LES « TME » ET LA LUTTE POUR L’INTEGRITE TERRITORIALE DU MAROC

Mohamed VI et Belguendouz
Mohamed VI et Belguendouz

Par Abdelkrim Belguendouz
Universitaire à Rabat, chercheur spécialisé en migrations

Dûs au Professeur Abdelkrim Belguendouz, qui terminait à ce moment là à l’Université de Grenoble (France), une thèse de doctorat d’Etat en sciences économiques sur l’émigration marocaine, les textes suivants parus dans le journal « Al Bayane », constituent un témoignage parmi tant d’autres, de la lutte patriotique de la communauté marocaine à l’étranger pour la réalisation et la préservation de l’intégrité territoriale du Maroc.

A la veille de la célébration, le 6 novembre 2014, du 39ème anniversaire de la glorieuse Marche Verte, nous les reproduisons à Dounia-News pour information, comme documents rétrospectifs.

 

Les travailleurs marocains émigrés remercient « l’Amicale des Algériens en Europe » pour ses généreux conseils sur le Sahara

« Al Bayane » 28 novembre 1975

Le dernier numéro de la revue « L’Algérien en Europe » du 1er au 15 novembre 1975, édité à Paris, a publié une déclaration de « l’Amicale des Algériens en Europe » concernant le Sahara (reprise par « El Moujahid » du 12 novembre) et une étude « de fond » sur le même thème. On ne s’étendra pas sur cette dernière, qui ne contient que des allégations délirantes et calomnieuses à l’égard de notre peuple et de ses organisations patriotiques, nationales, progressistes et révolutionnaires, qui ont « trahi leurs idéaux » et « abdiqué » pour le simple fait d’œuvrer à la récupération d’une partie de notre territoire spoliée par le colonialisme franquiste.

De ce fait, le parti de la classe ouvrière marocaine, des paysans pauvres et artisans, se voit attribuer par les notables de l’Amicale, l’étiquette de « social-démocrate… ». Ces tirades hypocrites ne démontrent en fin de compte, que la bassesse de leurs auteurs qui osent affirmer, par exemple, qu’un officier marocain aurait révélé au journal « Le Monde », que 80% des femmes qui ont participé à la Marche, sont des prostituées. C’est là une atteinte à la dignité de notre peuple, en même temps qu’à sa vaillante armée. Atteinte d’autant plus grave, qu’elle provient de « journalistes » prétendant défendre le socialisme et se disant vouloir œuvrer pour le « Maghreb des Peuples » et non celui des Etats.

La déclaration officielle de l’Amicale dont « L’Algérien en Europe » est l’organe, part des mêmes considérations sordides. L’idée principale, c’est que toute la mobilisation unanime, constatée au Maroc à propos du Sahara, ne constitue qu’un prétexte pour perpétrer une agression contre l’Algérie « socialiste ». Dés lors, l’Amicale lance un appel à l’émigration algérienne pour « défendre les frontières de la patrie et les acquis de la Révolution de Novembre », car l’action du Maroc, en premier lieu celle des partis d’opposition, met « l’Algérie en état de légitime défense ».

Il est rare de réussir à dire en si peu de mots autant de mensonges, lorsque l’on sait que la gauche marocaine… qui a au moins le mérite d’exister… et en premier lieu le P.P.S, a toujours soutenu les acquis progressistes de l’Algérie et la lutte anti-impérialiste que l’Algérie a réellement menée en son temps.

Le seul reproche qui est adressé à ses dirigeants maintenant en ce domaine, c’est de renier justement les principes de la lutte anti-impérialiste, dans la mesure où, quoi qu’en disent ses plus hauts responsables, ils ont des visées annexionnistes sur le Sahara marocain.

Autrement, on comprendrait mal la hargne qu’ils mettent à l’accord conclu entre le Maroc, la Mauritanie et l’Espagne, pour le simple fait que l’Algérie n’y pas été associée. Mais ces mensonges de l’Amicale ne sont pas faits pour nous surprendre, lorsqu’on connaît la nature de celle-ci et les buts qu’elle vise.

