Ködör ösêse tî Bêafrîka*

Par BELHALOUMI Abdelrhani-Bruxelles

Belhaloumi Abdelrhani
Belhaloumi Abdelrhani

La République centrafricaine (RCA) (ex- colonie française d’Oubangui-Chari) située au carrefour de plusieurs zones fragilisées par des guerres civiles, des années de crise, de conflits, de braconnage, de présence de groupes armés étrangers est en danger. Le Soudan du Sud voisin « au bord du précipice » de la guerre civile, le Soudan, le Cameroun,, le Tchad, le Congo, et la République démocratique du Congo pas stables. La RCA est le pays du ‘par où commencer ?’, appelé aussi depuis le 18e siècle : le pays des 4 malédictions : l’occupation française, le diamant,  le syndrome hollandais(1) et l’enracinement de la culture de rébellion militaire.

Tout a commencé avec le partage de ce pays  entre français et belges en 1885,  de part et d’autre du fleuve Oubangui. Puis, le premier affrontement  en 1889 entre Rabah ou Rabih Azzubayr , le sultan du Bournou (2) et la France sur son chemin pour la conquête brutale de son empire et du Tchad ; avec l’assassinat de  Fadlallah (fils de Rabah),  et  de Mohammed Al Sanussi à l’instigation des Français. L’exploitation du diamant a débuté en 1927(3)avec l’impossibilité pour la population d’avoir accès aux ressources naturelles du pays. Il y’a eu aussi la mort de  Barthélemy Boganda, considéré comme le père fondateur de la République, le 29 mars 1959,  dans un accident d’avion dont les causes n’ont jamais été élucidées. Le pays devient la République centrafricaine le 1er décembre 1958 et proclame son indépendance le 13 août 1960. L’autoritaire David Dacko devient le 1er président de 1960 à 1965 (et 1979 à 1981). En 1965, lors du « coup d’État de la Saint-Sylvestre », Jean-Bedel Bokassa renverse son cousin David Dacko et prend le pouvoir et devient empereur en 1976. En septembre 1979, « l’opération Barracuda », organisée par la France, renverse Bokassa et remet au pouvoir David Dacko qui sera chassé du pouvoir le 1er septembre 1981 par le général André Kolingba. André Kolingba restera au pouvoir jusqu’en 1993. Il lui succède Ange-Felix Patassé de 1993 à 2003, et François Bozizé de 2003 à 2013, aussi 10ans et 2 guerres civiles .Il s’ensuit, début 2013,  la déliquescence de l’armée centrafricaine, des dérives politique et une paupérisation sociale sans précédent dans l’histoire de la République Centrafricaine. Le président, s’est même moqué du peuple en demandant à la population de prier pour obtenir une manne divine. Une journée nationale du jeûne avait été observée fin 2012 sur ordre présidentiel. Les dignitaires actuels du régime affichent avec arrogance leur train de vie opulent en contradiction flagrante avec la réalité marquée par la souffrance et la famine de la population. Le 24 mars 2013, le président Bozizé s’enfuit et Michel Djotodia s’auto-proclame président. La France a réussi à le  pousser à annoncer sa démission le 10 janvier 2014, officiellement c’est la CEEAC (4) réunie à Ndjamena.

On dit que Djotodia ne gouverne que le camp de Roux où se trouve sa villa fortifiée et celles des dignitaires du régime. L’ensemble de la population est considéré en situation de risque grave sur le plan humanitaire dans ce pays enclavé, sans accès à la mer, et partagé entre savanes et forêt équatoriale, avec des frontières arbitraires et poreuses, imposées par les colonisateurs,  et où on retrouve tous les groupes des pays voisins.

La présence parmi les rebelles de la Séléka de Martin Koumtamadji, alias Abdoulaye Miskine, responsable de graves violations des droits de l’Homme, tout comme les milices anti balaka, représente un danger pour le pays. Et là, on s’interroge sur le bien fondé et la durée de l’intervention française ‘l’opération Sangaris’. Une opération qui se fait laborieuse et complexe et peut-être devient-elle  (in)justifiée.

De toute façon , il s’agit d’une mission difficile à laquelle les Français ne sont pas préparés face à l’engrenage des affrontements intercommunautaires et à devoir s’interposer entre les forces d’interposition. C’est le piège centrafricain quand on fait de la géopolitique caviar, en perdant de vue les acteurs locaux.  Les troupes françaises  sont au cœur d’une situation quasi inextricable, et leur présence cristallise la colère des uns et des autres. Les Vingt-Huit pays membres de l’Union européenne prennent le temps jusqu’à  fin janvier 2014 pour étudier une option pour soutenir les opérations africaine et française.  La France, il est vrai, a été partout : Côte d’Ivoire, Libye en 2011,Mali en 2013, projets de frappes militaires contre le régime syrien, durcissement de l’accord international sur le programme nucléaire iranien… Bref, la France est toujours en première ligne, et elle ne voit pas ses limites entant que puissance moyenne affaiblie par ses problèmes budgétaires. Pierre Lellouche, un député français  a dit « …nous sommes devenus les mercenaires gratuits des pays de l’UE ». Malheureusement, la situation en République centrafricaine ne peut trouver une solution militaire, mais une solution politique durable impliquant l’ensemble des pays de la sous-région en vue d’éviter la contagion  et en incluant les groupes armés, comme l’avait fait la France en discutant avec les terroristes des Farc, l’Espagne avec l’Eta et la Grande Bretagne avec l’Ira.

Martin Mc Guiness, ancien combattant de l’Arme républicaine  irlandaise(IRA) a même pu participer à la campagne présidentielle en Irlande du Nord en 2011.

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*en sango

(1)On parle de ‘syndrome hollandais’ pour décrire les effets économiques et sociaux d’une rente économqiue basée sur des ressources naturelles

(2) le Bornou était un empire sahélien remontant au Moyen Âge

(3) Selon un rapport de l’International Crisis Group sur le sujet (De dangereuses petites pierres – les diamants en République Centrafricaine, décembre 2010 Les racines du mal .[Réf.en français :  Gaston Dujarric, La vie du sultan Rabah, Paris (J. André)  1902.  En allemand:  Von Oppenheim, Rabeh und das Tsadseegebiet, Berlin 1902]

(4)La Communauté économique des Etats d’Afrique centrale (CEEAC)

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