Quelques explications et un peu de pédagogie pour répondre aux fossoyeurs :

Islam de France: Constat et réalités amères

Hamid SOUSSANY
Hamid SOUSSANY

L’expression « l’islam des caves » ne désigne-t-elle pas un islam de la débrouillardise et du bricolage qui, faute de moyens, a conduit les pratiquants à transformer des garages et des caves en salles de prières?. Cette réalité existe et incontestable et elle est toujours en vigueur dans les quartiers HLM. De ce point de vue, en quoi c’est choquant de parler d’un islam pauvre. La polémique embryonnaire née sur ce qualificatif « pauvre » relève toute au plus du déni ou alors de la méconnaissance quand ce n’est pas de la mauvaise foi.

Si de constructions de mosquées ont pu se réaliser en France ces dernières années, avec des rythmes différents selon la volonté et les politiques de chaque municipalité, dans beaucoup de villes, le phénomène des prières de rue qui faisait surface, de temps à autres, est à ce titre révélateur du manque de salles de prières et du manque de mosquées digne de ce nom, avec notamment une capacité d’accueil en mesure de répondre au besoin des fidèles.

En France, la loi interdit tout financement des religions « la République ne reconnaît, ne salarie, ni ne subventionne aucun culte , sauf en terre concordataire, comme l’Alsace. Ainsi beaucoup d’organisations et d’associations musulmanes ont eu recours à des financements venus d’ailleurs, notamment auprès de l’Arabie saoudite, considérée premier donateur en France, et qui dispose d’un bureau de la ligue islamique mondiale dans la région parisienne. Le Qatar est bien placé aussi sur la liste des pays donateurs, ce qui a eu pour conséquence de poser des questionnements et des inquiétudes sur l’influence d’un islam wahhabite et rétrograde sur les musulmans de France. En effet, les Saoudiens dépêchent souvent, notamment en période du mois sacré du Ramadan, des prêcheurs saoudiens dans les salles de prière de France. La création de la fondation des œuvres de l’Islam en 2005, sous l’égide du Ministère de l’intérieur, avait pour objectif de permettre une transparence et de contrôler le financement. Cependant, cet objectif n’a jamais été atteint. Ce flux d’argent, dans certains cas, a donné lieu à des conflits au sein de certaines organisations et entre individus qui ont fini devant les tribunaux.

L’ignorance qui m ne la violence

A différentes occasions, notamment lors de l’expulsion de France d’imams fondamentalistes, des responsables ont pu dénoncer le recours à des imams venus des pays d’origine, qui méconnaissent, d’abord la langue française, la réalité des musulmans de France et les règles de laïcité et du vivre ensemble. Le manque d’encadrement de l’islam de France est une amère réalité, qui profite aux fondamentalistes et aux réseaux jihadistes pour enrôler des jeunes vers le départ dans des zones de conflit, comme la Syrie, l’Irak ou le Yemen, voir les retourner par la suite pour commettre des attentats en France, comme c’était le cas de Mehdi Nemouche ou les frères chouaki. C’est un souci permanent, qui ne date pas d’aujourd’hui, et c’est bien dans ce contexte que Jen-Pierre Chevenement avait déclaré. L’islam de France est encore b tir. Le probable de la formation des imams reste entier. Avec le temps, j’en suis venu à la conclusion que la création d’un institut de formation à Strasbourg était probablement la meilleure solution pour permettre une formation de haut niveau répondant aux critères républicains et par conséquent payés par l’État. On croira au paradoxe: il faudrait donc utiliser des dispositions héritées du Concordat pour faire naître en France un islam respectueux des valeurs et des règles de la République ».

La balkanisation de l’islam de France

C’est une réalité notoire de dire que l’islam de France est balkanisé, dans le sens où il est soumis à des tendances, en relation avec les pays d’origine ou sous influence d’organisations islamistes et politiques, comme c’est le cas de l’UOIF, considérée comme le prolongement des frères musulmans en France et en Europe. C’est bien dans ce contexte, que les pouvoirs publics français avaient créé en 1988 le CORIF ( Conseil de Réflexion de l’Islam en France). C’est en 2003, que le CFCM (Conseil Français du Culte Musulman)a vu le jour, sous la pression de Nicolas Sarkozy, à l’époque ministre de l’intérieur et des cultes, afin d’organiser et doter l’islam de France d’une représentativité sereine et responsable.

Hamid Soussany

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