Lettre : A l’attention de Madame Najat VALLAUD-BELKACEM

Association « L’Immigration Repère et Citoyenneté »
Chérif BOUDELAL Avignon le 4 avril 2015
9, rue Corot – Irc84@yahoo.fr
84140 Montfavet/Avignon

A l’attention de Madame Najat VALLAUD-BELKACEM

Ministre de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche

10, rue de Grenelle -75357 Paris SP 07

Objet : Proposition de projet

Madame la Ministre,

Nous venons par la présente lettre vous présenter un projet d’enseignement de deux modules en Histoire intitulés : 1) Histoire de l’Immigration française XIXe-XXIe siècle ; 2) Histoire de la Civilisation arabo-musulmane VIIe-XVe siècle, en vous remerciant par avance de bien vouloir étudier cette proposition avec intérêt. Nous estimons que l’enseignement de ces approches de l’Histoire est d’une grande utilité pour la société. Car, d’une part elles valorisent les enfants issus de l’immigration et d’autre part elles enrichissent la connaissance de tous les élèves.

Quand les enfants sont valorisés, ils travaillent mieux à l’école, préparent leur avenir et deviennent des citoyens comme les autres, fiers de leur citoyenneté française ; le contraire produit le résultat adverse. L’enseignement de ces modules peut certainement contribuer à dissiper les préjugés qui pourraient exister chez les uns et les autres et posent souvent des problèmes à la société. Le rejet et les préjugés de l’autre viennent du fait qu’on ignore son histoire, ses valeurs morales et culturelles. Et nous en avons l’expérience même si le champ de nos actions est très limité.

En effet, notre association a des expériences dans ce domaine ; elle a mis en place deux modules de formation en Histoire intitulés : 1) « L’Histoire de l’Immigration française XIXe –XXe siècle » ; 2) « L’Histoire de la Civilisation arabo-musulmane VIIe –XVe siècle », qu’elle propose aux structures socioculturelles et éducatives. Elle propose également un autre module intitulé « L’inter culturalité cultive la fraternité » destiné aux écoliers ; et nous avons constaté l’efficacité de l’inter culturalité au sein des établissements scolaires où se préparent les futurs citoyens.

Ceci dit, nous sommes conscients que nos interventions ne sont qu’une petite goutte dans un océan ; mais nous le faisons car il n’y a pas d’autres alternatives. L’alternative qui pourra sans doute être efficace est l’introduction de ces approches éducatives dans les programmes scolaires par l’Education nationale dont vous êtes la Ministre de tutelle. Vous pouvez faire l’expérience en les intégrant dans les programmes scolaires, et nous savons que vous avez la possibilité de le faire.

Nous pensons que l’enseignement de ces approches de l’histoire est devenu une nécessité pour donner des repaires identitaires aux enfants issus de l’immigration. La majorité des ces enfants ont le « complexe de l’étranger » alors qu’ils sont des Français comme les autres ; il est temps de le leur faire comprendre par l’exemple en les valorisant à travers l’histoire et la culture de leurs ascendants. Les enfants qui n’ont pas de repères identitaires ne pourront pas être de bons exemples en matière de civisme en étant adulte, mais souvent le contraire.

Quand nous constatons que plus de 65% de prisonniers en France sont issus de l’immigration (en majorité d’origine maghrébine), cela fait froid dans le dos. A qui profite le crime ? Nous avons constaté à maintes reprises que, à chaque fois que des problèmes surgissent dans un quartier dit « sensible » ou un attentat est commis par des « islamistes » sur le territoire français, les marchands de la haine montent au créneau pour faire leurs campagnes électorales sur le dos de ces populations.

Nous sommes persuadés que tant que ces populations restent parquées dans des quartiers HLM qui sont de vrais ghettos à fabriquer les délinquants – et par voie de conséquence les écoles le deviennent automatiquement-, celles-ci restent exposées à toutes les spéculations politiciennes malsaines. Ces populations sont prises en otage dans ces ghettos, et il convient de les en délivrer si on veut qu’elles soient intégrées dans la société. Mais ces ghettos existent également dans les esprits de beaucoup de politiciens qu’ils convient de les en libérer aussi.

Il ne faut pas attendre d’une population exclue de s’intégrer dans la société. Selon nous les solutions existent. Il suffit d’avoir la volonté politique pour les mettre en œuvre, en se donnant les moyens nécessaire pour les rendre effectives. Seuls ceux qui tirent profit du malheur de la société qui ne souhaitent pas que la situation de ces populations changent, car ils se nourrissent de leur malheur.

…/…

Tant que les dirigeants de ce pays n’ont pas tiré de leçons du passé pour mettre fin à la marginalisation de ces populations et stopper la progression de l’extrême droite, la société française en pâtira encore davantage. L’extrême droite est au seuil de l’Elysée, et si on ne change pas de politique dite d’« intégration », dès maintenant, dans quelques années ce sera trop tard. Les élections des deux dernières années nous inquiètent car l’extrême droit devient un danger réel, non seulement pour les immigrés et les citoyens français qui en sont issus, mais aussi pour la République elle-même.

