MIGRATION MAROCAINE ET CITOYENNETÉ : NÉCESSITÉ D’UN DÉBAT OUVERT ET PLURALISTE

Par Abdelkrim Belguendouz
Universitaire à Rabat
chercheur spécialisé en migration

Belguendouz Abdelkrim
Belguendouz Abdelkrim

La thématique migratoire marocaine en général fait débat. Celle concernant de manière plus précise les droits politiques et civiques des citoyens marocains à l’étranger par rapport au Maroc, suscite encore plus d’interpellations. Il en est de même des politiques migratoires du Maroc et de l’évaluation objective des résultats de l’intervention de multiples acteurs institutionnels publics en charge des questions des Marocains résidant à l’étranger.

C’est autour de ces deux axes, précisés dans l’argumentaire fourni dans la piéce en attachement (voir le lien plus bas) que, saisissant la célébration annuelle de la Journée Intenationale des Migrants, et sous l’impulsion d’un groupe local dynamique de chercheur(e)s universitaires interdisciplinaire en migration, l’Université Moulay Ismaël a pris la louable initiative d’organiser le 18 décembre 2012, à la Faculté des lettres et des sciences humaines de Meknés, une journée d’étude, de réflexion et d’échange, portant sur ces aspects importants de la vie publique nationale.

migr-maroc-citoyenCependant, envisagée jusqu’à ces derniers temps comme une véritable table ronde avec des échanges approfondis, des regards croisés, l’expression de points de vue différents, la rencontre s’est transformée à la dernière minute au plan organisationnel, en une journée d’étude « classique », avec séance d’ouverture monologue et une série d’exposés, plus d’autres interventions d’institutionnels, avec très peu de place à la discussion contradictoire, le tout devant se terminer à 13 h 30.

En effet, la lecture du programme fourni dans le même document en attachement montre que, s’il est prévu que les responsables du ministère chargé des MRE (le ministre) ainsi que ceux du Conseil de la Communauté marocaine à l’étranger (probablement le secrétaire général du CCME), s’expriment en séance d’ouverture officielle, ces interventions en séance inaugurale, ne donnent pas lieu à débat avec les orateurs. De plus, aucun exposé n’est programmé concernant l’évaluation notamment de l’intervention de ces mêmes acteurs institutionnels principaux en charge du dossier des citoyens marocains à l’étranger. De ce fait, la discussion et l’échange annoncés concernant ces acteurs institutionnels n’auront pas lieu et c’est bien dommage, au moment où, publiquement, la gestion et les résultats notamment du CCME sont mises en cause publiquement, y compris au Parlement devant lequel les responsables du Conseil refusent de rendre des comptes au plan financier, en rapport avec l’accomplissement de ses missions fondamentales, déterminées il y a cinq ans par le dahir numéro 1.07-208 du 21 décembre 2007, portant création de ce conseil.

migr-maroc-citoyen-2Le second volet par contre, consacré à la citoyenneté des émigrés par rapport aux pays d’origine a toute sa place. Outre une analyse introductive sur l’évolution et les mutations de l’émigration marocaine, une réflexion est prévue sur la notion même de citoyenneté à la lumiére de la nouvelle Constitution marocaine. Il en est de même d’une contribution sur la dimension comparative à l’échelle du Maghreb, en Algérie et en Tunisie en particulier, qui assurent déjà, une représentation parlementaire de leur émigration, comme le font par ailleurs la France et l’Italie dans les deux chambres, ainsi que le Portugal dans le parlement monocaméral. Sans parler de la Croatie, du Mozambique, du Cap Vert, de la Colombie, de l’Equateur…

Cependant, s’agissant du cas du Maroc et plus précisément des droits politiques et civiques des citoyens marocains à l’étranger par rapport au Maroc, il y a lieu d’exprimer un vif regret.Seuls deux exposés sont prévus,dont un sur cette participation politique entre les discours et la réalité, alors que pratiquement, tout l’argumentaire cadrant l’organisation de la journée d’étude ,tourne autour de cette question fondamentale de la nécessite effectivité d’une citoyenneté intégrale par rapport au Maroc des Marocains résidant à l’étranger. Par ailleurs, tout responsable d’une institution nationale, au titre par exemple de « directeur » ou bien de « coordinateur « de cette institution, dispose du plein droit de s’exprimer à titre personnel, voir même comme simple membre de cette institution, en traitant par exemple du thème « Le CCME et la participation politique ».

Mais si le débat public montre déjà, avec textes de positions publiques à l’appui, que l’intervenant programmé a toujours défendu la non- représentation parlementaire des MRE à partir des pays de résidence, contrairement aux décisions du discours royal fondateur du 6 novembre 2005, il aurait fallu à notre sens, pour plus d’équilibre et d’objectivité, faire intervenir avec des exposés d’autres membres du Conseil lui même, qui se sont exprimés publiquement en faveur de cette représentation et qui appartiennent notamment au groupe de travail du CCME sur la « citoyenneté et participation politique », De même ,bien d’autres acteurs en dehors du Conseil, auraient pu être inscrits au programme, le dossier stratégique et multidimensionnel de la communauté marocaine à l’étranger, interpellant fortement aussi bien les Marocains de l’extérieur, que les Marocains de l’intérieur du Maroc.

Par ailleurs, en raison le plus souvent du retard pris dans l’ouverture officielle de pareils évènements  le temps du débat programmé à la suite des autres exposés présentés, est le plus souvent très raccourci, si ce n’est carrément supprimé. Pour dire qu’à Meknés, où la rencontre sera suivie par les chercheurs intéresses avec grand intérêt et esprit constructif,il serait hautement souhaitable que le temps nécessaire du débat et de l’échange indispensables soit suffisant, et non pas bousculé pour des raisons organisationnelles

L’université est un espace libre d’étude, de réflexion, d’échange ouvert et de débat serein, réfractaire à toute pensée unique ou instrumentalisation quelconque, d’où qu’elle vienne. Sur une thématique aussi importante et sensible que celle qui a été judicieusement privilégiée par l’Université Moulay Ismaël et son groupe de recherche sur les migrations, dans le cadre de l’ouverture sur l’environnement extérieur,les lectures académiques et les interprétations citoyennes sont par excellence, plurielles. Raison pour laquelle un vrai débat, approfondi,  responsable, apaisé et constructif dans ce domaine,ne peut être que démocratique, pluraliste et ouvert.

Rabat, le 16 décembre 2012

Abdelkrim BELGUENDOUZ
Universitaire à Rabat
Chercheur spécialisé en migration

Publicités