Le prix Nobel décerné à l’Union européenne, est-ce pour faire la guerre en Afrique en 2013?

Par BELHALOUMI Abderhani (Bruxelles)

Belhaloumi Abdelrhani
Belhaloumi Abdelrhani
Même le Président français a fait le déplacement à Oslo, le 10 de ce mois, pour assister à la remise du prix Nobel de la Paix à l’Union européenne. Le même jour, la France promettait de soutenir la guerre au Mali. Et pourtant, cette Union européenne est meurtrie par une crise économique sans précédent. 

L’intervention au Mali n’est qu’un prétexte pour aller sécuriser les mines d’uranium au Niger qu’une société française exploite depuis 1970, et notamment le site d’Imouraren considéré comme étant la deuxième mine mondiale. Et l’exploitation de ces ressources ne représente que 5% des recettes du budget nigérien. L’arrivée au Niger de l’électricien nucléaire chinois du Guangdong, CGNPC est une preuve de l’importance stratégique de ce pays et du Mali.

L’intervention militaire au Mali, c’est aussi s’emparer du troisième pays producteur d’or du continent africain, après l’Afrique du Sud et le Ghana. Le Mali est fier d’avoir la première mine d’or industrielle à capitaux essentiellement nationaux[]. C’est La société d’exploitation de ressources minières de Kodiéran, propriété de Wassoul’or, dans la localité de Faboula (Région de Sikasso).

Mais alors, qui va payer le prix humain dans ce conflit?
D’abord, les 15 pays de la Cédéao*  bien sûr: le Mali, le Niger, le Bénin, le Burkina Faso, le Cap Vert, Guinée-Bissau, le Ghana, la Côte d’Ivoire, la Gambie, le Liberia, le Nigeria, le Togo, la Sierra Leone, le Sénégal et la Guinée (Conakry) qui partage 858 km de frontière avec le Mali et connaît actuellement des tenions ethniques entre Kissis et Malinkés manipulées à des fins politiques. La Guinée, ou le ‘château d’eau’ de l’Afrique de l’Ouest est un pays important pour Le Mali et tous les pays de la Cédéao. Et la stabilité dans ce pays permet aux autres de s’approvisionner en eau.

De nombreux fleuves, tels le Niger, le Sénégal, la Gambie, ainsi que leurs principaux affluents (Tinkisso, Milo, Niandan, Falémé, Konkouré, Mano) trouvent leur source en Guinée. Ces cours d’eau , source de vie pour la Cédéao, partent des massifs guinéens et se dirigent au début de leur parcours vers le nord ou vers l’est. Puis on a la Mauritanie. Elle a quitté la CEDEAO en 2000 et ne participera pas à la guerre.

Il y’a aussi l’Algérie. Reste à savoir le rôle qu’elle va jouer et, si entre elle et Paris, il y’a un vrai désaccord ou juste un désaccord de façade.

La France a-t-elle réussi à imposer l’option militaire à Alger, à 7 jours de la visite du Président français à ce pays ?. Car, l’Algérie a servi de médiateur entre le Mali et les Touregs depuis 1992. L’Algérie prône, ne fût-ce que théoriquement, la non immixtion dans les affaires intérieures des États, le rejet de la violence comme moyen de dénouement des conflits, notamment internes et intangibilité des frontières héritées de la période coloniale. L’Algérie a une aversion pour l’Otan et pour les interventions militaires occidentales. Elle n’était pas favorable à l’intervention de l’Otan en Lybie par exemple, car ça lui rappelait le soutien apporté par l’Otan à la France lors de la guerre de libération en Algérie. Il est vrai que le peuple algérien est pour le principe de non-ingérence, y compris dans le Sahara marocain et le Mali.

Quant à la France, elle veut une guerre zéro mort (comme les Usa d’ailleurs), et soi-disant pour ne pas donner l’impression aux Africains de retourner à une période néo-coloniale. C’est pourquoi, l’Union européenne, prix Nobel de la paix, ferait mieux contribuer à promouvoir la paix, la réconciliation, la démocratie et les droits de l’homme en Afrique.
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*La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO créée le 28 mai 1975. Son but principal est de promouvoir la coopération et l’intégration avec pour objectif de créer une union économique et monétaire ouest-africaine)

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