Un pays de 66 millions d’habitants qui a 69 000 de ses ressortissants en prison, dont plus de 90% de jeunes, ne peut pas avancer. Il est temps de réfléchir à trouver des solutions viables, qui ne disparaissent pas avec la disparition des dirigeants politiques. Un changement dans la politique du gouvernement en matière de gestion de logements sociaux et des programmes scolaires mettra certainement un frein à la progression de l’extrême droite dont les discours de la haine gangrènent la société française. Si un tel changement a lieu, l’intégration de ces populations se fera d’elle-même ; à ce moment-là l’extrême droite n’aura plus de prétextes pour en faire le bouc émissaire ; et par conséquent, son score chutera et la République sera sauvée.

En conséquence, nous vous demandons d’intégrer dans les programmes scolaires ces modules d’enseignement qui sont d’une grande importance sur le plan pédagogique. Leur enseignement enrichit les connaissances de tous les élèves et valorise ceux qui sont directement concernés, en l’occurrence les élèves issus de l’immigration. Nous vous demandons de faire ce qui est en votre pouvoir, Madame la Ministre, tant que vous en avez la possibilité, pour aider ces populations à sortir de ce marasme qui n’a que trop duré ; et vous réussirez là où vos prédécesseurs ont échoué. Ainsi vous prouverez que l’intégration, le vivre ensemble, la diversité culturelle, l’égalité des droits, bref les vertus des valeurs de la République ne soient plus que de vains mots.

(Nous vous envoyons ci-joint, pour information, un bref exposé sur chacun de ces modules utilisés par notre association.)

Dans l’attente de voir ces matières intégrées dans les programmes scolaires,

Veuillez agréer, Madame la Ministre, l’expression de nos sentiments distingués.

Chérif Boudelal (président de l’association IRC)

Je suis également l’auteur du livre :

L’immigration de peuplement en France au XXIe siècle
Et le défi d’intégration des citoyens qui en sont issus »
Je vous invite de le lire car il traite les problèmes de société et propose des solutions.

P-S : Pour votre information, nous vous signalons que notre association œuvre depuis les années 1990 pour l’intérêt général de la société. Elle a été pour quelque chose dans la mise en place, par Monsieur Pierre Chevènement, des CODAC (en 1999). En effet, nous avions adressé au Premier ministre, à plusieurs ministres et aux groupes parlementaires un projet associatif de huit propositions dont la décentralisation de logement HLM, la mise en place d’aide aux devoirs et de soutien scolaire dans les écoles primaires, collèges et lycées ainsi que la lutte contre la discrimination à l’embauche des jeunes issus de l’immigration. Seul le ministre de l’Intérieur de l’époque avait répondu à notre requête en mettant en place les CODAC.

En octobre 2005, après l’embrasement de plusieurs villes de France, notre association avait élaboré un projet intitulé « Un nouveau type de logements H.L.M » aux mêmes institutions, proposant aux autorités compétentes de faire voter une loi ou un décret obligeant les promoteurs immobiliers de réserver aux HLM 10% de logements sociaux dans les nouvelles constructions d’habitat au lieu de continuer à construire des quartiers à 100% HLM. Mais nous n’avions pas été entendus. Ces quartiers HLM sont devenus des quartiers à problèmes, des souffre-douleurs des populations qui y habitent, un casse-tête pour l’Etat ; mais une aubaine pour les chantres de la « préférence nationale » qui prennent ces populations en otage pour en faire des boucs émissaires à des fins électoralistes.

Ce même projet a été envoyé au premier ministre, Manuel Vals, juste après l’attentat contre Charlie Hebdo du 7 janvier 2015.

P-S : Moi, Chérif BOUDELAL, citoyen immigré, je continuerai à servir l’intérêt général de la société française comme je l’ai toujours fait depuis plus de quarante ans. Je le fais par conviction, en mon âme et conscience pour que ma progéniture et celle des miens soient considérés comme tous les autres citoyens et administrés. Il est temps que les législatifs et les exécutifs français qui ont les pouvoirs de décisions évoluent avec la société et respecter en premiers les lois et règles qu’ils imposent aux citoyens et administrés, car la roue de l’Histoire ne s’arrêtera pas de tourner.

Selon la constitution française « nul n’est au dessus de la loi » ; or cette notion n’est pas toujours appliquée par ceux mêmes qui sont censés la respecter en premiers d’abord et la faire respecter par les autres ensuite. Et j’en sais quelque chose puisque moi-même j’ai été exclu par ceux qui prétendent vouloir m’intégrer, en abusant de leurs pouvoirs. En effet, je me suis vu refuser la nationalité française après quarante cinq ans de résidence sur le territoire français, et ce pour « délit d’opinion », car en soutenant la cause palestinienne je ne pouvais pas être « loyaliste envers la France » ! Mais malgré mes nombreuses déceptions, je continuerai mon combat pour l’intérêt général de la société, contre toutes les injustices d’où qu’elles viennent et quelles que soient les origines des victimes, tout en œuvrant pour la paix et la fraternité entre les êtres humains.

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