Ce qu’est l’amicale

« L’Amicale des algériens en Europe » constitue, en effet, un des instruments de répression du Pouvoir en Algérie. Depuis le coup d’Etat du 19 juin 1965, baptisé pompeusement de « réajustement révolutionnaire », on assiste à une suppression de fait des libertés d’information, de réunion et de manifestation. De plus, on assiste à des emprisonnements, assignations à résidence comme celle du patriote Ben Bella, expulsions, voire assassinat des militants jugés dangereux (que sont devenus tous les chefs historiques du premier soulèvement de la Révolution Nationale en Algérie ?).

C’est dans ce cadre, que l’on comprend la « normalisation » et les mises au pas successives du secteur autogéré notamment dans l’agriculture, F.L.N, U.N.F.A (femmes) U.N.E.A (étudiants, fondue maintenant au sein de l’Union Nationale de la jeunesse Algérienne), mais aussi de « l’Amicale des Algériens en Europe » pour les travailleurs émigrés.

L’Amicale constitue ainsi un des moyens qu’utilise le pouvoir algérien pour briser toute velléité d’organisation autonome des travailleurs émigrés, en faisant la chasse aux opposants. Elle a pour rôle également d’organiser la paralysie politique des travailleurs émigrés, voir même syndicale, puisque l’Amicale veut détenir le monopole de la représentativité des travailleurs algériens, ce qui constitue pour le moins une flagrante contradiction avec ses prétentions « socialistes », en ignorant jusqu’au principe de la solidarité ouvrière internationale.

Dés lors, l’Amicale est mal venue pour parler au nom des travailleurs émigrés algériens et encore moins de donner des leçons de patriotisme aux travailleurs émigrés marocains, en leur conseillant de :

« se désolidariser d’une campagne chauvine dirigée par la féodalité et la bourgeoisie marocaine contre l’Algérie socialiste ( !) et visant à les détourner de la lutte pour leurs droits sociaux ».

Avant de se poser comme directeur de conscience, et donneur de leçons, à la fraction émigrée de la classe ouvrière marocaine, l’Amicale devrait d’abord regarder vers elle-même. Depuis quand représente-t-elle les véritables intérêts des travailleurs algériens émigrés, pour prétendre parler de droits sociaux ? Depuis quand également a-t-elle été le catalyseur ou l’instigateur des luttes ? Cette Amicale, dirigée à partir d’Alger, par l’intermédiaire des consulats et de bureaucrates confortablement installés en Europe, joue en fait un rôle policier, pour museler la communauté ouvrière émigrée algérienne. Son rôle est donc répressif et ne se distingue pas tellement d’autres amicales fantoches, comme celle des Marocains en France, et celles encadrant les Marocains en Belgique, Hollande et Allemagne Fédérale.

Loin de diriger la lutte pour la revendication des droits sociaux des émigrés algériens, le rôle de ces bureaucrates et notables de l’Amicale, ne consiste au contraire qu’à temporiser, conseiller la « modération », la « pondération », si ce n’est la soumission aux travailleurs algériens au moment de leurs luttes.

Ceci afin de ne pas ternir l’image de marque du Pouvoir algérien qui a exporté « sa » main-d’œuvre pour se faire exploiter par les capitalistes européens. Belle option « socialiste » en effet, que de continuer à exporter les forces vives du pays. Certes, l’Algérie a suspendu l’émigration vers la France, mais ceci n’est que provisoire. Ce n’est pas un arrêt définitif, ni total, dans la mesure où elle continue vers d’autres pays et où on attend la levée de l’interdiction par le gouvernement français sur l’immigration en France, pour reprendre le mouvement.

