Le Coran et la langue arabe? Des sujets qui font froid dans le dos!

Par Ikram Benaissa

Ikram Benaissa
Ikram Benaissa

Il semblerait que le témoignage du prince Laurent pour ses affinités avec le Coran et la langue arabe a surpris plus d’un. Et pour cause, ces deux thématiques sont reliées à l’islam, cette religion qui actuellement est devenue un synonyme des malheureux évènements qui se passent dans le monde et plus récemment, chez nous. Alors entendre un prince, et de plus, le prince des belges confessé sa passion pour cela, il y a de quoi avoir des frissons dans le dos.

Mais si l’on réfléchit un peu, cela peut-être en réalité, un moyen de faire face à ce que l’on pense, à ce que l’on retient de ce monde musulman et arabe et d’enfin s’ouvrir à d’autres réalités que celles du terrorisme et des extrémismes. Bien que ces nuances et ces différents aspects soit déjà connus par certains, plusieurs restent ignorants à ces thématiques. Et pour ces derniers, qui se retrouvent à contester cet islam, ce Coran qui selon eux, invite à la guerre, il est nécessaire de mettre en lumière les aspects d’humanité de cet ouvrage.

Pour les musulmans, l’islam, le Coran et la langue arabe sont plus que des slogans tels que : « Allahou Akbar » ou « Jihad ». Ces derniers se représentent le Coran comme un texte d’une sensibilité certaine, mettant en lumière plusieurs récits qui les inspire au quotidien. Cette relation subjective qui se créé entre le croyant musulman et ce Coran écrit en langue arabe n’est souvent pas compris par la majorité des musulmans belges. Pourquoi? Tout simplement parce que beaucoup de belges de confession musulmane ne parlent pas la langue arabe classique, et que de ce fait, la lecture de ce Coran se fait par ces derniers à travers une traduction, notamment en langue française.

A vrai dire et plusieurs en seront surpris, le principal message du Coran s’inscrit dans cette idée du « tawhid1 », du monothéisme. Un recensement souligne que le terme « harb » qui signifie « guerre » n’est cité que quatre fois dans le Coran et c’est à chaque fois, dans un contexte particulier, un contexte de guerre justement. Or, la racine « salam », qui signifie « paix » est présente plus d’une centaine de fois. Preuve qu’il serait intéressant d’analyser plus en profondeur ce texte.

D’autres questions surgissent à propos des déclarations du prince Laurent : Est-ce qu’aujourd’hui, il est inacceptable de croire en un au-delà ? De croire en une vie après la mort ? De s’intéresser à une civilisation qui au-delà de la langue et d’un livre sacré, a contribué de différentes manières, aux différentes sciences comme les mathématiques ou encore la médecine et la littérature ? Cette contribution nous permet de comprendre, que s’ouvrir à l’autre, c’est aussi contribuer à son développement personnel. Par exemple, les arabes de confessions chrétiennes et musulmanes sous l’époque Abbasside (750 à 956) se sont ouverts aux textes philosophiques et scientifiques de la Grèce antique. Ainsi, en apprenant la langue grecque afin de puiser le savoir et le point de vue de l’Autre, ils ont apporté et développer ces connaissances et ce, dans un contexte musulman. Cet apport sera par la suite traduit en latin et repris par l’Occident.

Cette ouverture linguistique, culturelle et spirituelle d’un territoire qui s’étant à plusieurs nations aujourd’hui, qui englobe plus d’un milliard et six cent millions d’habitants est effectivement, la contribution que chaque personne devrait faire à titre personnel pour le « vivre ensemble ». Comprendre autrui, sa réalité, ses points de vue permettent un rapprochement entre les humains. Ainsi, cette attitude que le Prince Laurent met en exergue est un exemple pour nous tous, et peu importe qui est l’Autre. Ici en l’occurrence, il s’agit du monde musulman, de cette population musulmane qui semble difficilement comprise par certains citoyens belges.

Mais au-delà de ce cas particuliers, s’ouvrir à l’autre, c’est s’ouvrir à soi-même. Malheureusement, nous avons encore beaucoup de chemins à faire pour arriver en ce sens, puisqu’aujourd’hui, nous sommes surtout dans cette idée de maintenir des valeurs et des idées dans certains domaines de la société belge. Néanmoins, cette façon d’agir ferme les portes à cette diversité belge plutôt que de s’ouvrir à toutes ces expressions. Entendons-nous, il s’agit de comprendre l’Autre, de saisir Sa réalité, par forcément d’être d’accord avec. Et c’est en cela, que la notion de démocratie est importante à maintenir, puisqu’il s’agit de permettre à ces réalités de vivre ensemble, mais pour cela, il va falloir faire le pas vers l’inconnu et mettre fin aux préjugés…

I.B

1 Unicité, fait référence à l’unicité de Dieu, Allah.

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