Les jeunes diplômés sans emploi se reconnaîtront

Ikram Benaissa
Ikram Benaissa

Nous avions pensé qu’étudier nous apporterait une meilleure vie. En fait, une vie tout simplement. Nous avions appris qu’il fallait réaliser des études et surtout, « faire ce que nous aimons ». C’est ce que nous avions fait : Etudier les sciences sociales, les sciences politiques, la philosophie, l’archéologie et j’en passe. Mais aujourd’hui, lorsque l’on observe les offres d’emploi, ce que la société semble aimer c’est surtout: les infirmiers, les assistants sociaux ou encore les bouchers et les magasiniers. Pas de chance, ce n’était pas ce que « nous aimions ».

C’est ainsi que l’on se retrouve à observer de manière confus ces différents diplômes que l’on a obtenu. Si le grade indiqué est « distinction » ou la  « plus grande distinction » sachez que cela n’a en réalité, aucun effet devant un employeur. En fait, il faudrait d’abord que l’on se retrouve devant cette personne qui cherche un employé. Oui, c’est un miracle si l’on est appelé pour un entretien d’embauche. Non, généralement c’est un email qui se charge de nous souligner à quel point nous sommes inutiles à la société. Autrefois, nous les lisions jusqu’au bout, ces réponses à notre candidature pour un poste vacant.

Actuellement, nous cherchons simplement dans le message reçu les mots qui reviennent souvent comme :  » au regret » ou « malheureusement ». Voilà un aspect du quotidien des jeunes diplômés, nous les jeunes, l’avenir de ce pays.

Ensuite commence la phase de la remise en question. Elle apparaît brutalement dans les esprits et les questions principales posées sont : « peut-être que ma lettre de motivation n’est pas bien écrite ? » ou « peut-être que je devrais mettre mes expériences en premier sur mon curriculum vitae ? ». Une fois ces modifications réalisées, avec ferveur et conviction, les envois se réalisent à nouveau. De plus, lors de la sélection des offres d’emploi et malgré que la plupart des offres se limitent à des niveaux « C » ou « B », -équivalence d’un diplôme de secondaire supérieur ou d’un bachelier-, nous sommes persuadés que nous, porteur d’un master, nous serions capables d’honorer le profil indiqué. Alors, nous envoyons tout de même notre C.V et notre lettre, soulignant que nous serions d’accord d’être payé à un niveau moindre que le nôtre. Mais la réponse est toujours pareil, les employeurs ne peuvent nous prendre à cause de notre « titre supérieur ». Nous coûtons trop cher, ils ne peuvent nous engager malgré que nous possédons aussi, le diplôme de secondaire supérieur et de bachelier. Nous les avons tous, ces « foutus » diplômes et malgré tout, cela se terminera par un « nous sommes au regret de refuser votre candidature ».

Et plusieurs mois sont passés depuis, parfois plusieurs années et nous nous retrouvons encore sous le toit de la maison de nos chers parents,  déprimés et frustrés de ne pouvoir avancer. Pensant à chaque instant que nous sommes en train de perdre notre temps. Aussi, se demandant comment changer cette situation, parce qu’il faut se l’admettre : sans argent, il est difficile de regarder de l’avant. C’est du coup, pas étonnant que des études soulignent notre déception face à cette société, notre désir de « fonder une famille », parce que c’est justement impossible sans emploi. Nous sommes adultes, nous avons fait notre part de travail, à savoir étudier et amasser ces diplômes mais, voilà qu’ils ne serviront pas à grand-chose. On augmente l’âge de la retraite, et on laisse les jeunes sans avenir. Les ainés souhaitant très vite se reposer alors que nous, nous ne souhaitons qu’à prendre la relève.

Cela semble assez clair et pourtant, nous y voilà. Nous sommes condamnés à croiser les doigts afin qu’un jour nous puissions enfin avoir un emploi, et au-delà, pourquoi pas, qui nous plaira… Certains se retrouvent à travailler dans des supermarchés, ou comme vendeur parce qu’il le faut bien. D’autres se retrouvent au chômage, enfin, plus pour très longtemps, c’est certain. Nous avions pensé qu’étudier nous apporterait une meilleure vie. En fait, une vie tout simplement. Mais il faut croire que nous nous sommes trompés.

I.B

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