Responsabilités post-coloniales

On répondra peut être aussi qu’à la veille de l’indépendance de l’Algérie, arrachée de haute lutte par le peuple algérien frère, avec sa composante émigrée en France, et le soutien, notamment du peuple marocain et du peuple tunisien, l’émigration constituait un legs, un héritage de la colonisation. Mais on ne peut invoquer cet argument indéfiniment, car c’est méconnaître les responsabilités du gouvernement algérien, spécialement depuis juin 1965, dans l’intensification du phénomène.

Et aujourd’hui, pour tenter de « résoudre » le problème du chômage, le même gouvernement fait appel au capitalisme international, pour faire de l’Algérie une base de l’industrie de sous-traitance, répondant non pas aux besoins de la population algérienne, mais à ceux des monopoles internationaux. Voilà une autre option « socialiste » du Pouvoir Algériens, pour édifier ceux qui ne le savaient pas.

Tous les acquis, faut-il le rappeler, ont été arrachés par les travailleurs émigrés algériens, organisés au sein des syndicats combatifs français comme la C.G.T et la C.F.D.T. C’est cette solidarité active dans la lutte par l’ensemble de la classe ouvrière en France, sans distinction de nationalité, qui a donc permis d’arracher des acquis et nullement l’ « action » des nantis de l’Amicale. Rappelons seulement pour mémoire la lutte tenace des travailleurs algériens, marocains et tunisiens aux usines Pennaroya, avec la solidarité active de leurs camarades français et les autres travailleurs immigrés, malgré les appels insistants à la modération de l’Amicale et les intimidations policières de ses agents.

Les travailleurs émigrés algériens savent donc faire la différence entre ceux qui les aident dans la lutte pour leurs revendications et ceux qui cherchent au contraire à les détourner. Or l’Amicale ne cherche à encadrer et à « mobiliser » la totalité des travailleurs algériens que pour les immobiliser. Par conséquent, ces bureaucrates ne sont nullement habilités à parler en son nom.

La communauté algérienne en Europe, qui sait ce qu’a couté pour elle la lutte pour la libération nationale de l’Algérie, ne peut être que solidaire des travailleurs marocains qui luttent actuellement, avec l’ensemble de leur peuple, pour le parachèvement de l’unité territoriale du pays. Elle ne tombera pas dans le piège de l’Amicale, repris malheureusement par la presse démocratique en France, qui tente d’accréditer l’idée qu’il y a un régime socialiste en Algérie et que l’action actuelle du Maroc, ne vise en fait qu’à renverser celui-ci.

Abdelkrim Belguendouz

  « Al Bayane » n° 284,
28 novembre 1975

 

 « Balaie d’abord devant ta porte ! »

« Al Bayane » 27 décembre 1975

Depuis trois semaines pratiquement, des appels réitérés ne cessent d’être lancés par des organisations algériennes à l’adresse de leurs « homologues » marocaines : l’UNJA pour les étudiants et la jeunesse marocaine en général, l’UGTA pour les travailleurs marocains, l’Amicale des Algériens en Europe pour nos émigrés, les intellectuels algériens pour nos écrivains, etc…

Or tous ces appels sont « téléphonés », téléguidés par le pouvoir et n’ont rien de spontanés. Dés lors, devant la multiplication de ces appels en provenance d’organisations de « masse » !, inféodées au pouvoir algérien, on a envie de répondre : « il n’y a pas d’abonnés au numéro que vous demandez ».

De plus, on peut ajouter à ces dites organisations, à l’APS, à El Moujahid et à Radio Alger, qu’il est inutile de faire d’autres numéros. Car les Marocains, de façon unanime-sauf quelques rares brebis galeuses, achetées par des Dinars- ont démontré leur volonté inébranlable de récupérer le Sahara Occidental usurpé au Maroc par le colonialisme franquiste. Et ce n’est pas le pouvoir en Algérie qui va arrêter la marche de l’Histoire. Bien plus, par ses agissements irresponsables, il ne fait que s’enliser dans l’erreur, car les masses populaires en Algérie ne sont pas dupes. Elles savent que le Pouvoir en Algérie a des prétentions hégémoniques et que ce n’est pas tellement le sort du « Peuple » sahraoui qui lui importe.

