Démocratie

1ière partie :

Saïd Chatar
Saïd Chatar

« Peut-être sous l’aiguillon de la douleur, le peuple songera-t-il enfin à s’organiser et à revendiquer ses droits » ?

La démocratie ! Voilà un mot qui en dit long. Il est aussi vague que ceux de justice et de liberté chez les «bourgeois» qui les dénaturent. D’où la question suivante : sommes-nous en démocratie ? Peut-on appeler une démocratie une ploutocratie. Tant que le sort du travail sera entre les mains du grand capital et ses mafieux, la démocratie sera un rêve.

Le mot liberté a un sens qui contient une pensée réclamant des réalisations. Il est tout l’avenir. C’est un avenir de justice, qui naitra de la misère et de l’ignorance présentes finissant par engendrer la révolte, voire la révolution et le chaos. A force de souffrir il viendra une conscience au peuple. Et de la douleur naitra péniblement un monde nouveau qui consistera en la future « démocratie ». Au lieu de prendre la route qui y conduit, beaucoup s’égarent en cherchant à côté. Ainsi la démocratie paraît-elle reculer à mesure qu’on va vers elle. Elle exige de tels efforts d’harmonie et de lumière, qu’à certains elle semble presque impossible.

On se trouve dans une démocratie caricaturée, défigurée. On a devant soi un fantôme qui fait peur, tel un épouvantail qui agite les bras dans le vide et prononce des mots incohérents. La démocratie, c’est un être plus robuste, un être achevé qui possède toutes ses facultés, un être conscient se rendant compte de tous ses actes, ayant un but devant les yeux. Et pour qu’il vienne à nous, préparons-le. Préparons la maison où il habitera, le langage qu’il parlera, la science qui lui sera utile… Il faut qu’il sorte vivant de nos épreuves.

Il n’y a pas d’incohérents, de saboteurs, de parasites et d’opportunistes dans une démocratie. Il y a des hommes et des femmes dévoués qui créent une œuvre avec joie, qui collaborent avec enthousiasme à la même œuvre de bonheur, de la vie… Et, même si nous sommes loin de la démocratie rêvée, nous la portons dans notre cerveau. Ainsi, elle ne peut pas n’être qu’un rêve. En luttant et en unissant nos efforts, elle sera. Nous passerons par des « étapes » douloureuses, nous irons en tâtonnant dans la nuit, nous nous heurterons à toutes les barrières, nous souffrirons dans notre esprit et dans notre corps.

Il y a deux démocraties : celle que nous sommes en train de subir, et celle qui n’existe pas encore. Travaillons avec abnégation pour celle-ci en nous séparant des mensonges et des mystifications obscurantistes de l’autre. Travaillons pour la démocratie vivante qui est un idéal à atteindre. Car la première qui a la prétention de représenter l’ordre et l’autorité résulte d’une alliance entre le grand capital et ses politiciens corrompus.
En attendant la seconde démocratie qui n’existe pas encore, les bourgeois et les politiciens remplissent leurs poches et jouissent. Ils croient qu’après eux, ce sera le déluge. Ils profitent de la situation qui leur est faite ou plutôt qu’ils se sont faite, et profitent ainsi de cette situation privilégiée. Ils ont pour eux la justice et les tribunaux ; ils ont pour eux l’armée du capital, ils peuvent voler, assassiner en toute sûreté.

Il n’y a pas que cette fausse démocratie. Il y en a une autre. A ce propos, que penser d’une démocratie qui conserve dans son sein tous les préjugés, toutes les routines, toutes les illusions d’un régime qu’elle prétend avoir aboli ? Par son bluff qui saute aux yeux, ses contradictions flagrantes, on la trouve incohérente et cynique. Tout atteste que rien n’est changé dans le fond, seulement quelques modifications superficielles. Cette démocratie se croirait déshonorée si elle n’avait à exhiber aux yeux de l’étranger aucun mannequin officiel, aucun protocole suranné, aucune chamarrure de théâtre. La foule ne respecte pas ceux qui sont simples. Elle méprise les pauvres, et pourtant elle est composée en majorité de pauvres. Elle est fière de saluer les riches, les trabendistes, les parvenus et les politiciens. Elle stationne des journées entières aux portes des théâtres, des palais, des édifices, pour en voir sortir les gens de « la haute »… Avec cette mentalité, le peuple sera longtemps esclave.

Le peuple n’a-t-il pas ce qu’il mérite ? Ne devra-t-il pas se dépouiller de sa folie des grandeurs, de son respect pour les fausses gloires, de sa sympathie pour tout ce qui brille et miroite, s’il veut cesser de souffrir et de peiner pour les « privilégiés » ? Le peuple a-t-il assez souffert ? Peut-être sous l’aiguillon de la douleur le peuple songera-t-il enfin à s’organiser et à revendiquer ses droits ? Il faut, hélas, constater ces réalités.
Aujourd’hui nous avons une démocratie avec des politiciens, des trabendistes et des fonctionnaires dont les intérêts sont liés au grand capital. Nous avons une démocratie avec des décorations, une administration et une bureaucratie déconnectées des réalités nationales et en déphasage avec le monde actuel.

Est-ce là une démocratie vivante ? La démocratie selon nos rêves et la démocratie d’aujourd’hui ne se ressemblent pas. Elles ne procèdent pas d’une même conception de l’existence. Celle d’aujourd’hui est asservie à la loi du plus fort, à l’égoïsme du nombre, une démocratie de cadavres. Soyons sans pitié avec elle. Cette démocratie de parvenus, de trabendistes, de fonctionnaires corrompus et de politiciens mafieux, rétablit dans la société le règne de l’arbitraire et du bon plaisir, des courtisaneries et de toute la clique des quémandeurs officiels. En vain essaie-t-elle de dissimuler ses tares qui finissent toujours par être connues. Ce régime d’incohérence et de bluff ne fait que continuer l’ancien état de choses qui ne peut durer. La fausse démocratie doit disparaitre. La démocratie ne vivra que si elle fait de réels efforts, que si elle refuse de suivre les conseils de ses mauvais bergers, de ses faux apôtres.

La démocratie n’est pas une collection d’individus, qui s’attablent pour banqueter. Ce n’est pas un ventre uniquement. C’est aussi un cerveau. C’est une pensée. Le rôle des penseurs, des éducateurs, des hommes politiques dévoués, est d’arracher la démocratie aux bas instincts des « ventrocrates » pour l’élever à la vie de l’idée. Par la pensée, elle se rendra mieux compte de ses besoins matériels et elle fera l’effort nécessaire pour se mettre aux réformes. Le sort matériel de la démocratie est dans le cerveau des vrais penseurs, et l’avenir de la pensée est lié aux conditions socio-économiques d’une société meilleure.

Suite, la semaine prochaine
Saïd CHATAR

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