LE TEMPS DE LA REDDITION DES COMPTES

Par Abdelkrim Belguendouz
Universitaire à Rabat, Chercheur spécialisé en migration

Belguendouz Abdelkrim
Belguendouz Abdelkrim

C’est l’heure de la reddition des comptes et non pas, comme croassent certains, « le temps des corbeaux ». On a beau faire référence au langage animalier et à certaines métaphores crocodiliennes du chef du gouvernement, ou se comparer à deux ministres femmes pour s’attirer de la sympathie et certaines solidarités « officielles » ou « partisanes», la méthode de l’auto-victimisation pour fuir ses propres responsabilités et détourner l’attention sur la gestion assurée par soi-même (ainsi que par les numéros 1 et 3) d’une institution nationale consultative en matière de communauté marocaine à l’étranger pendant sept ans ,ne peut accrocher.

On a beau sangloter et crier au vaste complot ourdi par une certaine presse, des parlementaires et des analystes de la scène migratoire marocaine pour se disculper et se dédouaner de certaines pratiques et du bilan indéfendable de l’action publique dont on a la charge au sein d’un organisme public financé par les deniers de l’Etat, la démarche n’aboutira point. Dans une prose lyrique et une phraséologie à l’emporte-pièce, dont il a la marque de fabrique, tout est mis par l’auteur en question dans un amalgame douteux, au service d’une fuite de ses propres responsabilités : corbeaux, plagiat, mensonge d’un côté et parlementaires consciencieux, journalistes professionnels, universitaires et chercheurs intellectuellement honnêtes de l’autre.

Par ailleurs, si l’expression transparente est celle qui doit être retenue bien entendu, pour endosser la responsabilité des affirmations présentées, une précision s’impose. Au-delà l’identité réelle de celui (ou celle) qui dénonce certains faits et tout en prenant en considération la présomption d’innocence, c’est la véracité ou non de ces faits et charges qui est importante à mettre en lumière et sur lesquelles il faut répondre, surtout lorsqu’ils sont établis à partir de documents présentés comme étant de première main. Autrement dit, en la matière, ce qui compte c’est le fond et non pas la forme.

EN VOULOIR À SOI MÊME D’ABORD

Si colère il doit y’avoir pour celui qui disserte sur « le temps des corbeaux», c’est contre lui-même et contre les deux autres membres du trio dirigeant de l’institution qu’il faut d’abord la diriger, pour ne pas avoir respecté les devoirs et cahier de charge assignés de par un dahir, aux responsables de cet organisme national : ni avis consultatif quelconque sur aucune des multiples dimensions des politiques publiques marocaines en matière de communauté marocaine résidant à l’étranger, ni aucun rapport stratégique en la matière, ni aucun rapport financier, ni aucun rapport d’activité ! Et quid de l’absence de tenue d’assemblée générale annuelle depuis juin 2008 !!!

Dans un réquisitoire perfide, l’auteur en question jette l’opprobre sur différents milieux, qui sont désignés coupables de complicité malveillante contre sa personne .Or comment objectivement incriminer de « légitimation » des corbeaux, une ou des député(e)s nationaux pour avoir osé, fin 2012,à l’occasion du débat parlementaire sur le projet de loi de finances 2013,vouloir ramener le budget annuel de l’institution voté au Parlement ,de 49 à 9 millions de dirhams, en invoquant par écrit, dans le document officiel présentant les amendements des députés de la majorité, la raison suivante : « absence de transparence dans la gestion financière de l’institution CCME » !?

UNE « COM » BIEN ORIENTÉE

Lancer par ailleurs une vaste campagne de « com » par le biais de vidéos télécommandées, d’articles à la « salade niçoise «et de « Publi-études » moyennant certaines largesses permises par le budget de l’institution, ne trompera personne. Si manipulation d’une certaine presse il y’a, ceci ne provient nullement de l’action des parlementaires qui cherchent, selon leurs prérogatives constitutionnelles, à contrôler l’usage de deniers publics alloués par vote parlementaire, en rapport avec le cahier de charges assigné à l’institution nationale concernée, mais qui n’est pas assuré.

De même, si instrumentalisation il y’a, ceci n’est nullement dû à des universitaires ou observateurs actifs de la scène migratoire marocaine, qui n’ont que leurs idées, analyses et honnêteté intellectuelle à offrir, mais c’est bien le fait de ceux qui utilisent les moyens de l’institution pour avoir des articles ou couvertures complaisants, voir même exercer la censure contre l’expression de points de vues critiques ou différents. Une méthode qui privilégie la pensée unique et s’oppose de manière farouche et viscérale à tout débat responsable, pluriel, démocratique et contradictoire.

Au niveau du chercheur incriminé, il n’y’a pas de la « parole débridée», qui s’en prend à des personnes en tant que telles, mais de l’analyse responsable de pratiques et de politiques publiques, de l’analyse développée au grand jour dans le cadre du débat démocratique, une analyse assumée totalement et signée sans pseudonyme et sans avoir besoin par ailleurs d' »instrumentaliser » des plumes qui croassent, comme le font certains, en ayant recours notamment aux services de férus de salade niçoise !

PAS D’IMPUNITÉ

Si certains estiment être au-dessus des lois, en faisant ce qu’ils veulent au niveau de l’action publique et des deniers publics, sans aucun contrôle  ni possibilité d’interpellation publique quelconque, ils se trompent lourdement.il n’y’a pas d’impunité. La corrélation entre responsabilité et reddition des comptes, est un des grands principes reconnus par la Constitution de juillet 2011 et qui s’imposent à tous.

Dans le dossier communauté marocaine résidant à l’étranger en particulier, il est grand temps que de l’ordre soit remis d’abord au niveau de l’institution chargée normalement de s’assurer de la bonne gouvernance de l’ensemble du secteur, à travers les divers instruments d’intervention. Au vu des multiples dysfonctionnements constatés, on ne comprend nullement pourquoi la Cour des Comptes, maintes fois interpelée dans le débat public, ne se saisit pas encore du dossier de l’institution concernée ! Ce n’est pas ,comme le claironnent certains de ses responsables, relayés par des « Publi-études », par le recours à une fiduciaire privée, choisie et payée grassement par l’institution à auditer, que l’on atteindra l’objectif de transparence et que l’on assurera la crédibilité de l’opération.

DEVOIR D’INVENTAIRE

Encore une fois et encore, ce n’est ni  » le temps des corbeaux», ni celui des renards, mais l’heure est au devoir d’inventaire et à la reddition des comptes pour certains responsables et gestionnaires du dossier migratoire marocain. La tâche du moment est à l’assainissement multidimensionnel. Il y’a aussi nécessité de rattraper le temps perdu avec la nécessaire résolution des problèmes en suspens depuis des années, notamment au plan de la mise à niveau de l’appareil institutionnel chargé des Mède la conception et mise en place d’une stratégie nationale cohérente et intégrée en matière de MRE et en matière des droits politiques des citoyens marocains à l’étranger par rapport au Maroc. Il y’a une forme d’urgence à entreprendre des actes concrets et à réformer des pans entiers du secteur de la communauté marocaine résidant à l’étranger.

Avec constance, sérénité, l’honnêteté intellectuelle requise et sans lâcher prise, nous continuerons notre action citoyenne, responsable et patriotique.

Rabat, le 1er novembre 2014
Abdelkrim Belguendouz
Universitaire à Rabat, chercheur spécialisé en migration.

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