Par ailleurs, le peuple marocain, dans tous ses composantes, est mûr pour suivre la voie qu’il estime conforme à ses convictions. De ce fait, il n’a nullement besoin des conseils du pouvoir en Algérie et de ses courroies de répression que nous connaissons. De plus, et c’est l’occasion de le rappeler, nous dirons à ceux qui nous menacent de « l’exportation de la révolution », deux choses :

– Avant de prétendre l’exporter, il faut d’abord réaliser la « révolution » chez soi.

– Encore faut-il trouver un importateur. Or, une nouvelle fois, nous dirons que le peuple marocain est capable de choisir tout seul sa propre destinée et il l’a démontré notamment avec la « Marche Verte» historique. Il compte, par contre sur la fraternité du peuple algérien, pour l’aider à franchir pacifiquement cette étape décisive pour le parachèvement de l’intégrité territoriale du Maroc. Nous sommes sûrs également que le peuple algérien frère désapprouve totalement les mesures vexatoires contre les Marocains en Algérie et leur expulsion massive du pays, surtout quand on prétend, comme le déclarent les dirigeants algériens, vouloir faire « le Maghreb des Peuples et non celui des Etats ».

Abdelkrim Belguendouz

« Al Bayane », 27 décembre 1975

Pour le respect de la dignité et la sécurité des Marocains en  Algérie

 « Al Bayane » 28 décembre 1975

Les responsables algériens perdent la raison, en même temps que la mémoire. L’expulsion massive des paisibles Marocains installés légalement en Algérie, ne peut s’expliquer que par le désarroi du gouvernement d’Alger, devant la réussite de la Marche Verte historique et la concrétisation sur le terrain, de l’accord tripartite conclu entre notre pays, la Mauritanie et l’Espagne, comme vient de le constater la presse internationale lors d’une récente visite.

Ces mesures d’expulsion et d’exactions multiples, constituent un signe de faiblesse du pouvoir algérien devant la juste cause du Maroc, fort de son droit internationalement reconnu et décidé à récupérer pacifiquement le Sahara Occidental marocain, usurpé par le colonialisme franquiste.

Le comportement inhumain des autorités l’Alger, rappelle par ailleurs la pratique colonialiste durant la guerre de libération nationale en Algérie, lorsque des centaines de milliers d’Algériens furent contraints par la force à se réfugier en Tunisie ou au Maroc, qui ont rempli leur devoir de solidarité avec un peuple frère en lutte pour sa liberté. Et pourtant, ce n’est pas au « clan d’Oujda », actuellement au Pouvoir en Algérie, que l’on va rappeler ces faits.

Mais l’ironie des choses et le comportement hystérique des autorités d’Algérie, veulent que la ville d’Oujda et tout l’Oriental, qui constituaient pour la Révolution Algérienne un vaste camp de solidarité et une base logistique et matérielle, soient transformés maintenant en un camp de larmes et de souffrances, du fait de la dislocation de milliers de familles et de la perte de leurs biens.

C’est là un procède indigne de la part de ceux qui prétendent par ailleurs être des révolutionnaires et œuvrer pour le socialisme. Cette pratique inhumaine les disqualifie et montre que le Maghreb des peuples dont ils osent parler, n’est qu’un slogan creux, destiné à cacher leurs sentiments hégémoniques.

Le gouvernement algérien qui – à juste titre- a revendiqué pour la communauté algérienne en France le droit de vivre dans la dignité et la sécurité, oublie ce principe élémentaire lorsqu’il s’agit en plus de ressortissants dont le seul crime est d’appartenir à un pays frère, qui a décidé de parachever son intégrité territoriale et de faire partie d’un peuple qui s’est mobilisé de façon unanime pour la réaliser.

