L’éducation des jeunes et le fanatisme religieux en Europe

Saïd Chatar
Saïd Chatar

A la suite des événements dramatiques survenus à Paris, j’ai trouvé opportun de prendre en considération dans la suite de ces lignes les jeunes générations issues de l’immigration qui montent en Europe en général, en Belgique en particulier. En effet, le problème de la compréhension mutuelle entre les différentes communautés et la symbiose de celles-ci vivant en Europe, se dessine, d’abord et avant tout à l’école où le dialogue devra être mené entre les élèves de différentes confessions d’un côté, entre les élèves et les parents de l’autre. A cet effet, pour ne pas subir la contagion des conflits du Moyen et Proche Orient, il faut y déployer et mobiliser en matière religieuse une communauté éducative issue de l’immigration formée en Belgique et non pas à l’étranger. A ce propos, outre l’école, les associations et les partis politiques démocratiques, vont-ils enfin s’occuper plus sérieusement de l’encadrement, l’accompagnement, l’intégration des jeunes tentés par la drogue, la délinquance, le terrorisme…

Ainsi faudra-t-il absolument que l’éducateur, l’animateur et le politique doivent agir de concert pour armer les jeunes esprits contre les dangers engendrés par les idées facho-obscurantistes importées des pays du golfe, et les préparer à vivre dans les valeurs de la société dans laquelle ils vivent : laïcité, libre et réaliste pensée, multicultualité, multiculturalié, multipartisme…

Bien sûr, cette guerre à large spectre, sera longue et prendra une allure de plus en plus âpre et totale. Car, dans l’ordre des causalités essentielles, une évidence s’impose : il n’y aurait pas eu d’activisme islamiste à travers le monde, sans interférences de certains pays « riches » du golfe, avec des problèmes socio-économiques, entre autres, que des jeunes subissent en Europe en général, et en Belgique en particulier. C’est un véritable fléau qui s’abat sur les pays d’accueil en embobinant les jeunes et en aveuglant ceux dont les motivations égoïstes et mercantilistes occultent les dangers. Ainsi n’est-il pas inutile de rappeler au lecteur que, récemment encore, l’émir d’un pays de la région du golfe s’est allié avec l’OTAN, et plus particulièrement avec Nicolas Sarkozy et David Cameron pour substituer l’anarchie et le chaos des barbus facho-obscurantistes au régime de Kadhafi. Le même OTAN n’a-t-il pas répété la même erreur stratégique en s’accordant avec des facho-obscurantistes soutenus par les pays du golfe, contre le régime baasiste laïcisant de la Syrie pour, soi-disant, la démocratiser ?

Cultuellement, culturellement, philosophiquement et politiquement, « l’Islam » des pays du golfe et le reste du monde sont réciproquement incompatibles, et la cohabitation civile, la tolérance inter-religieuse, le dialogue interconfessionnel, sont impossibles et suicidaires. Dorénavant, il faudra choisir entre les deux approches d’interprétation de l’Islam : le wahhabisme ou l’averroïsme (Ibn Rochd Averroès).

Soutenu d’abord par l’impérialisme anglais, ensuite par certaines composantes anticommunistes primaires de l’administration américaine, puis plus tard par les maccartistes et les néo maccartistes entre autres, le wahhabisme n’a-t-il pas conduit l’Islam qui, à l’instar des autres religions monothéistes, est une religion d’origine sémite et universelle, vers un sous culte ou plutôt vers une sous culture intransigeante et hostile à toute cohabitation avec d’autres confessions. Il ne comprend pas bien le 21ième siècle, vit en isolement communautaire et n’accepte pas le monde qui évolue. Il est étranger à la modernité, bref il est en révolte contre le progrès. Cette hostilité se commue en haine vis-à-vis des convictions modernes de la société et de l’Etat. Et là où il prend racine, sa stratégie vise à supprimer les autres courants de pensée, musulmans ou non (laïques, libéraux, socialistes…). D’ailleurs, n’est-il pas, pour une grande partie, à l’origine de l’échec de toutes les formes de coexistence et d’intégration expérimentées jusqu’ici, de la diaspora musulmane en Europe comme dans le reste du monde.

En dépit de ce bref et sombre aperçu que j’ai donné sur le wahhabisme et ses interférences dans les affaires religieuses des pays d’accueil, nos enfants qui sont à l’école en ce moment, aussi bien de « souche » belge que ceux issus de l’immigration auront moins de raisons que les adultes d’aujourd’hui de s’ignorer et moins d’excuses s’ils se méprisent réciproquement : ils trouveraient un pays beau et installé, développé et jouissant d’une stabilité politique et institutionnelle, qui aurait fait oublier les quiproquos et les incompréhensions du début. Encore faut-il que, dès l’école, ils aient reçu quelques enseignements qui les prédisposent à s’entendre et les préparent à leur collaboration future.

