LE MAGHREB ET LE PRINTEMP ARABE

POINT DE VUE

Mr-Charchira
Said Charchira

Concernant le Maroc, il est vrai que le pays est l’un des rares à répondre aux exigences des circonstances (printemps arabe), en impulsant le pays dans une nouvelle génération de réformes constitutionnelles et institutionnelles. Il est vrai aussi, que le choix irréversible du royaume, de s’inscrire dans la voie du renforcement des institutions d’un Etat moderne, dont le souci est le développement d’une société solidaire où tous les citoyens jouissent de la sécurité, de la liberté et de la justice sociale, mérite respect et considération.

Ceci dit, la constitution reste en soi même, un ensemble de textes juridiques qui définit les différentes institutions composant l’État et qui organise leurs relations. Il reste donc à mettre en œuvre le texte fondamental d’une manière participative et démocratique en associant tous les acteurs de la société. C’est dire, que le gouvernement, doit passer en urgence aux actes en accélérant les réformes et en prenant des initiatives pour garantir, voire promouvoir le pouvoir d’achat des citoyens, lesquels veulent sentir un changement dans leur vie de tous les jours.

C’est d’ailleurs, dans ce sens, que l’institution d’analyse économique « Economist Intelligence Unit » a récemment tiré la sonnette d’alarme sur l’avenir proche du Maroc, qu’elle qualifie de « haut risque » social. Le gouvernement de Benkirane est pointé du doigt pour le retard des reformes, l’absence d’initiatives, le manque de courage politique, etc, autant de failles qui conduiraient le Royaume, infine, vers l’austérité, laquelle peut conduire vers les revendications sociales dans un climat régional en profonde mutation, conclu l’institut.

En effet, le vide qui semble s’installer peu à peu dans le débat politique, dont les institutions de l’Etat semblent ne pas avoir le même degré d’appréhension des attentes des Citoyens,  rend cette analyse pertinente. Une analyse qu’il faut prendre en considération pour éviter un tel risque. Car déjà, en ce mois de janvier, le gouvernement semble avoir cédé aux pressions du FMI et de la Banque mondiale, qui prônent l’austérité budgétaire, en décidant ne plus subventionner les prix de l’essence super et du fuel industriel n°2 (hors fuel destiné à l’ONEE). Quant au gasoil, la compensation sera progressivement réduite au fil des mois de l’année en cours, pour atteindre zéro en décembre 2014.

Dans de telles conditions, il est légitime de se demander si le chef du gouvernement est vraiment le seul responsable, il est permit d’en douter. En effet, sans vouloir défendre qui que ce soit, il me semble, que malgré son manque d’expérience et d’audace politique, le premier chef du gouvernement de l’ère de la nouvelle constitution, ne porte pas seul, la responsabilité. La fragilité de la coalition gouvernementale, l’hostilité de la majorité de la chambre des conseillers et la guerre d’usure qu’il mène avec les caciques du régime, qu’il appelle lui-même «TAMASIH ou AFARIT », réduisent énormément sa marge de manœuvre.

Cela se traduit par la défaillance de sa première coalition gouvernementale qui a abouti à un remaniement forcé, le blocage des réformes, les difficultés de la promulgation des lois organiques permettant l’application effective de la nouvelle Constitution, le rejet de la Loi de Finances par la deuxième chambre, l’amnistie sur les avoirs des Marocains détenus à l’étranger, qui suscite polémique, etc, sont autant d’obstacles qui se dressent face à un gouvernement, qui est loin d’être homogène.

Si on peut admettre, que l’institution « Economist Intelligence Unit » ne connait pas suffisamment la configuration institutionnelle du royaume, qui favorise depuis longtemps une atomisation politique et entrave l’émergence de pôles puissants, quand est-il de certains connaisseurs du système, qui tirent sur le chef du gouvernement au lieu de remettre en cause justement cette configuration institutionnelle qui handicape le bon fonctionnement des institutions de l’État.

Cependant, même si l’on suppose, qu’aucun autre chef de gouvernement, n’aurait pu peut-être faire mieux à cause justement de cet handicap, Benkirane porte seul, la responsabilité de s’atteler à rester dans les bonnes grâces du sérail en laissant tout passer et en se laissant désister des grands dossiers, au lieu de s’attacher aux prérogatives, que lui confère la nouvelle Constitution. Un comportement qui est loin de contribuer à la mise en œuvre de la Loi fondamentale d’une manière progressiste et démocratique.

Düsseldorf, le 28 janvier 2014
Prof. Said Charchira
Tel : RFA +4915773076053
Mail : charchira@gmx.net
Site : www.charchira.com

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