Si le gouvernement algérien, à court d’arguments sur la question du Sahara Occidental marocain, attend par sa pratique irresponsable, que notre pays utilise des moyens similaires, nous lui disons qu’il se trompe lourdement, car le Maroc ne s’abaissera jamais à ce genre de pratique.

La communauté algérienne vivant au Maroc se trouve dans un pays frère et ami, qui croit aussi bien dans le Maghreb des Etats (en ne s’ingérant pas dans les affaires d’autrui), qu’en celui des peuples. De ce fait, elle a droit à tous les égards et en premier lieu, le droit au respect de la dignité de la personne et de la sécurité des biens.

Abdelkrim Belguendouz

« Al Bayane », 28-29 décembre 1975

 

Du « Maghreb des Peuples »
au « Mahgreb des ouvriers et fellahs »

 « Al Bayane » 29 janvier 1976

Dans sa dernière édition à Paris, le bimensuel « l’Algérien en Europe », organe de « l’Amicale des Algériens en Europe », a cru devoir reproduire tardivement l’information suivante, communiquée déjà il y a longtemps par le « chantre du Tiers monde », à savoir « El Moujahid » et sa nurse l’A.P.S :

« Le 11 décembre dernier, deux ouvriers algériens, Hafsi Djilali et Yasref Tayeb, ont été expulsés de Perpignan et reconduits au poste frontière franco-espagnol du Perthus.

Depuis le mois d’août 1975, on assiste à des refoulements systématiques et à de nombreuses expulsions injustifiées de ressortissants algériens du territoire français, mais le cas de ces deux compatriotes présente un caractère exceptionnel. En effet, leur expulsion vers l’Espagne est contraire à tous les usages internationaux. Il s’agit d’un fait d’autant plus grave, à un moment où une certaine tension créée par le problème du Sahara occidental, rend extrêmement difficile le transit des citoyens algériens par l’Espagne et le Maroc.

L’Amicale des algériens en Europe s’élève contre de telles pratiques utilisées contre les ressortissants algériens, en violation des lois du pays d’accueil et des règles internationales ».

Cette nouvelle de l’Amicale des Algériens contient purement et simplement des mensonges. Si l’on ne peut être que solidaires avec les travailleurs algériens en France, victimes au même titre que leurs frères marocains émigrés de l’exploitation capitaliste et des exactions de la police française, on ne peut par contre, accepter certaines allégations tendancieuses, qui constituent tout simplement des mensonges et une incitation à la haine entre les communautés algérienne et marocaine en France, qui ont pourtant des intérêts de classe communs.

En formulant sa protestation, l’Amicale des Algériens en Europe n’est pas logique avec elle-même et fait des amalgames très faciles. De plus, c’est une réaction de crainte devant la vérité qui la pousse à travestir la réalité.

En incitant les travailleurs à ne pas transiter par le Maroc, l’Amicale et le pouvoir algérien derrière elles, ont en fait, peur que les émigrés algériens ne se rendent compte de l’intoxication dont ils sont l’objet, par l’intermédiaire de la presse et de la radio algériennes, ainsi que de tous les bureaucrates de l’Amicale. S’il passent par le Maroc où ils ont été, sont, et seront toujours les bienvenus, les travailleurs algériens en Europe s’apercevront sur place que la communauté algérienne vivant au Maroc est bien traitée, contrairement aux mesures ignobles prises par le Pouvoir Algérien contre les ressortissants marocains en Algérie, et c’est justement pour cacher ces expulsions massives et les scènes de désolation quotidienne à la frontière, où des milliers de familles furent séparées de façon inhumaine, que l’Amicale a voulu pratiquement interdire aux travailleurs algériens le passage par notre pays.

Et qu’on ne dise pas, comme l’écrit l’éditorial d’« El Moujahid » du 13 janvier, que tout ceci n’est qu’«une véritable campagne internationale de « pleurs » et de « calomnies ( !) » ; car pour ce prétendu champion du « Maghreb des Peuples », les décisions prises par le Pouvoir révolutionnaire, ne constituent en fait que : « la régularisation de la situation des ressortissants marocains résidant en Algérie, processus exigé par des motifs élémentaires de sécurité ».