L’école, qu’elle soit d’ailleurs publique ou privée, par destination, ne joue pas d’autre rôle que celui d’agent de médiation et de rapprochement entre les différentes communautés cohabitant désormais en Belgique. Qu’elle enseigne aux enfants les langues (surtout française, néerlandaise et allemande), les connaissances usuelles ; elle s’applique à toute heure à faire comprendre à ses élèves les différentes civilisations, bien sûr, occidentales, mais aussi orientales et autres, et à les préparer à une participation plus intime aux travaux de demain.

L’école doit maintenir ses élèves dans la culture qui reflète la Belgique d’aujourd’hui le plus possible. C’est là sa mission essentielle. Il ne faudrait pas cependant qu’elle oubliât de parler des autres communautés (marocaines, turques, et autres) à ses élèves et des devoirs sociaux que crée la juxtaposition des populations différentes vivant sur un même territoire. C’est là un point d’autant plus important que les enfants sont instinctivement portés à se méconnaître et, de là à se mépriser. Les inconvénients qui résultent de cet état d’esprit sont apparents. Les enfants ne travaillent pas en classe comme ils le pourraient et ils se professaient volontiers les uns envers les autres des sentiments dépourvus de générosité.

On peut et on doit par conséquent, les détourner de ces sentiments. Sans doute l’enseignement qu’ils reçoivent à l’école et à la maison, doit les engager au respect constant de la personne humaine sans discrimination raciale ni religieuse. Encore faut-il insister auprès d’eux et les entraîner, dans les actes, plus encore que dans les paroles, à songer à communiquer et à dialoguer en vue de mieux se connaître, de se découvrir et de se respecter mutuellement.

Les faits connus des enfants et des adolescents, les événements de la rue, doivent constituer une illustration sans cesse renouvelée des principes proclamés dans les leçons de l’enseignement de l’école et les entretiens familiaux. Pour répondre à cette nécessité, les responsables de l’enseignement et de l’instruction publique doivent organiser dans les écoles et les lycées des temps de paroles pour réfléchir collectivement sur la fraternité, le respect de l’autre, la dignité de la personne humaine, des cours et des conférences ayant pour objet les civilisations en général, et leurs différents aspects en particulier : ce serait le meilleur moyen de combattre l’invraisemblable indifférence régnant entre les enfants des différentes communautés à l’exemple des adultes.

La comparaison constante entre des manières de vie différentes n’est-elle pas le meilleur moyen de cultiver de jeunes esprits ? D’ailleurs, il n’est pas que des différences à noter. Il est aussi des similitudes plus ou moins cachées à révéler, des évolutions retardées, des retours au passé qui peuvent donner à l’enseignement une richesse et une vie incomparables. Aussi ne serait-il pas préjudiciable pour nos enfants d’être privés par négligence, à l’école, des avantages que donne pour la formation de leur esprit, la présence d’une civilisation étrangère à la leur ?

C’est ainsi seulement qu’on puisse arriver à bout des préjugés qui dorment à demi dans les consciences des enfants. Mais n’est-il pas permis de penser que les enfants, s’ils y étaient poussés, finiraient par se considérer avec moins d’indifférence et se respecter mutuellement afin d’arriver à établir entre eux des rapports normaux.

Rapports normaux : le mot est lâché qui précise le but vers lequel doivent tendre toutes les bonnes volontés. Rapports difficiles à établir, il faut le reconnaître, du fait que les communautés en présence n’ont ni le même idéal, ni les mêmes habitudes de vie. La nécessité s’impose donc de ne pas aggraver par des préjugés de race ou de religion les différences multiples qui séparent ces communautés qui vivent côte à côte en Belgique mais qui s’ignorent. Au contraire, il convient de les atténuer en professant le respect de la personne humaine. Nous estimons pour notre part, que chaque être humain est formaliste, il est sensible aux bons procédés, et il est soucieux de sa dignité. En tenant compte de ces trois caractères (formalisme, sensibilité, et dignité), on gagnera rapidement la confiance et l’amitié des différentes communautés vivant en Belgique, et par conséquent leur intégration. Un proverbe oriental dit : «Blessure par le fer guérit, blessure par la langue ne guérit pas». Donc, plutôt le « Chat de Geluk » que « Charlie-Hebdo », car le premier préfèrent rire avec les musulmans au nez des extrémistes et des facho-obscurantistes, alors que le second provoque les musulmans et se moquent d’eux en tournant, à travers des caricatures satiriques violentes, le prophète Mohamed au ridicule. Cependant, je suis contre toute atteinte à la vie humaine. Saïd CHATAR

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