Jamais deux sans trois.

Mokhtar-Chaoui
Mokhtar Chaoui

Un ami de facebook, conseiller usfpeiste régional, avait posté sur son mur, le 6 décembre, un texte dans lequel il tire la sonnette d’alarme en évoquant la course à la présidence de l’USFP et du 9ème congrès qui a occulté le vrai débat sur l’avenir du parti : son identité, la problématique de son organigramme «ATTANDIME », la régionalisation avancée ou régionalisation politique (partis régionaux, gouvernement régional, institutions régionales, économie régionale…), relation région-centre (AL MARKAZ), l’ unification de la gauche (unique issue pour le retour du parti au leadership politique national), etc.

En réaction à son texte, j’avais commenté : « C’est Lachguar qui sera S.G de l’USFP. Comme ça, on aura trois guignols populistes à la tête des trois grands partis du Maroc. Bonjour la rigolade….. On va bien s’amuser. »

Je ne savais pas, à ma grande désolation, que j’étais à ce point près de la vérité. Mais des signes avant-coureurs, flagrants, téléphonés comme on dit dans le jargon footballistique, m’ont poussé à déduire que Lachguar sera bel et bien porté à la tête de l’UFSP. Je dis bien porté, ou plus exactement placé, par ceux qui possèdent le Maroc et qui déplacent les pions, et surtout les fous parmi les pièces, sur l’échiquier.

Depuis le déclenchement du printemps arabe auquel le Maroc n’a pas échappé, au grand dam de ceux qui disent le contraire, le régime a été interpellé par le peuple. Jamais la monarchie Marocaine, les prérogatifs du roi, le budget du palais, n’ont été à ce point questionnés et mis en cause. La nécessité de réagir, de s’ouvrir, de se moderniser, du moins en apparence, devenait une urgence. C’est ce que la monarchie a bien compris en proposant  une nouvelle constitution qui a calmé, momentanément, les esprits

Face à cette montée des revendications démocratiques, légitimes de surcroît, et au risque d’explosion, la probabilité de voir certains partis politiques exploiter le printemps arabe pour se refaire une virginité était réelle. Il fallait donc couper l’herbe sous les pieds de tous ceux qui pouvaient profiter de la conjoncture politique. La meilleure façon de le faire est de les discréditer ; chose qui reste à portée de main, surtout lorsqu’on connait la « belle » réputation dont jouissent les partis politiques marocains. Toutefois, il fallait aller plus loin dans le discrédit. Il fallait ridiculiser les partis, leur ôter la moindre crédibilité, les pousser à s’entretuer de la pire des manières, leur coller l’image des commères des basses cours, des « tabakhates del hammam ». Pour cela, rien de mieux que de placer des populistes à la tête des grands (grand par la servilité et non pas par l’intégrité) partis politiques marocains.

Après le bien nommé Benkirane qui nous gave avec ses one man show, le trublion Chabat dont les sorties médiatiques ont fait pâlir de stupeur la fille piratée de la tour Eiffel, voici venu le tour de Lachguar, le démagogue devant lequel la démagogie a rendu les armes. Trois populistes comme il en existe peu de part le monde. L’arène et donc prête et la corrida peut commencer, avec pour spectateur le peuple et pour matador la monarchie. Les Marocains vont bien rire… de fe9sa bien sûr !

Face à cette nouvelle mascarade politico-idéologique, le grand vainqueur reste la monarchie, car pendant que les trois guignols de la politique se chamailleront sur  des futilités, qu’ils amuseront la galerie, et surtout qu’ils distrairont les Marocains, la monarchie gagnera en sagesse, en pondération, en crédibilité et se positionnera comme seule et incontestable alternative. Son image sera embellie et le peuple l’acclamera de nouveau, car il se dira : «  Sont-ce là les hommes politiques qui veulent nous sortir du pétrin, qui veulent nous guider ? Plutôt crever. Mieux vaut faire perdurer le statu quo. »

Encore une fois, la monarchie prouve qu’elle contrôle tout, qu’elle met celui qu’elle veut là où elle veut ; qu’elle a réussi à dépraver les partis politiques, à les pervertir, à les décapiter ; qu’elle règne et règnera encore en maître. Bien joué !  Chapeau !
Et le grand perdant dans tout cela, me diriez-vous, c’est qui ?
Le grand perdant, c’est la Démocratie.
Alors, prions pour elle !

Mokhtar Chaoui
Enseignant-chercheur et écrivain

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