Il y a dans ces simples phrases une multitude de contre-vérités.

Tout d’abord, comment « El Moujahid » qui combat sur ce point la vérité, ose-t-il encore prétendre qu’il n’y a pas eu une campagne systématique d’expulsion des Marocains, au nom du « Maghreb des Peuples » bien entendu ? La Croix Rouge Internationale, qui a constaté ce fait et déployé tous ses efforts aux côtés des autorités marocaines, des partis politiques et de la population marocaine pour soulager les expulsés du Pouvoir Révolutionnaire, participerait-elle également au « dénigrement de la révolution algérienne » ?

De plus, lorsque le Pouvoir algérien prétend parler de simples régularisations, il faut être clair. Pourquoi a-t-on attendu ce moment pour s’apercevoir qu’il y avait 40.000 « irréguliers » ? En fait, il n’y a pas
d’« illégaux » ou de « clandestins », auquel cas, ce serait l’administration algérienne elle-même qui serait clandestine, dans la mesure où elle aurait toléré, des « irréguliers ». Or ce procédé ne trompe personne. Le « Pouvoir Révolutionnaire » algérien a pris ces mesures au  mépris des règles les plus élémentaires de l’hospitalité vis-à-vis d’une communauté laborieuse sœur et en violation des règles internationales les plus simples. On aurait aimé que  l’Amicale s’en souvienne, lorsqu’elle invoque celles-ci à propos des deux Algériens expulsés arbitrairement de France, car les principes ne doivent pas être avancés à sens unique.

Ceci dit, et comme « Al Bayane » l’a maintes fois précisé, nous rappelons à « El Moujahid », que les Marocains sont les bienvenus dans leur patrie, à laquelle ils sont restés attachés et que nous n’avons nullement besoin de mendier le « Pouvoir révolutionnaire » pour que nos compatriotes aillent « survivre  humainement » en Algérie, qu’ils ont pourtant considérée comme leur seconde patrie. Sur ce point, nous partageons entièrement une proposition, déjà énoncée par ailleurs, et consistant à peupler notre province libérée du Sahara par les travailleurs marocains expulsés d’Algérie, dont la seule « atteinte à la sécurité de l’Etat » algérien, a été leur fidélité à leur patrie.

Tout le monde sait aussi que pour un Etat qui se respecte, il n’est pas nécessaire que les ressortissants étrangers perdent leur nationalité pour que leur simple dignité soit reconnue. Au Maroc, le respect de la dignité de la communauté algérienne sœur ne passe pas par la perte de l’algérianité de celle-ci.

De toutes les façons, ce n’est pas l’octroi de la nationalité algérienne à un certain nombre de Marocains, qui va nous faire oublier les mesures inhumaines prises contre les travailleurs marocains en Algérie et leurs familles et nous faire accepter l’idée, comme le prétend le ministre algérien de la justice, Boudlem Benhamouda, que : « l’Algérie croit et œuvre à l’édification d’un Maghreb d’ouvriers et de fellahs » (voir El Moujahid du 15 janvier 1976).

Ce n’est là qu’une nouvelle version hypocrite de la formulation non moins hypocrite de « Maghreb des peuples ».

Que le ministre algérien de la justice et garde des sceaux sache que parmi les expulsés du Pouvoir algérien, il se trouve un très  grand nombre d’ouvriers et que la marche populaire, organisée pacifiquement pour libérer les provinces du Sahara, était composée essentiellement d’ouvriers et de fellahs. Voilà la leçon à retenir, n’en déplaise à lui, ainsi qu’à l’Amicale des Algériens en Europe.

