La politique de « la pastilla et le méchoui »

Chatar Said
Chatar Said

La politique de « la pastilla et le méchoui » est, en un langage imagé, la condamnation de la politique politicienne et ses acteurs. Ainsi permettons-nous de désigner la soif de pouvoir qui caractérise la génération présente. Chacun veut avoir « la pastilla et le méchoui ». Ceux qui les tiennent ne veulent pas les lâcher ; mais comme ils les avaient volés eux-mêmes, il faudra bien qu’ils soient volés, à leur tour. Nous assistons à la lutte qui se livre entre ceux qui veulent conserver le plus longtemps possible « la pastilla et le méchoui », et ceux qui estiment que leur tour est venu de les prendre. Cette lutte s’appelle la politique politicienne. On se bat pour obtenir sa part de butin. C’est à qui prendra le plus vite la première place, et on n’hésite sur aucun moyen pour y « arriver ». Tout est bon pour celui qui aspire à diriger.

Les candidats à la politique de « la pastilla et le méchoui » sont nombreux dans la société. Dès qu’il s’agit de voler en famille politicienne, tous les partis de la politique de « la pastilla et le méchoui » se réconcilient. Mais au fond, c’est toujours la démocratie qui paie les « pots cassés ». C’est elle qui fait les frais du festin, sans y prendre part. Quand le peuple comprendra-t-il qu’il doit se désintéresser une fois pour toute de la politique politicienne et de ses acteurs, s’il veut arriver à quelque chose ? Certes, s’il parait s’en désintéresser, ce n’est pas pour laisser s’accomplir sans protester les pires forfaits. Il doit s’indigner et se révolter. Il ne se désintéresse pas des méfaits, des forfaits de la politique. Mais il se désintéresse de faire de la politique politicienne de carrière sous le règne de la bourgeoisie trabendiste et des dirigeants corrompus qui ne connaissent que leurs intérêts qu’ils confient aux politiciens. Ceux-ci se chargent d’asservir le peuple.

Cependant, le peuple refusera de prendre part aux querelles des partis dont le parlementarisme, l’étatisme…, ne peuvent rien pour son évolution. Toutefois, le peuple qui se désintéresse de leur régime politicien, estimerait-il qu’une monarchie absolue « démocratique » vaudrait mieux qu’un régime sous le règne des partis de la politique de « la Pastilla et le méchoui » ? Croirait-il que cette monarchie absolue « démocratique » qui emprunterait à la démocratie ce qu’elle aurait de meilleur, chercherait à contenir dans de justes limites la bourgeoisie des « trabendistes » et des parvenus ? Serait-elle sociale, en harmonie avec l’évolution, tandis qu’un régime dirigé par les partis des trabendistes et des fonctionnaires corrompus, ne retiendrait du passé que ses erreurs, le continuerait sans rien y ajouter ?

C’est le raisonnement que certains esprits, qui se prennent pour des partisans de l’évolution et du progrès, voudraient voir se généraliser, se démocratiser. Cependant, l’avenir est-il aux esprits hardis qui ne craignent pas d’observer la réalité, de dégager toutes les conséquences qui en résultent ? Cette réalité qui consiste en la lutte des partis, en la politique sans conscience, qui n’a que des promesses à faire aux esprits avides de conclusions.

Aujourd’hui, des « courants » se forment au sein de la société civile à travers des associations ;  Il en est qui finissent par se rejoindre. Beaucoup, qui s’accordent à reconnaitre que ce régime de la politique politicienne de « la pastilla et le méchoui » ne vaut rien, ne s’entendent plus dès qu’il s’agit de trouver une formule meilleure, correspondant à un nouvel état de choses. Les monarchistes absolutistes cesseraient d’être réactionnaires au moment où les partis et leurs apparatchiks politiciens le deviendraient. Le reste du peuple accepte et refuse à la fois leur concours. Il y a autant de formules que d’individus, de nombreux antagonismes surgissent. Mais ces divisions et cette dispersion servent-elles la cause de l’idéal ?

L’idéal qui est pratique et réel, n’a rien à voir avec « l’idéologie ». Si « les idéologues » sont pratiques à leurs manières en promettant tout pour obtenir la direction de l’Etat, les réalistes estiment qu’être pratiques c’est renoncer à l’égoïsme, à l’indifférence, à l’inertie, à l’immobilisme. C’est un réalisme qui n’a rien à voir avec l’arrivisme des politiciens qui sont au service des  «trabendistes» et des parvenus. C’est un intérêt qui a un sens plus élevé que celui des médiocres. L’intérêt vulgaire commande de prendre « la pastilla et le méchoui », de s’imposer à force de violence, de ruse et de mensonge ; l’intérêt supérieur exige de renoncer à « la pastilla et le méchoui », de chercher dans la vie même, un idéal d’harmonie et de sérénité, et de n’admettre comme passions, comme sentiments, comme gestes, que ceux qui peuvent quelque chose pour l’affranchissement de l’homme et son progrès.

On constate beaucoup d’impatience dans les gestes de ceux qui espèrent substituer à l’intérêt de la politique politicienne l’intérêt de l’idéal. « Trop d’impatience, leur crient leurs adversaires. Attendez. L’heure n’est pas encore venue. Nous vous parlons le langage de la sagesse ». En attendant, ils remplissent leurs poches. Ils tiennent et ne lâchent pas « la pastilla et le méchoui ».

Saïd  CHATAR

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