
  10. Ne proposez jamais un article de vous

Chatar SaidAussi avais-je signalé dans mon article intitulé « Bruxelles et la diaspora maghrébine » que les associations formées par la communauté d’origine marocaine en Belgique restent faibles du fait de leurs difficultés internes et externes. Nous pensons que les dix commandements que nous venons de mentionner ci-dessus font partie des difficultés internes. La complexité institutionnelle de l’Etat fédéral belge qui est composé d’une multiplicité de centres de décision, ainsi que les nombreuses fondations et organisations créées par le gouvernement marocain à l’intention de la diaspora marocaine dans le monde en représentent les causes externes. Nous conviendrons donc que les autorités marocaines ont leur part de responsabilité à ce fiasco ; d’autant plus que ces fondations et ces organisations qui s’imitent et s’emboîtent le pas se sont révélées inutilement budgétivores.

Les associations de la diaspora marocaine à l’étranger butent contre ces causes internes et externes qui les empêchent de coordonner leurs efforts pour créer des lobbyings destinés à faire de la diplomatie « publique-parallèle » au profit du Maroc.

Aussi la diaspora marocaine de Belgique qui dispose de ressources humaines compétentes pratiquement dans tous les domaines devrait-elle s’organiser et se doter de puissants lobbyings qui consisteraient en des approches coordonnées, intégrées et multisectorielles en vue de remplir leur mission d’insertion de la diaspora marocaine de Belgique dans la société belge, de défendre efficacement le dossier de la cause nationale marocaine devant les microcosmes politiques belges et les instances européennes et internationales, de structurer avec la société civile du pays d’accueil et celle du Maroc, des rencontres et des dialogues sous forme de projets à réaliser à court, moyen et long terme, et de convaincre les chefs de P.M.E et de P.M.I belges et européens de venir investir au Maroc.

Les bases existent. Bruxelles fournit dans les limites légales, un large champ de liberté d’action ouvert et dynamique aux forces vives de la diaspora marocaine de Belgique ; et c’est aux premières de contribuer à l’enrichissement culturel et cultuel de la seconde pour qu’elle puisse jouer un rôle constructif entre le Maroc d’une part, l’U.E et la Belgique de l’autre.

Par ailleurs, il convient d’avoir toujours à l’esprit que Bruxelles, où vivent plus de 80 nationalités différentes, est devenue un centre stratégique incontournable pour la diplomatie, les lobbysmes internationaux, ainsi que pour les «intelligences » du monde entier qui construisent les stratégies d’intérêts et anticipent sur les évènements internationaux.

Dans la suite de ces lignes, le lecteur va trouver un résumé relatif à notre point de vue sur le lobbying.

Le lobbying est-il une pratique normale ?

Les élus et les fonctionnaires sont respectivement mandatés directement et indirectement par les citoyens pour décider et pour administrer les pays. Des groupes représentant des intérêts particuliers exercent depuis toujours et à tous les niveaux des pressions sur ces responsables pour influencer leur liberté de jugement et de décision au profit de ceux qui les rétribuent.

Des groupes puissants qui considèrent qu’ils doivent avoir une action sur les élus et les fonctionnaires, s’installent à proximité des assemblées et des services, pour faire prévaloir leurs intérêts, avec l’aide de juristes, de conseillers fiscaux et de spécialistes en tout genre. Ils disposent pour ce faire de gros budgets, souvent occultes. Cette collusion avec les hommes publics est devenue, souvent en dehors de toute transparence, une forme de complicité tolérée et une grave atteinte à la démocratie.

Cette pratique de rétribution occulte laisse dans l’ombre les budgets que les entreprises et les coalitions d’intérêts engagent dans le lobbying et le trafic d’influence. Qui sait par exemple, dans les assemblées locales, nationales, européennes ou internationales, la proportion des décisions prises sous influence ? C’est dans ces réseaux d’influence, dans ces clubs de rencontre que se préparent les grandes décisions relatives aux événements internationaux (socio-économiques, politiques…). Combien de décisions politiques curieuses s’avèrent à l’examen privilégier tel industriel dont le produit devient, sans nécessité claire, la norme qui s’imposera, et surtout qui imposera sa domination sur le marché.

Sans une régulation rigoureuse des interventions dans les institutions locales, régionales et internationales où l’opacité est aveuglante, le lobbying devient alors une pratique subversive et antidémocratique.

Le lobbying qui dissimule ses relations, sape la confiance et le moral des citoyens. Si un scandale éclate, le fait accompli empêche souvent de corriger les décisions préjudiciables. Le scandale accroît la méfiance et les réticences envers les institutions et envers les hommes.

Aussi le lobbying devrait-il être contrôlé par un organisme indépendant. Il y a, en politique, l’équivalent du « délit d’initié ». Puisqu’il existe des commissaires aux comptes, pourquoi n’existerait-il pas des commissaires aux relations d’influence ? Ainsi, toute organisation, groupe d’intérêt, fonctionnaire, homme politique impliqué dans un processus de décision publique devrait tenir un registre mentionnant tous les contacts qu’il a eus avec des représentants d’intérêts particuliers ou catégoriels, des dons, des cadeaux, et autres avantages qui lui auraient été proposés (acceptés ou refusés). Ce registre doit être à la disposition de l’organisme de contrôle.

Ces mesures ne feraient pas disparaître ces trafics d’influence d’un coup de baguette magique ; mais au moins constitueraient-ils pour chacun, des points de repère par rapport à ce qui est légal et à ce qui ne l’est pas.

CHATAR Saïd

 

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