Abdelkrim Belguendouz

« Al Bayane », n°332

du 29 janvier 1976

 

Mobiliser la communauté marocaine à l’étranger

pour la défense de notre intégrité territoriale

 « Al Bayane », 13 août 1991

La toute récente réunion du comité Central du P.P.S a été consacrée fondamentalement à la question de l’intégrité territoriale du Maroc et à la réflexion sur les voies et moyens à réunir pour le triomphe final de notre peuple, dans le cadre de la prochaine bataille référendaire, ayant trait à nos provinces sahariennes récupérées.

Le rapport présenté au nom du Bureau Politique par le camarade Ali Yata, secrétaire général du Parti et adopté à l’unanimité par les membres du comité central, contient une série de propositions à mettre en œuvre pour assurer la victoire définitive du Maroc dans la bataille référendaire dans un élan unanime. Parmi ses suggestions, tendant à la mobilisation de toutes les énergies et potentialités nationales au service de la cause nationale sacrée, la référence a été faite à la communauté marocaine à l’étranger, aux structures diplomatiques et consulaires du Maroc à travers le monde et à toutes les institutions du pays à l’extérieur.

Si l’on veut concrétiser cette proposition, il s’agit en fait de l’adoption d’un plan d’action par l’Etat, les forces nationales et patriotiques et tous les segments de notre société, chacun devant apporter son concours dans un cadre unitaire. En effet, le référendum de confirmation de la marocanité du Sahara, dans lequel s’engage notre pays, n’est pas une simple formalité exempte de tout danger ou risque, même si chaque Marocain est confiant dans le résultat final.

Les ennemis et adversaires de notre intégrité territoriale n’ont pas désarmé, et il y’a tout lieu de penser qu’ils vont tout mettre en œuvre pour tromper l’opinion publique internationale et empêcher la tenue du référendum, dont ils craignent les résultats. Outre l’agitation à l’extérieur des sécessionnistes, la mise en branle de « comités de vigilance », et la réactivation d’associations de soutien aux séparatistes, sont des indices révélateurs et imposent au Maroc, toutes tendances confondues, d’unifier les efforts pour faire échouer le complot ourdi contre notre pays, afin de l’empêcher de consolider son intégrité.

Un programme anti-marocain

Comme l’a montré le secrétaire général du P.P.S, à la session extraordinaire de la Chambre des Représentants le 24 juillet 1991, tout un programme anti-marocain a été élaboré dans certains pays européens en particulier. Ce programme, sous forme de séminaires, tables rondes, journées d’études, rassemblements et autres réunions, part soit d’une haine viscérale à l’égard de notre pays, soit utilise les faiblesses et lacunes de la démocratie au Maroc ou de certaines atteintes aux droits de l’Homme, pour mener toute une campagne, dont l’objectif ultime n’est pas tellement la défense des droits de l’Homme, mais l’atteinte à la crédibilité du Maroc et à son intégrité territoriale.

Bien entendu, le meilleur moyen de couper l’herbe sous le pied à ces milieux, est de supprimer ces atteintes aux droits de l’Homme. Mais, l’application des droits de l’Homme, ne doit pas être observée seulement pour être bien vus de l’extérieur. Elle correspond en fait à une exigence de respect de la dignité de l’Homme, indépendamment du regard que les autres portent sur nous. Cette exigence de respect de la personne humaine et d’approfondissement des droits de l’Homme est une revendication du peuple marocain, et le P.P.S et sa presse l’ont toujours pris en charge, sans qu’il y’ait besoins de conseils paternalistes de l’extérieur, et encore moins d’ingérences manifestes.

