Pourquoi toujours infliger un mauvais traitement à l’Afrique ?

Par BELHALOUMI Abdelrhani – Bruxelles

Belhaloumi Abdelrhani
Belhaloumi Abdelrhani

Ce n’est ni un phénomène nouveau, ni exceptionnel de voir l’islam et l’Afrique associés à une mauvaise représentation dans les médias occidentaux. La distorsion de leur image dans les médias influe négativement  sur l’amitié entre les peuples, sur le développement et facilite toutes les interventions. L’image projetée de l’Afrique est de type apocalyptique : sida, sécheresse, famine, coups d’Etat, corruption, guerres interethniques, et dernièrement le terrorisme. On ne parle jamais de la richesse humaine et culturelle,  des richesses sur ce continent, de l’or, de l’uranium, de l’eau etc…  Comment peut une poignée de journalistes couvrir 54 Etats et plus de 28 millions de km2 en Afrique ?. Beaucoup de médias n’affectent qu’un seul correspondant pour toute l’Afrique*.

Exemple : actuellement, un correspondant installé à Johannesburg ou ailleurs nous dit que la France va combattre le terrorisme au Mali. Comment a t-il pu vérifier l’information ? Et pourquoi n’a-t on pas laissé les Africains négocier en paix pour trouver une issue au conflit malien et même faire découvrir au monde la réalité du groupe Aqmi , voire y mettre fin? Et pourquoi doit-on toujours recourir à la violence et au bombardement en Afrique et dans le monde musulman ? Ces humains n’ont –ils pas droit à un autre traitement et au droit à la parole dans leurs affaires ?  Qui répondra devant la justice des crimes et des pertes humaines dans les rangs de la population, des points d’eau  anéantis et des récoltes détruites ? qui va tout reconstruire et quand ? Des civils sont morts lors des combats à Konna, a affirmé samedi Human Rights Watch (HRW), citant des habitants de la zone. « Des habitants de Konna m’ont rapporté que dix civils sont morts pendant les combats, y compris trois enfants qui se sont noyés en essayant de franchir le fleuve Niger en quête de sécurité », a déclaré Corinne Dufka, une responsable à HRW, dans un message transmis à l’AFP à Dakar. Qui d’autre parle des civils et de leur souffrance ?

Il est vrai que Le Mali a connu beaucoup d’invasions. Il a été le berceau de trois grands empires : l’empire du Ghana, l’empire du Mali et l’empire songhaï.

Ce dernier a été attaqué et désintégré en 1591 par le sultan marocain de Marrakech, Ahmed al-Mansur Saadi à la recherche de salines de Teghaza  et d’or, et pour éloigner les nombreux chefs militaires de sa Cour. Chefs militaires issus des Andalous (musulmans réfugiés d’Espagne) et des Renégats (prisonniers chrétiens devenus musulmans)

Le territoire malien, dénommé Haut-Sénégal-Niger devient, en 1895, une colonie française intégrée à l’Afrique-Occidentale française avec une portion de la Mauritanie, du Burkina Faso et du Niger. D’ailleurs, un monument rappelant  le massacre de la mission  Faltters en 1878 au Mali a été érigé dans le parc Montsouris à Paris.  L’indépendance est  finalement proclamée le 20 juin 1960. Le Mali est un pays pacifiste et  jamais d’accord avec la politique française, en principe. En août 1960, Modibo Keïta ‘chef de gouvernement’ critique les essais nucléaires français dans le Sahara, ce qui irrite le président français Charles de Gaulle et le Premier ministre Michel Debré. En janvier 1961, Modibo Keïta, soutenant les Algériens dans leur guerre d’indépendance réclame le départ immédiat de toutes les troupes françaises stationnées au Mali, soit 2200 hommes. L’évacuation de la base française de Kati se termine en juin, celle de Tessalit en juillet et celle de Gao en août. Le dernier détachement français quitte la base aérienne de Bamako en septembre.

En octobre 1963, Le Mali joue le rôle de médiateur dans le conflit qui oppose le Maroc et l’Algérie, dénommé la « petite guerre des sables ».

Le Mali joue un rôle actif au sein de l’Organisation de l’unité africaine. En décembre 1965, le Mali rompt ses relations diplomatiques avec Londres pour protester contre l’attitude du Royaume-Uni en Rhodésie (devenue Zimbabwe).

Et maintenant au Mali, c’est le monde à l’envers. L’Afrique de l’Ouest propose l’envoi, avec l’aval de l’ONU, d’une force armée africaine de plus de 3.300 hommes, que des pays européens, dont la France, l’ancienne puissance coloniale, ont promis d’aider logistiquement, pour la reconquête du Nord du Mali.

Et le peuple de l’Afrique de l’Ouest a-t-il  marqué son accord pour faire la guerre au Mali ?. Puis, Washington dit partager l’objectif de la France de retirer « aux terroristes leur sanctuaire dans la région ».

Et pour justifier son intervention, Paris a mis en avant l’article 51 de la charte de l’ONU qui mentionne « le droit de légitime défense, individuelle ou collective », en cas « d’agression armée » d’un pays membre de l’ONU.

L’ancien Premier ministre de Jacques Chirac Dominique de Villepin a estimé dimanche dans une tribune au Journal du Dimanche (JDD) qu' »aucune des conditions de la réussite n’est réunie » au Mali.

*Une bataille de l’information a eu lieu à l’ONU dans les années 1970-1980 entre pays riches et pays pauvres. En 1970, dans le cadre du Nouvel Ordre Mondial de l’Information et de la Communication NOMIC, on a constaté que près de 80% des informations dans le monde émanent de 4 agences occidentales : Associated  Press, United Press International, Agence France Press et Reuters. Ces dernières ne consacrent que 20% de leur information à l’Afrique, et ce en contradiction avec l’article 19 de la Déclaration de l’Homme du 10 décembre 1948, qui consacre le principe de la libre circulation de l’information (free flow of information).

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