Les classes dirigeantes, les « trabendistes » et la lutte sociale

Chatar Said
Chatar Said

Les classes dirigeantes qui dépendent du grand capital transnational et les « trabendistes » ne savent pas se diriger eux-mêmes. Ils ont fait des lois dualistes qui éternisent les luttes sociales. S’il y a, dans la société, une dualité, c’est à ces classes dirigeantes qu’on le doit. Elles se sont isolées du reste de la population marocaine. Elles ont voulu former une caste à part, et cette caste a prétendu régir tous les marocains. Elles sèment la haine et la discorde parmi les hommes en cherchant querelle au peuple afin que celui-ci ne puissent se défendre. Les travailleurs, la classe moyenne et autres chefs de PME et PMI  d’une part, les classes dirigeantes et les « trabendistes » de l’autre, qui sont en présence, n’ont pas les mêmes intérêts à défendre. Qui l’emportera, des exploiteurs et des exploités ?

Ainsi les exploiteurs pratiquent-ils l’injustice sous les apparences de la justice et des droits de l’homme pour se faire passer pour autrement qu’ils ne sont. La conception de la vie, imposée par le bourgeoisisme arriviste des « trabendistes » et des classes dirigeantes, ne peut être acceptée par les autres composantes de la société. Jouir de la vie, pour eux, c’est la dénaturer, car leurs plaisirs sont de la brute. Obéir à cette classe d’exploiteurs qui ne possèdent ni sagesse, ni culture, ni modération, c’est se dégrader. Cette composante de parvenus privilégiés de la société soumet le peuple à ses caprices en lui inculquant ses défauts mystificateurs pour l’abrutir. Ennemie de l’indépendance et de la vérité, elle est la responsable de l’ignorance du peuple.

Si le peuple est irrésolu, s’il hésite et tâtonne, s’il ne sait pas ce qu’il veut, cette incertitude la doit, il la doit à ses dirigeants privilégiés qui l’ont soigneusement entretenue en lui faisant de vagues promesses, en lui donnant l’exemple de l’incohérence et du désordre. Ils parlent au peuple de justice, et ils le poursuivent injustement, ils le condamnent, chaque fois qu’il croit à la justice et essaie de la réaliser pour son compte. Ils lui parlent d’honneur, de vertu, de patriotisme, d’égalité ; et c’est le meurtre, et c’est le mensonge et, c’est l’hypocrisie, qu’ils désignent par ces vocables. Ils se contredisent sans pudeur, sans conscience, sans loyauté. Ils essaient de détruire tout espoir de justice, tout espoir de liberté au sein du peuple. Ces nouveaux parvenus, usuriers et usurpateurs sont responsables des misères du peuple, de ses tares morales et physiques. Ils sont responsables des crimes et de la délinquance que nous avons à déplorer et qu’ils ne réparent pas. Le peuple qui prend conscience de sa force et de sa destinée, tâtonne, se méfie, hésite : on l’a tant de fois trompé ! Va-t-il continuer à se laisser prendre aux gestes des politiciens qui sont au service de ces parvenus « trabendistes » ? Son apprentissage de la vie et de la liberté qui est long va-t-il lui permettre de se délivrer des défauts mystificateurs de ces « trabendistes » ?

La bourgeoisie « trabendiste », c’est la réaction, c’est la race des exploiteurs qui n’ont aucun scrupule, aucun esprit entrepreneurial. C’est le monde des médiocres et des parvenus qui n’ont aucune grandeur d’âme. Ils n’ont aucun esprit chevaleresque et leurs gestes sont faux ; leur distinction et leur politesse sont affectées. Ils sont incapables d’initiative. Ils nous vantent l’utilité du préjugé, du mensonge, nécessaires à l’entretien de l’ignorance et au soutien des institutions ; bref, à l’existence de la société.

Elle nie le progrès, parce que celui-ci détruit les erreurs et les mythes sur lesquels repose l’édifice social. Pour les « trabendistes » et les dirigeants privilégiés, le peuple doit rester courbé sous leur joug ; car s’il s’émancipe, la société ne peut durer. Toutefois, le peuple a-t-il assez d’être sacrifié au profit de la société ? Ou bien préférera-t-il sacrifier à son tour la société des trabendistes et des médiocres ? Y a-t-il un autre espoir que celui que les « trabendistes » lui inculquent ? Va-t-il continuer à écouter les promesses des « trabendistes » et des dirigeants privilégiés qui lui font espérer qu’ils lui apporteront le bonheur pour qu’il ne songe pas à l’obtenir par ses propres moyens. Les « trabendistes » et leurs politiciens s’évertuent à retarder le changement de l’ordre socioéconomique fondé sur les intérêts étroits : l’usure, l’usurpation, la corruption et le détournement des deniers publics.

Aussi une justice « de classe », une religion « de classe » bref, un Etat « de classe » s’opposent-ils à l’émancipation de la classe populaire. Les « trabendistes » ne conçoivent le progrès que sous forme d’iniquités et de déformations équivoques. Ils ne s’agitent que pour dominer le plus longtemps possible. Qu’importe les uns et les autres : demain ils ne seront que des résidus balayés par la démocratie vivante.


Saïd  CHATAR

 

 

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