Mettre en pratique un plan d’action et de communication

Par ailleurs, un véritable plan médiatique de communication, de conscientisation et d’explication, devrait être déployé à l’étranger, en s’appuyant notamment sur la présence de la communauté marocaine à l’étranger (cadres, étudiants, chercheurs, commerçants, travailleurs…). Ce plan d’action ne doit pas toucher uniquement la France, où s’agitent certains milieux manipulés par de hautes sphères, mais également l’Espagne, la Belgique, les Pays-Bas, l’Italie, le Danemark, la Suède, l’Allemagne, la Grèce etc… Pour ce faire, nous avancerons les propositions suivantes :

1- Les moyens nationaux d’information (journaux, radio) devraient tout d’abord toucher la communauté marocaine à l’étranger par des études, des analyses, et des articles sur la question de l’intégrité territoriale et tout ce qui a trait aux enjeux du référendum. Pour cela, des dossiers spéciaux devraient être élaborés par les instances concernées (ministère des Affaires étrangères, ministère de l’Information, ministère des Affaires Sahariennes, Parlement, partis politiques etc…) et publiés dans la presse marocaine, qui devrait parvenir à nos concitoyens à l’étranger, en utilisant même leurs adresses personnelles.

2- Des brochures sur l’intégrité territoriale du Maroc en langue adaptée à chaque pays étranger concerné, devraient être envoyées au milieu associatif marocain (le listing le plus large devrait être établi) : citoyens marocains ; ambassades ; consulats et toute représentation du Maroc à l’extérieur (RAM, Office du Tourisme, ODI, banques etc…). Ces brochures devraient permettre de toucher les plus larges secteurs de l’opinion publique dans les pays concernés (syndicats, partis politiques, O.N.G, élus…). Des cassettes vidéo contenant des témoignages sur les séquestrés de Tindouf, le retour à la mère-partie d’anciens responsables ou membres du soi-disant Polisario, les réalisations dans les provinces sahariennes, la session extraordinaire du Parlement etc… devraient également être envoyées.

3- Les bureaux à l’étranger de l’Agence Maghreb Arabe Presse (MAP) devraient être renforcés de manière exceptionnelle et dotés du maximum de moyens nécessaires pour mener des tâches précises :

– faire répercuter sur les agences de presse étrangères, les journaux nationaux dans les pays concernés, la presse locale, le maximum d’informations et d’analyses sur la question de l’intégrité territoriale du Maroc.

– Participer par des articles, des interventions radiophoniques (radio nationales, locales ou bien les radios libres) ou télévisées à la campagne d’explication à l’étranger. Toutes les relations professionnelles avec les milieux médiatiques étrangers devraient être utilisées. La participation de toutes les potentialités nationales marocaines devraient être assurées à cette action des bureaux de la MAP. Les ambassades et consulats devraient, bien entendu, prêter main forte.

4- Organiser à l’étranger des conférences, tables rondes, réunions d’information sur l’intégrité territoriale du Maroc, les problèmes de l’émigration, la construction de l’UMA, la situation du Maroc, les relations UMA-CEE etc…, auxquelles pourraient participer des hommes politiques marocains, des syndicalistes, universitaires et intellectuels nationaux, députés de la Chambre des Représentants. Des meeting peuvent-être encadrés de façon unitaire par les forces politiques marocaines. Ces manifestations peuvent être dirigées, soit aux secteurs étrangers, mais en collaboration et avec la participation active des cadres et associations d’émigrés marocains, en centrant bien entendu pour ce qui est destiné à l’opinion publique étrangère, sur le milieu associatif marocain crédible pour assurer le maximum d’efficacité.

Le ministère chargé des Affaires de la Communauté Marocaine à l’Etranger et la Fondation Hassan II pour les Marocains Résidant à l’étranger ont, à notre sens, un rôle urgent et important à jouer dans cette phase cruciale que traverse la question de l’intégrité territoriale du Maroc.

Voilà pourquoi, en coordination bien entendu avec le ministère des Affaires étrangères et de la Coopération en particulier et d’autres départements comme ceux de l’Information, l’Education Nationale, les Universités, les associations scientifiques, etc, et en s’ouvrant à toutes les forces vives du pays, qu’elles soient à l’intérieur du Maroc ou à l’étranger, devraient apporter une contribution particulière à ce plan d’action à l’étranger, au service de la cause nationale, à la mesure des défis que la nation marocaine doit affronter.

Abdelkrim Belguendouz

« Al Bayane », 13 août 1991

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