Incohérences et scandales

Incohérences

Chatar Said
Chatar Said

La tradition se fonde sur le bluff et l’incohérence, qui vont ensemble. Le bluff engendre forcément l’incohérence. Pour bluffer, on ne craint pas de penser n’importe quoi, de démentir ses gestes passés. Les actes ne sont pas en harmonie avec les paroles. L’intérêt fait faire volte-face aux pantins de la politique politicienne. On ne comprend plus rien à leur attitude. Le bluff est cause de tant de revirements, incompréhensibles si l’on ne tient pas compte de l’intérêt qui pousse les individus à se contredire.

N’a-t-on pas coutume d’attribuer au peuple les pires sottises qu’i faut mettre sur le dos de ses dirigeants. Toutefois, le peuple n’est-il pas pour quelque chose dans la puissance de ses dirigeants ? Ne fait-il pas leur force ? N’a-t-il pas sa part de responsabilité dans l’anarchie présente ? A ce propos, M. George ORWELL n’a-t-il pas dit : « un peuple qui élit des corrompus, des renégats, des imposteurs, des voleurs et des traitres n’est pas victime, il est complice ».

Les plus coupables, ce sont tous ces parvenus de la finance et de « trabendisme », de la politique, de la justice, qui abusent de la crédulité du peuple. Ce sont les élus du peuple, et ils agissent contre le peuple, ils sont ses délégués, et ils desservent ses intérêts, l’oppriment, l’emprisonnent et le bâillonnent.

Une société où le peuple est dirigé dans sa grande majorité par une élite de parvenus, de politiciens autoritaires au bénéfice des « trabendistes », est pleine d’incohérences. Elle est comique malgré tout ce qu’elle contient de tragique et de douloureux. On réclame la justice, et aussitôt on l’étouffe pour cacher la vérité. L’incohérence est dans la politique, dans la magistrature où elle s’étale cyniquement. La magistrature, instituée pour punir la coupable, condamne aujourd’hui l’innocent. C’est son unique besogne. Cette justice de classe défend sa propre cause. Les juges sont de bas inquisiteurs qui s’inclinent obséquieusement devant les puissants, s’acharnent après les faibles et les innocents. Chacun sait cela. Certains le disent tout bas ; tandis que d’autres le disent tout haut. Quelques-uns l’écrivent.

La magistrature est dans le mouvement poursuivant son œuvre d’incohérence. Elle favorise l’iniquité sous le masque de la loi. Les condamnés qui déplaisent au pouvoir sont mis au régime de droit commun. Ils ne bénéficient d’aucune grâce. C’est l’acharnement de toute une classe contre ceux qui osent « penser ». Si elle est sans pitié pour ceux qui ne lui ménagent pas leurs critiques, elle est pleine de sympathie pour les êtres tarés et vicieux qui la composent.

Par la faute de ses dirigeants, la magistrature n’échappe pas à loi d’incohérence et de médiocratie qu’on  retrouve dans tous les domaines. Notre société est pleine d’individus aux gestes incohérents, qui ne savent ni ce qu’ils disent, ni ce qu’ils font.

Scandales

Quand le moment où l’on ne peut plus cacher la vérité arrive, l’incohérence et l’équivoque ne suffisent plus. Elles sont impuissantes à contenir l’impatience populaire. Les « trabendistes »  et autres dirigeants arrivistes retardent jusqu’au bout l’heure de la vraie justice, c’est-à-dire celle qu’ils ne peuvent pas corrompre, celle qui n’accepte aucun privilège ni avantage de leur part.

Le scandale éclate malgré tout ce qu’ils font pour l’étouffer. Incohérences, bluff, sabotages, équivoques, aboutissent au scandale qui appelle le scandale. Et nous en avons pour longtemps encore. C’est pour cela qu’il faudra s’efforcer de dégager le sens de ces scandales, œuvres de ceux qui représentent l’ordre et l’autorité : légitimité et légalité.

Le vrai scandale, c’est de mentir au peuple avec des mots. C’est de lui parler de vertu et d’honneur sans être honnête et vertueux. Il convient d’avoir présents à l’esprit tous les scandales, financiers et mondains, où les dirigeants, compromis, continuent à se compromettre en essayant de les étouffer. Chaque jour se lève sur une découverte sensationnelle grossie à plaisir par une presse à l’affût des faits divers. D’autres fois, soudoyée, cette même presse écourte ce qui mérite d’être commenté longuement. Toutefois, malgré tant de forces coalisées pour étouffer la lumière qui, quoiqu’il en soit,  vient à son heure.

On a beau entasser faux témoignages sur faux témoignages, mensonges sur mensonges, la vérité attend son tour qui vient toujours le dernier. Ceux qui l’ignorent la pressentent, savent qu’elle n’est pas loin. Ceux qui contribuent à son triomphe sont contents et fiers. Mais il leur en faudrait beaucoup pour venir à bout des scandales qu’engendrent l’égoïsme et la vanité, la bassesse d’âme et la corruption.

Enfin, la vérité finit toujours par se manifester et éclater devant l’inconscience des juges et des magistrats qui essaient de tenir toujours en réserve un scandale, afin de détourner l’attention de scandales dangereux pour les « trabendistes », les arrivistes, les parvenus de la rente et de la politique politicienne, partisans d’un régime d’équivoques et d’incohérences.

Saïd  CHATAR

 

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