Dialogue social et désarroi des MRE

Par Hamid SOUSSANY

La commission nationale de dialogue social semble se heurter à un mur en voulant initier le dialogue social avec les MRE à la lumière de la nouvelle constitution et notamment ses articles 12, 13, 14 et 15, qui ont la prétention d’impliquer les citoyens marocains dans la gestion et l’évaluation de la chose publique. Le problème réside dans le fait que les MRE ne sont pas des citoyens comme les autres, et l’erreur fondamentale de la commission nationale de dialogue social, c’est d’occulter ce fait, ce qui a pour conséquence logique de condamner sa démarche à un dialogue de sourds.

L’article 12 et l’exception MRE

L’article 12 de la constitution marocaine, apparait comme la clé de voûte du dialogue social: « .. Les associations intéressées à la chose publique, et les organisations non gouvernementales, contribuent, dans le cadre de la démocratie participative, à l’élaboration, la mise en œuvre et l’évaluation des décisions et des projets des institutions élues et des pouvoirs publics.. », cependant, il exclut de fait la composante des ONG MRE, qui s’inscrivent logiquement dans le cadre juridique des pays de résidence. Les MRE portent des revendications spécifiques eu égard à leurs conditions de migrants, de résidents ou de bi-nationaux, lorsqu’ils rentrent au Maroc ils sont des marocains touristes en visite familiale ou porteurs de projets économiques.

A ce jour, les Marocains Résidents à l’Etranger sont dépourvus du droit de vote et d’éligibilité. Venir leur parler de citoyenneté active est quelque peu maladroit. Bien que la nouvelle constitution accorde les droits politiques aux MRE, le gouvernement PJD semble enfermé dans un immobilisme qui vire à l’autisme énervant et devient de plus en plus insupportable pour les acteurs associatifs et politiques MRE qui ne voient arriver le moindre signe d’une éventuelle loi d’application de leurs droits politiques contenus dans l’article 17. De même, aucune application de l’article 18, s’agissant des nominations et de la participation des MRE dans les institutions consultatives nationales.

Lorsque l’article 17 emboîte le pas à l’article 12

La question est simple: comment peut on inviter les marocains de l’étranger à un dialogue social alors que leurs droits politiques et civiques de simples citoyens ne sont pas encore mis en pratique ? Des MRE qui doutent de plus en plus dans la volonté du gouvernement de créer la loi organique qui leur permettra de participer aux prochaines élections législatives ?

Cela ressemble fortement à la fameuse expression mettre la charrue avant les boeufs. D’autant plus que la commission nationale semble adopter l’attitude du taureau qui rentre dans l’arène, fonçant la tête baissée, sans tenir compte de la réalité complexe du tissu associatif MRE, et en faisant fi des institutions présentes sur le terrain.

D’un autres côté, les contradictions internes du tissu associatif de l’immigration marocaine, le manque de maturité politique de ses acteurs et l’absence d’une prise de conscience de la nécessaire cohérence dans la structure et dans le discours, participent à rendre le message des MRE inaudible, inconsistant et inefficace. Il ne peut y avoir de dialogue social avec les MRE sans la prise en compte de tout ces facteurs et ses

composantes qui caractérisent aujourd’hui la problématique MRE.

Ceci dit, il n’est jamais trop tard pour bien faire, il faut rester optimiste pour un véritable dialogue pédagogique, afin d’une part de dissiper les malentendus  qui empêchent l’écoute et d’autre part, rétablir le dialogue serein dans l’intérêt général.

Hamid Soussany

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